La république fédérative socialiste de Yougoslavie (plutôt que république fédérale socialiste de YougoslavieLittéralement, le terme fédérative utilisé comme alternative à fédérale est plus proche du nom officiel dans les langues originales : en effet, il existe en serbe, croate, slovène et macédonien l'adjectif Савезна/Savezna/Zvezna/Сојузна qui est utilisé pour traduire le nom des États fédéraux comme la République fédérale d'Allemagne (Savezna Republika Njemačka, Zvezna republika Nemčija, Сојузна Република Германија). Par ailleurs, c'est l'adjectif fédérative qui était employé dans les textes en français par les autorités yougoslaves de l'époque et leurs partenaires comme par les organisations internationales ; ex. https://www.larousse.fr/encyclopedie/autre-region/Yougoslavie/150356.) ou RFSY, ou encore RFS de Yougoslavie, est le deuxième et dernier nom officiel employé par la Yougoslavie durant la période allant de 1945 à 1992, alors que le pays était dominé par la Ligue des communistes de Yougoslavie et, jusqu'à sa mort en 1980, par la personne du maréchal Tito (d'abord chef du gouvernement, puis chef de l'État, et enfin président à vie).

La Yougoslavie de Tito a eu la particularité, en tant qu'État communiste (autoproclamé ), de maintenir durant l'essentiel de la guerre froide une politique de neutralité. Lors de la rupture Tito-Staline en 1948, la Yougoslavie sortit du bloc de l'Est et ne fut jamais membre du pacte de Varsovie. Elle participa à la fondation du Mouvement des non-alignés en devenant l'un des principaux membres, et maintient une politique d'ouverture vis-à-vis de l'Europe occidentale notamment sur le plan de la circulation des personnes, étant l'unique État de ce type situé à l'est tandis qu'à l'ouest il y en avait plusieurs (Suède, Finlande, Suisse et l'Autriche). En effet le « rideau de fer », constitué de miradors, de fossés minés, de clôtures électrifiées et de postes de tir automatisés, se trouvait bien sur les frontières entre la Yougoslavie et la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie,

Noms Cet État a eu deux noms officiels : le , la « république populaire fédérative de Yougoslavie » (Federativna Narodna Republika Jugoslavija) est officiellement proclamée, après l'abolition officielle de la monarchie ; le , le pays prend le nouveau nom officiel de « république fédérative socialiste de Yougoslavie » (Socijalistička Federativna Republika Jugoslavija), qu'il conserve jusqu'au et à l'abandon officiel de toute référence au socialisme.

Les termes de « Yougoslavie communiste »., « Yougoslavie socialiste »C. Bobrowski, La Yougoslavie socialiste, Armand Colin, 1956. ou « Seconde Yougoslavie »<ref>Zoran Kosanic, [https://books.google.fr/books?id=NHiwSV6g7tUC&pg=PA9&lpg=PA9&dq=%22seconde+yougoslavie%22&source=bl&ots=SExc9jgXjG&sig=swBqLpbEznhdfa8N4cAlmJ1Ks9w&hl=fr&ei=1ajuSurINpbMjAf33PCnDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CBsQ6AEwCQ#v=onepage&q=%22seconde%20yougoslavie%22&f=false La désagrégation de la fédération yougoslave : 1988-1992'''], L'Harmattan, 2008.</ref> sont utilisés pour désigner le pays de manière informelle. Pour la période allant de 1945 à 1980, le terme de « Yougoslavie titiste » (Titova Jugoslavija) est également employé..

Histoire Victoire militaire des communistes Durant la Seconde Guerre mondiale, début 1941, le royaume de Yougoslavie est envahi par les forces de l'Axe et son territoire est démembré. Des gouvernements collaborateurs sont mis en place en Croatie (incluant la Bosnie-Herzégovine) et en Serbie (réduite à son étendue d'avant 1918), tandis que le reste du pays est partagé entre l'Allemagne (Slovénie orientale), l'Italie (Slovénie occidentale, territoires en Dalmatie, Monténégro, Kosovo), la Hongrie (Prékmurie, Baranja, Bačka) et la Bulgarie (Macédoine). Une guerre de résistance acharnée est bientôt menée par les deux mouvements antagonistes monarchiste et communiste dirigés respectivement le représentant du gouvernement yougoslave en exil à Londres Draža Mihailović et par le communiste Josip Broz Tito qui prend le dessus sur son rival. Le Parti communiste yougoslave fonde avec d'autres partis politiques le Front de libération populaire (Jedinstveni narodnooslobodilački front, ou JNOF), lequel se dote en novembre 1942 d'un organisme politique représentatif, le Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie (Antifašističko V(ij)eće Narodnog Oslobođenja Jugoslavije ou AVNOJ), qui se proclame parlement du pays.

Du 21 au , l'AVNOJ tient sa deuxième session à Jajce et établit un programme politique, impliquant la création d'un État fédéral yougoslave, la Fédération démocratique de Yougoslavie, et la tenue après la guerre d'un référendum sur la question du maintien ou non de la monarchie. Un gouvernement provisoire, le Comité national de libération de la Yougoslavie (Nacionalni komitet oslobođenja Jugoslavije, ou NKOJ) est créé : Tito, proclamé Maréchal de Yougoslavie, en est le Premier ministre. La conférence de Téhéran, qui se tient au même moment, apporte un avantage décisif aux Partisans, qui, grâce à l'action des Cinq de Cambridge auprès de Winston Churchill et d'Harry Hopkins auprès de Franklin Delano Roosevelt, sont officiellement reconnus par les Alliés comme le seul mouvement de résistance légitime, au détriment des Tchetniks. En juin 1944, le roi Pierre II finit par reconnaître à son tour Tito comme chef légitime de toutes les forces armées yougoslaves : un accord est conclu avec Ivan Šubašić, chef du gouvernement yougoslave en exil, pour former après la guerre un gouvernement de coalition, Šubašić étant ministre des Affaires étrangères. Désormais seuls à recevoir des armes, les Partisans gagnent constamment du terrain ; à l'automne 1944, ils reçoivent l'aide de l'Armée rouge venue de Bulgarie et Roumanie pour libérer Belgrade. Au printemps 1945, les forces de l'Axe et les collaborateurs sont en déroute : Tito forme officiellement son gouvernement le . Les derniers combats ont lieu en mai 1945 en Slovénie alors que la Seconde Guerre mondiale prend officiellement fin en Europe. Les troupes de Tito se livrent à de sanglantes purges et, dans les semaines suivant l'entrée des Partisans en Slovénie, Tito réclame que lui soient livrés les Yougoslaves s'étant réfugiés en Carinthie autrichienne. De à (parmi lesquels des membres de la Garde nationale slovène), environ et à (dont environ Oustachis) sont expulsés par les Britanniques vers la Yougoslavie. Du 12 au , environ sont massacrées par les communistes, y compris des monarchistes et aussi des populations italophones de la côte adriatique. La première année de pouvoir de Tito, après une période de guerre particulièrement violente, se traduit par la répression d'un maximum de , dont expéditivesStéphane Courtois, Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, .. L'OZNA (Bureau de protection du peuple), police politique communiste, a tout pouvoir pour mener une politique de terreur.. Certains villages albanais du Kosovo, tenus par la guérilla du Balli Kombëtar partisane du rattachement à la Grande Albanie, sont rasés et leur population massacrée. La répression au Kosovo, où l'état de siège n'est levé qu'en , fait environ ..

Mise en place du régime vignette|gauche|Le maréchal Tito en 1944. En mai 1945 le front dirigé par les communistes contrôle l'intégralité du territoire yougoslave d'avant-guerre, ainsi que des territoires italiens (Zadar, certaines îles dalmates, Istrie). La Yougoslavie est à nouveau un État pleinement constitué, au sein de laquelle sont proclamés six États fédérés : du nord au sud la Slovénie (capitale Ljubljana), la Croatie (capitale Zagreb), la Bosnie-Herzégovine (capitale Sarajevo), la Serbie (capitale Belgrade), le Monténégro (capitale Titograd) et la Macédoine (capitale Skopje). La question de la nature du gouvernement demeure cependant ouverte, la monarchie n'étant pas encore abolie et le royaume de Yougoslavie demeurant reconnu, au niveau international, par les Alliés. À la demande du Royaume-Uni, Tito accepte en février de reconnaître l'existence, sur le sol yougoslave, d'un conseil de régence représentant le roi Pierre II, mais le retour du monarque sur le sol yougoslave n'est pas autorisé. Le , le conseil de régence proclame un gouvernement d'union nationale sous la présidence de Tito, ce qui constitue sa seule et dernière action publique.. C'est sous le seul nom de Yougoslavie, sans aucune mention d'un statut monarchique ou républicain, que le pays signe en la Charte des Nations unies... De mars à octobre Ivan Šubašić est membre du gouvernement de Tito avant de devoir démissionner et se retirer à Zagreb. Le ont lieu les premières élections d'après-guerre : la coalition dirigée par les communistes a pris le nom de (Narodni front, ou NOF). La campagne électorale est accompagnée de pressions de toutes sortes, de menaces physiques contre les candidats adverses, et d'exclusion de citoyens des listes électorales sous prétexte de collaboration durant la guerre. L'opposition se retire officiellement des élections pour protester contre les conditions de campagne, bien qu'en théorie il soit possible de voter l'absence de liste, extraits sur les élections.. Le Front populaire remporte finalement une moyenne de 85 % des suffrages dans chaque État fédéré.

Le , l'Assemblée constituante proclame officiellement la république fédérative populaire de Yougoslavie (RFPY), les différents États prenant également le nom officiel de républiques. Le royaume de Yougoslavie est officiellement aboli, bien que le roi, en exil à Londres, refuse d'abdiquer. Le , la constitution de la RFPY est établie et crée les six républiques : l'une d'elles, la Serbie, inclut désormais deux régions autonomes, le Kosovo à majorité albanaise (capitale Pristina) et la Voïvodine à fortes minorités hongroise et roumaine (capitale Novi Sad).. Les républiques obtiennent leur autonomie en matière de langue et de personnel administratif, mais le gouvernement central reste tout-puissant sur les plans politique et économique. Ivan Ribar est chef de l'État en tant que président de l'Assemblée populaire, Tito demeurant chef du gouvernement et des armées, et secrétaire général du Parti communiste de Yougoslavie. Le Parti communiste devient parti unique : des élections à candidatures multiples sont organisées, mais sous l'égide du Front populaire de Yougoslavie (Narodna fronta Jugoslavije, plus tard rebaptisé Alliance socialiste du peuple travailleur de Yougoslavie — en serbo-croate Socijalistički savez radnog naroda Jugoslavije), organisation contrôlée par le parti, et qui supervise également les activités syndicales : comme dans les autres pays communistes, tout syndicat indépendant est prohibé.