Le gouvernement des Trois-RivièresJusqu’au , on disait et on écrivait toujours « des » Trois-Rivières, au pluriel. À l’époque du régime français (1608-1763), tous les documents officiels écrivent « gouvernement des Trois-Rivières ». Voir entre autres dans Marcel Trudel. La Nouvelle-France par les textes, Les cadres de vie, Montréal, HMH, 2003 . est l’une des trois divisions administratives de la colonie du CanadaDe 1608 à 1763, le territoire désigné sous le toponyme Canada se limitait à la vallée du Saint-Laurent. Il ne faut donc pas y lire le pays d’aujourd’hui qui s’étend d’un océan à l’autre. jusqu’en 1764, les deux autres étant le gouvernement de Québec et le gouvernement de Montréal. À l’époque de la Nouvelle-France, le territoire était divisé en cinq gouvernements particuliers : trois au Canada (Québec, Trois-Rivières, Montréal) puis celui de la Louisiane et celui de l'Acadie. Il y eut aussi un projet, qui n’a pas été réalisé, de créer un autre gouvernement, celui de Détroit. Chacune de ces régions était connue sous l’appellation gouvernement parce qu’elle avait à sa tête un gouverneurMarcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, p. 39 . Marcel Trudel, Initiation à la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Holt, Rinehart et Winston, 1971, p. 167. .

Le gouvernement des Trois-Rivières est le plus petit des trois gouvernements de la vallée du Saint-Laurent, en superficie et en population.

Histoire

Il ne semble pas exister d’acte promulguant la création des trois gouvernements du Canada sous le régime français (1608-1763). En cela, le modèle d’ici s’apparente à celui de la France. À cette époque, la vallée du Saint-Laurent comptait trois noyaux de peuplement : Québec (à partir de 1608), Trois-Rivières (à partir de 1634) et Montréal (à partir de 1642). Il devint alors nécessaire de créer trois gouvernements. À Trois-Rivières, le premier capitaine à porter le titre de gouverneur est François de Champflour en 1643. Ainsi sont apparus les trois gouvernements de la Nouvelle-FranceDe nombreux auteurs répètent que les trois gouvernements ont été créés en 1663. Ils existaient bien avant 1663 puisque le gouverneur de Trois-Rivières devint en 1648 membre du Conseil de Québec, créé en 1647 et sur lequel siégeait les gouverneurs de Québec et de Montréal. Voir René Beaudoin, « Aux origines de la capitale régionale », dans René Beaudoin (dir.), Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture, Trois-Rivières, Éditions d’art Le Sabord, 2009, pages 73-74 ..

Lors de sa création en 1643, le gouvernement de Trois-Rivières ne comptait qu’un seul établissement permanent, le poste de Trois-Rivières. Des seigneuries avaient été concédées autour (fief Hertel en 1633, fief Godefroy en 1633, seigneurie des Jésuites en 1634La ville de Trois-Rivières compte de nombreux fiefs et terres en censive. Voir Daniel Robert, « Naissance de Trois-Rivières », Patrimoine trifluvien, Bulletin annuel d’histoire, Société de conservation et d’animation du patrimoine de Trois-Rivières, numéro 7, juin 1997, pages 6-11 . Voir aussi René Beaudoin, « L’un des plus beaux endroits de tout le pays », dans René Beaudoin (dir.), Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture, Trois-Rivières, Éditions d’art Le Sabord, 2009, pages 75-85 ., seigneurie de La Madeleine en 1636, fief Godefroy de Lintot en 1637, seigneurie Dutort en 1637, seigneurie de Batiscan en 1639), d’autres étaient projetées (fief de l’Arbre-à-la-Croix en 1644, fief Marsolet en 1644). Malgré quelques tentatives, personne n’habita ces seigneuries à cause de la menace iroquoise, il faudra attendre 1665 avec l’arrivée du régiment de Carignan-Salières. Le peuplement du gouvernement de Trois-Rivières commencera sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent et à partir de Trois-Rivières en descendant vers l’est, sans doute pour l’unique raison que le reste du territoire était en zone inondable. Trois-Rivières est la première occupée, suivie de Cap-de-la-Madeleine peu après 1640, de Champlain à partir de 1664 ou 1665, de Batiscan à partir de 1666 et de Sainte-Anne-de-la-Pérade à partir de 1667.

En 1648, le gouverneur de Trois-Rivières devenait membre du Conseil de Québec, créé l'année précédente. En 1651, le gouvernement de Trois-Rivières est doté d'une sénéchaussée (tribunal).

Le gouvernement de Trois-Rivières a été maintenu par les Britanniques durant le régime militaire (1760-1764), à la différence que durant cette période, chaque gouvernement était autonome et n’était plus soumis au gouverneur de Québec. Chaque gouvernement recourait à une monnaie d’un cours différent, exigeait un passeport pour l’entrée et la sortie. Aux deux frontières qui séparaient les trois gouvernements, se trouvaient un poste frontière pourvu d’une garnison : l’un à Sainte-Anne-de-la-Pérade, entre les gouvernements de Québec et de Trois-Rivières, et l’autre à Maskinongé, entre les gouvernements de Trois-Rivières et de MontréalMarcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, . .

Le gouvernement de Trois-Rivières fut aboli le lorsque les Britanniques remplacèrent les trois gouvernements par deux districts, celui de Québec et celui de Montréal. La rivière Saint-Maurice marquait la division entre les deux districts.

Géographie

Le gouvernement de Trois-Rivières s’étendait de Sainte-Anne-de-la-Pérade jusqu’à Maskinongé, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, et de Saint-Pierre-les-Becquets jusqu’à Yamaska, sur la rive sud. C’était le gouvernement le plus étroit des trois gouvernements.

Au nord, il s’étendait vaguement vers les terres de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et au sud jusqu’à la Nouvelle-AngleterreMarcel Trudel, Le Régime militaire dans le gouvernement des Trois-Rivières 1760-1764, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1952, (Collection L’Histoire régionale, no 8).

Ces limites n’ont pas été fixées lors de la création du gouvernement en 1643. La superficie du gouvernement s’est étendue jusqu’à ce que le territoire du gouvernement trifluvien rencontre celui du gouvernement de Québec et celui du gouvernement de Montréal.

Son territoire correspond aux actuelles régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Il comprenait aussi la partie est de la région de l'Estrie.

Seigneuries 300px|vignette|Carte des fiefs et seigneuries du Gouvernement des Trois-Rivières en 1760. Le gouvernement de Trois-Rivières a compté jusqu’à 51 fiefs et seigneuriesLa liste des seigneuries est tirée de Marcel Trudel, Le Régime militaire dans le gouvernement des Trois-Rivières 1760-1764, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1952, , carte (Collection L’Histoire régionale, no 8). La liste est reprise dans Marcel Trudel, Atlas de la Nouvelle-France, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, , carte ..

Trente-quatre (34) seigneuries sur la rive nord : 1. Sainte-Anne-Est • 2. Sainte-Anne-Ouest • 3. Sainte-Marie • 4. Batiscan • 5. Champlain • 6. Cap-de-la-Madeleine • 7-10. Iles du Saint-Maurice (île aux Cochons ou de la Poterie, île Saint-Christophe, île Saint-Joseph, île de la Trinité ou Saint-Quentin) • 11. Hertel • 12. Haut-Boc • 13. Niverville • 14. Commune • 15. Coteau St-Louis • 16. Sainte-Marguerite • 17. Jésuites • 18. Vieuxpont • 19. Labadie • 20. Boucher • 21. Tonnancour • 22. Saint-Maurice • 23. Gastineau • 24. Robert • 25. Grosbois-Est • 26. Grosbois-Ouest • 27. Dumontier • 28. Grandpré • 29. Rivière-du-Loup • 30. Saint-Jean • 31. Maskinongé • 32. Carufel • 33. Dusablé • 34. Lac Maskinongé

Dix-sept (17) seigneuries sur la rive sud : 35. Yamaska • 36. Saint-François • 37. Lussaudière • 38. Pierreville • 39. Deguire • 40. Baie-du-Febvre • 41. Courval • 42. Nicolet • 43. Ile Moras • 44. Roquetaillade • 45. Godefroy • 46. Ile Marie • 47 Bécancour • 48 Dutort • 49. Cournoyer • 50. Gentilly • 51. Lévrard

De ces 51 seigneuries, il ne reste que deux manoirs seigneuriaux sur la rive nord (Cap-de-la-MadeleineLa maison Rocheleau, dite Manoir des Jésuites, comportait une chambre pour les Jésuites, seigneurs du lieu. Toutefois, rien n'indique, pour l'instant selon l'état des recherches, que c'est là que les censitaires allaient payer leurs cens et rentes, de sorte qu'il n'est probablement pas exact de le désigner comme ayant été un manoir seigneurial. et Niverville), et un seul sur la rive sud (Lévrard). Quant aux moulins seigneuriaux, il n’en reste que quatre sur la rive nord (Commune, Pointe-du-Lac, Saint-Jean et Saint-Stanislas) et un seul sur la rive sud (Gentilly).

Paroisses

De 1608 à 1764, sur ces 51 seigneuries, sont apparues dix-huit (18) paroisses et deux missions.

Onze (11) paroisses sur la rive nord : 1. Sainte-Anne • 2. Batiscan • 3. Sainte-Geneviève • 4. Champlain • 5. Cap-de-la-Madeleine • 6. Trois-Rivières • 7. Les Forges • 8. Pointe-du-Lac • 9. Yamachiche • 10. Rivière-du-Loup • 11. Maskinongé

Sept (7) paroisses et deux missions amérindiennes sur la rive sud : 12. Yamaska • 13. Saint-François-du-Lac • 14. Mission Saint-François (actuel Odanak) • 15. Baie-du-Febvre • 16. Nicolet • 17. Bécancour • 18. Mission de Bécancour (actuel Wolinak ) • 19. Gentilly • 20. Saint-Pierre-les-Becquets

Chacune de ces vingt paroisses avait son église et son presbytère. Il ne reste que deux églises qui datent du régime français (Cap-de-la-Madeleine 1715 et Récollets-Anglicans 1754) et aucun presbytère. Si les bâtisses n’existent plus, il reste des œuvres d’art de cette époque à Sainte-Anne, Batiscan, Champlain, Cap-de-la-Madeleine, Trois-Rivières, Maskinongé, Saint-François-du-Lac et Gentilly.

Administration

Un ensemble de hauts et de petits fonctionnaires est nommé pour assumer l’organisation de chaque gouvernement. Au gouverneur particulier (à Québec, c’était le gouverneur général), s’ajoutent un lieutenant de roi pour l’assister, un subdélégué de l’intendant (c'est le commissaire-ordonnateur ou le commissaire de la Marine ou le grand-voyer ou un garde-magasin), un état-major, des gardes pour le gouverneur, une Cour de justice avec juge, juge adjoint, procureur du roi, greffier, notaire, un château pour loger ce gouverneur et son personnelMarcel Trudel, La Nouvelle-France par les textes, Les cadres de vie, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 2003, (Les Cahiers du Québec, CQ 134, Collection Histoire) . Marcel Trudel, Initiation à la Nouvelle-France, Montréal, Éditions Holt, Rinehart et Winston, 1971, pages 160-171. . Les officiers d’état-major ont des droits réels et des droits honorifiquesPierre-Georges Roy, Les officiers d'état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières : sous le régime français, Lévis (Québec), s.n., 1919, .

Gouverneurs

Pour assurer l’unité de la colonie, les gouverneurs particuliers de Trois-Rivières et de Montréal étaient soumis au gouverneur général dont ils n’étaient, en fait, que les lieutenants-gouverneursMarcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, volume 10, Le régime militaire et la disparition de la Nouvelle-France, 1759-1764, Montréal, Fides, 1999, ..

Le premier gouverneur en titre est François de Champflour en 1643. Ceux qui précèdent dans la liste portaient le titre de capitaine.

Lieutenants de roi

Selon Pierre-Georges Roy, « Les lieutenants de roi étaient les lieutenants des gouverneurs particuliers. Ils s’occupaient surtout de la partie militaire, des troupes et des fortifications et suppléaient les gouverneurs en leur absence. »Pierre-Georges Roy, Les officiers d'état-major des gouvernements de Québec, Montréal et Trois-Rivières : sous le régime français, Lévis (Québec), s.n., 1919, pages 7 et 14.

Jacques L’Hermitte, François Mariaucheau d’Esgly, Claude-Michel Bégon, François de Gannes de Falaise, Louis Liénard de Beaujeu, Pierre, chevalier de Saint-Ours, Michel de Gannes de Falaise, Charles-Joseph d’Ailleboust, Pierre-Jacques Chavoy de Noyan,