vignette|200px|L'ex-Premier ministre du Japon, Yukio Hatoyama
La est une dynastie qui occupe le devant de la scène politique du Japon depuis l'ère Meiji et la fin du , sur cinq générations. Souvent considérée comme l'équivalent japonais de la famille Kennedy Y. HAYASHI, « Japan's Hatoyama Sustains Family Political Tradition », The Wall Street Journal, 01/08/2009 « New Japan opposition Chief Hatoyama dreams of a “Country full of Love” », Asian Gazette, 17/05/2009., elle compte deux Premiers ministres (Ichirō Hatoyama de 1954 à 1956 et son petit-fils Yukio Hatoyama de 2009 à 2010), trois ministres (également Ichirō Hatoyama à l'Éducation de 1931 à 1934, son fils Iichirō Hatoyama aux Affaires étrangères de 1976 à 1977 et le fils de ce dernier Kunio Hatoyama successivement à l'Éducation de 1991 à 1992, au Travail en 1994, à la Justice de 2007 à 2008 et aux Affaires intérieures et aux Communications de 2008 à 2009), un président de la Chambre des représentants (Kazuo Hatoyama de 1896 à 1897), sept parlementaires (dont six représentants : Kazuo Hatoyama de 1892 à 1911, Ichirō Hatoyama de 1915 à 1946 puis de 1952 à 1959, Hideo Hatoyama de 1932 à 1936, Kunio Hatoyama de 1976 à 1979, de 1980 à 1999 et de 2000 à 2016, Yukio Hatoyama de 1986 à 2012 et Jirō Hatoyama depuis 2016 ; et un conseiller : Iichirō Hatoyama de 1974 à 1992) et deux membres de l'assemblée métropolitaine de Tokyo (Kazuo Hatoyama de 1882 à 1892 et Tarō Hatoyama de 2003 à 2005). La Diète du Japon a comporté de 1986 à 1992 un record de trois parlementaires issus de cette famille siégeant simultanément (Iichirō Hatoyama à la Chambre des conseillers et ses deux fils Yukio et Kunio à la Chambre des représentants). La plupart d'entre eux ont eu également d'importantes carrières universitaires.
Histoire thumb|250px|Statues de Kazuo et Haruko Hatoyama dans le jardin de Hatoyama Hall Durant l'époque d'Edo, les Hatoyama sont des samouraïs dépendant du , daimyō du dans la province de Mimasaka (correspondant plus ou moins à la ville actuelle de Maniwa dans la préfecture d'Okayama, il s'agit d'un domaine aux dimensions modestes puisque son seigneur ne disposait que d'un revenu annuel en riz, ou horoku, de koku quand les plus grands fiefs rapportaient à leur maître plus de koku). Les Hatoyama sont tout particulièrement , c'est-à-dire les gardiens de la résidence des seigneurs Miura à Edo en leur absence et donc leurs représentants auprès des autorités du bakufu des Tokugawa durant cette période.
Le fondateur de la dynastie politique des Hatoyama, Kazuo Hatoyama (1856-1911), est lui-même le quatrième fils sur cinq de , né au sein de la famille mineure des Ogawa et adopté par les Hatoyama, et de , issue d'une branche cadette du clan des seigneurs Miura. Kazuo, portant pendant son enfance le nom de Tatsunosuke, devait lui-même initialement être adopté dans la famille Miura, jusqu'au décès de son frère aîné Jutarō, que Hirofusa avait prévu de faire son héritier, en 1868 à 14 ans. Kazuo assure la survie et la réussite de la famille Hatoyama dans la nouvelle élite de l'ère Meiji par son éducation : sélectionné par le gouvernement comme l'un des rares étudiants admis pour étudier à l', alors qu'il n'a pas encore totalement l'âge requis (14 ans quand l'âge minimum fixé par l'administration est de 15) et qu'il n'est prévu que le domaine de Katsuyama auquel il est encore rattaché n'envoie qu'un seul candidat dans cet établissement (comme tous les petits domaines d'un revenu de moins de ). Les élèves étant réparti en quinze classes de niveau, Kazuo est inscrit initialement en dans la plus faible (la classe 15) puis intègre dès l'année suivante la plus forte (la classe 1). Premier d'un examen organisé en 1875 pour envoyer 11 étudiants poursuivre leur cursus en Occident, il part aux États-Unis tout d'abord à l'Université Columbia à New York où il obtient son baccalauréat en arts (B.A.) en , puis à l'Université Yale de New Haven où il reçoit sa maîtrise en arts (M.A.) en et finalement son doctorat en droit (LL.D.) en , avec les meilleurs résultats de sa promotion. À son retour au Japon, il apprend la mort de son père trois ans plus tôt et commence à être chargé de cours de droit à l'université impériale de Tokyo avant de passer l'examen du barreau en 1881 pour ouvrir son cabinet d'avocat, le premier du Japon. Il épouse en novembre de la même année , elle aussi fille d'un samouraï, Tsutomu Watanabe ayant changé son nom en Taga après son opposition au bakufu des Tokugawa, Ōrusui-yaku pour le puissant clan Matsudaira (qui dirige le domaine de Matsumoto dans la province de Shinano et actuelle préfecture de Nagano) puis haut fonctionnaire au service du gouvernement lors des premières années de l'ère Meiji. Et comme son futur époux, Haruko a reçu une éducation brillante, tant traditionnelle que moderne (occidentalisée) et exceptionnelle pour une femme à cette époque : elle s'initie à la littérature chinoise à Matsumoto, puis est envoyé par son père en mars 1874 (à 13 ans) au collège pour filles de Tōkyō (la plus ancienne et alors unique école publique ouverte aux jeunes filles) qui dispense une éducation très libérale et occidentale avec plusieurs enseignants étrangers. Haruko y apprend notamment l'anglais et le chinois, études qu'elle continue après la fermeture de l'école en 1877 au sein de l'université des enseignants pour femmes de Tōkyō à Ochanomizu (et bien que celle-ci ne comporte pas de professeurs anglophones) et malgré l'annulation en 1879 d'un autre programme pour lequel elle avait été sélectionnée pour parfaire sa formation à Philadelphie. Diplômée de son université en 1881, elle commence à y enseigner et, en 1886, fonde avec d'autres éducateurs (dont le poète en style chinois et homme d'affaires Kyūichirō Nagai, père de l'écrivain Kafū Nagai, ou Seiichi Tejima) l'Université pour femmes Kyōritsu. Elle y aura comme élève Kaoru Terada, fille adoptive de Sakae Terada, ancien samouraï et membre nommé par l'empereur de la Chambre des pairs, qui épousera son fils aîné Ichirō Hatoyama et lui succédera comme directrice de l'université.
thumb|left|250px|Trois générations de Hatoyama : de g. à dr. Kaoru, Iichirō, Ichirō et Yukio Hatoyama Kazuo Hatoyama mène de front quatre carrières brillantes : celles d'avocat depuis 1881, d'homme politique après sa première élection à l'Assemblée urbaine de Tokyo en , d'universitaire à la suite de son retour à l'université impériale de Tokyo de 1884 à 1886 puis de 1887 à 1890 devant l'insistance du ministère de l'Éducation (il est doyen de la faculté de droit), et de conseiller des ministres des Affaires étrangères Kaoru Inoue (1885-1887), Hirobumi Itō (1887-1888) et Shigenobu Ōkuma (1888-1889, il en devient un proche). Ce dernier le nomme principal de la Tokyo Senmon Gakko (actuelle université Waseda fondée par Ōkuma en 1882), poste qu'il occupe de 1890 à 1907. Candidat comme indépendant lors des premières élections législatives à la Chambre des représentants créée par la constitution de 1889, il ne fait pas campagne (son nom ayant été avancé par certains de ses partisans et amis du monde politique dont Ōkuma) et ses partisans subissent d'importantes pressions de la part des partis gouvernementaux, et est battu de 15 voix. Lors des élections suivantes en 1892, il est cette fois élu dans le électoral de Tōkyō (qui comprend les trois anciens arrondissements de Koishikawa, aujourd'hui partie de Bunkyō, Ushigome et Yotsuya, de nos jours inclus dans Shinjuku). Il est par la suite réélu huit fois et reste membre de la chambre basse de la Diète jusqu'à son décès en 1911. Il en est son du au sous les couleurs du Parti progressiste. Il cumule son mandat de député avec celui de conseiller municipal de la ville de Tōkyō à partir de 1908, et est élu bâtonnier du barreau de la capitale en 1910. Ses trois enfants seront liés à un moment ou un autre à la politique : sa fille aînée Kazuko, née hors mariage mais reconnue, a épousé qui fut président du Rikken Seiyūkai de 1932 à 1937, ministre de la Justice en 1924 et de 1931 à 1932 et de l'Intérieur de 1927 à 1928 et en 1932 ; ses deux fils Ichirō et Hideo seront tous deux députés, même si la carrière du premier sera la plus importante dans ce domaine.
thumb|right|200px|Kunio Hatoyama, alors ministre de la Justice, et l'ambassadeur américain au Japon Tom Schieffer le Kazuo Hatoyama a ainsi fondé une dynastie d'hommes politiques, juristes et universitaires dont tous les représentants (tout du moins masculins) présenteront un certain nombre de points communs dans leur cursus et idées et cela quelles que soient les générations : les études à l'université de Tokyo, plus particulièrement à la faculté de droit pour Kazuo Hatoyama, ses deux fils Ichirō et Hideo, son petit-fils Iichirō et son arrière-petit-fils Kunio, ou à celle des sciences ou de l'ingénierie pour son arrière-petit-fils Yukio et son arrière-arrière-petit-fils Kiichirō. l'importance des carrières d'avocat (Kazuo Hatoyama et ses fils Ichirō et Hideo) et d'enseignant notamment à l'université. Ainsi Kazuo Hatoyama a fait une brillante carrière à l'université impériale de Tokyo puis à Waseda, tandis que son épouse Haruko a fondé et dirigé l'Université pour femmes Kyōritsu, reprise ensuite par leur belle-fille Kaoru. Hideo Hatoyama a été professeur émérite de droit à l'université impériale de Tokyo et a épousé en 1908 Chiyoko Kikuchi, la fille du mathématicien et universitaire Kikuchi Dairoku qui fut président de l'université impériale de Tokyo, de celle de Kyoto puis de la compagnie scolaire pour pairs Gakushūin ainsi que le ministre de l'éducation de 1901 à 1903. Yukio Hatoyama, plus scientifique, a pour sa part enseigné la recherche opérationnelle en tant que chercheur assistant au sein du département des sciences de gestion de l', plus connu sous le nom de TiTech ou Tokodai, de 1976 à 1981 puis que professeur associé à la faculté de gestion de l'Université Senshū de 1981 à 1983. Son fils Kiichirō, ingénieur en génie urbain, est professeur invité à l'Université d'État de Moscou, et son beau-frère (époux de sa sœur aînée Kazuko) Tamon Inoue, deuxième fils du président de la Dai-Ichi Kangyo Bank Kaoru Inoue, fut lui-même ingénieur et professeur émérite à l'université de Tsukuba. une admiration pour les systèmes politiques, éducatifs et universitaires occidentaux, notamment le système de Westminster parlementariste mais aussi l'attachement à la notion de fraternité héritée de la devise française et des travaux du comte Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi. Traduit sous le terme de en 1953 par Ichirō Hatoyama, le concept de « révolution fraternelle » développé dans L'État totalitaire contre l'Homme par le comte Coudenhove-Kalergi est central dans les discours et l'idéologie des deux Premiers ministres de la famille, Ichirō puis Yukio AMPONTAN, « Hatoyama Yukio, Yuai, and the fraternal revolution », Ampontan.wordpress.com, 29/05/2009. la lutte contre l'influence des personnes non élues par le peuple sur le gouvernement, que ce soit le système du hambatsu (à savoir le partage des responsabilités militaires et civiles par les héritiers des deux anciens grands domaines féodaux rivaux de Chōshū et de Satsuma, durant l'ère Meiji) combattu par Kazuo Hatoyama ou l'opposition d'Ichirō puis Kunio et Yukio contre l'importance de la bureaucratie après 1945. Et cela bien qu'Iichirō Hatoyama fut lui-même un représentant typique des hauts-fonctionnaires de carrière caractérisant cette dernière, ou que son cousin et beau-frère Michio Hatoyama, après avoir été physicien au sein du ministère du Commerce international et de l'Industrie (MITI), a bénéficié de la pratique de l’amakudari pour devenir après sa retraite de la fonction publique président du département technologique de Sony The Sunday Herald, « A tale of three men and their hi-tech babies », BNet, 09/01/2000.
Patrimoine vignette|200px|Façade du Hatoyama Hall