Le fort de Bicêtre est un ouvrage militaire défensif construit entre 1842 et 1846 sous la monarchie de Juillet et le règne du roi des Français Louis-Philippe Ier, à un moment de tension avec l’Angleterre, sur la commune du Kremlin-Bicêtre. Il fait partie des seize forts détachés du dispositif de protection de Paris décidé par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Adolphe Thiers.

Après 1874, selon le rapport du général Raymond Adolphe Séré de Rivières, il sera renforcé d’une deuxième ligne de fortifications plus éloignée. Il servira aussi de prison pour quelques opposants au coup d'État du 2 décembre 1851.

Livré aux Prussiens en 1871, après leur départ, il sera brièvement occupé par les Fédérés. En 1940, durant l’Occupation, l’armée allemande s’y installe.

Après la Seconde Guerre mondiale, il perd son importance tactique mais conserve sa vocation militaire. Il abrite successivement des artilleurs, un bataillon d’infanterie de marine détaché de la garnison de Paris, et enfin depuis 1946, des transmetteurs. vignette|Le plan adopté par les chambres en 1841, le fort du bicetre au sud

Emplacement Commune du Kremlin-Bicêtre, département du Val-de-Marne, région Île-de-France Coordonnées : Accès Par la route, prendre l'impasse située face au numéro 30 de l'Avenue Charles Gide et continuer jusqu'à la fin de la route Par la ligne 7 du métro à la station Le Kremlin-Bicêtre. Par la ligne 14 du métro à la station Hôpital Bicêtre.

Présentation

Sous le règne de Louis-Philippe , Adolphe Thiers propose au Parlement de transformer Paris en place forte. Le principe retenu consiste à réaliser une enceinte fortifiée autour de la capitale en dehors du mur d’octroi.

Réalisé entre 1842 et 1846, l’ensemble se compose d’un rempart bastionné à la Vauban et de dix-sept ouvrages détachés appelés « forts de la première génération ». Il s’agit de la forteresse du Mont Valérien et des forts d’Issy, de Vanves, de Châtillon, de Montrouge, de Bicêtre, d’Ivry, de Nogent, de Rosny, de Noisy, de Charenton, de Romainville, d’Aubervilliers, de l’Est, de la double Couronne du Nord et des forts de la Briche et de Vincennes.

La mission principale des forts consiste à former une première ligne de défense afin de tenir l’ennemi à une distance suffisante de la capitale pour rendre impossible l’action des projectiles incendiaires. Le coût élevé de leur construction les laisse sous-équipés et leur équipement est prélevé sur la flotte impériale.

Le fort de Bicêtre, commandé par le capitaine de frégate Fournier, est armé de 86 pièces d’artillerie. Les galeries des anciennes carrières situées sous le fort sont aménagées et celles qui débouchent dans la campagne avoisinante sont fermées par des chicanes crénelées.

Comme tous les forts détachés, le fort de Bicêtre est composé d’un ensemble de murs d’enceinte, de bâtiments maçonnés et de talus de terre, le tout entouré de glacis. D’une superficie de vingt trois hectares, le fort est de forme pentagonale à polygones réguliers, constitués par les murs d’escarpe et de contrescarpe espacés d’un fossé. À l’origine, des talus de terre complètent l’édifice en protégeant des tirs ennemis l’extérieur de ces murs, et servent intra-muros à la constitution de cavaliers destinés à l’artillerie et à l’infanterie de défense. Le plan à cinq bastions est la solution élégante - d’autant plus qu’elle représente l’homme qui se défend - la plus proche du cercle et la moins coûteuse. Cette vision anthropomorphique est concrétisée par le bastion sud tourné vers l’ennemi représentant la tête, les deux bastions latéraux correspondant aux bras et les deux de chaque côté de la porte aux jambes (selon le dessin de l’italien Pietro Cateano dès 1554).

Le fort, en détail L'entrée du fort : la porte L’entrée du fort comporte une porte flanquée de deux corps de garde. À l’origine, elle donne à l’extérieur du fort sur le fossé qu’un pont-levis de type Poncelet permet de traverser. Le système Poncelet permet à deux hommes de relever rapidement le tablier du pont et grâce à des contrepoids d’éviter que celui-ci vienne taper en fin de course sur la maçonnerie.

Sur le fronton extérieur, on peut lire « Fort de Bicêtre » et à l’intérieur, les dates 1842-1846, dates de la construction du fort. Actuellement il ne reste du pont-levis que le système de poulie et de contrepoids, le fossé a été rebouché.

Magasins à poudres Installés dans les bastions de gorge et d’une superficie de chacun, ils sont prévus pour contenir environ cinquante tonnes de poudre noire. Edifices rectangulaires, aux murs en pierre meulière d’une épaisseur de plus de deux mètres, ils sont entourés d’une enceinte renforcée au niveau de la porte d’entrée. Ces mesures sont destinées à contenir l’effet de souffle en cas d’explosion. L’intérieur comprend deux étages. Le rez-de-chaussée est couvert d’un plancher de bois et comprend en son axe central des poutres verticales surmontées de chapiteaux également en bois. Ces poutres supportent le plancher du premier étage. Deux trappes dans ce plancher permettent de monter les barils grâce à un système de poulies. La poudre noire étant très instable, son stockage dans des barils de cinquante kilos nécessite un certain nombre de précautions. Ainsi, les madriers formant les planchers sont assemblés avec des chevilles en bois ou des clous en bronze afin d’éviter les étincelles lors d’un frottement accidentel avec un autre métal. Le bâtiment n’a qu’une seule porte d’entrée et possède deux petites fenêtres diamétralement opposées, une série de lucarnes de chaque côté et deux chiens-assis sur le toit afin d’assurer une bonne ventilation de la poudre. Ces ouvertures servent également à l’éclairage de l’intérieur de l’édifice puisqu’il est très dangereux d’employer des lampes à pétrole. Un paratonnerre de huit mètres cinquante les surmonte afin de les préserver des effets de la foudre. Actuellement, les murs qui entouraient les poudrières et les chiens assis ont disparu. Le reste est encore parfaitement visible et sert de pièces de stockage.

Le pavillon des officiers et la caserne Au , il n’y a pas de bureaux pour l’état major d’un régiment, il n’y a qu’une chambre-bureau pour les adjudants. Le chef de corps n’est présent que pour les exercices et le grand rapport. Le pavillon des officiers est une construction jumelle de la caserne de l’autre côté de la place d’armes, il est réservé aux officiers « subalternes ». Ils sont une quarantaine à y loger, généralement en famille. À l’origine, on y trouve l’infirmerie. En 1859-60, à la suite des incessantes réclamations d'officiers mariés, une infirmerie est construite dans la cour fermée qui prolonge le bâtiment vers le Sud (n’existe plus actuellement). Ce bâtiment accueille aujourd’hui l’infirmerie, et divers services de la DIRISI. La caserne est réservée à la troupe, on trouve l’inscription «Caserne A » sur sa face avant. Le bâtiment, construit sur quatre étages, est prévu pour héberger environ sept cents hommes. Son toit est une terrasse, moins sujette aux incendies que les poutres d’une charpente, et qui permet en cas de nécessité de placer de la troupe en hauteur et servir ainsi de camp retranché. Au rez-de-chaussée, on trouve les cuisines et les chambres pour les sous-officiers. Comme pour le pavillon des officiers, une cour fermée le prolonge sur le côté sud. En 1857-58, pour gagner de la place pour des chambres sous-officiers et construire des cellules pour gradés, il est prévu de supprimer les cuisines qui se trouvent dans le bâtiment et de construire une cuisine centrale et des magasins de stockage dans cette cour. Aujourd’hui, il ne reste qu’un mur de celle-ci sur lequel s’appuie un bâtiment plus moderne. Le sous-sol est entièrement occupé par une citerne à eau. Ce bâtiment est occupé actuellement par le général directeur central et toutes les équipes de commandement de la DIRISI.

Les casemates Au nombre de trente, elles sont réparties en deux groupes de quinze. Un groupe se trouve entre les bastions 2 et 3, l’autre entre les bastions 3 et 4. Elles sont longues de vingt mètres pour une largeur de six mètres, avec un plafond voûté recouvert de terre. Sur leur face sud, on peut observer trois meurtrières qui permettent la défense rapprochée du fossé. Une plus grande ouverture (un évent) au-dessus des meurtrières permet l’évacuation des gaz toxiques dus à la combustion de la poudre noire. Chaque casemate peut héberger et protéger des feux ennemis trente-huit soldats. Certaines d’entre elles servent de magasin du génie, de cellules pour les punis et l’une accueille le four à pain. Elles serviront de prison pour des opposants au régime en place (voir chapitre le fort dans l’histoire). Actuellement, les casemates sont aménagées en bureaux, en salles informatiques et l’une d’entre elles en chapelle.

Les latrines Situées derrière la caserne et le pavillon des officiers ; un système d’aqueduc permettait l’évacuation des eaux usées vers les fossés en passant sous les courtines. Pour des raisons sanitaires (épidémies et odeurs), les latrines étaient toujours construites à l’extérieur des bâtiments. Il faudra attendre le début du pour les voir entrer dans les casernements. L’accès aux latrines est actuellement bouché, on ne peut y accéder. vignette

Emploi et occupation du Fort

De la construction à la Seconde Guerre mondiale

Le fort participe peu à l’Histoire pendant cette période. Cependant, en 1851, il sert de prison pour les opposants au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte (coup d'État du 2 décembre). Certaines casemates sont transformées en geôle, avant que les prisonniers soient exécutés ou déportés. Voici un inventaire rapide de la garnison du fort de Bicêtre à cette époque : Les hommes Avant la guerre de 1870, les effectifs en hommes et en chevaux de la garnison du fort, le placent à la seconde position dans la hiérarchie de capacité d’accueil des forts de la chefferie du Sud : + Effectifs Fort Officiers Hommes de troupe Chevaux Issy186946 Vanves394965 Montrouge285755 Ivry3211467 Bicêtre448835

Un des chevaux est destiné à l’officier commandant le fort, les autres - des chevaux de trait - servent à monter et à descendre des courtines les pièces d’artillerie les plus lourdes. Ces dernières peuvent peser et certaines, dont l’affût est en bois, doivent être mises à l’abri des intempéries en temps de paix. Les chevaux peuvent servir de nourriture en cas de siège prolongé.

Certes il y a du monde dans les chambrées, mais pour l’époque les conditions de vie du soldat sont plus enviables que celles de la majorité des Français. Chaque chambre possède une cheminée, les hommes disposent de latrines avec un système de tout-à-l’égout, ils sont suivis médicalement, et disposent de repas chauds quotidiens.

L’artillerie prévue est composée de vingt-neuf pièces d’armement de défense, vingt-neuf pièces d’armement de sûreté et quatorze pièces d’armement mixte (sûreté et défense). Les canons sont en bronze. L’intérieur du fût est lisse et chargé de boulet et de poudre noire par la bouche. Les canons ne peuvent tirer qu’à vue, leur portée de tir est limitée. L’infanterie dispose du célèbre fusil « chassepot », fusil à canon rayé de onze millimètres que l’on charge de cartouche papier à poudre noire. Sa portée est de quatre cents mètres. Il sera remplacé par le fusil Gras en 1874. Pour diverses raisons, les forts ne reçoivent pas totalement leurs pièces d’artillerie, il faudra les armer encatastrophe en 1870.

Durant la guerre de 1870 contre les Prussiens, le fort de Bicêtre, comme tous les forts du sud, est violemment bombardé. À l’issue de de siège de Paris, le gouvernement français capitule et les Prussiens prennent possession des forts. Celui de Bicêtre est occupé par le prussien du au .