Le syndrome d'apnées du sommeil (SAS) ou plus précisément syndrome d'apnées-hypopnées du sommeil (SAHS) est un trouble du sommeil caractérisé par des arrêts du flux respiratoire (apnées) ou des diminutions de ce flux (hypopnées).
Il peut être classé en deux catégories selon ses causes. Dans 90 % des cas, la cause est obstructive et le résultat d'un surpoids ou d'une obésité. On parle alors plus précisément de « syndrome d'apnées obstructives du sommeil » (SAOS). Il résulte principalement d'efforts respiratoires pour lutter contre une obstruction par accumulation de graisse dans les tissus des voies aériennes supérieures« Comprendre l’apnée du sommeil », Ameli.fr, Assurance Maladie, 26 février 2025. . Plus rarement, le syndrome peut être d'origine neurologique entraînant une anomalie du contrôle de la respiration. Il n'y a donc alors pas d'effort d'inspiration comme dans le cas précédent. On parle alors de « syndrome d'apnées centrales du sommeil » (SACS).
Ce syndrome ne peut pas entraîner la mort directementDoctissimo - Apnée du sommeil : quelle espérance de vie ? - Peut-on mourir de ces arrêts respiratoires ? - La réponse est non pour le Dr Gérald Kierzek [...] "Ce n'est pas l'apnée qui fait mourir, mais les facteurs de risques cardio-vasculaires que les patients cumulent. [...] En revanche, on ne meurt pas de manque d'oxygène, parce que "les centres régulateurs du cerveau re-déclenchent toujours la respiration". , mais affecte la qualité de vie des personnes atteintes et réduit leur espérance de vie. En effet, les apnées, en dégradant la qualité du sommeil, provoquent l'apparition d'une somnolence diurne excessive., parfois associée à une irritabilité, à une baisse de la libido ou à un état dépressif. Il est également associé à une augmentation des cas d'hypertension artérielle et à l'apparition à long terme d'autres troubles cardiovasculaires.
La prévalence du syndrome d'apnées du sommeil est estimée entre 0,5 et 5 %. Le SAS, dans sa forme la plus fréquente (SAOS), a été décrit en 1956 sous le nom de « syndrome de Pickwick ». La perte de poids est efficace quel que soit le degré de sévérité du syndrome. Lorsque celle-ci n'est pas possible, le traitement repose alors sur la ventilation en pression positive continue (PPC).
Enfin l’existence de cette affection est probablement très ancienne, même si le diagnostic et le traitement ne sont effectués en routine que depuis une trentaine d’années. Le SAS a même peut-être joué un rôle dans l’Histoire de France.
Définition thumb|upright=0.7|Le SAOS a longtemps porté le nom de « syndrome de Pickwick. » (syndrome obésité-hypoventilation), nom tiré des Papiers posthumes du Pickwick Club de Charles Dickens. Le personnage de Joe apparaît au du Charles Dickens, Les Papiers posthumes du Pickwick Club, ..
Le SAS est défini par la survenue durant le sommeil d’épisodes anormalement fréquents d’obstruction complète ou partielle des voies aériennes supérieures, responsables d’interruptions (apnées) ou de réductions significatives (hypopnées) de la ventilation, et associés à des manifestations cliniques le plus souvent dominées par une somnolence diurne excessive avec parfois des endormissements incoercibles.
Les autres symptômes principaux sont le ronflement, la somnolence et les céphalées matinales, et la constatation d’apnées au cours du sommeil par l’entourage.
Plusieurs symptômes et signes sont communs à ceux d'une aggravation de la déglutition salivaire atypique, reliquat de la déglutition infantile : interruption prématurée de la croissance, du développement et de la maturation des organes buccaux (infraclusion des dents, palais étroit et profond ; voir aussi « auxologie »), laxité musculaire (langue, voile du palais, pharynx), respiration buccale, souffrance respiratoire (hypoxémie), infections fréquentes des voies respiratoires, prédisposition aux allergies, bruxisme, acouphènes (en anglais )
Le diagnostic est posé sur un nombre excessif d’événements (apnées et hypopnées) constaté (un indice d'apnée-hypopnée supérieur ou égal à 5) au cours d’un enregistrement polysomnographique. L'indice d'apnée-hypopnée (IAH) est défini par le nombre d'événements par heure. Un IAH de 10 peut donc être 10 événements en 1 heure ou 80 événements en 8 heures.
Événements respiratoires L'apnée est définie par une interruption du débit aérien de plus de dix secondes. Il n'existe aucun consensus de définition pour l'hypopnée. Cette dernière est souvent associée, en polysomnographie, à des phases de désaturation en oxygène (diminution de 3 à 4 % de la saturation, voire plus pour les cas les plus graves), ces événements s'accompagnant d'un allègement du sommeil responsable de somnolence excessive.
La mesure des efforts respiratoires permet de qualifier les apnées en séparant les apnées obstructives (avec efforts respiratoires), les centrales (sans effort) ou les mixtes. . Les analyses acoustiques ne présentent pas d'intérêt. Les microéveils sont induits par l’augmentation de l’effort respiratoire (et pas par la diminution de la saturation en ). Il n'existe pas de consensus sur la durée les définissant, le seuil le plus courant étant une période supérieure à trois secondes.
Syndromes vignette|Un schéma de principe de la machine utilisée pour la mesure polysomnographique.
Apnées obstructives du sommeil Le diagnostic n’est posé qu'après une mesure polysomnographique. Aux États-Unis, ce syndrome est défini par une fréquence supérieure à cinq apnées par heure de sommeil « » 1999;22:667–689.. En France, le seuil est de dix apnées par heure de sommeil. Hormis les effets potentiels de la déglutition salivaire atypique, il n'existe pas d'étude de corrélation entre seuils et pathologie ou souffrance ressentie.
Apnées centrales du sommeil Le diagnostic est également posé après un examen polysomnographique qui ne retrouve pas d'obstruction comme cause des apnées. Il existe cependant des syndromes mixtes.
Ronflement Le phénomène est banal (d'après les déclarations de leurs conjoint(e)s, 86 % des hommes ronflent). L’interrogatoire reste très peu fiable. Les différents enregistrements de polysomnographie ont montré que les femmes ronflaient autant que les hommes bien que la puissance en décibels soit plus importante chez l'homme que la femme. L'âge (maximum à ), la surcharge pondérale, l'alcool et la prise de certains médicaments induisant un relâchement musculaire favorisent le ronflement. Il constitue une plainte initiale fréquente dans la découverte des SAOS.
Un index de ronflement (nombre de ronflements/heure de sommeil) peut être calculé. Un ronfleur a un index supérieur à 30. Il s'agit d'un cas sévère s'il est supérieur . Là aussi, les valeurs seuils influent sur la prévalence.
Ronfler a été défini comme un facteur de risque cardiovasculaire indépendant du SAOS. Sans SAOS, il existe une somnolence diurne chez certains ronfleurs.
Hautes résistances des voies aériennes supérieures C’est une définition clinique et polysomnographique. Il s'agit de l'association d'une somnolence diurne excessive, d'« évènements respiratoires nocturnes hors apnées-hypopnées » (ronflements, microéveils, limitation du débit) et d'un test thérapeutique : amélioration par la ventilation en pression positive continue.
Ce syndrome se différencie du SAOS par l’absence d’apnées ou d’hypopnées telles qu’elles sont définies plus haut (inférieur à par heure, en France), et par l’absence de retentissement sur la saturation artérielle en oxygène au cours du sommeil, même s'il existe une similitude entre ces deux syndromes sur le plan des symptômes (altération de la vigilance, somnolence diurne) et de leur mécanisme (fragmentation du sommeil en rapport avec une élévation des résistances des voies aériennes supérieures).
Épidémiologie On évalue la sévérité d'un syndrome d'apnées du sommeil au terme d'un enregistrement polysomnographique nocturne en comptant le total moyen horaire du nombre d'apnées centrales, du nombre d'apnées obstructives et du nombre d'hypopnées. Le résultat de cette mesure se nomme l'Index Apnées-Hypopnées (IAH).
La gravité de la maladie apnéique est évaluée par cet IAH : IAH inférieur à 5 : le sujet est dans la moyenne de la population, il n'y a pas d'affection ; IAH entre 5 et 15 : syndrome léger ; IAH entre 15 et 30 : syndrome modéré ; IAH égal ou supérieur à 30 : syndrome sévère..
Prévalence 24 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 5. 15 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 10. 5 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 15. Les sujets ayant un IAH supérieur à 20 sont beaucoup plus rares. Les sujets ayant un IAH supérieur à 30 sont extrêmement rares .
Ces chiffres concernent les sujets ayant entrepris la démarche de diagnostic, donc ayant commencé à consulter le neurologue. La prévalence exacte sur la population entière reste toutefois difficile à évaluer car la plupart des personnes souffrant d'apnées du sommeil ne consultent pas et restent sans diagnostic, et donc également sans prise en charge. Comme pour nombre d'affections médicales chroniques et pour les mêmes raisons (la non-consultation) la prévalence sur la population est donc certainement sous-évaluée.
Par ailleurs 1 à 2 % des enfants âgés de souffrent d’apnées du sommeil (essentiellement ceux ayant de grosses amygdales et des végétations)Le syndrome d’apnée du sommeil chez l’enfant..
La méthode de référence pour l'évaluation de la prévalence est la polysomnographie (PSG). Cette technique est cependant lourde et coûteuse (un peu moins de en France en 2008) avec des limites : surestimation selon la position de sommeil, effet première nuit Elle est par conséquent inutilisable en épidémiologie.
L'évaluation de la prévalence sur la population repose donc beaucoup plus sur l'utilisation de questionnaires directs ou téléphoniques, mais avec des résultats individuels estimés de manière très imparfaite par rapport à ceux résultant de la polysomnographie Netzer NC, Stoohs RA, Netzer CM, Clark K, Strohl KP. « » Ann Intern Med. 1999;131:485–491.. Les résultats de mesure d'une prévalence sur la population par l'emploi de ces questionnaires très subjectifs sont de 5 % à 9 % chez l’homme et d'environ 2,5 % chez la femme et n'ont donc qu'une valeur indicative, la précision objective suffisante chez chaque individu ne pouvant être obtenue qu'au terme d'un véritable examen polysomnographique avec prise en compte des biais, notamment ceux dû à l'effet « première nuit ».
Facteurs favorisants Longtemps on a cru que le sexe masculin était plus sujet à faire des apnées du sommeil mais les différentes études sur la polysomnographie ont montré qu'il y a pratiquement une égalité entre les hommes et les femmes souffrant d'apnées sévères du sommeil, l'âge (maximum à ), la présence d'une surcharge pondérale de type androïde, la prise d'alcool avant le coucher, la prise de certains médicaments induisant un relâchement musculaire, la présence d'un asthme ou autres symptômes respiratoires, le tabagisme. Même si le tableau concerne typiquement un homme âgé et obèse, il peut se voir chez d'autres personnes, même chez la femme longiligne.
La présence d'une maladie cardiovasculaire augmente de deux à trois fois le risque de développer une apnée du sommeil. De même, ce syndrome est plus fréquent chez le diabétique de , chez l'hypertendu Hu FB, Willett WC, Colditz GA « » . 1999;150:806–816.. La raison de ces corrélations n'est pas claire, et s'agissant de maladies chroniques, il est impossible de savoir si l'apnée augmente le risque de ces maladies ou si ces maladies augmentent le risque d'apnée.