Le Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii (Traité sur le purgatoire de saint Patrick) est un texte latin écrit vers 1180-1184 par un moine cistercien du Huntingdonshire, qui se présente sous le nom d'H. (traditionnellement interprété comme « Henry ») de Saltrey (aujourd'hui Sawtry), un moine cistercien. Au , l'œuvre a été adaptée en anglo-normand par la poétesse Marie de France sous le titre L'Espurgatoire Seint Patriz.
vignette|L'entrée de l'île du purgatoire de Saint-Patrice, un des plus vieux site de pèlerinage. Le christianisme du Moyen Âge fut une période fertile en visions de l’au-delà. La mise à l’écrit du sort que Dieu réserve à ceux qui n’obéissent pas, ne se convertissent pas et ne vivent pas leur vie le plus pieusement possible était un outil très utile pour assurer la conversion des peuples les plus têtus. Vers la fin du XIIe siècle, plusieurs visions circulaient déjà sur l’organisation de la vie après la mort, comment elle était vécue, le tout rapporté par des personnes vivantes et chanceuses d’avoir vu de telles merveilles. Les Irlandais étaient un peuple similaire, qui refusaient de croire en cette nouvelle religion s’ils ne pouvaient pas eux-mêmes voir les récompenses et les conséquences qui s’associaient avec cette nouvelle religion. C’est dans ce contexte que se situe l’écriture du Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii.
Auteur Peu est connu sur l’auteur du Tractatus. Nous savons qu’il se nomme H. de Saltrey, que nous surnommons Henri. Il était moine Cistercien au siècle, et connu Gilbert de Louth après son temps en tant qu’abbé de Basingwerk. Nous savons aussi que Henri composa cette œuvre pour et à la demande de l’abbé de Sartis, mais des débats ont encore lieu sur le nom et la date de cet abbé. L’abbaye de Sartis est également appelée Sainte-Marie de Sartis ou Warden/Wardon.
Période d’écriture et évolution du texte Du texte de H. de Saltrey, nous avons aujourd’hui plusieurs versions. Cela atteste sa popularité dans la culture arthurienne de l’époque à laquelle il fut rédigé. Deux versions en particulier furent identifiées ; une version courte α, et une version longue β. Tous deux identifiées par Ward, les textes sont dans le musée de Grande-Bretagne. Ces versions n’ont pas de dates de rédaction et causent des problèmes pour ceux qui tentent de la dater à cause du manque d’information. Plusieurs se sont essayés, mais nous n’avons toujours pas de date concluante à offrir en ce moment. Ci-dessous se trouvent les théories les plus populaires quant à la datation de l’écriture du texte original.
Lucien Foulet, 1908 Le plus gros débat sur ce texte est la date d’écriture exacte. Beaucoup ont tenté de trouver la date de rédaction du texte original par H. de Saltrey. Le débat historique sur la datation est encore en cours aujourd’hui. Lucien Foulet traite le sujet en 1908, dans son texte Marie de France et la Légende du Purgatoire de Saint Patrice. Dans son texte il cherche la date originale d’écriture, ou une approximation, pour pouvoir dater la traduction faite par Marie de France du Tractatus. Pour ce faire, Foulet regarde de plus près l’évolution du Tractatus dans le temps avec son gain de popularité. Foulet indique que l’évolution du texte peut être suivie avec les ajouts faits aux textes par les copistes au fil de son gain de popularité, et de la place de l’Épilogue, qui fût changé de sa place à la fin du mythe d’Owein à la fin du texte qui sera finalement connu comme Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii. Foulet n’a pas tort en appelant H. de Saltrey comme un homme prudent ; son introduction et son épilogue sont dédiées à justifier la vision expérimentée par le chevalier irlandais dans la cave menant au Purgatoire de Saint Patrice. À la suite de cela, Foulet identifie les récits ajoutés par des copistes postérieurs qui emploient ses ajouts pour expliquer et justifier encore plus ce que l’irlandais subit sous terre, à Lough Derg. Les deux homélies sont ainsi ajoutées par un premier copiste, et deux autres copistes ont également fait des additions au texte original pour le « compléter ». Comme preuve, Foulet démontre que l’anecdote de l’irlandais qui ignorait que l’homicide est un péché mortel n’est pas dans toutes les versions des textes qui nous restent aujourd’hui ; il appairait que dans 6 des 12 manuscrits que le Moyen Âge nous a laissés. Foulet remonte le plus loin possible pour trouver sur quelle version du texte Marie de France s’est basée sur ces traductions, cependant il ne mentionne que peu de dates précises pour déterminer la période d’écriture.
F. W. Locke, 1965 F. W. Locke tente de donner une tranche de date dans son texte publié en . Dans son travail, il se base sur le travail de Van Der Zanden, fait en 1925, et sur le texte de Lucien Foulet, qui donne 1180 à 1183 comme période possible de rédaction. Il base son travail sur une des personnes mentionnées par H. de Saltrey, l’abbé H. de Sartis à qui est dédié l’écriture de la vision de l’au-delà. Locke associé H. de Sartis à Henri de Sartis, abbé dont nous connaissons seulement la date de départ de son abbaye, en 1215. Locke place donc son temps en tant qu’abbé entre 1170 et 1215, et donne la date 1190 comme possible date d’écriture du Tractatus. Cet avis ne fait pas l’unanimité.
Robert Easting, 1978 Robert Easting répond directement aux dates données par F. W. Locke en 1978. Il commence par donner les dates traditionnellement données par les autres auteurs de la spécialité, soit Foulet et Ward, et analyse le travail de Locke pour faire un résumé des développements des auteurs avant lui. Easting soulève un point cependant très intéressant, sur la dédicace de H. de Saltrey pour H. de Sartis, que Locke avait identifié comme Henri de Sartis, 1170 à 1215. Easting mentionne dès les premières lignes que le but de son article et de démontrer comment Locke s’est trompé dans la datation du Tractatus. Il explique comment Locke s’est basé sur une possibilité donnée par Ward que H. de Sartis pût possiblement être Henri, a pris ce donné pour acquis, et que les dates possibles pour la rédaction du Tractatus peuvent en fait être placées presque qu’une décennie avant la datation traditionnelle de la fin des années 1180-1190. Easting avance la théorie que H. de Sartis ne soit pas Henri, mais plutôt Hugh, ou Hugo, un abbé qui est listé comme étant en fonction dans l’abbaye de Wardon entre circa 1173 à avant 1185. Il amène des faits clairs et précis sur ce que nous connaissons réellement sur la rédaction du Tractatus et fait démonstration de la place de Hugo de Sartis dans tout cela. Ces faits sont les années d’abbé de Gilbert de Louth et le fait qu’il n’était effectivement plus abbé de Basingwerk lorsqu’il racontât son histoire et celle d’Owein à H. de Saltrey et ses collègues. Il amène aussi le problème du règne de Stéphane et de la datation douteuse du dit règne. Il amène aussi le fait qu’une autre vision contemporaine au Tractatus, La Vision de Turchill,fait allusion au texte du moine cistercien. Il y a aussi les Liber reuelationum de Peter de Cornwall, écrite de 1197 à 1221, et qui font également mention au Tractatus, et qui est donc preuve que le texte de la vision du chevalier irlandais était déjà bien connu à ce moment et devait donc être écrit avant 1200.
Quant aux dates pour l’abbé de Hugh, il s’agit de 1173 à 1181, une tranche de date très possible comme période de rédaction pour le texte. C’est pourquoi Easting, dans son travail, place la rédaction dans les environs des années 1179 à 1181, une date qu’il dit pouvoir intéresser ceux qui travaillent sur la traduction de Marie de France. Résumé de la vision vignette|Le chevalier Owein se présentant au monastère pour demander permission d'entrer dans le Purgatoire
Contexte d'écriture de la vision La vision commence avec une introduction par l’auteur, H. de Saltrey, expliquant ses raisons de transmettre à l’écrit l’histoire qu’il entendu par un autre moine cistercien qui un jour rendu visite à son monastère. À la suite de son introduction prudente, et de la citation de Grégoire le Grand et Saint Augustin, il commence son récit en décrivant la naissance du saint lieu connu comme le purgatoire de Saint Patrice, et la conversion des Irlandais au christianisme de leur paganisme. Saint Patrice, déterminé à ne pas abandonner les Irlandais aux flammes de l’enfer, pria à Dieu de lui donner les outils pour montrer aux gens de l’île une preuve de l’existence du devin et repentir ainsi leur vie de péché, tel l’homme qui vint lui confier ses propres péchés pour être pardonné. Dieu écouta son favori et le conduisit à ce trou dans le sol, l’entrée du lieu de purification qui montrerait aux plus braves les malheurs des pécheurs et les bonheurs des croyants, ce que les Irlandais désiraient plus que tout avant de se convertir. Saint Patrice pris des précautions pour protéger le lieu et ceux qui désiraient si aventurer, car il ne s’agissait pas simplement d’une vision de l’au-delà, mais un voyage duquel certains qui n’avait pas la fois dans leur cœur ne revenait jamais.
La réalisation d'Owein Henri de Saltrey commence ensuite le récit d’Owein, chevalier à la cour du Roi Étienne (Carol G Zaleski et Robert Easting le nomment King Stephen). Un jour il eut une prise de conscience pendant un voyage dans son pays natal et alla confier ses péchés à l’évêque. L’évêque était prêt à lui donner une pénitence, mais Owein insista que seulement la plus dure des réparations pour ses fautes et demanda la permission d’aller dans le Purgatoire de Saint-Patrice, comme était la tradition. Face à son insistance, l’évêque lui permit.
Voyage vers l'île et préparations Arrivé sur l’île, il rencontre l’abbé du site qui lui aussi le suppliât de repenser ce qu’il planifie de faire. Owein refuse de changer d’idée et donc il entreprend les rites préparatoires pour la descente dans le Purgatoire. Ces rites incluent 15 jours de jeûnes et de prières dans le monastère du Purgatoire, des rites le préparant à sa possible mort. Après ces 15 jours, et une dernière tentative de l’abbé de l’en dissuader, il entra dans la caverne du purgatoire pour les 48 heures de confinement. gauche|vignette|Les tourments du chaudron tel que vu par Owein au Purgatoire
L'au-delà Dans la cave du purgatoire, Owein se dirigea premièrement dans une salle d’une beauté tellement grande qu’il douta que sa construction fût de mains humaines. À l’intérieur il pria et rencontra 15 personnes à l’allure religieuse, qui le préviennent des tortures à venir et l’informent de comment échapper au supplice des démons. Après leur départ, Owein fut pris par les démons et fut amené en Enfer, où les âmes des défunts connaissaient des souffrances pour leur péché. Il observe des pécheurs cloués au sol par des clous brûlants, plongé dans des chaudrons de liquide et métal bouillants, suspendu à des roues de feu; voici quelques-unes des tortures que le chevalier mentionne. Owein lui-même subit ces tortures. À chaque fois il arrive à se sauver seulement par le nom de Jésus Christ. À la suite des 10 tortures qu’il connut dans l’enfer, les démons l’amenèrent pour passer le pont qui mène au Paradis terrestre. Ce pont semble petit et fragile lorsqu’Owein le remarque en premier. Mais grâce à son amour et sa foi en Dieu, le pont s’élargit et se solidifie, et il passa sans problèmes vers le Paradis terrestre. Là, il rencontra deux archevêques qui lui expliquèrent le fonctionnement de ces lieux, lui montra le vrai Paradis. Owein est témoin des bienfaits de ce lieu, et ne veut pas quitter. Les évêques l’avertissent cependant qu’il doit quitter, car il est temps. Ils le raccompagnèrent sur terre, ou il quitte le Purgatoire de Saint-Patrice.vignette|La torture des aiguilles Le retour