Anne Lauvergeon, née le à Dijon, est une dirigeante d'entreprises française..
Ancienne « sherpa » du président François Mitterrand, elle est nommée en 1999 à la tête de la Cogema, transformée après la fusion avec Framatome et les sociétés du groupe CEA industries en groupe nucléaire public, sous le nom d'Areva. Elle préside le directoire d'Areva de 2001 à 2011. Elle termine sa présidence dans le climat post accident nucléaire de Fukushima et le fiasco du rachat de la mine canadienne UraMin. De 2001 à 2010, elle est également membre du Conseil mondial des affaires pour le développement durable et administratrice du Pacte mondial des Nations unies.
Anne Lauvergeon fonde ensuite Anne Lauvergeon Partners, structure de conseil et d'investissements, dont elle est présidente depuis 2011. Elle se consacre à l'innovation, notamment par sa présidence de la commission gouvernementale « Innovation 2030 »..
Biographie Jeunesse et vie familiale Son père, Gérard Lauvergeon, est professeur agrégé d'histoire. Il enseigne en khâgne à Orléans. Sa mère, Solange, est assistante socialeVéronique Brocard, « Anne Lauvergeon. La femme du bureau d'à côté », Libération, 7 février 1995. Aînée de trois enfants, Anne Lauvergeon passe son enfance et son adolescence à Orléans, où elle fait ses études secondaires au lycée VoltaireC. Bidault, « Gérard Lauvergeon, l'Orléanais qui a "inventé" Areva », La République du Centre, 27 février 2008, .
Elle est divorcée de Jean-Éric Molinard, un ingénieur d'Elf Aquitaine qu'elle avait épousé en . Elle se remarie en 2004 à Olivier Fric, consultant en énergieBruna Basini, Quand Olivier Fric travaillait avec Areva, JDD, 25 décembre 2011, qu'elle a connu dans sa jeunesse à Orléans. Ils ont une fille, née en 2000 et un fils, né en 2003Hervé Gattegno et Philippe Vasset, « Un mari gênant », Vanity Fair n° 26, août 2015, pages 116-121 et 156-157..
Formation et débuts professionnels Après des classes préparatoires scientifiques au lycée Lakanal de Sceaux (ses deux frères feront également des classes préparatoires, Christophe intégrant l'École polytechnique, Antoine intégrant Centrale), elle est admise à l’École normale supérieure de Paris (1978 S).
Elle est reçue à l’agrégation de sciences physiques à 21 ans. avant d’intégrer l’École nationale supérieure des mines de Paris (promotion 1982)À sa demande, elle est radiée du corps des mines (cadres), en juillet 2004. Source : ..
En 1983, elle effectue son premier stage de formation dans la sidérurgie, comme ingénieur, puis comme chargée d'études économiques chez Usinor. Son deuxième stage, en 1984, se déroule à l'Institut de protection et de sûreté nucléaire du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), où elle étudie les problèmes de sûreté chimique en EuropeAnne Lauvergeon dans Les Échos du 10 novembre 1998..
De 1985 à 1988, elle a la charge de l'Inspection générale des carrières (IGC)Les débuts d'Anne Lauvergeon à l'IGC, à la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) Île-de-France.
De 1988 à 1989, elle est adjointe du chef de service au Conseil général des mines (fusionné en avec le Conseil général des technologies de l'information pour créer le Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies).
Sherpa du président de la République François Mitterrand (1991-1995) En , elle est nommée chargée de mission pour l’économie internationale et le commerce extérieur à la Présidence de la République, auprès de François Mitterrand, pour remplacer Marc Boudier. En , elle en devient secrétaire général adjointe, Jean-Louis Bianco étant secrétaire général de la présidence, puis, en , « sherpa » du président, c’est-à-dire sa représentante personnelle, chargée de préparer les sommets internationaux comme ceux du G7 puis G8. Par la suite, elle est présentée comme proche du Parti socialisteLauvergeon à la présidence d'EADS ?, lepoint.fr, 27 janvier 2013Anne Lauvergeon entre au conseil d'administration d'American Express, lemonde.fr, 22 février 2013.
Le magazine Time la classe alors parmi les cent personnes les plus influentes dans le monde.
En 2024, elle chronique sa relation avec le président dans La Promesse.
Chez Lazard Frères puis à Alcatel
En 1995, Anne Lauvergeon devient associée-gérante de la banque franco-américaine Lazard Frères. Rapidement en conflit avec le gendre et dauphin du PDG, Édouard Stern, notamment parce qu'elle prend au conseil d'administration de Pechiney un siège qu'il convoitait, elle démissionne à peine deux ans plus tardCharles-Emmanuel Haquet, « Anne Lauvergeon, l'électron libre », L'Expansion, janvier 2008.
Entre-temps, elle intégra la promotion 1996 des « Young Leaders » de la French-American Foundation..
En , Serge Tchuruk recrute Anne Lauvergeon dans le Groupe Alcatel pour son carnet d'adresses.. Elle y est nommée directrice générale adjointe, avant d’entrer au comité exécutif du groupe en 1998. Elle supervise l'ensemble des activités internationales du Groupe et est responsable du secteur des Participations Industrielles du Groupe dans la défense, l'énergie, les transports et le nucléaire.. Elle y restera aussi moins de deux ans, étant appelée à la tête de la Cogema.
Dans le nucléaire : présidente du directoire d'Areva En , Dominique Strauss-Kahn étant ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie du gouvernement de Lionel Jospin, Anne Lauvergeon est nommée présidente-directrice générale du groupe Cogema, en succession de Jean Syrota.
Avec le slogan « Nous n'avons rien à vous cacher », Anne Lauvergeon instaure une culture de communication grand public dans une structure plus habituée au secret. Dans le cadre de cette politique de transparence, elle fait installer des webcams dans l'usine de retraitement de la Hague, accessibles depuis un site internet créé en ..
Deux visions concurrentes s'affrontaient quant à la stratégie future de Framatome : se concentrer sur sa nouvelle activité de connectique. ou cultiver son activité industrielle historique. En 2001, l'État donne son aval à Anne Lauvergeon qui proposait de construire un groupe nucléaire intégré, de l'exploitation au retraitement en passant par la fabrication de réacteurs, en rachetant à Alcatel ses participations dans FramatomeMarie-Caroline Lopez, « Les secrets de la longévité d'Anne Lauvergeon », La Tribune.fr, 12 février 2011. Elle fonde en la nouvelle entité qu'elle baptise Areva. Les Échos avaient écrit que la construction de la nouvelle entité industrielle avait la rigueur et la simplicité des abbayes cisterciennes. Gérard Lauvergeon, son père, suggère ainsi le nom de l'abbaye espagnole Arevalo, « Areva » par apocope. Elle en est nommée présidente du Directoire, entrant ainsi dans le cercle restreint des dirigeantes de groupes d’envergure internationale.
En , alors qu'Anne Lauvergeon est toujours la présidente de la Cogema, l'une des composantes d'Areva, Libération révèle l'histoire d'un rapport d'audit interne qui fait état de dérapages financiers, d'infractions au droit du travail et de risque de trafic d'influence. Ce rapport a été commandé par Anne Lauvergeon mais a été enterré avec l'aide d'un membre du cabinet Salustro-Reydel, commissaire aux comptes de la Cogema. Un commissaire aux comptes ne doit pourtant pas s'immiscer dans la gestion de l'entreprise.. Parmi les critiques du rapport, un risque de trafic d'influence en lien avec les prestations facturées par Gimar Finance, dirigée par Christian Giacomotto, comme banque conseil de la Cogema lors de la création d'Areva, alors que peu de documents ont été produits en contrepartie. D'après Les Échos de ., la Cour des comptes enquête sur les commissions des conseils de la Cogema versées après la constitution d'Areva en . D'après le Canard Enchaîné du , cité par Libération, le parquet de Paris enquête sur les prestations de Gimar. Aucune suite n'est donnée à ces enquêtes.
Surnommée « Atomic AnneSurnommé "Atomic anne", La Dépêche du Midi le 18 juin 2011 » par la presse américaine, elle entraîne son groupe dans un développement énergique hors de France. Areva devient numéro un mondial du nucléaire.. Pour mener à bien son expansion dans un secteur international très concurrentielJean-Michel Bezat, « Anne Lauvergeon, l'insoumise », Le Monde, 19 juin 2011, elle s'appuie sur un réseau influent, constitué notamment de membres du corps des mines, de puissants appuis au Parti socialisteNicolas Stiel, Areva : un scandale d'Etat qui couve depuis 20 ans, challenges.fr, 20 mars 2015, de personnalités françaises et étrangères rencontrées lors de son passage à l'Élysée et au sein de laboratoires d'idées internationaux, mais aussi sur les syndicats, notamment la CFDT.
Elle reproche à l'État, actionnaire de référence, son manque de vision stratégique. Son indépendance passe difficilement parmi les autorités de tutelle, par exemple quand lui refuse en 2004 de surenchérir pour le rachat du fabricant d'éoliennes, le danois Bonus, devenu filiale de Siemens, puis pour l'allemand REpower Systems acquis par l'indien Suzlon Energy, ou quand l'introduction en bourse d'Areva est repoussée en 2005.
En 2006, Jacques Chirac reconduit Anne Lauvergeon, malgré l'avis du ministre de l’Économie et des Finances Thierry Breton. L'année suivante, au lendemain de l'élection présidentielle française de 2007, elle refuse de Nicolas Sarkozy un poste de ministre, préférant rester chez Areva. Cela expliquerait ses relations tendues avec le nouveau président de la République. Celui-ci la nomme néanmoins à la Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, en 2008, en qualité de personnalité qualifiée dans le domaine scientifique et industriel.
Elle résiste également au projet présidentiel de prise de contrôle de la partie « réacteurs » du numéro 1 du nucléaire par Bouygues et Alstom. Henri Proglio, nommé à la tête du premier client d'Areva, EDF, s'oppose régulièrement à elleJean-Michel Beza, « Areva : l'Élysée pousse Anne Lauvergeon dehors », Le Monde, 17 juin 2011. Anne Lauvergeon se voit d'ailleurs reprocher l'échec de la vente de quatre réacteurs nucléaires à Abou DabiJulie de la Brosse, EPR français, les raisons de l'échec d'Abou Dhabi, L'Expansion, 28 décembre 2009, imputable selon elle au manque de vision stratégique d'EDF. Invoquant d'autres priorités, le PDG d'EDF Pierre Gadonneix refuse de s'associer à Areva pour cet appel d'offres. Areva se tourne alors vers GDF Suez. Seulement, début 2009 l'exécutif décide de confier la construction du deuxième EPR français à EDF, un camouflet pour GDF Suez. Dès lors, les Emiratis demandent à ce qu'EDF rejoigne le consortium, ce qui fera perdre plusieurs mois au projet français qui ne remportera finalement pas l'appel d'offres.
Elle doit en revanche accepter la cession d'Areva T&D devant la dégradation des comptes du groupe, conséquence des retards de l'EPR finlandais construite en consortium avec TVO à partir de 2003, et des besoins de financement des investissements du groupe. Ces oppositions en série renforcent les rumeurs d'éviction du groupe nucléaire, qui alternent avec les spéculations d'une reconduction pour un troisième mandat« Anne Lauvergeon veut sauver sa place à la tête d'Areva », Reuters.com, 8 février 2011.