thumb|right|Arbuste de coca (Erythroxylum coca). Le narcotrafic en Colombie se réfère à la production, au trafic et à l'exportation de drogues illicites en Colombie ayant des effets psychoactifs.
La principale drogue produite en Colombie est la cocaïne, mais il existe également dans ce pays une production significative d'héroïne et de cannabis.
La Colombie est notamment à l'origine de 95 % des exportations de ce produit aux États-Unis, principaux consommateurs mondiaux.
La production de cocaïne colombienne augmente de 50 % entre 2008 et 2017. La Colombie est à l'origine de 70 % de la production mondiale.
La Colombie, un acteur majeur du narcotrafic au niveau mondial thumb|Zones de culture de la coca en 2013.
Malgré les opérations de l'armée colombienne contre le narcotrafic, en particulier avec l'aide des États-UnisBUSTAMANTE, Fernando 1990 « La política de EEUU contra el narcotráfico y su impacto en América Latina » ESTUDIOS INTERNACIONALES , abr-julio, Univ. Chile. dans le cadre du Plan ColombieEl País, 19/07/2000, La Mesa por Colombia de Belén Boville Luca de Tena http://elpais.com/diario/2000/07/19/internacional/963957619_850215.html., la Colombie est le premier pays producteur de cocaïne au monde et dominait environ 70 % du marché mondial de cette substance au début des années 2000 selon InterpolPage consacrée à la cocaïne sur le site d'Interpol., avec une production toutefois en baisse (de en 1999 à 440 en 2003), sur un peu plus de , soit un rendement d'environ de cocaïne par hectare et par an.
L'exportation de cocaïne vers les États-Unis se fait de différentes manières, en particulier via des sous-marinsSix tonnes de cocaïne dans un sous-marin, France 24, . ou des bateaux Tres toneladas de cocaína incautada en operación de interdicción marítima., Marine nationale colombienne, ., mais également par voie aérienne, soit au moyen de petits avions allant de Colombie en Amérique centrale (principalement au Mexique), soit avec des courriers humains (les mulas) empruntant les avions de ligne Una mula: "Le voy a decir la verdad a mis hijos", BBC monde..
La Central Intelligence Agency (CIA) est mise en cause par un rapport du Sénat américain en 1986 concernant son alliance avec les barons de la drogue colombiens afin de financer des groupes paramilitaires anticommunistes en Amérique centrale.
La culture du pavot à opium a démarré dans les années 1990, permettant la production d'héroïne. Toutefois, 90 % du marché de l'héroïne est détenu par l'Afghanistan, le Pakistan et le Kazakhstan dont le climat est plus favorable à sa productionPage consacrée à l'héroïne sur le site d'Interpol.. Toujours selon Interpol, la Colombie produirait environ par an d'héroïne, soit un peu plus de 1 % de la production mondiale.
On assiste depuis la fin des années 2000 à une baisse de la production de la feuille de coca (qui n'est pas exclusivement utilisé pour produire de la cocaïne). La superficie cultivée est en 2010 de , soit 60 % de moins qu'il y a dix ans, et le Pérou est désormais le premier producteur mondial Baisse de la production de coca en Colombie, hausse inquiétante au Pérou, Centre d'actualité de l'ONU, 22 juin 2010.. 253,5 des de cocaïne produites en Amérique de Sud en 2010 l'ont été en Colombie.. En 2015, la Colombie redevient premier producteur mondial de coca. En 2016-2017, la Bolivie devient le premier producteur de cocaïne au monde, avec derrière elle l'Uruguay, le Paraguay, le Chili, le Pérou et la Colombie.
En 2016, la surface des plantations de coca en Colombie a progressé de 52 % par rapport à l'année précédente, et la production de cocaïne de 34 %, selon l'ONU.
En 2019, Donald Trump accuse son homologue colombien Iván Duque de n'avoir « rien fait » pour lutter contre le narcotrafic.
Pour le père Francisco de Roux, président de la « commission de la vérité » qui doit enquêter sur le conflit armé, si la Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne, c’est essentiellement parce que le « monde paysan a toujours été exclu de la société colombienne, repoussé aux frontières de la forêt, sans droits, sans routes, ni terres fertiles ».
En 2023, les cultures de coca dans le pays s'étendent sur 253 000 hectares, et la production de cocaïne s'élève à 2 664 tonnes selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Acteurs Trafiquants
Les principaux acteurs du narcotrafic furent dans les années 1980 les cartels de Medellín et de Cali.
Le cartel de Medellín était basé à Medellín, dans le département d'Antioquia, et dirigé par Pablo Escobar, sans doute le plus célèbre des trafiquants de drogue. Il fut démantelé à la suite de la mort d'Escobar le .
Le cartel de Cali était basé à Cali, dans le département de Valle del Cauca, et dirigé par les frères Gilberto et Miguel Rodriguez Orejuela. Moins visible que le cartel de Medellín mais tout aussi puissant The colombian cartels sur www.pbs.org., il fut démantelé en 1995.
À la suite du démantèlement des deux cartels principaux, d'autres acteurs reprennent le trafic dans les années 1990, le cartel du Norte del Valle ainsi que d'autres groupes plus nombreux et moins centralisés que les deux cartels originaux. Alors que les cartels de Cali et Medellín étaient totalement intégrés, contrôlant tout depuis la production jusqu'à la vente aux États-Unis ou en Europe et formant donc un quasi-duopole, ces nouveaux groupes contrôlent chacun une partie de la chaîne sans qu'il y ait de commandement commun, ce qui rend la lutte pour faire cesser le narcotrafic plus difficile Les organisations du trafic de drogues en Colombie, Adolfo León Atehortua Cruz, 13 mars 2006, sur conflits.revues.org..
Michel Gandilhon, spécialiste de la géopolitique des drogues, note que « le crime organisé désigne le secteur de la société capitaliste lié aux activités illégales. Il ne constitue pas sa négation, mais son complément naturel. Le plus souvent même, il représente à l'état chimiquement pur l'essence même du fonctionnement d'un capital débarrassé des entraves que peuvent faire peser sur son développement des règles juridiques ou sociales. Le crime organisé est donc l'envers de la société actuelle et l'expression d'une bourgeoisie entrepreneuriale qui se déploie désormais à l’échelle mondiale. Le cas des cartels de la drogue colombien est exemplaire de cette réalité. À Medellín, ils sont issus des bas-fonds de la société ; à Cali de la bourgeoisie la plus classique. »
Acteurs de la lutte anti-drogue
La lutte contre les trafiquants de drogue est menée principalement par les autorités colombiennes (police, justice), encouragées et soutenues par le Département d'État des États-Unis.
Dans une moindre mesure, certains groupes paramilitaires ainsi que certaines guérillas ont également lutté contre l'un ou l'autre des grands cartels colombiensRicardo VARGAS MEZA, 1997, « Las FARC, la guerra y la crisis del estado » NACLA Report, vol XXXI, mar-abr 98. INFORME DE LA MISION DE PARLAMENTARIOS EUROPEOS A LA REGION ANDINA, marzo 1998..
Les opérations de destruction des cultures de coca s'accompagnent parfois de violences contre la population. En , 6 paysans sont abattus par l’armée au cours d'une manifestation contre l'éradication de plantations de coca.
Le gouvernement lance en 2016 un programme de substitution volontaire des cultures illégales. Pourtant, les compensations financières promises n'ont jamais été versées, et les paysans qui ont accepté de suivre le programme se sont retrouvés appauvris et endettés.
La Coordination des cultivateurs de coca, de marijuana et de pavot (Coccam) annonce le envisager d’abandonner sa participation au Programme national intégral de substitution des cultures illicites (PNIS) prévu par les accords de paix entre le gouvernement et la guérilla, en raison de son non-respect par le gouvernement, l’assassinat de ses membres (trente-et-un en une année), et le projet de loi sur la criminalisation des petits producteurs de coca. Le gouvernement ne proposant pas d'après elle d'alternatives économiquement viables pour les cultivateurs de coca.
Impact sur la société colombienne Violence Guerre entre cartels Le narcotrafic a généré beaucoup de violence, en premier lieu entre les trafiquants eux-mêmes. Pablo Escobar a monté une véritable armée de sicarios (des tueurs à gages), recrutés dans les quartiers défavorisés. José Gonzalo Rodríguez Gacha, l'un de ses principaux subordonnés, recrutait des paysans pauvres. De leur côté, les dirigeants du Cartel de Cali employaient des retraités de l'État corrompus (anciens militaires ou policiers), avant de se tourner vers les groupes paramilitaires.
C'est en 1988 que la guerre éclate entre les deux cartels principaux, celui d'Escobar à Medellín et celui des frères Rodriguez Orejuela à Cali. La résidence d'Escobar et des entreprises appartenant au cartel de Cali sont détruites par des bombes. Ce type d'actions a rendu publique la guerre. Impliquant certains groupes paramilitaires, les agences de sécurité du gouvernement ainsi que des mercenaires extérieurs, cette guerre se soldera par la mort d'Escobar en 1993, trahi par un groupe paramilitaire du Magdalena, et le démantèlement du cartel de Medellín.
Lutte contre les autorités Durant les premières années du gouvernement de Belisario Betancourt (1982-1986), les grands laboratoires de transformation de la coca tel « Tranquilandia » furent l'objet de l'attention des autorités. Cette lutte fut menée par Rodrigo Lara Bonilla, ministre de la Justice qui a finalement été assassiné en . Cette action pousse Betancourt à déclarer l'état d'urgence et à intensifier la lutte contre les narcotrafiquants, notamment au moyen de l'extradition (vers les États-Unis principalement).
Cela a contribué à l'émergence publique, le , du groupe les « Extraditables », une organisation armée clandestine qui « préfère une tombe en Colombie plutôt qu'une prison aux États-Unis » opérant des assassinats de policiers, de juges ou de journalistes ainsi que des attentats à l'explosif. Parmi les victimes, le directeur du journal El Espectador Guillermo Cano Isaza, Jaime Pardo Leal, le dirigeant de l'Union Patriotique, organisation politique légale liée à la guérilla des FARC, l'ex-ministre de la Justice Enrique Parejo ainsi que le gouverneur et le commandant de police d'Antioquia. Les enlèvements ont également commencé à être employés, contre le candidat à la mairie de Bogotá, Andrés Pastrana (futur président de la République). Le , Luis Carlos Galán, candidat libéral à la présidence de la République, est assassiné.
Le gouvernement décide alors de faciliter le recours à l'extradition et de l'employer de façon purement administrative, c'est-à-dire sans recours à un juge. La réaction ne se fait pas attendre. Les installations du journal El Espectador et le siège du DAS, le département de renseignement chargé de poursuivre les cartels, sont détruits. S'ensuit l'explosion de bombes à l'hôtel Hilton de Carthagène des Indes et l'explosion en plein vol d'un avion d'Avianca. Deux candidats aux élections présidentielles sont également assassinés : Carlos Pizarro, leader du M-19 entré dans l'activité politique légale après avoir signé un accord avec le gouvernement et Bernardo Jaramillo, le nouveau candidat de l'Union PatriotiqueGARCIA SAYAN, Diego (ed.): Coca, Cocaína y Narcotráfico. Laberinto en los Andes. Comisión Andina de Juristas. Lima. Perú..
Influence sur le conflit armé colombien