Le musée international de la céramique de Faenza (Museo Internazionale delle Ceramiche in Faenza ou MIC) est l'un des plus importants musées d'art de la céramique du monde., situé au viale Baccarini dans la commune de Faenza, en Émilie-Romagne.
Son espace muséal rassemble les œuvres des ateliers de céramique italienne du Moyen Âge au , du Proche-Orient antique, de l'aire méditerranéenne à l'époque hellénistique, précolombienne et islamique. Une vaste section est dédiée aussi à la céramique moderne et contemporaine.
Depuis 1963 le musée organise, tous les deux ans, un concours international de la céramique artistique, ce qui lui a permis de compléter ses collections avec des œuvres du monde entier.
Histoire
L'origine du musée remonte à 1908, lors de l'Esposizione Internazionale di Faenza (Exposition Internationale de Faenza) consacrée au troisième centenaire de la naissance d'Evangelista Torricelli.. Pour l'occasion, tout un quartier de la ville est aménagé et voit affluer à Faenza les artistes les plus connus dans le domaine des arts appliqués, obtenant un grand succès. Gaetano Ballardini, organisateur de la manifestation et créateur du musée de la céramique, peut en recueillir les fruits en commençant par installer, dans les salles de l'ex-couvent de Saint MagloireP. Levi, Il programma di Faenza in Nuova Antologia, ., une première collection de céramiques. Il entreprend ensuite de sensibiliser les collectionneurs privés et les organismes publics obtenant, des uns et des autres, donations et reconnaissance institutionnelle. Tito Pasqui de Forlì figure parmi les personnalités de l'époque qui rejoignent le comité de fondation du musée.
En plus de l'agrandissement du musée et de l'extension des collections, Gaetano Ballardini veut également la création d'une école de formation technique et artistique dans le domaine de la céramique, aujourd'hui appelée Istituto d'Arte per la Ceramica Gaetano Ballardini. Dès le départ, il se soucie d'établir des relations solides avec les écoles de formation technique et artistique, leur garantissant un bagage de valeurs pour mettre en œuvre la production artisanale et industrielle. Unique dans son genre, le musée acquiert toujours plus de prestige au niveau international et dès 1926, il comprend, outre les collections antiques, une section dédiée aux ateliers de céramique européens célèbres et aux céramistes contemporains reconnus. Il est le promoteur d'expositions nationales et internationales, au point de donner vie à la revue spécialisée Faenza. Fils de ce territoire qui a fait le prestige de l'art de la céramique, Gaetano Ballardini veut témoigner de cette vocation séculaire pour la transmettre aux générations futures.
Durant la Seconde Guerre mondiale le musée est lourdement endommagé, particulièrement lors du bombardement du qui cause de très sérieux dégâts aux ouvrages.. Malgré son âge, Ballardini se remet à l'ouvrage, recueillant des fonds, sensibilisant le monde de l'art et les institutions de telle manière que dès 1949, il peut rouvrir les premières salles d'expositions grâce aux dons d'œuvres importantes de grands artistes comme Pablo Picasso, Fernand Léger, Henri Matisse et Marc Chagall. D'autres œuvres provenant de collections privées intègrent ce patrimoine déjà important : Merenghi, Benini, Ugolini, Rusconi, jusqu'à celles plus récentes de Cora, Fanfani et Cantagalli. Aujourd'hui, le musée se flatte d'un corpus de plus de pièces de céramique.
Le parcours muséal
L'exposition permanente du MIC se développe à travers deux itinéraires qui séparent la partie consacrée aux collections antiques, situées dans les espaces restructurés de l'ex quadrilatère conventuel, de celle du abritée dans les nouvelles ailes édifiées à la fin du siècle dernier. Avec ce choix le musée a voulu mettre en évidence le fécond rapport entre les caractères des différents styles et le « savoir-faire de la céramique » au cours des siècles, jusqu'à nos jours..
Céramique du Moyen Âge au à Faenza
Moyen Âge vignette|Cruche médiévale avec la représentation de Philide et Aristote. Les premières découvertes de céramiques de Faenza remontent aux premiers siècles après l'an 1000. Les artisans ont su tirer parti des terres locales, utiles pour la fabrication d'objets, principalement à usage domestique ; en façonnant les formes et les décorations, ils ont su concilier de manière originale la culture lombardo-vénitienne avec celle de la Toscane voisine.
Faenza, depuis le haut Moyen Âge, fait partie d'une zone traversée par le trafic intense qui provient à la fois de la Via Aemilia et des artères trans-apennines et de la Toscane menant au nord-est de la péninsule et qui s'y croisent.
Pour la majolique, la glaçure peut être appliquée sur le biscuit de première cuisson et décorée au pinceau ; pour les artefacts appelés graffitis, l'objet encore brut est enduit d'engobe et peut être gratté avec une pointe avant d'être cuit, puis décoré et enfin recouvert avec une glaçure transparente.
Pour les décors, il est fait appel au répertoire contemporain des arts mineurs qui utilisent à la fois le bestiaire médiéval avec ses motifs phytomorphes et ses créatures légendaires, et les thèmes héraldiques destinés à donner du prestige aux différentes familles qui marquent l'histoire de Faenza à cette époque, comme les Manfredi, seigneurs de Faenza de 1313 à 1505..
La récupération, à la fin du , de thèmes légendaires tirés du classicisme est également intéressante : un décor dAristote monté par Phyllis sur une cruche de la fin du en témoigne., qui rappelle l'allégorie, répandue du , de la suprématie des femmes sur les hommes..
La céramique verte et brune traduit, jusque dans cet art mineur, l'imagerie médiévale, la transportant jusqu'au seuil du ..
vignette|Plat au « lion rampant », décor zaffera en relief, Faenza, début du .
Au début du , à la fin de la phase archaïque, les céramiques faentines commencent à se distinguer par la blancheur, la structure des émaux et l'addition de nouveaux pigments colorés. La production se caractérise par des thèmes ornementaux variés qui savent éviter les excès stylistiques.
Deux genres décoratifs principaux se succédèrent dans ce qui sera défini comme le Style sévère. Dans le premier genre, les maîtres faentins reprennent les thèmes du style archaïque en s'inspirant, pour les ornements, des décors byzantins. Ils atteignent une rare perfection dans le style zaffera — de l'arabe al-safra (cobalt), où, sur un fond parfaitement blanc, se détache un émail cobalt épais et intense. Dans le style « italo-mauresque », c'est l'influence des majoliques hispano-mauresques, en provenance de l'île de Majorque et de l'Espagne, qui prédomine. On trouve autant de maîtrise dans ce style, qui imite magistralement la nuance dorée du « lustre métallique » hispano-mauresque à travers l'association des couleurs bleu et jaune (le cobalt s'éclaircit et s'atténue en grisant et le jaune s'approche de la citrine)..
Dans le second genre, à côté des thèmes chers au gothique tardif, floral et flamboyant (dont le motif par excellence est celui de la « feuille roulée »), naissent les styles décoratifs en provenance des régions orientales et de la Chine, que véhiculent les porcelaines introduites en Europe le long de la Route de la soie. Ce sont les styles à l'« œil de plume de paon », à la « palmette perse » et « à la porcelaine », décors repris sur les premières céramiques chinoises importées en Occident, pendant la première période de la dynastie Ming.
Jusqu'au milieu du , aux artefacts émaillés s'ajoutent des céramiques graffiti, engobées et émaillées, avec des décorations phyto-zoomorphes stylisées caractéristiques en vert bicolore (ramina) et brun jaunâtre (ferraccia). vignette|Encrier avec la représentation du jugement de Pâris, Faenza, fin du . Dans la seconde moitié du , la production de céramiques gravées et de faïences peintes s'impose, tant avec des thèmes symboliques sensibles aux courants néoplatoniciens, qu'avec le genre « amateur » ou la représentation de visages masculins et féminins à la délicate pureté formelle..
C'est le cas, par exemple, de la diffusion de bols, engobés, gravés et émaillés, ou de majoliques émaillées, où le visage de l'être aimé est représenté. On en conserve la tradition du « gentile » pour consacrer les unions, d'où le nom de ces céramiques, Gameli, où les époux, en buvant à la même coupe, confirment ainsi leur intention matrimoniale commune. Il existe également des preuves de l'utilisation de ces objets pour distribuer des dragées aux invités à la fin des célébrations de mariage.
De petites sculptures en majolique polychrome, en ronde-bosse ou en bas-relief, au sujet sacré et profane à connotation presque féerique, se distinguent dans le dernier quart du . Les sujets s'inspirent des œuvres monumentales qui ont inspiré le répertoire des maîtres sculpteurs de la vallée du Pô.
Parmi les représentations profanes, la plus répandue est celle en forme d'encrier avec le Jugement de Pâris, avec les dieux et les héros Mercure, Pâris, Vénus, Junon et Minerve.. disposés autour d'une fontaine. L'allégorie identifie Éros, transvasé dans l'encre, comme la source de l'inspiration qui doit ennoblir l'écriture..
Cinquecento vignette|Plat avec peint IULIA BELA (Belle Julia), Faenza, fin . La production de faïences décorées dans le style « porcelaine » avec des cruches, chopes, assiettes, plateaux et albarelli, également à anses torsadées, se poursuit tout au long du premier quart du ; les couleurs sont en grande partie bleu monochromatique, avec des nuances d'orange, de rouge, de vert et de jaune, dans les cartouches et dans les représentations héraldiques.
Au début du siècle, les ateliers de Faenza acquièrent leur autonomie linguistique décorative propre, associée à une haute qualité technique, avec l'affirmation des ornements caractéristiques de la Renaissance..
Des représentations délicates de la figure humaine apparaissent sur les faïences, tout en restant limitées aux personnages individuels types, tels que pages, dames, musiciens ou figures allégoriques jusqu'au thème, commun à diverses manufactures de la région centrale de l'Italie, des soi-disant « belles femmes » ou « belles », peintes de couleurs vives, au décolleté généreux, aux robes somptueuses, aux coiffes, et aux nombreux noms : la belle Julia, la belle Eugenia, la belle Laura, la belle Bernardina, la belle Maria, la belle Diana, la belle Laura, comme le remarquera Giulio Castellani dans son poème du dédié à la « Belle de Faenza ». vignette|Assiette à décor de grotesques et de cavet historiés représentant "Actéon transformé en cerf", Faenza, vers 1530-1535. La recherche iconographique, sensible aux demandes d'une clientèle de plus en plus exigeante et cultivée, conduit les maîtres de Faenza à s'exprimer à travers une virtuosité décorative d'une rare beauté. C'est le cas des peintures de grotesques sur fonds bleus réalisées à partir des découvertes des vestiges de la Domus aurea appelés « grottes », à l'imagerie décorative.. Ainsi, animaux fantastiques et monstrueux, cornes d'abondance, trophées d'armes anciennes, bustes et portraits, également encadrés d'armoiries héraldiques, et figurines entières, sont représentés sur la majolique, parmi de délicates volutes feuillagées. vignette|Plat historié représentant le sacrifice de Marco Curzio. atelier du maître Pietro Bergantini. Faenza 17 juin 1529.