François L'Hermite du Solier, dit Tristan L'Hermite ou Tristan, né en au château du Solier près de Janaillat (Marche) et mort le à Paris, est un gentilhomme et écrivain français. D'abord page dans l'entourage d'Henri de Bourbon-Verneuil, fils naturel du roi , puis homme d'épée au service de et de son frère Gaston, duc d'Orléans, il est passé à la postérité comme auteur polygraphe .

Son nom de plume fait référence à Louis Tristan L'Hermite, qui avait servi les rois de France de à et dont sa famille se considérait parente, au même titre que de Pierre l'Ermite qui prêcha la première croisade populaire au .

Auteur de cinq tragédies, d'une tragi-comédie, d'une comédie et d'une pastorale, de cinq recueils de vers galants, héroïques et religieux, d'un roman (Le Page disgracié) et de Lettres mêlées, Tristan aborde tous les genres. La publication des Plaintes d'Acante, en 1633, le révèle comme le successeur de Malherbe et de Théophile de Viau dans le domaine de la poésie amoureuse, élégiaque et lyrique. Le succès remporté en 1636 par sa première pièce de théâtre, La Mariane, où l'acteur Montdory fait sensation avant de jouer Le Cid, l'impose comme l'un des meilleurs auteurs dramatiques autour de Corneille.

Tristan accompagne les débuts de l'Illustre Théâtre de Molière, et offre un grand succès à Madeleine Béjart dans La Mort de Sénèque. Membre de l'Académie française en 1649, il protège également Quinault, dont il encourage la carrière en proposant les premiers éléments du droit d'auteur.

Son œuvre tombe dans l'oubli avec le triomphe du classicisme. Le des Lumières et le du romantisme semblent l'ignorer, malgré les influences ou les résonances que son œuvre suggère. Des professeurs, des érudits et des poètes proches du symbolisme redécouvrent Tristan, à partir de 1870, comme « un précurseur de Racine ». La thèse de Napoléon-Maurice Bernardin soutenue en 1895 entraîne la réédition de son Page disgracié, ainsi que de nouvelles représentations de ses pièces, dans le cadre de conférences universitaires et mondaines.

En 1955, Amédée Carriat inaugure un courant d'études tristaniennes qui se développe bientôt en Italie, en Allemagne, au Canada et aux États-Unis. L'association Les Amis de Tristan L'Hermite, créée en 1979, assure la diffusion des travaux entrepris en littérature française du autour de l'écrivain creusois. Antoine Adam voit en Tristan .

La Mort de Sénèque est reprise à la Comédie-Française en 1984. Tristan figure dans trois anthologies de la Bibliothèque de la Pléiade, à partir de 1986, pour son œuvre dramatique, romanesque et poétique. Ses œuvres complètes sont publiées en 2002.

Solitaire, indépendant, mélancolique, nostalgique et passionné, Tristan est le poète des amours, de la nuit et des rêves. Son œuvre la plus célèbre, Le Promenoir des deux amants, a été mise en musique par Debussy sous la forme de trois mélodies publiées sous le même titre en 1910.

Biographie François L'Hermite, gentilhomme Gentilhomme de vieille lignée, François L'Hermite reste , jusque dans .

Ascendance

La maison de L'Hermite se déclarait issue de Pierre l'Ermite, prédicateur de la première croisade populaire au . Contesté au , cet usage adopté par l'écrivain . Les L'Hermite du Solier représentent la branche aînée de la famille, tandis que leurs cadets, ayant pris parti contre les Armagnacs, ont suivi les ducs de Bourgogne aux Pays-Bas en créant les branches de Caumont et de Bétissart. Le premier château de L'Hermite est détruit pendant la guerre de Cent Ans. Bernard d'Armagnac autorise Jean L'Hermite, sieur du Solier, à ériger en 1424 le château où naîtra François L'Hermite.

L'écrivain emprunte son nom de plume à Louis Tristan L'Hermite, grand maître de l'artillerie et prévôt des maréchaux qui avait servi les rois de France de à . Contrairement à une idée reçue, il ne le comptait pas parmi ses ancêtres, mais seulement dans sa parenté. La généalogie familiale a été faussée par son frère Jean-Baptiste, généalogiste qui a multiplié les prétentions .

Cependant, lorsque naît leur père Pierre, le partage des biens entre neuf enfants, trente ans après un partage entre six, a beaucoup diminué leur patrimoine. En , Pierre L'Hermite et ses oncles sont accusés du meurtre de Jacques Voisin, vice-sénéchal de Guéret retiré d'un étang près de Pontarion, . Détenus pendant 22 mois, les trois hommes sont renvoyés devant le parlement de Paris. Pierre plaide l'alibi, mais il est condamné à être décapité en place de Grève. Gabrielle d'Estrées intervient alors auprès de pour obtenir sa libération.

Napoléon-Maurice Bernardin soutient que intéressent Pierre Miron, sieur de Malabry et descendant d'une ancienne famille : et lui propose d'épouser sa fille Élisabeth. Le mariage est célébré à la fin de l'été 1597.

Enfance François L'Hermite, sieur du Solier, est né en , mais cette date . Divers indices sont présents pour la confirmer, dans les Lettres mêlées de l'écrivain et Le Page disgracié : . Dans son édition de lHistoire de l'Académie Françoise établie par Paul Pellisson, l'abbé d'Olivet mentionne, en 1729, que le poète est mort . Une lettre où il parle de la laisse supposer qu'il est né sous le signe du Lion ou celui de la Balance, c'est-à-dire dans la seconde partie de l'année 1601.

L'écrivain évoque son enfance . Le lieu de sa naissance est . Édouard Fournier suggère que Scarron fait allusion à son ami Tristan dans un poème où il décrit

Le château du Solier, qui a disparu avant la fin du , était située entre Bourganeuf et Guéret, . Tristan a deux frères, Jean-Baptiste et Séverin. Ce dernier meurt prématurément lors du siège de Royan, en 1622 .

À sa mort, en , Pierre L'Hermite laisse une succession embarrassée à la suite de procès intentés par ses cousins dès son mariage et le paiement de fortes indemnités à la famille de Jacques Voisin. Ses fils perdent alors le château du Solier.

Tristan et ses protecteurs Tristan L'Hermite, poète de cour, reste . Napoléon-Maurice Bernardin, son premier biographe important, observe qu'il change de maître , sans que le contact avec les plus grands princes améliore sa situation. Jean Serroy le montre ainsi tout en suivant . Jacques Madeleine lui prête une nature inquiète qui .

Un protecteur enfant : Henri de Bourbon vignette|redresse=0.8|Henri de Bourbon-Verneuil, par Jaspar Isaac.|alt=Portrait gravé d'un jeune homme en pourpoint. Confié dès l'âge de trois ans à son aïeule maternelle, Tristan L'Hermite est placé comme page ou gentilhomme d'honneur auprès de Henri de Bourbon-Verneuil, fils naturel de et de la marquise de Verneuil. Être page permet alors aux enfants de petite noblesse d'entretenir l'espoir, grâce à la protection de grands personnages, d'un avenir conforme à leur origine sociale. Cette situation préfigure celle qui le liera plus tard à un autre prince du sang, Gaston d'Orléans, le frère de .

Tristan manifeste très jeune une mémoire et un intérêt pour la poésie. Il se découvre aussi . Et .

Amédée Carriat s'interroge : Sans doute, . Ainsi, .

Pour toute son adolescence, la biographie de Tristan . Son héros . Un érudit poitevin, Henri Rousseau, estime qu'.

Né . Il entre au service de Scévole de Sainte-Marthe, .

Un protecteur inconstant : Gaston d'Orléans vignette|gauche|redresse=0.8|Portrait de Gaston de France, par Antoine van Dyck.Musée Condé, Chantilly.|alt=Portrait en pied d'un homme vêtu en cuirasse, col et manchettes de dentelle. Reçu par comme gentilhomme de sa suite en 1621, Tristan participe aux campagnes contre les places fortes huguenotes du Sud-Ouest. Vers la fin de l'année ou au début de 1622, il entre au service de Gaston d'Orléans, frère du roi auquel il reste attaché pendant près de vingt ans.

Le duc d'Orléans, puisqu'il n'est alors âgé que de :

En fait, . La naissance, en , du dauphin ruine enfin ses ambitions.

Cependant, l'écrivain trouve auprès de : en le suivant dans ses errances, .

En 1634, Tristan accomplit une mission diplomatique en Angleterre auprès de la reine Henriette-Marie de France. Les Terreurs nocturnes témoignent de missions secrètes et périlleuses accomplies au service de Marguerite de Lorraine. Les Plaintes d'Acante, , permet au duc Frédéric-Maurice de Bouillon, frère de Turenne, d'obtenir la main de la comtesse Éléonore de Bergh. Émile Henriot note que .

Son exil à Bruxelles, à la cour de l'infante Isabelle, gouvernante générale des Pays-Bas espagnols, lui fait perdre son procès dans la succession de son père. D'autre part, .

Tristan, .

Un protecteur chimérique : Henri de Guise vignette|redresse=0.9|Henri II de Lorraine, duc de Guise, par Antoine van Dyck.National Gallery of Art, Washington.|alt=Portrait en pied d'un homme somptueusement vêtu. Définitivement abandonné par son maître à partir de 1645 et comprenant , Tristan offre ses services à Claire Charlotte Eugénie d'Ailly, duchesse de Chaulnes, pendant quelques mois puis se tourne vers le duc de Guise, Henri de Lorraine. Amédée Carriat brosse un portrait-charge de son nouveau protecteur : .

Ce choix : cette fois encore, .

Le poète entre au service de la maison de Guise en 1646. Son maître en se lançant dans une opération militaire visant à secourir des Napolitains qui viennent de se soulever contre les occupants espagnols. Il parvient à entrer dans la ville en déjouant la surveillance de la flotte espagnole. Accueilli en libérateur, il s'installe à Naples, dont il se proclame duc.

La situation se dégrade rapidement et, au début de l'année suivante, le duc de Guise est fait prisonnier, . La nouvelle de cette arrestation, parvenue à Paris en , est pour Tristan, et cette captivité dure jusqu'en 1652.

Malgré sa mauvaise santé, le poète envisage alors de se rendre à Stockholm pour se placer sous la protection de Christine de Suède. La louange qu'il lui fait parvenir par son ami Urbain Chevreau ne lui attire pas la faveur espérée, mais le retour du duc de Guise à Paris lui permet de retrouver une charge de gentilhomme et de quitter son logement , aux Marais du Temple, pour s'installer à l'hôtel de Guise, où il va finir ses jours.

En 1654, cependant, le duc tente une seconde expédition pour conquérir Naples avec . De retour à Paris en 1655, il trouve le poète : La Renommée.

Cette constance face aux coups du sort révèle . Durant la Fronde, .

Du cardinal de Richelieu au chancelier Séguier vignette|gauche|Pierre Séguier, par Henri Testelin.Château de Versailles.|alt=Portrait d'un homme en habit de cérémonie devant une tenture fleurdelisée. Malgré la notoriété que lui apportent Les Plaintes d'Acante en 1633 et La Mariane en 1636, Tristan n'est pas retenu par le cardinal de Richelieu pour faire partie de l'Académie française : . Les poètes .

Tristan est élu au fauteuil 17 en 1649, succédant à François de Cauvigny de Colomby, et l'un des membres fondateurs. Dans son discours de réception, très bref, il rend hommage au chancelier Séguier qui avait favorisé son élection.

Pierre Séguier, entré à l'Académie en 1635 et devenu son protecteur à la mort de Richelieu, en 1643, l'accueille chez lui dans son hôtel de la rue de Grenelle-Saint-Honoré. Cette société et toujours critiquée par les ennemis du Cardinal, n'a pas l'importance de l'Institut de France actuel. De fait, elle . Le chancelier Séguier organise les séances chaque lundi et jeudi mais, en-dehors de gratifications ponctuelles, la charge n'est pas lucrative : les jetons de présence ne seront instaurés qu'en 1672 par Colbert, nouveau « vice-protecteur » sous , et les séances de réception ne deviendront publiques qu'en 1673, sur la proposition de Perrault.

Antoine Adam admet que l'.

Le poète témoigne envers le chancelier Séguier . Cette fidélité .

Maladie et mort Tristan souffre de tuberculose à partir de 1639, un mal et qui . Peut-être en ressent-il les premiers symptômes dès 1628. Il adresse plusieurs poèmes à des médecins. La Mort d'Hippolyte est dédiée à Charles Delorme, premier médecin de Gaston d'Orléans et . L'écrivain lui envoie deux lettres qui lancent, .