vignette|Miniature du illustrant la description que Dante Alighieri fait de Lucifer dans la Divine Comédie (au dernier chant de lEnfer).
Le diable (en latin : diabolus, du grec , issu du verbe , signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « trompeur, calomniateur ») est une entité personnifiant l'esprit du mal. Les conceptions qu'on peut en avoir sont très variables et contextuelles. Il peut s'agir d'une unique entité source de la totalité du mal, « Diable » étant alors l'un de ses noms propres, aux côtés d'autres noms comme Lucifer ou Satan dans la Bible, Iblis (« le désespéré ») dans le Coran Le diable peut aussi être une entité aisément trompée par un humain un peu astucieux, dans des contes folkloriques. C'est également un nom commun désignant des personnages mythologiques malfaisants également dotés d'un nom propre comme Méphistophélès ou Belzébuth.
La religion liée au culte du diable en tant qu'expression de Dieu est le satanisme. Le problème de l'existence du mal, ou du fait que le diable peut agir pour susciter le mal, est le sujet de la théodicée.
Les représentations du diable sont très variables, y compris au sein d'une même culture, traduisant la grande variété des formes du mal. L'un des aspects du mal étant le désordre cosmique, le diable brouille les frontières entre l'humain et l'animal, le masculin et le féminin ; il peut être purement animal (oursL'Ours. Histoire d'un roi déchu, Michel Pastoureau, Éditions du Seuil, janvier 2007 (fiche du livre, sur Le Monde des Pyrénées)., bouc, dragon, serpent, rapace), prendre une forme humaine, ou celle d'une créature chimérique. Il est doté le plus souvent de traits hideux et repoussants, mais parfois aussi séducteurs. Il est souvent montré en train d'accomplir un acte vil (torturer, manger des enfants, forniquer) ou d'être terrassé par un esprit du bien.
L'idée d'une entité représentant la personnification du mal sous tous ses aspects et combinant les fonctions de maître de l'inframonde (l'enfer), destructeur du cosmos et responsable des pires aspects de l'humanité semble être apparue avec le monothéisme. Dans les religions antérieures, les divinités sont plutôt maîtresses d'un domaine particulier dans lequel elles président aussi bien au mal qu'au bien (à l'exemple d'Apollon qui est à la fois celui qui apporte la maladie et la guérison). L'élaboration de cette figure originale emprunte peut-être aux religions polythéistes pratiquées au Moyen-Orient.
Dans le manichéisme, le « mal » est à égalité avec le principe du « bien », l'un et l'autre correspondant à dieu. Dans la tradition judéo-chrétienne, le « mal » et le « bien » ne sont pas égaux : les anges déchus étaient des créatures de Dieu qui n'ont pas été créés mauvais mais ont chu en se voulant les égaux de Dieu et en le rejetant ; eux et leur chef appelé le « diable » tentent de répandre le mal en agissant auprès des hommes et des femmes par la tentation. Ce faisant, le diable a rejeté le bien et il est à l'origine du mal : « Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge » (Jean - .).
Personnifications du mal dans les religions polythéistes
Il semble que la notion de division de puissance en une force du bien et une du mal soit relativement récente dans l’histoire des croyances. Dans les cultes plus anciens, le bien et le mal sont tous deux issus de la même déité, puisque celle-ci est considérée comme contenant tout ce qui existe. La même déité est donc à la fois capable de bien et de mal. Un exemple en est donné par la déesse à tête de lionne de l’Égypte antique Sekhmet qui détruit l’humanité (sur ordre de Rê) mais qui est aussi vénérée pour son pouvoir de protection et de guérison. On peut aussi citer Loki, dieu scandinave qui tue vicieusement Baldr, mais qui sauve le domaine des dieux Aesirs de la géante Skadi.
Dans les religions primitives, chaque clan ou tribu possède son dieu avec tous ses attributs, cause du bien et du mal qui arrive aux hommes. Le polythéisme est considéré, dans cette argumentation, comme un rapprochement des divers clans, chacun possédant sa propre divinité. L’union d'un dieu mâle et d’une déesse femelle reflète l’union réussie et égalitaire de deux clans. Lorsqu’au cours du rapprochement de deux clans, une divinité en remplace une autre pacifiquement, elle est alors décrite comme ayant été engendrée par l’ancien dieu : elle est le fils ou la fille de ce dieu alors déchu et dont le culte devient secondaire. Enfin, et c’est là que l’origine du principe du mal personnifié pourrait résider, lorsqu'un clan est belliqueusement conquis, la déité de ce clan se voit attribuer tous les principes mauvais et est considérée par les conquérants comme la source de tout mal et, par conséquent, fait peur et devient crainte. Un exemple de cette théorie est donné par l’évolution du culte de Seth (Setekh) dans l’Égypte antique au profit de celui d’Horus, voir le paragraphe ci-dessous consacré à l'Égypte.
La plupart des religions précédant le christianisme intègrent un ou plusieurs dieux incarnant le mal, qui par certains aspects rappellent le diable des religions monothéistes. Contrairement à la vision chrétienne cependant, ces divinités ont généralement un double visage et parallèlement à leur dimension malveillante, sont l'objet d'un culte pour leurs aspects positifs. Elles ne sont en outre fréquemment la cause que d'une des facettes du mal et de ses manifestations.
Mésopotamie
La religion mésopotamienne est l'une des premières à représenter l'univers comme le champ de bataille de l'affrontement cosmique entre le bien et le mal. L'épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte connu, marque déjà la première apparition d'un personnage diabolique dans la figure de Huwawa. Ce géant monstrueux garde la forêt de cèdres dans laquelle Gilgamesh veut couper le bois qui manque à son peuple. Gilgamesh occit le monstre, mais n'en retire aucune gloire et se voit au contraire puni par Enlil, seigneur du ciel et roi des dieux. Huwawa, au-delà de ses aspects terrifiants (), représente en effet une force naturelle au caractère sacré.
Perse
Zarathoustra bouleverse la religion perse (le mazdéisme) en remplaçant les dieux existants par deux entités, l'une bénéfique, Ahura Mazda, dieu de la lumière apportant l'ordre, l'autre Ahriman ou Angra Mainyu, présidant aux forces destructrices. Cependant, Ahriman est subordonné à Ahura Mazda. Cette interprétation donne au dieu bienveillant le rôle de juge ultime qui laisse les démons tenter l'humanité et n'intervient qu'en dernier recours pour empêcher la victoire du mal.
Égypte vignette|redresse=.5|Anubis, le seigneur de la nécropole.
Les Égyptiens n'avaient pas à proprement parler de diable dans leur panthéon. Le mal pourrait être associé à Seth qui découpa son frère Osiris. Pour ce qui est de l'au-delà, la tradition voulait que la déesse Maât pèse le cœur des morts à l'aide de la plume de la vérité. Si l'homme avait des choses à se reprocher alors le cœur était plus lourd que la plume et le cœur du condamné finissait avalé par Ammit, un démon femelle mélangeant hippopotame, lion et crocodile et se retrouvait alors, selon leurs croyances, dans le néant où, selon certaines versions, il était battu pour l'éternité par neuf démons, hommes à tête de chacal, armés de couteaux (l'équivalent des diables de l'Enfer dans les traditions chrétiennes). Anubis, souvent considéré à tort comme le diable égyptien n'avait d'autre rôle que de guider les morts et de veiller sur la nécropole où étaient admis les gens jugés dignes d'y rester. Pour les peuples de Basse Égypte, Seth était un dieu bienveillant, rôle occupé par Horus (et Osiris) en Haute Égypte. Lors de l’unification de la haute et de la basse Égypte, Horus et Seth devinrent, dans un premier temps, frères, et furent vénérés comme un dieu bifide Hâpy, puis, le temps aidant, Seth fut considéré comme inférieur à Horus pour finalement personnifier la source de tout mal, le Satan de l’ancienne Égypte. Seth fut fréquemment représenté comme un serpent noir, un porc noir ou encore par un homme aux cheveux roux. Les mots rouge et désert — la basse Égypte où Seth était vénéré est désertique — sont très proches l’un de l’autre en hiéroglyphique égyptien. On trouve un point de vue intéressant sur la confrontation d'Horus et de Seth dans La magie d'Hénok, en particulier dans la quatrième partie. Hiramash y avance l'idée que Seth était le dieu de la Volonté, représentant l'époque matriarcale de l'Humanité, tandis qu'Horus était le dieu de l'Amour, représentant l'époque patriarcale qui aurait suivi. Horus aurait, selon cet auteur, évincé Seth pour installer un règne de puissance, prétextant l'Amour pour se détourner de la sexualité et des forces de la Terre ; Seth est alors « requalifié en diable » par Horus le vainqueur, et par conséquent tout ce qui est féminin sera désormais considéré comme au mieux inférieur, au pire diabolique. Toujours selon cette hypothèse, le règne d'Horus marquerait le début des grandes institutions, des États et des polices dans le monde entier.
Canaan
Grèce vignette|redresse=.5|Haut-relief de Pan, connu comme « satyre della Valle », près du théâtre de Pompée.
Si la distinction entre le bien et le mal est parfois diffuse, de nombreuses déités présentent deux facettes, l'une bienveillante et l'autre malveillante. Hésiode affirme néanmoins que les mauvaises actions sont punies par les dieux qui confient aux Érinyes la tâche de tourmenter ceux qui vont contre les lois du cosmos. C'est avec Platon qu'apparaît une distinction plus claire entre l'aspiration au monde des idées et la tentation de céder aux besoins matériels, une opposition inspirée notamment par le combat de Zeus et Dionysos contre les Titans.
Les philosophes de la Grèce antique ont cependant une faible influence sur la vision anthropomorphique que leurs contemporains, dans toutes les strates de la société, ont des dieux et expliquent encore par des travers très humains les vicissitudes de leur existence.
La mythologie grecque marque la représentation du démon dans le christianisme médiéval, en particulier à travers Hermès — le messager des dieux est en effet également le dieu des voleurs et celui qui mène les morts dans l'infra-monde — mais surtout son fils, Pan. Celui-ci transmettra en effet au diable cinq de ses traits de caractère les plus reconnaissables : les sabots, les cornes, le bouc, les pattes velues et l'odeur pestilentielle.. En particulier, sous l'influence d'Augustin d'Hippone et d'autres Pères de l'Église qui voient dans la recherche effrénée de l'érotisme un obstacle à la vie de l'âme, les artistes se tourneront vers Pan comme source d'inspiration pour la représentation d'un démon qui en faisant paraître les séductions terrestres comme des absolus, détourne de la vie spirituelle.
Dans les religions abrahamiques vignette|redresse=.6|Un ange déchu du Paradis, par Gustave Doré.
D'un point de vue théologique, le diable est considéré comme un ange révolté contre Dieu, déchu et précipité en enfer (sur terre), qui pousse les humains à faire le mal. Si traditions considèrent que le mal vient aussi de Dieu, et que le diable n'est qu'un de ses aspects ou de ses agents, la plupart lui donnent une dimension autonome. Dans ce cas, selon certains, Dieu laisse dans une certaine mesure le champ libre au diable, tout en conservant la possibilité de le ré-enchaîner, alors que pour les Manichéens la lutte entre ces deux forces ne peut être arbitrée que par l'Homme.
Judaïsme