Théodora Porphyrogénète (en grec : ), née vers 980 et morte le , est impératrice byzantine à deux reprises : brièvement en 1042, puis de 1055 à 1056.
Elle est la troisième fille de l'empereur . Au début du règne de , elle est accusée de complicité dans la conjuration de et Constantin Diogène. Après avoir été reléguée dans un couvent par sa sœur Zoé, elle est portée au pouvoir par la foule le lors d'une révolte contre . Couronnée le lendemain, elle règne conjointement avec sa sœur Zoé jusqu'à l'avènement de . À la mort de celui-ci, elle réclame le trône comme dernière descendante de la dynastie macédonienne. Son règne autoritaire et sa nomination de membres du clergé lui valent de nombreux ennemis tant parmi les fonctionnaires du palais que dans l'Église. Sur son lit de mort, elle se rend aux souhaits de son entourage et désigne pour lui succéder. Après sa mort, une période de déclin commence pour l'empire, laquelle devait se prolonger jusqu'à l'accession d' en 1081Kazhdan, ..
Les premières années
Théodora est la plus jeune des trois filles de l'empereur et d'Hélène, fille d'AlypeKazhdan, .. L'aînée, Eudoxie, qui porte les traces d'une attaque de petite vérole, prend le voile encore jeune. Si l'on en croit le chroniqueur Psellos, les deux autres sœurs, Zoé et Théodora, sont très différentes l'une de l'autre aussi bien physiquement qu'intellectuellement. .
Sa qualité de porphyrogénète en fait une épouse possible pour l'empereur romain d'Occident, , qui dépêche une ambassade à Constantinople en 996 afin d'obtenir la main d'une des trois sœurs, peu importe, semble-t-il, laquelleNorwich, .. Probablement en raison de son apparence physique, on préfère Zoé à Théodora ; le mariage n'eut cependant pas lieu, Otton décédant au moment où Zoé arrivait en ItalieNorwich, ..
À partir de ce moment, Théodora vit dans l'ombre du gynécée impérialNorwich, .. Son oncle, , étant mort sans enfant et son père, , n'ayant eu que des filles, elle est ramenée au centre de la politique impérialeCanduci, .. ne s'était guère préoccupé de sa succession jusqu'à ce qu'il tombe mortellement malade, le . Ses conseillers lui suggèrent de marier l'une de ses filles à Romain Argyre, un sénateur sexagénaire issu d'une vieille famille aristocratique, afin d'assurer la succession par alliance. Déjà marié, le sénateur doit choisir entre le divorce suivi de son élévation au trône et l'aveuglement. D'après Jean Zonaras, le choix de Constantin se serait porté sur Théodora, plus intelligente que sa sœur et, dans la quarantaine, encore capable de produire un héritier. Célibataire déjà endurcie, celle-ci refuse sous prétexte que Romain et elle sont proches parentsZonaras, cité par Norwich, ., de telle sorte que Constantin doit choisir Zoé, laquelle n'est que trop heureuse d'épouser Romain et de devenir impératrice.
Romain étant ainsi monté sur le trône, Théodora se retire de nouveau au gynécée où la jalousie de sa sœur, qui ne lui pardonne pas d'avoir été le premier choix de son père, continue à la poursuivre. Zoé convainc son époux de faire espionner Théodora grâce à un de ses agents chargé de sa maisonFinlay, .. C'est ainsi que Théodora est accusée de comploter avec de Bulgarie pour s'emparer du trône. De nouvelles accusations sont portées contre elle en 1031, cette fois comme faisant partie d'une conspiration menée par l'archonte de Sirmium, Constantin DiogèneKazhdan, .. Elle est envoyée de force au monastère de Petrion par sa sœur afin . Elle y reste treize ans pendant que sa sœur dirige l'empire avec ses époux successifs, et .
Co-impératrice avec Zoé thumb|Histaménon de Zoé et Théodora.
Lorsque meurt en , Zoé adopte un neveu de ce dernier qui est couronné sous le nom de Finlay, .. Celui-ci, souhaitant évincer l'impératrice, l'accuse de tenter de le tuer et l'exile dans un monastère de l'île de PrinkipoNorwich, .. La déposition de Zoé et son exil créent un vif mécontentement dans la population ; cette dernière se révolte et exige non seulement le retour de Zoé, mais également un meilleur traitement pour Théodora, deuxième rejeton de la souche impérialePsellos, livre cinq, -Théodora, .. Une délégation conduite par Constantin Kabasilas est donc dépêchée au monastère de Pétrion pour convaincre Théodora de revenir à Constantinople afin d'être associée au trône avec Zoé. Réfugiée dans le sanctuaire du monastère, Théodora rejette cette proposition. Il faut qu'une armée de citoyens l'arrachent au sanctuaire, la revêtent d'une robe somptueuse et l'amènent à la basilique Sainte-Sophie où elle est acclamée impératricePsellos, livre cinq, -Théodora, .. À cette nouvelle, l'empereur et son oncle se réfugient au monastère du Stoudion, endroit de grand prestige et asile normalement inviolable d'où la foule les fait sortir pour leur crever les yeux, les rendant ainsi impropres à régnerPsellos, livre cinq, -Théodora, à ..
Les sénateurs pour leur part hésitent entre Zoé, l'aînée des deux sœurs, toujours dans le palais, et Théodora, réfugiée à Sainte-Sophie, bénéficiant de l'appui de la population. Zoé met fin à leur dilemme en faisant venir Théodora au palais où elle l'embrasse et promet de partager le pouvoir avec ellePsellos, , -Théodora, ..
Un partage quelque peu inégal toutefois, puisque Zoé en tant qu'aînée reçoit la préséance d'honneur devant Théodora qui ne paraît pas s'en offusquer, habituée à vivre dans l'ombre. C'est cette dernière cependant qui est le véritable cerveau de cette administration conjointe dont les résultats semblent mitigés. Selon Psellos, les deux sœurs ne comprennent rien à la politique et traitent sur un même pied affaires d'État et mesquineries de gynécée. Toutefois, autant Zoé se montre prodigue, dépensant sans compter, autant Théodora . Jean Skylitzès se montre moins catégorique, soulignant les décrets impériaux interdisant la vente et l'achat des hautes charges de l'État, les améliorations notables dans l'administration civile et militaire de l'État ainsi que des nominations fort sensées aux plus hauts grades de l'administration comme celle de Georges Maniakès en tant que catépan d'Italie avec rang de magisterNorwich, ..
En moins de deux mois cependant, cette « entente cordiale » commence à se lézarder. La jalousie de Zoé contre sa sœur devenant de plus en plus évidente, le peuple et les fonctionnaires du Palais prennent parti, les uns en faveur de Zoé, les autres de Théodora. Il devient rapidement évident qu'il faut une main plus assurée pour prendre les rênes de l'État, ce qui ne peut se faire que par le mariage de l'une ou l'autre sœur. Ne s'étant jamais mariée, Théodora s'y refuse absolument, alors que Zoé qui a déjà une grande expérience en ce domaine ne demande rien de mieux, jetant son dévolu . Le mariage a lieu le , mettant fin après trois mois au règne conjoint de Zoé et de Théodora.
Faible de caractère, d'une prodigalité encore plus grande que celle de son épouse, n'exerce le pouvoir que pour son propre plaisir, se révélant incapable de repousser les ennemis à l'intérieur et à l'extérieur de l'empire. De plus, il rend progressivement publique sa liaison de longue date avec une amante qui avait déjà été à ses côtés pendant un précédent exil, la nièce de sa femme défunte, SklerainaNorwich, .. Ce ménage à trois semble avoir été accepté non seulement par Zoé, mais également par Théodora que la sébaste comblait de rares pièces de monnaie et de médailles anciennes dont l'impératrice faisait avidement collection.
Il n'en va pas de même toutefois pour le peuple de Constantinople peut-être moins choqué par cette relation que par le manque de respect dont elle témoignait à l'égard des deux impératrices. Le , une procession impériale est troublée par des huées : . Ce n'est qu'après une apparition des deux impératrices que la foule accepte de se disperserNorwich, .. Même après la mort de son amante, Skleraina, en 1045 ou 1046, et celle de l'impératrice Zoé, en 1050, n'ose pas couronner sa nouvelle amante et lui donner le titre d'impératrice, ce qui aurait relégué Théodora au second rangPsellos, livre six, Zoé et Théodora-, ..
Seule impératrice
L'impératrice Zoé meurt en 1050, à l'âge de soixante-douze ans et l'empereur cinq ans plus tard en 1055. Celui-ci ne laissant pas d'héritier, la couronne revient donc à l'impératrice Théodora, entre-temps retournée au couvent. Constantin avait songé à écarter celle-ci du trône en faveur du gouverneur de Bulgarie Nicéphore ProteuonFinlay, .. C'était sans compter sur la force de caractère de l'impératrice qui, ayant eu vent de ses projets, quitte son couvent et fait voile vers Constantinople où elle arrive juste avant le décès de l'empereurPsellos, livre six, « Zoé et Théodora- », ..
Septuagénaire, l'impératrice, d'excellente santé physique et toujours alerte d'espritPsellos, , Théodora, ., prend fermement les rênes du gouvernement, déclarant qu'elle ne succédait pas véritablement à Constantin, mais reprenait simplement le pouvoir dont l'avait investi son père et dont elle avait été écartée par des intrusPsellos, livre six, Théodora, .. Elle va présider le Sénat, promulguer les lois, administrer la justice et échanger des ambassades avec fermeté pendant dix-neuf mois.
Sur le plan intérieur, son administration réussit à tenir en échec les abus de la noblesse. Mais elle se fait de nombreux ennemis en choisissant comme premier ministre Léon Paraspondylos, homme compétent, mais dont le manque de charisme politique lui aliène une bonne partie des hauts fonctionnaires de l'empire qui . Elle s'aliène également le patriarche de Constantinople dont la résistance au pape et à son envoyé, le cardinal Humbert de Moyenmoutier, avait quelques années plus tôt consacré le schisme de 1054 entre les Églises d'Orient et d'Occident. Non seulement le patriarche aurait voulu jouer un plus grand rôle dans les affaires de l'État comme il l'avait fait sous Constantin, mais il n'appréciait nullement qu'une femme s'ingère dans le processus de nomination des évêques, privilège réservé selon lui aux hommesPsellos, livre six, Théodora, .. Enfin, les purges au sein du haut commandement militaire affaiblissent substantiellement l'armée. Si on peut comprendre qu'elle ait fait exiler Nicéphore Bryenne après que le tagma d'Occident eut voulu le proclamer empereur à la place de ThéodoraTreadgold (1996), ., le limogeage de généraux fort compétents comme Isaac Comnène et leur remplacement par des fonctionnaires subalternes s'avèrent lourds de conséquences.
Le court règne de Théodora a des conséquences désastreuses pour la politique étrangère de l'empire en Orient, les successeurs des conseillers de prenant systématiquement le contre-pied des premiers. Alors que la paix avec le Califat fatimide avait été au cœur de la politique des souverains précédents, Théodora cesse les envois de grain aux sujets syriens du calife, ce à quoi celui-ci répond en interdisant l'entrée du Saint-Sépulcre aux pèlerins allant à Jérusalem et en rendant la vie difficile à ses habitants chrétiens. Par contre, en Occident, les conséquences du schisme de 1054 tendent à s'atténuer lorsque le pape cherche l'alliance de Constantinople contre les Normands. De même, un échange d'ambassades tente de mettre sur pied une alliance entre le Saint-Empire romain d' et l'Empire romain d'OrientBréhier, ..