Le Thompson (souvent surnommé dans le langage populaire) est un pistolet-mitrailleur développé aux États-Unis par Auto-Ordnance Corporation sous la direction de John T. Thompson entre 1917 et 1919. Conçu à l’origine pour la guerre des tranchées, il arrive trop tard pour être utilisé pendant la Première Guerre mondiale. Ne rencontrant pas un grand succès sur le marché militaire, l’arme est d’abord essentiellement vendue sur le marché civil. Elle est ainsi utilisée à partir de 1926 par les bandes criminelles des comme l’Outfit de Chicago, au point de devenir un accessoire emblématique du gangster de la prohibition. Ce n’est qu’à la fin des années 1930, avec l’imminence de la guerre, que l’arme rencontre le succès auprès des militaires, pour lesquels elle est produite à plus d’un million d’exemplaires.
Il existe ainsi une différence importante entre les modèles d’origine, M1919 à M1928, et les modèles de guerre, les M1928A et M1. Les premiers sont des armes dont la mécanique complexe est usinée avec soin dans des matériaux de qualité. Coûteux, ils n’ont été produits qu’en faible quantité. Les seconds, produits pour répondre à la hausse brutale de la demande militaire causée par la Seconde Guerre mondiale, sont simplifiés au maximum et fabriqués dans des matériaux plus abordables afin de réduire le plus possible le coût et la durée de fabrication.
Bien que le Thompson ait été décliné en de nombreuses versions, presque toutes tirent la cartouche .45 ACP. Les premières versions peuvent utiliser des chargeurs tambours de cinquante ou cent cartouches, qui sont appréciés par les criminels. Ceux-ci ne sont pas utilisables sur les versions militaires, ces derniers leur préférant les chargeurs droits de vingt ou trente cartouches. Sur le plan mécanique, l’arme fonctionne avec une culasse non calée et tire culasse ouverte : bien qu’un système de calage existe sur les premières versions, celui-ci s’est révélé avoir un effet négligeable en pratique et a été par la suite supprimé sans que cela n’affecte le fonctionnement.
Histoire Contexte Pendant la Première Guerre mondiale, les affrontements à très courte portée ayant lieu dans les tranchées font émerger le besoin d’une arme plus facile à manipuler et tirant plus rapidement que les fusils. Les Allemands introduisent une nouvelle arme à partir de la fin de l’année 1916, le pistolet-mitrailleur. En 1917, il n’existe pas d’équivalent dans les forces de l’Entente. Les Britanniques considèrent leurs propres soldats comme trop incompétents pour leur confier une arme automatique. Les Français disposent eux de la mitrailleuse Chauchat et du fusil semi-automatique modèle 1917, mais ces armes n’égalent pas les performances du MP18 allemand. Après leur arrivée en 1917, les Américains se rendent rapidement compte que si le Colt M1911 est adéquat, le fusil Springfield M1903 l’est moins et cherchent à se procurer une arme complémentaire.
Développement initial vignette|John Thompson tenant une M1921.|alt=photographie en noir et blanc montrant un homme âgé montrant une mitraillette Rappelé en 1917 au poste de responsable des armes légères de l’Army Ordnance Department, le brigadier général John Thompson lance les recherches sur un pistolet-mitrailleur qu’il veut léger et maniable. Il met en parallèle à contribution l’entreprise d’armement Auto-Ordnance Corporation qu’il dirige avec son fils Mercellus. Celle-ci produit en 1917 un prototype appelé Auto-Rifle. Il s’agit d’un fusil automatique ressemblant au M1917 Enfield et utilisant la même cartouche de .30-06 Springfield, mais avec un verrou de culasse inventé par le physicien John Blish. L’arme ayant tendance à exploser, elle est révisée par les ingénieurs en armement Theodore Eickhoff et Oscar Payne. Ceux-ci attribuent le problème à la puissance trop importante de la cartouche et recommandent de la remplacer par celle de .45 ACP, moins puissante mais ayant tout-de-même un important pouvoir d’arrêt.
Le prototype de l’arme révisée est produit en et appelé Persuader, mais il ne fonctionne pas correctement et s’enraye toujours au bout de quelques coups. Ce n’est qu’en 1919 que tous les problèmes parviennent à être résolus avec la production de l’. Bien qu’en état de fonctionner, l’arme doit toutefois encore faire l’objet d’améliorations pour devenir vraiment utilisable. Entre vingt et quarante prototypes sont ainsi produits avant qu’elle puisse enfin entrer en production sous la désignation M1919.
Les années 1920 : entre innovations et échecs commerciaux alt=photographie en noir et blanc d’un policier en uniforme pointant une mitrailette|vignette|Membre de l’unité spéciale de la police de New York armé d’une Thompson, en 1926.|gauche L’Auto-Ordnance Corporation n’ayant pas les moyens de produire en masse le M1919, la majeure partie de la production est sous-traitée à l’usine de la Colt Patent Firearms Company à Hartford. Un contrat pour la fabrication de quinze mille exemplaires est signé en et la production débute le au rythme de cent exemplaires par jour. En réalité, Colt ne réalise que l’usinage de la carcasse et de la culasse, ainsi que l’assemblage final. Les pièces usinées par Colt sont forgées par Billings & Spencer à Hartford, les pièces en bois par Remington Arms à Ilion, les canons par la Savage Arms Corporation, tandis que les organes de visée et les compensateurs sont fabriqués par la Lyman Gunsight Company.
Ce contrat est également l’occasion d’améliorer la conception. La nouvelle version est appelée Modèle 1921A et se distingue en particulier par l’ajout d’une crosse, le Thompson n’en ayant pas été doté jusque-là. L’autre innovation majeure de cette période est l’introduction en 1927 du compensateur, qui permet d’améliorer le contrôle de l’arme lors du tir automatique. Divers modèles particuliers, notamment utilisant d’autres cartouches, sont également produits en petites quantités dans les années 1920.
En dépit de la multiplication des modèles et l’amélioration de l’arme, les ventes demeurent néanmoins largement en berne. En dehors de mille cinq cents exemplaires pour l’US Navy, aucune armée ne s’est portée acquéreuse, malgré des évaluations généralement positives. Jusqu’en 1928, seuls dix mille trois cents exemplaires tous modèles confondus ont été vendus et l’entreprise Auto-Ordnance se maintient pendant plusieurs années au bord de la faillite.
Production de masse Après plusieurs années difficiles, le M1928 est adopté de manière limitée par l’US Army en , mais les commandes restent peu nombreuses. Marcellus et John Thompson, actionnaires majoritaires d’Auto-Ordnance, meurent respectivement en 1939 et 1940, ce qui entraîne le rachat de l’entreprise par Russell Maguire, qui la renomme Thompson Automatic Arms Corporation. En parallèle, les événements en Europe suscitent l'accroissement brutal de la demande. Maguire octroie alors à Savage Arms Corporation une licence pour produire dix mille M1928A. Néanmoins, la complexité de la chaîne logistique, un grand nombre de pièces provenant de divers sous-traitants, ralentit le lancement de la production, qui ne débute qu’en .
En , la production du M1928A1 atteint . Entretemps, une version simplifiée nommée M1 a vu le jour afin de réduire le coût et le temps de production. Sa production débute au printemps 1942 et en sont produits avant son remplacement par une version améliorée, la M1A1. La production de celle-ci s’arrête à la fin de l’année 1944 après que ont été produits. À l’arrêt de la production militaire en 1944, le nombre total de M1928A1, M1 et M1A1 est de .
Utilisateurs Criminels Bien que Thompson n’ait pas voulu que son arme soit vendue aux civils, celle-ci se retrouve rapidement entre les mains de criminels du fait de l’absence presque totale de contrôle sur la vente et la circulation des armes à feu à cette époque. Ainsi, dès , une Thompson est utilisée lors de l’assassinat à Chicago du procureur William McSwiggin. La situation s’aggrave après le départ de Thompson et la mort de Thomas Ryan en 1928, le nouveau dirigeant John Larkin ouvrant totalement la vente au marché civil afin d’augmenter ses profits. Le nombre total de Thompson acquises par les gangs est estimé à environ cinq cents en 1928. Elle y gagne divers surnoms, comme (« hachoir ») ou , tandis que les hommes de main qui en sont porteurs sont appelés des .
La politique de Larkin est toutefois vivement contestée après le massacre de la Saint-Valentin et il est contraint de démissionner en . Les nouveaux dirigeants restreignent alors considérablement la vente en ne permettant que les commandes directes à l’entreprise. Cela ne freine guère l’usage criminel et le Thompson est largement utilisé au cours des années 1930 par les criminels. Il est particulièrement utilisé par des gangs de braqueurs, comme ceux de John Dillinger ou Ma Barker, qui écument la campagne, où la police est démunie face à une telle puissance de feu.
Services gouvernementaux vignette|redresse|Publicité des années 1920 vantant les mérites du Thompson pour les forces de l’ordre dans l'Ohio.|alt=affiche intitulée « Thompson Anti-Bandit Gun » avec un policier tenant une mitraillette Les services de police commencent à acheter le Thompson dès le début des années 1920, mais il s’agit la plupart du temps de petites commandes du fait des faibles budgets des polices locales. Ainsi, la police de New York en achète dix exemplaires en . La première commande d’importance d’un service gouvernemental provient de l’US Postal Service, qui commande vers 1927 deux cents exemplaires du M1921 pour fournir davantage de puissance de feu aux équipes protégeant les trains postaux. Ces armes sont ultérieurement converties en M1928. Dans le même temps, l’entreprise fait évoluer sa communication et fait la promotion du Thompson sous le nom de « l’arme anti-bandits », ce qui fait fortement augmenter les ventes.
Sous l’impulsion de John Edgar Hoover, le nouveau Federal Bureau of Investigation achète cent quinze Thompson afin de lutter contre les bandes criminelles. En parallèle, une école de tir est mise en place à Quantico. Ces armes arrivent toutefois tardivement, la plupart des gangs ayant déjà été démantelés à cette date.
Groupes armés Les budgets militaires des États ayant été fortement réduits après la fin de la Première Guerre mondiale, le Thompson est d’abord acheté par des groupes paramilitaires. L’Irish Republican Army est de fait la première force à s’en procurer lorsque Frank Ochsenreiter, un sympathisant de l’IRA aux États-Unis, en commande cinq cents exemplaires en . Ochsenreiter évolue dans le cercle des proches de Thomas Fortune Ryan, un des propriétaires d’Auto-Ordnance et lui-même membre du Clan na Gael. La destination des armes est donc probablement connue de l’entreprise, d’autant qu’une réduction généreuse est faite sur le prix de la commande. Bien que la majeure partie des armes aient été immobilisées par la police de New York lors d’une tentative d’exportation ratée, quelques-unes parviennent néanmoins dans l’année en Irlande. L’arme y est utilisée pour la première fois lors de l’attaque par l’IRA d’un train transportant des soldats du le à Drumcondra. Parmi les Thompson livrés figurent notamment les quarante exemplaires de préproduction, ce qui tend à confirmer l’hypothèse que les dirigeants de l’Auto-Ordnance Corporation ont été informés et impliqués dans ces ventes.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Thompson fait partie des armes parachutées aux groupes de résistance dans l'Europe occupée par les nazis.
Militaires Forces armées américaines vignette|Un Marine armé d’une Thompson M1 à Okinawa.|alt=photographie en noir et blanc montrant deux soldats avançant dans un paysage dévasté, l’un épaulant une mitraillette|gauche