Le Maghreb central, de l'arabe , (Al-Maghrib Al-Awsat) est un espace politique et géographique médian dans l'Afrique du Nord médiévale, situé entre l'Ifriqiya, à l'Est, et le Maghreb al-Aqsa, à l'Ouest, entre les . Au gré des dynasties, et des pouvoirs locaux, ses limites sont fluctuantes mais correspond généralement à une grande partie de l’Algérie du Tell et de son Sahara septentrional. Il est bordé, au Nord, par la mer Méditerranée.
Après la conquête des Arabes omeyyades (), il se détache du califat à la faveur de la Grande révolte berbère qui culmine à bataille des Nobles (740) où les Berbères remportent une victoire décisive. Ainsi du au siècle, le Maghreb central est indépendant politiquement des califes d'Orient. Des États locaux monarchiques d'obédience berbère, kharéjites (branche contestataire de l'islam) et égalitaires, naissent alors comme les Ifrénides de Tlemcen, ou les Rostémides de Tahert. Le Maghreb central est alors vu dans l'historiographie arabe comme le territoire des communautés berbères dissidentes avant l'avènement des Fatimides () portés par la révoltes des tribus Kutama qui les conduiront jusqu'en Égypte. Sa position médiane fait qu'il est également soumis à l'empiètement de pouvoirs concurrents sur ses marches : c'est le cas des Aghlabides () à l'Est ou des Almoravides à l'Ouest ().
Plus tard, après cette courte période fatimide, il voit l'émergence d'autres dynasties berbères islamiques locales comme les Zirides () et les Hammadides () qui ancrent l'islam sunnite. Cette période voit l'arrivée de tribus arabes hilaliennes qui, tout en étant minoritaires, apportent une certaine influence sur la sociologie du Maghreb. Béjaïa, est le théâtre de la rencontre entre Abd el-Mumin, futur calife almohade originaire des Trara, et de Ibn Toumert, un prédicateur originaire du Souss dans le Maghreb al-Aqsa, qui aboutira sur la création du mouvement puis de l'Empire des almohades () dont le Maghreb central ne sera qu'une partie pendant plus de 70 ans. En 1238, l'Empire des Almohades se morcèle et voit le Maghreb central se reformer autour d'un sultanat des Zianides à Tlemcen au , et d'un sultanat rival à Béjaïa au .
À partir du , le Maghreb central se morcèle politiquement : le rôle des confédérations tribales, les confréries maraboutiques, cités autonomes, ainsi que l'agitation de tribus dissidentes affaiblissent les sultans de Tlemcen et de Béjaïa. Les découvertes maritimes des Portugais ouvrent la route maritime du golfe de Guinée ( siècle), et concurrencent par la navigation le commerce transsaharien comme axe de communication entre l'Afrique et l'Europe. La Reconquista puis l'offensive des Espagnols sur les côtes au début du poussent la population et certains dignitaires dans les villes à se tourner vers des corsaires turcs, comme les frères Barberousses, qui solliciteront l'intervention ottomane. C'est le début de la régence d'Alger qui se forme sur les décombres de l'Etat zianide, et des marches hafsides à l'Est : le centre du Maghreb est dès lors nommé localement « dawlat al-Jazâ’ir » (le pouvoir-État d’Alger).
Étymologie Les chroniqueurs de l’époque médiévale islamique du Maghreb distinguent trois ensembles avant l’installation de la régence d'Alger (dawla al-Jazâ’ir que l'ont peut traduite par « pouvoir-État d’Alger »). : Al-Maghrib al-Adna (Maghreb le plus proche, de l’Orient) ou l’Ifriqiya, Al-Maghrib Al-Awsat (Maghreb central ou médian) et Al-Maghrib Al-aqsa (Maghreb extrême).. Mais à ces découpages géographiques ne correspondent pas d’États stables et durablement fixés. Ainsi après les tentatives d’empires maghrébins, le Maghreb est partagé entre trois entités politiques : Hafsides, Zianides et Mérinides, États fluctuants qui rivalisent pour établir leur emprise sur tout le Maghreb mais qui peuvent selon Gilbert Meynier .
On parle également de pour cette région bornée par la Moulouya ou l'Atlas Moyen à l'Ouest, et jusqu'aux Constantinois et les Aurès, à l'Est, qui fut l'ancien fief de la civilisation numide et qui comporte de nombreux monuments funéraires antiques.
Terminologie L’emploi du terme « territoire » pour le Maghreb médiéval est discuté, car il repose sur une définition moderne impliquant une appropriation identitaire de l’espace et l’existence de frontières précisément délimitées. Des historiens, dont Mohammed Kably, soulignent le caractère anachronique de cette notion pour le Moyen Âge maghrébin qui réfute la notion de frontières. Toutefois, à partir du VIIIᵉ/XIVᵉ siècle, le discours et la pratique politiques témoignent d’une affirmation progressive par l’État de son autorité sur un espace qu’il cherche à contrôler.
La première référence au terme en arabe serait faite par le géographe andalou Al-Bakri dans son ouvrage Livre des routes et des royaumes, écrit en 1094. Il y mentionne que Tlemcen était la capitale de ce territoire, mais il n'en donne pas de délimitation précise. Al-Idrissi en fait également mention et associe le Maghreb central aux Hammadides et à Bougie qui en est la capitale. Cependant il est plus précis qu'Al bakri et donne une liste de localité en affirmant : « Parmi les localités du Maghreb central on compte : Ténès, Brechk, Alger, Dellys, Bougie […] ». Sous les Almohades, les provinces sont découpées autour du chef-lieu (Fez, Tlemcen, Bougie) et cette répartition ne fait pas apparaitre un territoire sous le nom de Maghreb central. Cependant Aboulféda réactive cette notion de Maghreb central au en reprenant les anciennes catégories de Al Idrissi, tout en y ajoutant les observations de Ibn Said : . Si Tlemcen et le royaume des Abdelwadides (Zianides) semblent identifiés parfois comme relevant du Maghreb extrême, l'usage de les situer au Maghreb central se fixe définitivement à partir du : al-Tanasī utilise l’expression « Maghreb central », témoignant de l’appropriation progressive de cette entité par les Abdelwadides. Au , il devient abondant dans les sources, sanctionnant sans doute l'échec des Mérinides à s'étendre à l'Est de leurs possessions.
A partir du , la cartographie du Maghreb central, par l'Occident chrétien, le représente comme un espace entre Tlemcen et Constantine. Il révèle aussi des choix surprenants de représentation. Par exemple sur la Carte de Mecia de Viladestes de 1413, parmi les villes représentées, certaines n’ont qu’un rôle secondaire dans l’organisation du territoire de la dynastie régnante des Abdelwadides comme Miliana ou Almedina (Médéa) , tandis que d'autres comme Albari , Bichest , Civitas Zenania, Calamati sont difficiles à identifier.
Plus tard, Ibn Khaldoun évoque ce concept bien que sa traduction française sous la forme semble apparaître pour la première fois dans les travaux de De Slane, qui a traduit l'ouvrage d'Al-Bakri.
Géographie alt=Une partie d'une carte médiévale sur laquelle est représenté le Maghreb selon un axe inversé, Sud en haut et Nord en bas. |vignette|380x380px|Le Maghreb central et extrême représentés dans la Tabula Rogeriana du géographe Al Idrissi ().Le Maghreb central correspond généralement à une grande partie de l'Algérie septentrionale. Pour d'autres auteurs et notamment Ibn Khaldoun, il s'agit d'un ensemble qui s'étend de la Moulouya jusqu'à Annaba.
À l'Ouest, l'oued Moulouya semble une manière commode de délimiter le Maghreb al-Aqsa du Maghreb central. La Moulouya constitue la limite est du « royaume de Fez » selon Léon l’Africain, et dans l'Antiquité elle était déjà la limite entre Maures et Massaessyles (Numides) selon Strabon et Pline, puis sous l'Empire romain la délimitation entre les provinces tingitane et césarienne. C'est cette limite qui est choisie lors du traité de Monteagudo en 1291 entre Castillans et Aragonais pour identifier les deux contrées et délimiter leurs zones d'influence en Afrique du Nord.
À l'Est, la limite du Maghreb central change selon les auteurs et les époques. Tantôt certains auteurs rattachent Béjaïa à l'Ifriqiya, contrée à l'Est du Maghreb central, alors que pour d'autres l'Ifriqiya commence à Bône (Annaba). Généralement la limite entre le Maghreb central et l'Ifriqiya est située dans l'Est algérien, à proximité des villes d'Annaba ou de Constantine. Au Nord et au Sud, la mer Méditerranée et le grand Sahara s'imposent comme limites naturelles consensuelles de cet espace.
Le territoire du Maghreb central, est caractérisé par d'imposantes montagnes parallèles à la côte, connues sous le nom d'Atlas tellien. L'Atlas tellien est divisé par des vallées fluviales comme le Chelif qui se jette dans la mer Méditerranée au port de Mostaganem ou le Soummam qui se jette dans la mer près de Béjaïa. D'ouest en est, il comprend : les monts du Tessala, l'Ouarsenis, le Titteri, les Bibans, les monts du Hodna et les Babors. Une autre ligne de chaînes de montagnes fragmentées, appelée l'Atlas saharien, est à peu près parallèle à la frontière sud du Maghreb central avec le Sahara. Ces chaînes sont d'ouest en est : les monts des Ksour, le djebel Amour, les monts des Ouled Naïl et les Aurès. L'unité de l'Atlas saharien est brisée par des dépressions telles que le chott el Hodna et le Zab. Entre l'Atlas saharien et l'Atlas tellien, il existe d'importantes plaines, en particulier à l'ouest entourant Tlemcen.
La succession des structures politiques au Maghreb central a, temporairement, pour conséquence une appropriation accrue et graduellement plus complète des territoires sahariens à travers le commerce. Les rapports entre royaumes du Nord du Maghreb et régions sahariennes sont distendus et particularisés localement, mais fondés avant tout sur les richesses tirées du commerce transsaharien. Les royaumes nord maghrébins du Moyen Âge, rostémide (- siècles), ziride (), hammadite (- siècles) et abdelwadide (- siècles) étaient spatialement des États de l’intérieur, centrés davantage sur les Hautes Plaines et le Tell que sur l’espace littoral méditerranéen, globalement au sud, leurs sphères d’influence se confondirent, de manière approximative, avec le sud de l’Atlas saharien, le long d’une ligne Chott Melrhir — sud de l’actuelle Laghouat — piémont des Monts des Ksour. L’espace saharien reste marqué par un fonctionnement de type réticulaire, structuré autour d'axes d'échange, ce qui invalide partiellement l’idée même de limites ou de frontières. Le contrôle de l’espace passe par celui des axes et des points. Ainsi, aucun royaume maghrébin ne réussit à imposer une marque durable sur l’organisation de l’espace saharien.
Histoire
La formation d'un espace historique
Après l'Ifriqiya, le conquérant arabo-musulman, Moussa Ibn Noçaïr créa trois nouvelles provinces : le Maghreb central avec Tlemcen pour capitale, le Maghreb al-Aqsa avec Tanger pour capitale, et al-Sūs al-Aqṣā. Le Maghreb central était considéré par les historiens arabes du Moyen Âge comme le territoire des communautés rurales berbères et lié souvent aux révoltes contre le pouvoir central arabe. Avant d’être intégré dans l’espace politico-économique fatimide. À l'ouest, la limite entre le Maghreb central et le Maghreb extrême est marquée par l'oued Moulouya.