le Khazar (en ), né à Constantinople le et mort le à Strongylon, est un empereur byzantin de la dynastie isaurienne qui règne de 775 à 780. Premier fils de , empereur de 740 à 775 et de sa première femme, Tzitzak, d'origine khazare (d'où le surnom de Léon), il est très jeune associé au pouvoir de son père et peut sans difficulté s'imposer sur le trône en 775. Marié à Irène l'Athénienne, il a alors déjà un fils, le futur , qu'il peut nommer comme son successeur désigné pour consolider une emprise dynastique alors de plus en plus forte, tout en veillant à se rendre populaire auprès de divers corps de la société byzantine.
Son règne reste largement méconnu et apparaît comme une période de stabilité et de continuité des réalisations de son père. Bien qu'il soit peu actif en matière religieuse, il demeure un partisan de l'iconoclasme instauré par ses prédécesseurs, sans toutefois mener de répression particulière. Il profite d'une situation extérieure plutôt stabilisée grâce aux efforts de son père et de son grand-père. Prudent en Occident, il poursuit l'incessant conflit de frontière avec le nouveau califat abbasside et son règne voit quelques succès d'ampleur face aux musulmans, sans parvenir à faire cesser leurs raids.
Atteint probablement de la tuberculose dès le début de son règne, meurt dès l'année 780 des conséquences de cette maladie, à l'âge de trente ans. Il laisse le pouvoir à son jeune fils et surtout à sa femme, Irène, qui détient la régence et s'apprête à inaugurer un épisode de pouvoir féminin, alors inédit dans l'histoire byzantine.
Sources Les sources qui permettent d'approcher le règne de sont peu nombreuses et se limitent fortement à la Chronographie de Théophane le Confesseur, un contemporain de l'empereur, qui l'a élevé au rang de strator, particulièrement critique des souverains iconoclastes mais qui épargne un peu plus Léon.. Son ouvrage, qui relate les événements de façon chronologique, est la base de la plupart des autres chroniques ultérieures qui décrivent la fin du . Par ailleurs, le récit du patriarche s'interrompt quelques années avant l'avènement de et ne peut donc être utilisé. Ce manque de matériau complique la bonne compréhension d'un règne court même si quelques autres récits peuvent être convoqués, comme ceux de Georges Cédrène, qui rajoutent des détails au début et à la fin du règne de Léon. Plus tardif, Cédrène pourrait s'être appuyé sur des textes perdus, comme celui du Pseudo-Syméon ou bien d'une chronique inconnue..
Contexte et accession au trône thumb|left| (à gauche) et son fils (à droite) d’après une pièce de monnaie de l’époque.|alt=Dessin représentant la face d'une pièce de monnaie avec deux portraits de deux homme en tenue impériale. vignette|Portrait d'Irène l'Athénienne, femme de , par William Bouguereau en 1897.|alt=Portrait d'une femme brune de profil. est le fils de , empereur byzantin de 741 à 775 et de sa première épouse, Tzitzak (renommée Irène après son mariage), originaire de l'empire des Khazars, installé au nord de la mer Noire et traditionnel allié des Byzantins face aux musulmans.. Il naît en 750 et il est possible qu'Anthousa de Constantinople, une fille de Constantin, soit sa jumelle. Il est dit porphyrogénète, c'est-à-dire né dans la pourpre car son père est déjà empereur. Surtout, il est le premier futur souverain byzantin à naître dans la Porphyra, la chambre impériale aménagée par et qui renforce le statut de porphyrogénète. Conformément au renforcement du principe dynastique alors en cours dans le monde politique byzantin, est très tôt associé au trône, puisqu'il devient coempereur alors qu'il a à peine un an, le . Cette pratique permet de consolider sa prétention au trône le jour de la mort de son père, même s'il ne participe guère au gouvernement de l'Empire avant le , date à laquelle il accède au pouvoir impérial. Au cours de ses années de minorité, apparaît sur les pièces de monnaie aux côtés de son père, tandis que son grand-père, , est représenté au revers, affirmant ainsi un principe de continuité familiale à la tête de l'Empire. C'est aussi en 768 qu'il épouse Irène l'Athénienne, issue d'une famille de l'aristocratie d'Athènes, peut-être à la suite d'un concours de beauté, même si cette pratique n'est pas encore attestée à cette dateSur la pratique byzantine des concours de beauté, qui apparaît avec certitude quelques années après la mort de , voir .. Légèrement plus jeune que lui, elle arrive à Constantinople en septembre et l'union est célébrée le , aboutissant à la naissance de leur seul enfant, le futur , en 770, prénommé ainsi en référence à son grand-père.
vignette|Carte de l'Empire byzantin au . Sous , les régions autour de Rome et de Ravenne ne sont plus byzantines tandis que la région hâchurée fait l'objet d'un conflit avec les Bulgares et les Slaves.|alt=Carte représentant le territoire détenu par l'Empire byzantin ver le règne de Léon IV.
Quand Léon devient seul empereur, la situation de l'Empire byzantin demeure fragile. Si son père et son grand-père ont rétabli la situation face aux Musulmans en Orient et face aux Bulgares en Occident, consolidant ainsi peu à peu les frontières sans pour autant parvenir à reprendre du terrain, l'Italie a été largement perdue. Enfin, diverses réformes intérieures, comme la création des tagmata (les régiments impériaux) par Constantin ont contribué à consolider l'administration et l'appareil militaire de Byzance. L'Empire byzantin fait désormais face à la concurrence d'un nouveau pouvoir en Occident, représenté par les Carolingiens, qui sont devenus les protecteurs de la papauté. Par ailleurs, la situation interne de l'Empire est fragilisée par l'affirmation de l'iconoclasme, ce mouvement de refus des images religieuses devenu la doctrine officielle de l'Empire après le concile de Hiéreia en 754, convoqué par . Or, l'opposition à l'iconoclasme persiste largement au sein de divers pans de la société byzantine, même s'il est difficile de mesurer à quel niveau a pu réprimer violemment toute contestation. Les dernières années de son règne sont notamment marquées par un raidissement dont l'ampleur demeure discutée. Cela atteste de crispations grandissantes dans la société byzantine, alors en profonde transformation.. Néanmoins, par rapport à la situation presque dramatique dans laquelle se trouvait l'Empire en 717, hérite d'un Empire stabilisé. L'affirmation de la dynastie isaurienne assure une certaine stabilité aux institutions politiques..
Politique intérieure vignette|gauche|Solidus datant du règne de . Celui-ci est représenté par l'homme à gauche au droit de la pièce, tandis que est à ses côtés sous des traits juvéniles. Au revers, c'est qui est représenté.|alt=Photographie des deux faces d'une pièce en or. Sur une face, ce sont les bustes de deux hommes qui sont représentés. Sur l'autre face, c'est le buste d'un homme qui y figure.
Si le statut de Léon comme successeur légitime de son père est plutôt solide, il ne néglige pour autant pas l'enjeu de la consolidation de son pouvoir. Afin de s’attirer les faveurs de la population, Léon commence son règne en faisant un donativum, c’est-à-dire une distribution au peuple et à l’armée d’importantes sommes d’argent, puisées sur le butin amassé par son père durant ses différentes campagnes. Dès 776, il décide de couronner comme coempereur son premier fils, , imitant ainsi l'action de son père. En parallèle, il s'assure de soutiens au sein de l'administration et de l'armée. Il nomme dans celle-ci diverses recrues, tant au sein des troupes thématiques, présentes dans les provinces de l'Empire, qu'au sein de tagmata qui constituent l'armée centrale. Par ailleurs, il nomme de nouveaux évêques. Ces différents actes contribuent à asseoir son autorité et, selon le récit de Théophane le Confesseur, l'armée aurait notamment insisté pour qu'il nomme son fils comme coempereur. Au moment du couronnement de son jeune fils, à la Pâques 776, il en profite pour rassembler les différents corps de la société byzantine ainsi que la population de la capitale pour faire reconnaître son héritier. Sont présents les sénateurs, les représentants d'une armée renforcée et divers corps de métiers. Il exige d'eux un serment écrit d'allégeance à son fils et à ses successeurs. C'est la première occurrence d'un serment demandé à un aussi vaste ensemble de sujets par un empereur byzantin, et Nicolas Svoronos a pu y voir un symbole de l'affirmation du principe dynastique dans un système encore en partie ouvert à d'autres modes de succession..
Ainsi, cet acte provoque l'ire des frères de Léon, qui ont pu se juger écartés de toute possibilité d'accession au trône et cela même si Léon nomme son plus jeune frère à la dignité de nobellissime. C'est principalement Nicéphore qui prend la tête du complot avec son frère Christophe, tous deux césars. Néanmoins, ils sont rapidement arrêtés en et Léon fait preuve de clémence.. Nicéphore perd son titre de césar tandis que ses complices sont exilés à Cherson, en Crimée byzantine, lieu habituel de relégation politique. En-dehors de ces événements, seul un autre complot est attesté, en 779, impliquant six dignitaires de la cour impériale, peut-être soutenus par les frères de Léon. Selon Théophane le Confesseur, ils auraient été arrêtés pour avoir vénéré des images, mais il est peu probable qu'il s'agisse de la seule raison.
Quelques entreprises de restauration de bâtiments sont attestées sous , qui reprend la consolidation des murailles de Constantinople entreprise par son père et envoie Théophane le Confesseur superviser la remise en état des remparts de Cyzique.
En matière de numismatique, il est notable qu'aucune pièce datant des sept premiers mois de son règne, soit avant le couronnement comme coempereur de son fils, ne soit répertoriée. Philip Grierson postule qu'il a souhaité attendre cet événement, étant donné sa santé précaire, pour renforcer la position de son fils. Il est également possible que l'association au trône de son fils ait dû être reportée. Comme pour les autres empereurs de sa dynastie, il fait apparaître plusieurs générations sur les pièces de monnaie, de son grand-père Léon III à son fils Constantin VI. La monnaie d'argent, le miliarésion garde le style classique de ses deux prédécesseurs, de même que les follis de bronze, 325-327..
Politique religieuse vignette|Portrait de dans le manuscrit Mutinensis gr. 122 du .|alt=Portrait d'un homme jeune sur la page d'un manuscrit.