Hélène Brion, née le à Clermont-Ferrand et morte le à Ennery, est une institutrice, militante féministe et pacifiste, syndicaliste, auteure de La Voie féministe. Son engagement au sein des organisations pacifistes la font accuser de trahison et elle comparaît devant le Conseil de guerre en 1918. Elle se défend en plaidant la cause du féminisme. Tout au long de sa vie elle élabore une Grande Encyclopédie féministe qui n'a jamais été publiée.
Biographie
Enfance et formation Hélène Brion, de son nom complet Hélène Rose Louise Brion, naît à Clermont-Ferrand le , d'un père clerc avoué, devenu officier.. En 1892, ses parents divorcent et elle est recueillie par sa grand-mère paternelle à Authe dans les Ardennes.. À , en 1894, elle entre à l'école primaire supérieure de jeunes filles Sophie-Germain à Paris et obtient le brevet supérieur en 1900[réf. souhaitée]. Sa mère décède en 1900 et son père en 1902.
Engagement syndical et pacifisme En 1905, elle devient institutrice en école maternelle dans le département de la Seine. Elle s'inscrit au syndicat des instituteurs et des institutrices ainsi qu'à la SFIO. Elle s'engage aussi dans de nombreuses organisations féministes : Le Suffrage des femmes, l’Union fraternelle des Femmes, la Fédération féminine universitaire, la Ligue pour le droit des femmes, l’Union française pour le suffrage des femmes, la Ligue nationale du vote. Elle milite pour que les droits de la femme tant au travail qu'à la maison soient reconnus. À cette époque en effet, une femme ne dispose d'aucun droit politique, ne peut pas être la tutrice de ses propres enfants, et elle est sous-payée dans le monde du travail.
En 1911, Hélène Brion est titularisée à l'école maternelle de la rue Candale à Pantin. En 1912, elle est élue au comité confédéral de la fédération des instituteurs de la CGT, dont elle devient la secrétaire adjointe en 1914. La guerre et la mobilisation réduisant la taille du bureau, Hélène Brion en devient secrétaire générale par intérim. En 1915, un fort courant pacifiste nait au sein de la CGT, courant dont Hélène Brion devient la porte-parole, alors qu'elle était auparavant favorable à la guerre du droit et de la justice. Elle adhère à la section française du Comité international des femmes pour la paix permanente, présidée par Gabrielle Duchêne. Empêchée par la police française, elle ne peut se rendre à la conférence pacifiste de 1915 à Zimmerwald, ni à celle de Kiental, mais elle correspond par lettres sur ce sujet. Celles-ci, interceptées par la police, serviront au dossier d'accusation monté contre elle à la fin de la guerre. Elle publie aussi des manifestes pacifistes et envoie le une lettre au Comité pour la reprise des relations internationales, comité pacifiste dirigé par Alphonse Merrheim, dont elle est membre. vignette|gauche|alt=Photographie noir et blanc d'un tribunal. Au premier plan, des juristes et un policier. Une femme blanche au second plan, de profil, est appuyée sur son coude |Hélène Brion devant le Conseil de guerre, en 1918.|333x333px En 1917, la pression augmente. Le son appartement est perquisitionné et le lendemain elle est suspendue par son ministère de tutelle, sans traitement. En , peu de temps après l'arrivée de Clemenceau comme président du Conseil, elle est arrêtée pour propagande défaitiste et envoyée à la prison des femmes de Saint-Lazare. Elle subit une campagne de dénigrement de la part des journaux de l'époque (Le Matin, Le Petit Parisien, ). On la juge anormale, car elle porte des vêtements masculins, aurait correspondu avec des soldats, avec des fabricants de munitions, avec des prisonniers allemands, aurait caché des personnes bizarres, aurait visité la Russie et se serait rendue à la conférence de Zimmerwald. On l'accuse d'être anarchiste, d'être une partisane du Bonnet rouge. Le Petit Parisien la soupçonne d'avoir reçu de l'argent d'Allemagne pour organiser sa campagne pacifiste. Accusée de trahison et de faire du pacifisme sous couvert de féminisme, Hélène Brion se défend : .
Les quelques correspondances disponibles en archives laissent penser que la vie privée d'Hélène Brion ait pu être axée sur des amours lesbiennes, comme avec Henriette Izambard, qui prête son appartement à Hélène Brion pour des réunions interdites et qui la remplace comme secrétaire fédérale, ou comme avec des militantes rencontrées lors de son voyage en Russie.
Comparution au Conseil de guerre de 1918 Elle comparaît devant le Conseil de guerre du 25 au . Elle y plaide principalement la cause du féminisme., faisant remarquer que, privée de droit politique, elle ne peut être poursuivie pour un délit politique, et axe sa défense sur les droits qui sont niés aux femmes. Elle déclare notamment :
.
Défendue par l'avocate Agathe Dyvrande-Thévenin, elle est soutenue par des témoins de moralité, Jean Longuet, Jeanne Mélin, Marguerite Durand et la journaliste Séverine, qui vont faire de ce procès l'apologie du pacifisme et du féminisme. vignette|444x444px|alt=Document noir et blanc imprimé à l'horizontale, comportant à gauche une portrait de femme, à droite un texte la décrivant |Notule sur Hélène Brion. Elle est condamnée à trois ans de prison avec sursis et elle est révoquée de l'enseignement, avec effet au . Elle ne sera réintégrée que sept ans plus tard (en ) sous le gouvernement du cartel des gauches.
Engagement politique et syndical après le procès
Après la guerre, Hélène Brion s'éloigne du mouvement syndical et s'occupe d'un orphelinat ouvrier. Elle abandonne son poste de secrétaire générale de la FNSI. De à , elle publie la revue La Lutte féministe, « organe unique et rigoureusement indépendant du féminisme intégral ». En , elle fonde, avec Maurice Foulon, l’université populaire de Pantin. Attirée par le communisme, elle effectue plusieurs voyages en Russie vers 1920-1922 et adhère au nouveau Parti communiste dès le congrès de Tours de 1920. Elle participe ensuite au mouvement d'opposition à la bolchévisation, et quitte le PCF au milieu des années 1920. Elle est alors proche de la revue La Révolution prolétarienne.
En , elle est réintégrée dans ses fonctions d'institutrice à l'école maternelle de la rue Candale à Pantin. Elle y exerce jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Guerre, elle héberge son cousin René Cholet dans les Ardennes.
Après la guerre, elle continue ses activités féministes. C'est aussi une adepte du spiritisme. Elle meurt le à Ennery (Val-d'Oise). Enterrée dans le carré des indigents, sa dépouille est ensuite transportée dans un caveau trentenaire, payé par René Cholet, qui est également chargé de la concrétisation de son testament : il dépose une partie de ses archives à la bibliothèque Marguerite-Durand et à l'Institut français d'histoire sociale.
Durant toute sa vie, elle travaille à l'élaboration d'une Grande Encyclopédie féministe, dans laquelle elle avait le projet de regrouper des notices biographiques sur toutes les femmes qu'elle jugeait exemplaires et dignes d'intérêt, que ce soit pour leurs activités littéraires, scientifiques ou artistiques, ou leur présence dans des faits divers. Les sept volumes de cette encyclopédie sont consultables à la bibliothèque Marguerite-Durand, dans le (fonds Hélène Brion).
Postérité vignette|alt=Photographie couleurs d'un panneau signalétique de rue parisien |Rue baptisée en l'honneur de Hélène Brion à Paris. Une rue du arrondissement de Paris porte son nom depuis le , ainsi qu'un mail à Pantin, au bord du canalMairie de Paris, Rue Hélène-Brion..
A Clermont-Ferrand, une rue nouvelle construite en 2025 et commençant au niveau de l'espace Gisèle-Halimi porte également son nom.
Œuvres . , réédité à Paris, par Syros, en 1978 . . .
. Archives Les papiers personnels d'Hélène Brion sont conservés aux Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 14AS/183 (cf. inventaire du fonds).
Références
Voir aussi
Bibliographie . . . . . . . . . .
Articles connexes Femmes pendant la Première Guerre mondiale
Liens externes
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