Le château de Richelieu est un édifice, aujourd'hui largement disparu, construit au , à l'initiative d'Armand Jean du Plessis, cardinal duc et pair de Richelieu.

Le domaine est situé sur le territoire de la commune de Richelieu, dans le département français d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire.

Historique

Construction À la fin du existe un château de « Richeloc » construit pour les seigneurs de Mauson.

En 1201, une chapelle dédiée à Saint-Nicolas-de-Myre est construite, chapelle du château qui est probablement devenue l'église paroissiale des Sablons.

En 1407 est mentionné « l'Hostel de Richelieu » avec douves, que Charles VII autorise à fortifier ; il n'existe plus rien de ce château, remanié au puis entièrement reconstruit au siècle suivant.

En 1621, le cardinal Armand Jean du Plessis achète le domaine, c'est alors, un petit castel avec tours, chapelle, bâtiments de service, et parc et le modeste château de ses ancêtres ne correspond donc plus à sa nouvelle situation et son ascension politique, ce qui le pousse à un projet ambitieux, capable de rivaliser avec les plus belles demeures de son époque.

Par des lettres patentes de Louis XIII, il est permis au cardinal de Richelieu de faire bâtir un bourg, clos de murs et fossés avec deux marchés par semaine ; ce bourg est l'actuelle ville de Richelieu, qui s'est développée au Nord du domaine, construite sur un plan de « cité idéale » (à rapprocher de Brouage, mais aussi de Charleville et Henrichemont, villes nouvelles de la même époque).

Il entreprit des travaux dès 1624 ; vers 1630, il ambitionne un programme architectural plus vaste associant une ville au château qu'il confie à l'architecte Jacques Lemercier qui adopte le même style architectural pour le château des ducs de La Trémoille. Chaque maison construite sera vendue à un noble proche de Richelieu. Ce dernier ambitionnait ainsi de se créer une cour proche de son château. Il fit donc édifier une vaste demeure, à laquelle il employa plusieurs millions de livres tournois. Le vieux château est conservé tant que le nouveau n'est pas habitable et la chapelle est conservée au moins jusqu'en 1639, date d'achèvement de l'église de la ville actuelle. Il fait ensuite entièrement raser l'ancien châteauLouis Dussieux, Le cardinal de Richelieu: étude biographique, 1886, .

Jacques Lemercier mène donc la construction de la ville et du château, et la réalisation des décors est confiée aux meilleurs artistes de la première moitié du . Richelieu a ainsi conçu un ensemble cohérent et riche visuellement qui est le reflet, à l'intention de ses visiteurs, de sa conception de l'action politique. La construction est achevée avant la mort du cardinal en 1642Françoise Hildesheimer, Richelieu, 2004, ..

À l'intérieur, on remarquait en particulier la galerie qui occupait, à l'étage noble, le piano nobile, toute l'aile gauche de l'édifice. Son décor, peint et sculpté, mettait en exergue l'affermissement de la souveraineté monarchique sous le gouvernement du cardinal, illustré, en référence à la mythologie, par la vie d'Ulysse.

À la mort du Cardinal, les titres ducaux de Richelieu et de Fronsac passent à son petit-neveu Armand-Jean de Vignerot (+ 10/05/1715), « substitué par son grand-oncle aux noms et armes du Plessis et au duché de Richelieu et dont le château, résidence ducale, suit le même devenir ».

L'arrière-petit-neveu du Cardinal, Louis-François-Armand de Vignerot (1696-1788), nommé maréchal en 1748, fait effectuer des transformations au château et fait aménager les jardins et le parc. Ces importants travaux, qui ont permis de mettre le château de Richelieu au goût du siècle des Lumières, sont confiés à Jacques de La Guépière et Jean-Michel Chevotet, ainsi qu'à Claude Desgots. La correspondance du maréchal de Richelieu et de son surintendant Jean Jahan a permis de retrouver les différentes transformations réalisées entre 1720 et 1750(Marie-Pierre Terrien et Philippe Dien, Le château de Richelieu, Presses Universitaires de Rennes, 2009 - https://mariepierre-terrien.com..

Séquestré, vidé, dépouillé puis démoli

En 1792, le duc de Richelieu, ancien Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, étant considéré comme émigré, ses biens sont saisis ; le château est alors vidé de son mobilier, ses nombreuses œuvres d'art vendues ou attribuées à des musées comme le Museum central des Arts au palais du Louvre. La Bande Noire, impliquée dans le pillage du château, était une association de spéculateurs qui achetaient à bas prix les châteaux, abbayes, et autres monuments confisqués, dans le but de les revendre avec profit ou bien de les démolir et d'en vendre les matériaux. Ce château, comme l'abbaye de Saint-Wandrille, en sont des exemples.

Vers 1800, l'architecte Léon Dufourny (1754 -1818), membre de l'Académie des Beaux-Arts en 1796, saisit au château le plateau rectangulaire en mosaïque de marbres et de pierres dures d'une table d'apparat qui a orné un temps le salon précédant la « Galerie des Batailles du Roi ». Complété postérieurement par un piètement en bois sculpté, ce plateau est, depuis, conservé au musée du Louvre (galerie d'Apollon) et une réplique en est exposée au musée des Beaux-Arts de Tours.

En 1804, le château très abîmé mais intact est restitué par Napoléon à Armand Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu, qui sera ministre des Affaires Étrangères puis chef du gouvernement de Louis XVIII, et à ses deux demi-sœurs de Montcalm et de Jumilhac.

Un an plus tard, il est vendu pour au marchand de biens Boutron, qui entreprend sa démolition pour en revendre les matériaux.

La même année, l'archéologue Millin, membre de l'Institut, (Stendhal, ) de cette destruction de grande ampleur qui dure jusqu'en 1835 ; le marchand de biens Pilté-Grenet (nom d'un exploitant de la raffinerie de sucre de canne de la famille Boislève à Orléans jusque vers 1830), présumé membre de la Bande Noire, association de liquidateurs d'anciens grands domaines seigneuriaux, achète alors un ensemble de tableaux qu'il lègue en 1824 au musée des beaux-arts d'Orléans.

Boutron démolit quasi entièrement le château et la demeure devient, comme d'autres, carrière de pierres ; quelques statues, épaves de la collection d'antiques du cardinal, un grand portrait équestre , des peintures sont conservés aux musées des Beaux-Arts de Tours et d'Orléanslegs Pilté-Grenet, 1824

Le Musée de Tours conserve aussi un portrait du duc de Richelieu (1696-1788) par Louis Tocqué, qui fit partie de la collection Roqueplan, vendue en 1855legs Foulon de Vaulx, 1952, du cat. des peintures du de 1962.

En 1844, la Société des antiquaires de l'Ouest (S.A.O.) acquiert les vestiges d'une statue monumentale « qui gisaient au milieu des ruines de la bande noire » ; il s'agit d'une des commandes les plus prestigieuses du cardinal-duc, une figure en marbre de Louis XIII sculptée par Guillaume Berthelot pour le pavillon d'entrée du château, qui fut renversée en 1793. Restaurée en 2009cf. la conférence de Grégory Vouhé publiée dans Au temps de Richelieu, S.A.O. / Revue historique du Centre-Ouest, t.VIII, 2009, elle est aujourd'hui au musée Sainte-Croix de Poitiers.

Entre autres éléments mobiliers du château, une grande taque ou plaque de cheminée aux armes du Cardinal se trouve dans celle d'une des salles du château des Brétignolles à Auché (37).

Sauvetage du domaine.

thumb|Le Petit Château. En 1877, le banquier parisien Michel Heine (1819-1904), beau-père du septième duc de Richelieu, achète et entreprend de reconstituer le domaine, remet en état le parc et fait restaurer le pavillon des communs.

Entretemps (1852), M. Laurence, propriétaire transitoire, se fait construire dans le parc un bâtiment de style néoclassique, dit « le Petit Château »carte postale anc., archives pers assez éloigné de l'ancienne demeure, qui sert à partir de 1877 de résidence à Michel Heine, son gendre et à sa fille unique Alice - qui, veuve, devient, en secondes noces, princesse de Monaco.

Après la donation par leur fils, duc de Richelieu et marquis de Jumilhac en 1930 (avec plusieurs maisons de la ville), il devient le logement de fonction du conservateur du domaine.

Après la démolition de l'aile Est vers 1900, seul le pavillon central des écuries est conservé ; en 1930, le domaine est légué à l'Université de Paris par son fils huitième et dernier duc de Richelieu, qui meurt en 1952.

thumb|Restitution 3D de la façade du Château de Richelieu côté jardins. La Chancellerie des universités de Paris, établissement public administratif, détentrice par dons et legs successifs d'un important patrimoine immobilier « dont l'entretien est coûteux et génère peu de rentrées financières » envisage d'aliéner, entre autres biens, le domaineVincent Meylan, Point de vue, , décembre 2009.

En 2017 est présenté au conseil municipal de Richelieu un projet de reconstruction « virtuelle » du château. Doté d'une structure métallique et habillé de toile ou illuminé, le dispositif permettrait d'accroître l'attractivité du lieuLe château revivra-t-il dans le parc ?.

Cité de Richelieu

Si le château a été détruit, la ville est restée quasiment intacte, telle qu'elle se présentait au . Contrairement aux autres cités nouvelles de la même époque (Charleville, Henrichemont), qui ont été fondues dans les constructions postérieures, la ville de Richelieu constitue un exemple unique d'urbanisme de cette époque. Bien plus, la ville et son château, liés dans un même programme et nés de l'ambition du Cardinal, présentent des particularités saisissantes par rapport aux modèles urbains antérieurs et contemporainsMarie-Pierre Terrien, La cité idéale et le château de Richelieu, Cholet, 2006 et Richelieu, Histoire d'une cité idéale (1631-2011), Presses Universitaires de Rennes, 2011, https://mariepierre-terrien.com..

Architecture Ce château est construit sur un plan carré, le corps de logis construit en U étant orné à chaque angle d'un pavillon rectangulaire, presque dans les mêmes dispositions que le château de Louis XIII à Versailles. La composition des bâtiments du château présentent également une hiérarchie des étages : quatre niveaux pour le château, trois pour les écuries, deux pour les communs, et un pour le mur de clôture. Les façades sont décorées par des statues antiques dont certaines datent du .

La première cour, appelée basse-cour, est divisée en quatre carrés de gazons et abrite au Nord les écuries du commun et les logements des laboureurs, au Sud les fourrières et ménageries.

L'anticour, délimitée par une balustrade ornée d'animaux sculptés, abrite dans l'aile Nord les écuries et dans l'aile Sud les logements probablement destinés au gouverneur de château. Le pont dormant surmonté d'une passerelle en bois qui permet de pénétrer dans la cour d'honneur de l'anticour mène à un pavillon d'entrée, véritable manifeste politique : une arche dans laquelle trône une statue triomphante de Louis XIII est encadrée par deux statues antiques représentant Hercule et Mars et le dôme est surmonté de la Renommée soufflant dans deux trompettes. La porte de ce pavillon d'entrée est volontairement étroite pour qu'aucun carrosse ne puisse la franchir.

Le pavillon des écuries, seul subsistant, est couvert d'une voûte en arc de cloître à lunettes. Les grottes, comprenant une orangerie et le pavillon des chais, très restaurées, sont divisées en trois vaisseaux et couvertes de voûtes d'arêtes plates ; le vaisseau central se termine par une abside couverte d'une voûte en coquille.

En 2011, une reconstitution virtuelle du château est présentée aux musées d'Orléans, de Tours et de Richelieu dans le cadre de la triple exposition Richelieu à Richelieu. Cette reconstitution en 3D. est visitable dans l'Espace Richelieu ménagé dans un des anciens hôtels particuliers bordant la Grand'Rue de la ville de Richelieu.

Une maquette du château et des douves réalisée en 1986 par une école de formation de maquettiste est exposée au musée de Richelieu.

Éléments encore existants

Collection du Cardinal