vignette|redresse=1.8|Carte du monde décrit par Hérodote dans son Enquête. La protohistoire de l'Algérie désigne la période comprise entre la préhistoire et l'antiquité sur le territoire correspondant à l'Algérie actuelle. Elle est marquée par d'importantes transformations des sociétés, notamment dans les pratiques funéraires, les formes d'habitat, les techniques et les échanges avec les régions voisines de la méditerranée et du sahara.
La définition et les limites chronologiques de la protohistoire algérienne restent toutefois discutées. Les chercheurs retiennent des critères différents selon les régions et les périodes, notamment les transformations des sociétés néolithiques, l'apparition de la métallurgie, les monuments funéraires, les premiers témoignages écrits et l'intensification des contacts avec les mondes punique, grec et romain. Certains phénomènes traditionnellement qualifiés de protohistoriques se poursuivent d'ailleurs durant l'Antiquité, ce qui ne permet pas de fixer une limite chronologique unique à l'ensemble du territoire.
Définitions et problématiques La notion de protohistoire a été élaborée dans le cadre de l'archéologie européenne pour désigner une période située entre la préhistoire et l'histoire. Son application à l'Afrique du Nord a cependant suscité de nombreuses discussions, portant notamment sur sa définition et ses limites chronologiques, mais aussi sur les dénominations, les classifications et la répartition géographique des cultures concernées. Ces questions s'étendent également aux relations avec les autres manifestations archéologiques et l'art rupestre, ainsi qu'aux coutumes et aux rites funéraires des groupes culturels à l'origine de certaines de ces architectures.
Gabriel Camps a consacré plusieurs travaux à la définition, à la terminologie et à la chronologie de la protohistoire nord-africaine, notamment Aux origines de la Berbérie. Monuments et rites funéraires protohistoriques (1961) et Protohistoire de l'Afrique du Nord. Questions de terminologie et de chronologie (1986). Dans son étude de 1974, Gabriel Camps propose une synthèse des données disponibles pour établir une chronologie de la préhistoire récente de l'Afrique du Nord à partir des datations absolues obtenues par le carbone 14. Il confronte ces datations aux différentes cultures et faciès archéologiques afin de préciser leur position chronologique. L'étude porte principalement sur les périodes préhistoriques et ne constitue donc pas une synthèse générale de la Protohistoire nord-africaine.
Pour Jean-Pierre Laporte, la définition de la protohistoire pose en Afrique du Nord des difficultés particulières. Les critères employés pour la délimiter peuvent conduire à des chronologies différentes. Certains auteurs font remonter la période au Néolithique, tandis que d'autres privilégient des phénomènes plus tardifs. Laporte souligne notamment les difficultés posées par l'utilisation de la métallurgie, des monuments funéraires ou de l'apparition de l'écriture comme critères généraux de périodisation. Les monuments funéraires et leur datation occupent une place importante dans l'étude de la protohistoire de l'Algérie. Gabriel Camps propose une classification de ces monuments en distinguant plusieurs formes architecturales, tout en soulignant les difficultés de leur datation, notamment en raison de la pauvreté du mobilier archéologique et de l'insuffisance des repères chronologiques. Parmi les types étudiés figurent notamment les bazinas ainsi que des monuments à niche ou à chapelle.
Dans le domaine saharien, Malika Hachid propose une terminologie distinguant notamment les protoberbères des périodes préhistoriques et les paléoberbères de l'Antiquité. Son ouvrage Les Premiers Berbères : entre Méditerranée, Tassili et Nil comporte également un chapitre intitulé « Période paléoberbère ou Protohistoire ? », consacré directement à cette question. Elle distingue plusieurs phases du peuplement du Sahara et traite de la transition entre les périodes préhistoriques et les périodes plus récentes.
Les recherches de Colette Roubet et Slimane Hachi mettent pour leur part en relation la préhistoire récente et la protohistoire de l'Afrique septentrionale. Elles prennent notamment en compte les continuités et les transformations observables dans les pratiques, les techniques, les modes d'inhumation, l'architecture et les représentations.
La chronologie de la période protohistorique demeure difficile à établir, principalement en raison de l’absence de séries de mobilier de référence, du nombre limité d’éléments permettant de mettre en relation les différents gisements archéologiques avec l’art rupestre, ainsi que du faible nombre de datations radiométriques disponibles. Dans l’état actuel des connaissances, elle repose sur un nombre restreint de datations, principalement issues du nord de l’Algérie. La plupart d’entre elles ne semblent pas remonter au-delà du : le Medracen est daté vers , Tiddis vers et dolmens de Beni Messous vers . D’autres datations sont plus anciennes, notamment à proximité d’Achir, près de Médéa, où des tumulus et des bazinas ont livré des dates de et av. J.-C. Les Djeddars, quant à eux, sont généralement datés des .
La question de la fin de la protohistoire est également discutée. L'apparition de l'écriture libyque a parfois été considérée comme un critère possible, mais Jean-Pierre Laporte conteste qu'elle puisse servir à fixer une limite générale. Il relève notamment que la chronologie des premières inscriptions libyques demeure discutée et que les fonctions de cette écriture ne permettent pas nécessairement de l'assimiler aux systèmes d'écriture servant à conserver et à transmettre des informations historiques. Il considère ainsi que l'existence d'une écriture autochtone ne constitue pas un critère suffisant pour déterminer la fin de la protohistoire nord-africaine.
Mohamed es-Seghir Ghanem, avec Abdelmalek Saltaniya, Zineb Belaabed et Nadia Dilemi, dans leur livre Les manifestations civilisationnelles dans l'Est algérien durant la Protohistoire, soulignent la difficulté de fixer les limites chronologiques de cette phase, située entre la préhistoire et les premières périodes historiques. Ils mettent notamment en évidence le passage du Néolithique à la Protohistoire et les transformations qui affectent les sociétés nord-africaines au cours de cette évolution. Leur approche ne réduit ainsi pas cette phase à une histoire uniquement numide ou berbère, mais s'appuie sur les données archéologiques pour étudier les changements culturels et matériels qui accompagnent le passage de la Préhistoire à l'Histoire.
Pour étudier ces transformations, les chercheurs accordent une place importante aux monuments funéraires, dont l'évolution constitue un élément essentiel pour caractériser les sociétés de l'Est algérien à titre d'exemple. Ils prennent également en considération les rapports entre les populations de l'intérieur de l'Afrique du Nord et les établissements phéniciens et puniques du littoral méditerranéen. Dans leur discussion de la chronologie, ils s'appuient notamment sur les travaux de Pierre Cintas, Gabriel Camps, Stéphane Gsell et Lionel Balout, tout en distinguant la Protohistoire de la période punique : suivant notamment la classification de Cintas, la période punique relève déjà de la période historique et ne doit donc pas être intégrée à la Protohistoire.
Les Berbères vignette|Mausolée royal Medracen datant du , situé dans les Aurès, en Algérie. Certains rattachent les Berbères (dont les Numides) au Capsien, culture du Mésolithique..
Hérodote (-480 à -425) Le « père de l'Histoire » Hérodote, est l'un des premiers auteurs dont l'étude sur le Maghreb nous soit parvenue. Dans le livre IV de ses Histoires (paragraphe 168-CLXVIII à 199-CXCIX), il liste les peuples qui habitent la côte de Cyrène à l'Atlantique.
Il énumère les peuples de « Libye » de l'Égypte à l'océan Atlantique (livre IV, paragraphe 168-CLXVIII à 199-CXCIX). : « Voici l'ordre dans lequel on trouve les peuples de la Libye, à commencer depuis l'Égypte ». La liste suivante s'est limitée à la région allant de la Tunisie actuelle (ou de la Tripolitaine) à l'Atlantique. CLXXVIII (178) : le fleuve « Triton, fleuve considérable qui se jette dans un grand lac nommé Tritonis, où l'on voit l'île de Phia » (La localisation de ce lac auquel se rattachent de nombreuses légendes a varié selon les auteurs : il correspondrait soit à la Petite Syrte, soit à la dépression du Chott el-Jérid au Chott Melrhir). CLXXIX (179) : Hérodote rappelle un passage du mythe de Jason et des Argonautes qui, parti de Grèce, avaient été poussés sur les côtes libyques, dans les bas fonds du fleuve Triton. Ils y reçoivent l'aide du dieu Triton. CLXXX (180) : les Auséens sont le premier peuple côtier à l'ouest du fleuve. Les Auséens laissent croître leurs cheveux « sur le devant. Dans une fête que ces peuples célèbrent tous les ans en l'honneur d'Athéna, les filles, partagées en deux troupes, se battent les unes contre les autres à coups de pierres et de bâtons. Elles disent que ces rites ont été institués par leurs pères en l'honneur de la déesse née dans leur pays, que nous appelons Athéna ; et elles donnent le nom de fausses vierges à celles qui meurent de leurs blessures. Mais, avant que de cesser le combat, elles revêtent d'une armure complète à la grecque celle qui, de l'aveu de toutes, s'est le plus distinguée; et, lui ayant mis aussi sur la tête un casque à la corinthienne, elles la font monter sur un char, et la promènent autour du lac. Je ne sais de quelle façon ils armaient autrefois leurs filles, avant que les Grecs eussent établi des colonies autour d'eux. Je pense cependant que c'était à la manière des Égyptiens. Je suis en effet d'avis que le bouclier et le casque sont venus d'Égypte chez les Grecs. Ils prétendent que Athéna est fille de Poséidon et de la nymphe du lac Tritonis, et qu'ayant eu quelque sujet de plainte contre son père, elle se donna à Zeus, qui l'adopta pour sa fille. Les femmes sont en commun chez ces peuples ; elles ne demeurent point avec les hommes, et ceux-ci les voient à la manière des bêtes. Les enfants sont élevés par leurs mères : quand ils sont grands, on les mène à l'assemblée que les hommes tiennent tous les trois mois. Celui à qui un enfant ressemble passe pour en être le père. » CLXXXIII (183) : Hérodote passe à l'intérieur des terres : « À dix autres journées du territoire d'Augiles, on rencontre une autre colline de sel avec de l'eau, et une grande quantité de palmiers portant du fruit, comme dans les autres endroits dont on vient de parler. Les Garamantes, nation fort nombreuse, habitent ce pays. Ils répandent de la terre sur le sel, et sèment ensuite. Il n'y a pas loin de là chez les Lotophages ; mais, du pays de ceux-ci, il y a trente journées de chemin jusqu'à celui où l'on voit ces sortes de bœufs qui paissent en marchant à reculons. Ces animaux paissent de la sorte parce qu'ils ont les cornes rabattues en devant, et c'est pour cela qu'ils vont à reculons quand ils paissent ; car ils ne peuvent alors marcher en avant, attendu que leurs cornes s'enfonceraient dans la terre. Ils ne diffèrent des autres bœufs qu'en cela, et en ce qu'ils ont le cuir plus épais et plus souple. Ces Garamantes font la chasse aux Troglodytes-Éthiopiens ; ils se servent pour cela de chars à quatre chevaux. Les Troglodytes-Éthiopiens sont, en effet, les plus légers et les plus vites de tous les peuples dont nous ayons jamais ouï parler. Ils vivent de serpents, de lézards et autres reptiles ; ils parlent une langue qui n'a rien de commun avec celles des autres nations ; on croit entendre le cri des chauves-souris. » (Les Garamantes sont des pasteurs du Fezzan sont vraisemblablement ceux que l'on voit sur les fresques du Tassili au milieu de leurs bœufs à cornes recourbées).