Le chemin de fer du Mont-Revard est une ancienne ligne à crémaillère de plus de neuf kilomètres, inaugurée en 1892 et reliant Aix-les-Bains à la station touristique du Revard en Savoie (France). Notamment exploitée par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, elle est conçue pour répondre à l'essor du thermalisme et du tourisme de montagne. Elle transporte pendant plus de quarante ans curistes, excursionnistes, sportifs, habitants et marchandises.

Le train joue un rôle majeur dans la création et le développement de la station du Revard, réputée internationalement pour la pureté de son air et prisée pour les sports d'hiver. Il devient alors un outil indispensable d'expansion économique pour la région : hôtels, villas et infrastructures touristiques voient le jour, faisant du sommet un lieu de villégiature incontournable de la Belle Époque. Cependant, le nombre croissant de touristes, le manque de perspectives et l'absence de modernisation ont contribué au déclin de la ligne qui, finalement concurrencée par la route dans les années 1930, a été démantelée en 1937 pour être remplacée par un téléphérique, lui-même disparu en 1969.

Histoire

Tourisme thermal et montagnard Au , Aix-les-Bains connaît un grand dynamisme économique grâce aux cures thermales qui attirent de nombreux touristes fortunés, de France et de l'étranger. C'est à cette époque que l'accès à la montagne est favorisé par l'invention, en 1869, du chemin de fer à crémaillère : les sports et loisirs d'hiver se popularisent..

En , la section aixoise du Club alpin français remet en état un chemin muletier existant, dit du Pertuiset, mais son accès est peu aisé et peu fréquenté. Ce sentier relie Aix au plateau du Revard, que le club alpin aménage également afin de compléter les cures thermales par des cures d’air.....

Au cours de l'année , le docteur aixois Jean Monard crée une station climatique de moyenne montagne sur la commune de Pugny-Chatenod (les Corbières), avec pour objectif d'en créer une seconde sur le plateau. Il devient un fervent défenseur du développement médico-touristique de cette montagne, s'appuyant sur le fait que la clientèle anglaise, toujours plus nombreuse, ne faisait à Aix qu’un bref séjour curatif au retour des colonies, avant de poursuivre ses soins dans les stations d’altitude étrangères. Il fallait donc retenir ce public sur une plus longue durée. Ainsi, c’est sur un argument à la fois économique et médical que le docteur Monard, plus tard surnommé le « père du Revard », échafaude la future station du Revard. Mais à l’enthousiasme du docteur s’opposait la réticence des financiers de la ville qui préféraient tirer des bénéfices du thermalisme en pleine expansion.

Parallèlement, le docteur Bertier décide de la construction du futur Grand-Hôtel au sommet du mont Revard. Ainsi, il s'associe avec le docteur Monard et, conjuguant leurs efforts, ils soutiennent auprès de la municipalité la création d'un sanatorium sur le plateau. De plus, le Club alpin français y fait construire entre et son propre chalet-hôtel. Dès lors s'impose la nécessité de relier ces différents bâtiments, de la plaine jusqu'à la montagne ; si une route est envisagée dans les années , c'est finalement le chemin de fer qui est choisi. En effet, c'est au cours de séjours aux thermes d'Aix en , puis en , que l'ingénieur Niklaus Riggenbach développe l'idée d'une ligne à crémaillère : il est le cofondateur du chemin de fer du Rigi en Suisse, la toute première ligne de montagne d'Europe : ..

Projet, concessions et travaux En , le maire d’Aix-les-Bains, , rassemble un comité d’études composé d'élus municipaux ( et Bolliet), du conseiller général et du président de la section aixoise du Club alpin français . Ce Comité d'initiative pour la création du chemin de fer du Revard commande et finance la réalisation d’une étude préparatoire. Le rapport suggère la réalisation d’une ligne à deux sections, en adhérence et à crémaillère.

L'année suivante, la Compagnie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) se voit refuser la construction de cette ligne pour des raisons financières. Cependant, le comité reprend à son compte la solution technique présentée : un chemin de fer entièrement à crémaillère et à traction vapeur.

Le comité fait alors dresser une nouvelle étude. Ne parvenant pas à trouver un accord avec la Compagnie générale française des chemins de fer secondaires, située à Paris, il se tourne vers la Société genevoise des chemins de fer à voie étroite. Le Département accorde la concession du chemin de fer du Mont-Revard le 11 octobre 1890 aux administrateurs de la Société genevoise , Petit, Tronchet et Annevelle. Elle est fixée par une convention datée du . La ligne est déclarée d'utilité publique le par le président Sadi Carnot, à la suite d'un rapport présenté au Sénat par Joseph-Gaston Pourquery de Boisserin, pour une concession de ...

Conformément aux accords conclus, la Société genevoise crée la Société anonyme des chemins de fer de montagne et régionaux, qui obtient la concession du chemin de fer du Mont-Revard. Elle assure la construction de la ligne, qui débute en , dure moins de , mobilise pour la plupart italiens et requiert de dynamite...

De nombreuses sociétés suisses sont mobilisées, tandis que l'entreprise locale Léon Grosse contribue à la création des ouvrages d'art.

Première exploitation : 1892-1924 gauche|vignette|Carte postale montrant le terminus et le complexe hôtelier au Revard.

La ligne est mise en service le 15 août 1892 et l'inauguration a lieu le 5 septembre suivant, à l’occasion des Fêtes du Centenaire de la Savoie. On note la présence de Jules Roche, ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies, également sénateur de Savoie.... Cinq trains font le trajet aller-retour dans une atmosphère de grande fête, passant sous des arcs de triomphe édifiés à chaque station, avec des fanfares, des chorales d'enfants, des détonations, des drapeaux, des bouquets de fleurs, etc. Parmi les , on trouve donc le ministre, le gouverneur d'Algérie Jules Cambon, de nombreux politiciens (préfet, sénateurs, maires), des responsables d’industries ferroviaires suisses et français, des représentants du PLM, des pompiers....

On compte alors dix allers-retours quotidiens : deux trains réguliers, marquant tous les arrêts, et huit trains sans arrêt à Mouxy, ne circulant qu'avec un minimum de . Les montées durent et commencent à du matin pour terminer à . Les descentes durent et débutent à pour finir à . En général, le train met entre et à effectuer son trajet et peut transporter jusqu'à ... Le train marque une à deux minutes d'arrêt à Mouxy, et cinq minutes à Pugny et Pré-Japert pour le ravitaillement en eau. Ces prises sont nécessaires à la montée mais pas indispensables à la descente, bien que la consommation d'eau injectée dans les cylindres, faisant office de freins, pour les refroidir ne soit pas négligeable. Les billets sont vendus ().

Il n’existe aucune liaison avec la gare PLM d'Aix-les-Bains pourtant proche : aucun moyen de transport, pas plus que de signalétique pour les piétons, ni de correspondance avec les trains.

Lors de la première année, pour un exercice du au , le train transporte avec une recette de (plus de ).

Pendant ce temps, la Société est transformée en Société anonyme par actions au capital de plus de de francs () dont une partie est dépensée pour le chemin de fer, l'achat des terrains, l'édification d'un restaurant, d'un chalet-hôtel Chalet Marie ; le reste est dédié aux futures constructions. Elle continue d'améliorer son service hôtelier jusqu'à faire appel à César Ritz. Fondateur de la chaîne de palaces éponymes, il venait de construire sa réputation comme maître d'hôtel au Rigi et restera deux ou trois ans à la direction du Chalet Marie et du restaurant..

En , la ligne est exploitée du au . Le service comprend deux à six trains quotidiens et des trains supplémentaires à la demande. Le train le plus fréquenté est celui de au départ d’Aix-les-Bains. Cette année-là, aller-retour ont été délivrés, pour un bénéfice brut de 24 %.

Le trafic est exclusivement estival jusqu'à l'hiver -, où le Club des sports Aix-Revard-Chambéry parvient à louer un train dominical à la Société genevoise des chemins de fer à voie étroite, quelque peu réticente à l'idée de faire circuler un train sous et sur la neige. Cependant, le bilan de cette première saison hivernale est positif avec aller-retour. Dans un premier temps, l'ensemble de la voie ferrée est déneigé manuellement, uniquement à l'aide de pelles, ce qui ne suffit souvent pas et oblige les trains à s'arrêter à Pré-Japert, d'où il faut chausser des skis ou des raquettes pour atteindre le grand plateau à pied. L'acquisition d'un chasse-neige pendant l'hiver - permet une exploitation sans interruption ni incident tout au long de l'année. L'objectif est de faire du plateau du Revard un grand centre touristique, médical et sportif...

Le , à l'occasion du cinquantième anniversaire du rattachement de la Savoie à la France, le train transporte Armand Fallières, huitième président de la République. Le trafic de voyageurs augmente de 22 % entre et , grâce à la mise en place de trains quotidiens. Pendant l’hiver - prend fin la concession accordée au club A.R.C : la Société prend désormais en charge le financement des trains d’hiver.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, l’exploitation de la ligne est arrêtée, faute de personnel et de voyageurs. Mais Aix-les-Bains est aussitôt déclarée ville-hôpital et, avec l’arrivée des militaires blessés ou convalescents, la Société décide de remettre le train en marche pour qu'ils puissent se rétablir dans les établissements du Revard. Toutefois, la guerre stoppe les projets de prolongements de la ligne, dont celui d'un Transbaugien qui aurait permis de désenclaver le plateau.

De novembre à décembre , la crémaillère effectue deux allers-retours par jour desservant toutes les gares, soit deux montées à et , deux descentes à et ..

La Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM)

1924-1937 : développement du chemin de fer et du complexe hôtelier gauche|vignette|Affiche publicitaire de la PLM.

La concession ayant été accordée sans subvention publique, le contrôle de l'exploitation des Ponts et Chaussées est insignifiant, d'autant plus qu'aucun incident n'est à relever. Ce n'est qu'en que l'on s'aperçoit que la situation économique laisse à désirer et que les concessionnaires mettent la ligne en vente.

À la suite de malversations financières, la Société anonyme des chemins de fer de montagne et régionaux est liquidée. Le 22 décembre 1923, ses actifs, comprenant la voie ferrée, un domaine de et des bâtiments, sont acquis par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM). La ligne devient la propriété de la Compagnie du Revard puis de la Société Hôtelière et Touristique de la PLM (SHT-PLM) en .. Ce choix n'est pas un hasard puisque la PLM s'était déjà portée candidate à la création de la ligne plus tôt et, durant les années , avait mis en place des trains spéciaux pour rejoindre Aix-les-Bains durant l'hiver.

Immédiatement, la compagnie investit massivement dans la station pour obtenir d'importantes améliorations : hausse du trafic de voyageurs, augmentation de la cadence des trains, reconstruction de la gare, agrandissement du Grand-Hôtel, aménagement des équipements, etc. La station du Revard bénéficie d'un regain d’intérêt, tant pour le tourisme estival que pour les sports d’hiver. Comme le souligne le chercheur François Fouger : C'est d'ailleurs à cette période que la gare PLM est renommée en Aix-les-Bains-Le Revard.