thumb|upright=1.3|Antiphonarium pro Ecclesia Einsidlensi(Einsiedeln, manuscrit 611), folio 15r Avant 1314 Titre :Grandes antiennes Ô, Antiennes majeures etc. Origine :rite romain ou rite romano-franc Usage liturgique :antiennes pour le Magnificat, usage avant Noël Témoignages les plus anciens : - titresLiber de ordine antiphonarii (Amalaire, vers 830) - textesAntiphonaire de Compiègne (vers 877) Liens incertains avec :Saint Grégoire le Grand († 604)Alcuin († 804) Usage historique :rite romain, rite de Sarum, rite anglican Sans utilisation :rite ambrosien, rite mozarabe Usage actuel :rite romain (depuis 1568, approbation par Pie V), rite anglican
Les antiennes Ô sont des antiennes de la liturgie catholique latine, qui accompagnent le cantique du Magnificat aux vêpres des sept jours qui précèdent Noël, intitulées Antiphone super Magnificatrubrique de l'antiphonaire d'Ivrée ( ou siècle) : « Antiphone super Magnificat » (Corpus antiphonalium officii, tome I (1963), ).. Elles sont ainsi nommées parce qu'elles commencent par l'interjection « Ô » adressée au Christ. Elles lui attribuent des titres extraits de l'Ancien Testament qui expriment l'attente messianique.
On parle à leur sujet de semaine ou octave de « Sainte Marie de l'Ô », en raison d'une tradition qui associe la semaine qui précède Noël, scandée par ces antiennes, à une octave liturgique inversée : elle anticipe et prépare à la fête, alors qu'une octave a pour caractéristique de prolonger une solennité liturgiquehttp://www.liturgiecatholique.fr/Octave.html Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie.
Les antiennes Ô sont désignées de différentes manières dans les livres liturgiques anciens et modernes : « Grandes antiennes », « Antiennes majeures » ()rubrique de l'antiphonaire dit de Compiègne (vers 877) : « Ans (antiphonas) Maiores in evglo (Evangilio) » ; manuscrit en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426787t/f77, « Grandes Ô », « Ô de devant Noël », « Ô de Noël », ou en France « Oleries » d'après Charles du Fresne du Cange.
Les grandes antiennes « Ô » se trouvent dans les manuscrits les plus anciens du chant grégorien.
Texte des antiennes Références à l'Ancienne Alliance
Chaque antienne reprend des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament : Livre d'Isaïe VII, 14 pour Ô Emmanuel, ce qui était cité par Amalaire, Judith, Malachie, Ezéchiel, Aggée, Zacharie, Actes…p. 240 - 241. Et chacune est un titre du Messie dont la naissance était attendue en Israël. Les antiennes soulignent ainsi que Jésus est le Fils du Dieu Père de l'Ancien Testament.
Ces textes se constituaient des extraits de la Vulgate, essentiellement du Livre d'Isaïep. 1266C et du Nouveau Testament .
Forme tripartite
D'après Emmanuel Böhler, le cycle des antiennes Ô est structuré par une forme tripartite récurrenteAbbé Bohler, Les titres christologiques dans les 7 antiennes "Ô" de l'avent, Communio, novembre 2013 :
Le texte latin françaisO SapientiaRené-Jean Hesbert, Corpus antiphonalium officii, , Quae ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia : Veni ad docendum nos viam prudentiae.Ô Sagesse, Qui es sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d’une extrémité à une autre extrémité, et disposant toutes choses avec force et douceur : Viens pour nous enseigner la voie de la prudence. latin françaisO AdonaiHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Et dux domus Israël, qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : Veni ad redimendum nos in brachio extento.Ô Adonai, Chef de ton peuple Israël, tu te révèles à Moïse dans le buisson ardent et tu lui donnes la Loi sur la montagne : Viens, Seigneur, nous délivrer par la vigueur de ton bras. latin françaisO Radix JesseHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : Veni ad liberandum nos, jam noli tardare.Ô Rameau de Jessé, Étendard dressé à la face des nations, devant lequel les rois ferment leurs bouches, tandis que les peuples t’implorent : Viens, Seigneur, nous délivrer, ne tarde plus. latin françaisO Clavis DavidHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit, claudis, et nemo aperit : Veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis.Ô Clé de David, Et Sceptre d’Israël, tu ouvres et nul ne fermera, tu fermes et nul n’ouvrira : Viens, Seigneur, et arrache de sa prison le captif, qui est assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. latin françaisO OriensHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Splendor lucis aeternae, et sol justitiae : Veni, et illumina sedentes in tenebris, et umbra mortis.Ô Orient, Splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice : Viens, Seigneur, illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. latin françaisO Rex GentiumHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : Veni, et salva hominem, quem de limo formasti.Ô Roi de l’univers, Et Désiré des nations, pierre angulaire qui unifie les deux peuples : Viens, et sauve les hommes que tu as formé du limon. {| width="100%" class="wikitable" |- align=center ! latin !! français |- |width="50%"|O EmmanuelHesbert, Corpus antiphonalium officii, , Rex et legifer noster, expectatio gentium, et Salvator earum : Veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster. |width="50%"|Ô Emmanuel, Notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations : Viens nous sauver, Seigneur, notre Dieutextes « Les antiennes Ô de l'Avent », par Monique Brulin, enseignante à l'Institut catholique de Paris..|}
On a pu remarquerLe trésor des « antiennes Ô » de la fin de l’Avent, Aletia, Jean-Thomas de Beauregard, OP, 16/12/20. que l'acrostiche des qualificatifs christiques, « SARCORE », forme en grec l'abréviation de « σαρκοσ ορα », « à l'heure de la chair », et à l'envers en latin « ero cras », « je serai demain », l'ensemble formant donc une référence cachée à la fête de l'incarnation.
Outre ces antiennes, on en chantait d'autres en divers lieux. Ces antiennes sont : O sancte sanctorum, O Pastor Israel, O Virgo virginum, O Gabriel, O Thomas Didyme, O Jerusalem. On comptait huit, neuf, antiennes. Le manuscrit de Monza comptait treize antiennes.
Historique
La « Table parisienne » En 1263 apparaît la « table parisienne » (Tabula parisiensis, Rubrica parisiensis ) des Antiennes de l’Office de Avent, un abaque afin de pouvoir calculer grâce à sept tableaux ou plans, les différents jours de la semaine où chanter les antiennes fériales de l’Avent et les antiennes Ô, selon le jour de la semaine où tombait la fête de Noël. Toutes les possibilités de dates et de jours de la semaine, étaient envisagées dans ces sept tables : Si Noël tombe un dimanche, la première des antiennes doit être chantée le vendredi de la troisième semaine de l'Avent, si cela tombe un lundi, le jeudi de la seconde semaine, etc. Frère Rubinus, sans doute franciscain , et chantre parisien, aurait été l’artisan de la plus célèbre de ces sept tables, en 1300 dans le domaine de la liturgie conventuelle, et ces tables furent utilisées par tout l' ordre franciscain, quarante ans après les premiers chapitres d'Assise.
Suppression et restauration au XVIe siècle Dans le rite romain, ces antiennes furent toutes supprimées dans le bréviaire romain de 1535, édité par le cardinal Francisco de los Ángeles Quiñones, chargé par Clément VII de réformer le bréviaire romain. Le cardinal en fit ensuite restaurer trois, Ô Oriens en faveur des matines, Ô Rex Gentium aux laudes, et Ô Emmanuel aux vêpres. Il fallait qu'elles soient chantées du troisième dimanche de l'Avent à la veille de Noël.
Le 25 juin 1568, en interdisant ces éditions nouvellesTraduction de la bulle Quod a nobis postulat (extrait) avec sa bulle pontificale Quod a nobis postulat, le pape Pie V fit rétablir la tradition en sept antiennes.
Distributions traditionnelles
Les antiennes sont chantées suivant deux calendriers, suivant que l'on inclut ou non l'antienne mariale Ô Virgo Virginum (laquelle ne suit pas la structure des sept antiennes christiques) : Antienne Distribution A Liturgie des HeuresLe diurnal du Bréviaire romain, Suivant la Réformation du Saint Concile de Trente, p. 106, Paris 1673 Distribution B (ancien rite romain)Ô SapientiaÔ AdonaiÔ Rádix JesseÔ Clavis DavidÔ OriensÔ Rex gentiumÔ EmmanuelÔ Virgo Virginum—
La distribution A est non seulement la pratique de la liturgie actuelle mais aussi la tradition principale de la plupart des pays, à partir du bréviaire romain de Pie V (1568). Le calendrier B était essentiellement conservé en Angleterre jusqu'au tandis que assez nombreux diocèses gardaient cette distribution comme liturgie locale, telle celle de Rouenp. 220 - 221.
Cependant, selon l’antiphonaire de Compiègne, qui est le manuscrit le plus ancien, la B représente exactement le calendrier officiel, dans lequel la huitième et dernière ancienne O Virgo Virginum était le souvenir d'une fête mariale. Avec son œuvre Liber de ordine antiphonarii (vers 830), Amalaire de Metz expliquait en effet . Cette semaine sainte avant Noël correspondait à la Semaine sainte de Pâques. Celle-ci était dans la liturgie une octave, dans la manière de grandes fêtes des Israélites. Le huitième et dernier jour dans l'« octave liturgique », se distingue en tant que clôture solennelle de la sainte assemblée.
Il est à noter que, depuis 2019, l'église anglicane en Amérique du Nord (ACNA) pratique la distribution B avec l’O Virgo Virginum, en rétablissant la tradition ancienneÉglise anglicane en Amérique du Nord, Calendrier, .
Manuscrits
Grégorien Le Corpus antiphonalium officii de René-Jean Hesbert (1963) atteste la présence des antiennes « Ô » dans les manuscrits les plus représentatifs du répertoire grégorien ancienCorpus antiphonalium officii, tome I, p. 28 - 31.. C (Compiègne) : Bibliothèque nationale de France latin 17436, Antiphonaire de Compiègne () G (Durham) : manuscrit B iii 11, dit Antiphonaire français () B (Bamberg) : manuscrit Lit. 23, dit Antiphonaire de Bamberg () E (Ivrée) : manuscrit 106, Antiphonaire (X ou ) M (Monza) : manuscrit C. 12/75, Antiphonaire () V (Vérone) : manuscrit XCVIII, Antiphonaire () Datable au plus tard du (huit grandes antiennes « Ô » selon le fonds du rite romain ancien, consacré à la Vierge Marie, précédant Noël) O Sapientia (CGBEMV) O Adonai (CBE) ; O Adonay (GMV) O Radix jesse (CGBEMV)Le copiste du manuscrit M écrivit stans au lieu de stas, mais il ne s'agit autre que d'une erreur (p. 29). O Clavis David (CGBEMV) O Oriens (CGBEMV)Seulement le C écrivit æternel tandis que d'autres donnaient eternel. O Rex gentium (CGBEMV) O Emmanuel (CGBEV ; dans le M, déjà remplacée par O Gabriel mais reste ) O Virgo Virginum (CGBEMV) Dans l’antiphonaire de Hartker copié entre 990 et 1000 environ (le meilleur manuscrit de l'antiphonaire grégorien) O Gabriel (HBEM) O Rex pacifice (HBEMV) O mundi Domina (HBEM) O Hierusalem (HBEMV) Au X ou O Thoma Didime (GMV ; E)Une particularité de celle-ci se trouve dans le manuscrit d'Ivrée 106 (E) : cette antienne se plaçait dans l'office des laudes et à sa fin (cinq antiennes, Évangile, une antienne et enfin O Thoma)CAO, tome I, p. 29 Jusqu'au O summe Artifex (G) O Celorum Domine (E)
Selon le classement de Dom Hesbert, les antiennes « Ô » supplémentaires appartiennent aux manuscrits du groupe A (dit germanique ou est) alors que le groupe B (dit latin ou ouest) ne contient que les huit premières antiennes « Ô ». D'où, il est possible que les antiennes surnuméraires soient issues d'usages liturgiques locaux, créées dans le royaume carolingienPage 9 (rubrique Les difficultés).
Vieux-Romain O Sapientia O Adonay O Radix iesse O Clavis David O Oriens O Rex gentium O Virgo Virginum Origine des antiennes