Le Courlis d'Alaska (Numenius tahitiensis) est une espèce américaine de limicoles de la famille des Scolopacidae. Cet oiseau se reproduit dans des toundras reculées de l'ouest de Alaska pendant l'été boréal, d'où son nom, et hiverne dans des atolls et des petites îles de l'océan Pacifique. Avec la Barge rousse (Limosa lapponica), il détient un record de distance pour une migration transocéanique. Limicole atypique, il est le seul à ne pas pouvoir voler pendant sa mue, à dépendre exclusivement d'îles océaniques pour se nourrir hors de la période de reproduction et il peut utiliser des outils lorsqu'il chasse sa nourriture. Il fait partie des quelques oiseaux capables de réduire la taille de leurs organes digestifs pour se préparer à sa longue migration.

C'est un courlis de taille moyenne, beige tacheté de roux et de brun. Il possède un bec très long et recourbé vers le bas, beige grisâtre à sa base et noir à son extrémité. Ses pattes sont longues et grises. Il ressemble au Courlis corlieu (Numenius phaeopus) de la sous-espèce variegatus et au Courlis hudsonien (Numenius hudsonicus), qui se reproduisent pour partie dans la même zone. Il s'en distingue facilement par ses vocalisations. Les plumes « pointues » qui ornent ses cuisses et qui lui donnent son nom anglais sont également caractéristiques.

Le Courlis d'Alaska se nourrit essentiellement de baies et d'invertébrés dans ses zones de reproduction. En hivernage, la limitation des ressources dans les îles l'oblige à diversifier son alimentation pour y inclure des invertébrés intertidaux, des œufs et des juvéniles d'oiseaux marins, des rongeurs, des fruits et des cadavres de poisson.

Les adultes arrivent en mai sur leurs terres de reproduction en Alaska. Les mâles défendent de grands territoires au moyen de parades aériennes spectaculaires et de vocalisations complexes. Le nid, l'un des derniers d'Amérique du Nord à avoir été découverts par l'être humain, est une simple cuvette aménagée dans la toundra. La femelle pond typiquement quatre œufs, couvés par les deux parents. Ces derniers prennent soin de leurs petits pendant quelques semaines, puis les abandonnent en juillet ou en août. Les jeunes se regroupent alors entre eux, sous la surveillance de quelques adultes qui retardent leur propre départ. Les adultes qui viennent de se reproduire se concentrent sur les côtes de l'Alaska, où ils se gorgent de fruits afin de constituer des réserves de graisse pour migrer.

Le courlis d'Alaska est classé espèce quasi menacée dans la liste rouge de l'UICN en raison de son déclin rapide et de ses faibles effectifs, estimés à environ au total en 2003. Les facteurs de cette diminution sont la prédation par des mammifères introduits (chats, chiens, rats, porcs) dans ses terres d'hivernage et la perte d'habitats due à leur artificialisation anthropique.

Dénomination et taxonomie Noms et étymologie Le nom générique Numenius vient du grec ancien , littéralement « qui se rapporte à la nouvelle lune », sans doute par allusion au bec arqué des courlis.. Le nom générique tahitiensis, « qui se rapporte à l'île de Tahiti », est le toponyme du spécimen type, aujourd'hui disparu...

Le français « courlis » est d'origine onomatopéique, à partir du cri de l'oiseau.. Le nom normalisé « Courlis d'Alaska » se rapporte au lieu de nidification de l'oiseau et remplace son ancien nom « Courlis de Tahiti », encore usité dans les années 1970..

En anglais, le Courlis d'Alaska est le , littéralement le « courlis aux cuisses hérissées », à cause des plumes de ses cuisses, allongées et dépourvues de barbes, ce qui leur donne un air hérissé. Cette particularité a été notée pour la première fois par l'artiste Titian Ramsay Peale, qui examinait un spécimen collecté sur l'atoll de Kauehi, dans l'archipel des Tuamotu..

Dans sa zone d'hivernage, le Courlis d'Alaska est nommé kihi à Rakahanga et Manihiki, kaue ou kivi à Palmerston, kiohi ou kiovi à Mitiaro et Mauke, teu'e, kivi ou kiwi dans les îles de la Société, vea à Moorea, kivi dans les Tuamotu, kiwi à Marutea Sud, kivi ou kivikivi à Mangareva, kioi à Nuku Hiva et keuhe à Hiva Oa.

Taxonomie Le Courlis d'Alaska est décrit formellement en 1789 par le naturaliste allemand Johann Friedrich Gmelin dans son édition révisée du Systema naturae de Linné sous le nom de Scolopax tahitiensisCarl von Linné, Systema naturae I, partie 2, 1789, .. Gmelin fondait sa description sur le « courlis d'Oteihiti » décrit en 1785 par le Britannique John LathamJohann Friedrich Gmelin, A General Synopsis of Birds, with a suppl., III, partie 1, 1785, 722, 4.. Le spécimen étudié par Latham semble avoir été fourni par le naturaliste britannique Joseph Banks, qui avait accompagné le capitaine James Cook durant son premier voyage dans le Pacifique., et avait continué d'en recevoir des spécimens d'oiseaux par la suite..

Le Courlis d'Alaska est aujourd'hui placé dans le genre Numenius, celui des courlis, créé en 1760 par le Français Mathurin Jacques Brisson dans son OrnithologieMathurin Jacques Brisson, Ornithologie, ou, Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, especes & leurs variétés, vol. 1. p. 48, vol. 5, p. 311..

L'espèce est monotypique : elle ne possède pas de sous-espèces. Aucun hybride n'est connu.

Histoire fossile L'histoire fossile des Scolopacidae n'est pas claire. Des fossiles du Courlis d'Alaska datant de l'Holocène (les années) ont été découverts sur les îles hawaïennes de Molokai et Kauai, les îles Salomon, les Samoa américaines, les îles Cook, l'archipel de la Société, les îles Marquises, les îles Gambier et les îles Pitcairn..

Description Dimensions +Principales dimensions du Courlis d'Alaska. Dimension Moyenne Min. Max. Longueur de l'aile Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles Femelles : Longueur de la tête Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Longueur du becen ligne droite Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Longueur du becsuivant la courbure Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Longueur du tarse Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Poidsen période de reproduction Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Mâles : Femelles : Poidsà l'automne Poidspré-migration

Apparence vignette|alt=Gros oiseau au long bec recourbé marchant sur un tronc d'arbre couché au sol. La lumière rasante permet de bien voir les plumes hérissées de ses cuisses.|Courlis d'Alaska sur l'atoll de Midway. Les plumes hérissées de ses cuisses sont bien visibles.

Le Courlis d'Alaska est un oiseau de taille moyenne, qui mesure . Son poids varie entre , une amplitude qui s'explique par l'engraissement pré-migratoire. Il possède un long bec recourbé vers le bas () typique des courlis. Les deux sexes sont identiques, mais la femelle est en moyenne plus grande que le mâle et son bec est généralement moins recourbé et moins effilé.. Sur le terrain, il est possible de déterminer le sexe des individus avec un haut degré de précision (93,4 %) en mesurant la hauteur du bec près de sa base et près de son extrémité..

L'adulte a le dessus brun, tacheté de chamois-cannelle. Les parties inférieures sont claires, allant du crème au cannelle, lavées d'orangé. La tête, claire, arbore un dessin marqué, avec deux rayures brunes de chaque côté, l'une large formant un sourcil et l'autre plus étroite sur l'œil. La poitrine claire est finement barrée de brun. Les plumes qui recouvrent la partie supérieure des pattes sont allongées et dépourvues de barbes, d'où un aspect hérissé qui lui donne son nom en anglais. Le bec est orange foncé, avec l'extrémité brune. Les pattes robustes sont grises..

Mue Le Courlis d'Alaska possède des ailes longues et pointues. Elles comptent chacune dix rémiges primaires (rarement onze), seize ou dix-sept secondaires et quatre rémiges alulaires. La queue est courte et légèrement arrondie ; elle comporte douze rectrices. Un individu adulte trouvé mort en sur l'île de Laysan comptait de contour, pour une masse sèche de , soit 6,2 % de sa masse maigre, estimée à ..

Comme beaucoup de limicoles migrateurs traversant l'océan Pacifique, le Courlis d'Alaska opère une mue complexe, qui n'a été bien étudiée qu'à Laysan, dans les îles hawaïennes du Nord-Ouest : on ignore si son comportement est le même plus au sud de son aire d'hivernage.. Au sein de cette population, la mue commence début septembre et dure . Elle affecte d'abord les plumes de contour, puis les plumes de vol. La perte des rémiges primaires et secondaires est telle qu'une partie de la population, estimée à 50 % à Laysan, n'est plus capable de voler pendant environ deux semaines. Ces courlis cloués au sol se montrent très méfiants, s'aventurent rarement à découvert et courent se cacher dans la végétation dense s'ils sont dérangés par les humains. Cette perte de la capacité de vol semble unique chez les limicoles et découle certainement du fait qu'ils ont évolué dans un environnement sans prédateurs. Découverte par les scientifiques à Laysan en 1988, elle a été confirmée par le témoignage d'un natif de l'atoll de Rangiroa, dans l'archipel des Tuamotu : selon lui, les courlis étaient plus faciles à attraper en octobre, parce qu'ils étaient alors incapables de voler..

Vocalisations

Le Courlis d'Alaska possède un vaste répertoire de cris, caractéristiques de la toundra d'altitude de l'ouest de l'Alaska et considérés comme agréables pour une oreille humaine. Son cri d'appel est un sifflement clair, remarquablement similaire à celui qu'émet un humain pour attirer l'attention.. Il lui a donné son nom en langues yupik, chiuit.. Sur un corpus de seize cris, la durée moyenne est de ..

L'espèce produit également des sifflement bas, souvent en séries allant jusqu'à trente, qui peuvent être très similaires aux cris homologues du Courlis hudsonien et qui ont été décrits comme ressemblant au signal de recul d'un camion-poubelle. Les sifflements complexes reprennent la structure du sifflement bas, mais de manière plus élaborée. Le Courlis d'Alaska pousse également des sifflements plaintifs. Le chant du Courlis d'Alaska est typiquement introduit par une série de sifflements bas qui débouchent sur un sifflement complexe, avant de se conclure par une nouvelle série de sifflements bas et plus rarement des sifflements plaintifs..

Le juvénile produit des petits piou-piou pour localiser ses parents et des cris sifflés et rauques quand il se sent menacé. Son répertoire se développe rapidement : à l'âge de trois semaines, il est capable d'émettre le chiuit des adultes, même s'il conserve les cris des juvéniles.

Confusions possibles Le Courlis d'Alaska ressemble au Courlis corlieu de la sous-espèce variegatus et au Courlis hudsonien, qui se reproduisent pour partie dans la même zone. Les espèces se distinguent facilement à l'oreille : le Courlis d'Alaska produit un chiuit sifflé, tandis que les Courlis corlieu et hudsonien émettent des séries sonores de bibibibi. En vol, le Courlis d'Alaska arbore un croupion chamois à orangé, avec une queue barrée de cannelle et de brun qui contraste avec le reste du dessus. En comparaison, le Courlis hudsonien a un dessus plus uniforme et les barres de la queue sont peu contrastées. Les plumes « pointues » du Courlis d'Alaska, caractéristiques, peuvent être visibles à à la jumelle..

Déplacements À terre, le Courlis d'Alaska se déplace d'un pas mesuré, mais est capable de foncer pour chasser des proies mobiles, comme les araignées et les lézards. Dans ses terres d'hivernage, il peut se poser haut dans les arbres. Dans ses terres de reproduction, il peut surveiller ses petits en se perchant dans les buissons de saule, où il maintient son équilibre en étendant les ailes et la queue..