thumb|right|Vue d’ensemble de la galerie François-.

La galerie François- est une grande galerie ornée et peinte située au premier étage du château royal de Fontainebleau (en Seine-et-Marne). L'intervention dans les années 1530 des artistes italiens Rosso Fiorentino et Le Primatice, fait de cette galerie l'ensemble décoratif le plus représentatif subsistant de la première École de Fontainebleau, et témoigne de l'engouement de François pour l'art italien.

Cette galerie n'avait cependant qu'une importance secondaire à la Renaissance, car c'est la galerie d'Ulysse, totalement disparue, qui était la grande galerie d’apparat du château, et la plus importante création du règne de François pour l'histoire de l'art.

Historique Construite entre 1528 et 1530, elle mesure environ de long et de large, et constituait autrefois un pont couvert jouissant d'ouvertures des deux côtés. Le roi François la fit édifier et décorer, afin de relier ses appartements à la chapelle de la Trinité. Il en gardait les clés et la faisait visiter à ses hôtes de marque.

La galerie a été confiée aux Italiens Rosso Fiorentino et Le Primatice qui la décorèrent de façon originale avec des peintures, des lambris, des fresques et des stucs. Les travaux s'échelonnèrent de mars 1535 à mai 1537 pour les stucs, à partir de 1536 pour les fresques, et furent achevés juste avant la visite de Charles Quint à la Noël 1539Site officiel du château, La Renaissance.

vignette|droite|Détail des boiseries. Les boiseries en noyer sculpté sont l'œuvre du menuisier italien Francesco Scibec de Carpi qui les réalisa dès 1535 avec des essences rares, mais se tourna presque exclusivement vers le bois de noyer à partir de 1539, date à laquelle il exécute le parquet de la galerie et les lambris.

En 1689, on perce une porte dans le mur ouest afin d'accéder au vestibule du fer à cheval, ce qui contraint de supprimer une peinture du Rosso. Puis, certains stucs sont remodelés par François Besson. En 1701, Louis XIV remplace certains sujets trop « osés » par de nouvelles compositions (aujourd'hui disparues) dont à l'est Zéphyr et Flore, et dans le cabinet central Minerve et les arts. C'est en 1710 que Poerson aurait réalisé le dessus de porte du vestibule, avec des scènes illustrant la victoire de François , et L'Histoire écrivant ses actions sur les ailes du temps. De 1730 à 1731, une restauration est menée par Jean-Baptiste van Loo, avec la collaboration de Chardin. L'extrémité de la galerie est revue par l'architecte Gabriel en 1757. Berthélémy restaure les fresques sous la direction du peintre Pierre.

Louis XVI fit dédoubler l'aile en 1786 en ajoutant des appartements, la privant ainsi de son ouverture sur le jardin de Diane, mais faisant réaliser de fausses portes-fenêtres pour garder un aspect symétrique.

Sous Napoléon la transformation de la galerie François-Ier en « galerie de l'Empereur » est décidée en . Aménagée en « galerie des Illustres », elle accueille dès le mois de septembre suivant les premiers bustes des aides de camp initialement destinés au château de Saint-Cloud puis ceux de générauxSylvia Pressouyre, Sculptures du château de Fontainebleau, In Les Arts à l'époque napoléonienne, Société de l'histoire de l'art français, 1969, -210. à côté desquels sont exposés des dessins des campagnes militaires de Bonaparte. Les N et les abeilles impériaux remplacent les F et les salamandres de François Ier. Rien ne subsiste de ce décor qui a été effacé dès la première Restauration de la monarchieCharles Terrasse, Napoléon à Fontainebleau, Paris, Grasset, 1952, n.p. (en ligne)..

En 1846, une nouvelle restauration, assez lourde, est entreprise. On procède à la création d'une frise en carton-pâte par le sculpteur Jean-Baptiste-Jules Klagmann, tandis que le peintre Couder restaure les peintures. On supprime la cheminée et la galerie reçoit un nouveau parquet. Alaux poursuit la restauration en repeignant entièrement les fresques à l'encaustique, et en ajoutant de nouvelles peintures, dont une vue de l'étang de Fontainebleau et une Dispute de Minerve et Neptune.

Description thumb|right|200px|Décor de la porte menant au vestibule du fer à cheval.

La galerie dessine un jeu de travées, rythmées par des ouvertures symétriques et de grands panneaux peints.

Plafond Le plafond à caissons joue dans l'ensemble décoratif un rôle plutôt secondaire et affiche un style plutôt classique.

Décors muraux vignette|gauche|La salamandre de François I. On retrouve partout le monogramme du roi, portant une salamandre. Les stucs se présentent pour la plupart comme de grandes figures en haut-relief accompagnées de chutes de fruits. Rosso Fiorentino et Le Primatice répandent dans l'ensemble décoratif le motif du cuir découpé qui fera école par la suite et sera repris de nombreuses fois.

Les peintures, réparties en deux groupes de six fresques séparées par une travée centrale, représentent des récits de la mythologie gréco-romaine et des allégories dont le sens nous échappe aujourd'hui (Marguerite d'Angoulême, sœur de François , admettait elle-même la complexité des thèmes et disait « lire en hébreu » sans explications annexesSite officiel du château), mais qui symbolisent probablement le bon gouvernement du roi et font l'éloge de François . Les couleurs et la facture de ces scènes se rapprochent du maniérisme florentin et romaine, où l'on perçoit notamment une influence de Michel-Ange et de Raphael dans le traitement des nus.

thumb|right|Le Sacrifice, Le Rosso, fresque, années 1530.

Dans la première travée nord est peinte la fresque dite du Sacrifice (par Rosso Fiorentino), dans laquelle un prêtre mitré vêtu de noir se tient près d'un autel enflammé, entouré de vieillards, de femmes tenant des enfants et de porteurs de vases. Le prêtre représenté pourrait être saint François de Paule, ou bien le roi François lui-même, la fresque évoquant ainsi le rôle religieux du roi et ses compétences de prêtre, qu'il exerce au même titre que sa fonction de souverain. Les stucs autour de la fresque représentent le sacrifice d'un bélier et celui d'un taureau, toujours dans la thématique religieuse exprimée par la fresque centrale.

Dans la première travée sud est peinte la fresque de L'Ignorance chassée (œuvre de Rosso Fiorentino), avec sur la droite la représentation de François en empereur romain, couronné de laurier, tenant une épée et un livre. L'ignorance, représentée par des personnages aux yeux bandés, est chassée. Les stucs encadrant la fresque représentent deux satyres mâle et femelle et leurs enfants. Cette fresque pourrait évoquer la politique culturelle de François , en tant qu'elle permet d'éloigner l'ignorance et place ainsi le roi en garant de la connaissance. Les deux satyres illustreraient le résultat de l'ignorance, entraînant le vice.

thumb|left|L’Éléphant au caparaçon, Rosso Fiorentino, fresque, vers 1536.

Dans la deuxième travée nord, figure la célèbre fresque de l'Éléphant royal (par Rosso Fiorentino) dite aussi L'Éléphant au caparaçon (symbole de force, de sagacité, et de pérennité de la royauté) représenté sur une place, portant le chiffre royal sur le front (écu à la salamandre) et des fleurs de lys sur le caparaçon, représentant ainsi le roi François lui-même. À ses pieds figurent trois allégories de l'air, de la terre et de l'eau (l'homme au foudre représente Jupiter, l'homme au trident Neptune, et celui accompagné de Cerbère Pluton, en référence aux trois espaces sur lesquels règne François ), ainsi qu'une cigogne qui symboliserait l'amour filial, celle-ci représentant la mère du roi, Louise de Savoie. Sur les côtés sont peintes deux fresques sur le thème des enlèvements mythologiques : à droite Saturne déguisé en cheval enlevant Philyre, et à gauche Jupiter, changé en taureau, enlevant Europe. Les stucs illustrent légèrement l'Histoire d'Alexandre le Grand, avec notamment Alexandre tranchant le nœud gordien, sous la fresque.

Dans la deuxième travée sud une fresque peinte par Rosso Fiorentino illustre François en empereur, tenant dans sa main un grenade, tandis qu'un enfant agenouillé lui tend d'autres fruits similaires. Le roi est entouré de militaires, bourgeois et paysans, vêtus de costumes romains et gallo-romains. Cette scène évoquerait le roi en tant que défenseur de l'unité de l'État : il tient une grenade, réputée pour comporter de nombreux pépins, que le roi ainsi réunis. La diversité des classes sociales représentées dans son entourage serait une référence au caractère universel de son gouvernement, s'appliquant à tous ses sujets, tandis que les costumes antiques placeraient François comme un nouveau César. Les stucs représentent quant à eux deux couples enlacés.

vignette|L'Incendie. Dans la troisième travée nord est peinte la fresque de L'Incendie (par Rosso Fiorentino), dans laquelle deux personnages portent un homme et une femme âgés sur leurs épaules, traditionnellement comprise comme une représentation de l'histoire des jumeaux de Catane, qui ont fui l'incendie de leur ville chargés de leurs parents. Toutefois une restauration a montré que l'un des personnages était une jeune femme, alors que les jumeaux de Catane étaient deux hommes. Il pourrait aussi s'agir d'une allusion au mythe d'Énée quittant Troie en flammes et portant son père Anchise sur les épaules ; Erwin et Dora Panofsky y voyaient également une allusion au « dévouement » des deux enfants de François , otages de Charles-Quint à la place de leur père, cité par .. Les stucs représentent à gauche un homme barbu vêtu de braies et à droite un jeune homme portant un pagne, ces deux personnages évoquant l'amour filial, tandis que la fresque pourrait faire référence au dévouement des deux fils de François , ceux-ci se livrant à l'ennemi espagnol en échange du roi alors prisonnier à Madrid.

vignette|gauche|Cléobis et Biton. Dans la troisième travée sud est peinte (par Rosso Fiorentino) la fresque de Cléobis et Biton, dans laquelle les deux jeunes hommes portent leur mère et la mènent à un temple. Des bas-reliefs en stucs représentent à gauche Sidype au milieu des pestiférés, à droite La Mort de Cléobis et Biton, et au centre Pera nourrissant Simon. Toutes ces scènes symboliseraient l'amour de François et Marguerite d'Angoulême pour leur mère Louise de Savoie.

thumb|right|La nymphe de Fontainebleau, Jean Alaux, 1860-1861. La travée centrale est peinte de deux scènes ovales : au nord, La Nymphe de Fontainebleau (réalisée en 1860-1861 par le peintre Alaux d’après une œuvre du Rosso), et au sud, Danaé (par Le Primatice), avec des stucs réalisés par Le Rosso représentant des figures féminines portant des corbeilles de fruits. Les fresques latérales illustrent les chars d’Apollon et de Diane.

Dans la cinquième travée nord est visible La Vengeance de Nauplius (dite aussi Le Naufrage, ou La Destruction de la flotte grecque), par le Rosso, dans laquelle Nauplius, au premier plan, tue les marins grecs affolés. Les fresques des encadrements illustrent Neptune et Amymone, tandis que sont disposées de part et d'autre de la fresque des niches vides. La fresque centrale pourrait symboliser les malheurs engendrés par la traîtrise et la vengeance, punies par la colère divine. Cette fresque serait ainsi une évocation directe de la traîtrise du connétable de Bourbon, celui-ci s'étant rallié aux ennemis espagnols.