Ankyloglossie, ou frenulum linguae, est le nom médical d'une anomalie congénitale commune : un frein de langue inhabituellement court, épais et/ou rigide, ayant pour conséquence une limitation des mouvements de la langue. Étymologiquement, ces mots signifient respectivement et « frein de la langue »).
3,2 à 10 % de la population générale en seraient porteur (taux peut-être sous-estimé, faute de diagnostic quand les symptômes sont peu apparents). Cette anomalie est souvent bénigne, mais une ankyloglossie sévère peut entraîner des difficultés d'allaitement maternel et au biberon chez le nourrisson, ainsi que des douleurs mamelonnaire et une mauvaise production de lait chez la personne allaitante ; des reflux et une prise de poids insuffisante chez le nourrisson ; des problèmes d'hygiène bucco-dentaire à plus long terme (infections, caries et un déchaussement des dents) ; un trouble de l'élocution et/ou de la déglutition, avec éventuelle apnée obstructive du sommeil, alors sources de possibles difficultés développementales et psychosociales chez le nourrisson, l'enfant, l'adolescent ou l'adulte concernés. Dans les cas sévères, des compensations (posturales notamment) sont possibles, mais le frein lingual ne s'assouplit pas spontanément (en raison de sa structure fibreuse et collagénique). Les cas sévères devraient idéalement être pris en charge de manière multidisciplinaire, en se fondant sur une évaluation fonctionnelle pour éviter le sous‑ ou sur‑traitement chirurgical. Il n'y a pas encore de consensus médical sur tous les aspects de la maladie, ni sur le choix des critères justifiant une ablation chirurgicale du frein (frein lingual le plus souvent), dite frénectomie (mot pouvant aussi s'écrire freinectomie).
Éléments de définition et sous-types La cavité buccale humaine comporte naturellement sept freins. (qui tous peuvent être anormalement courts) : + Types d'ankyloglossies Type particularités Frein lingual antérieur(anterior lingual frenulum) C'est le cas le plus fréquemment et facilement diagnostiqué, au point que les termes « ankyloglossie antérieure » et « ankyloglossie » sont interchangeables ; selon un travail de consensus médical récent (janvier 2025), c'est . Frein lingual postérieur(posterior lingual frenulum) Il est situé plus profondément sous la langue, moins visible, il peut empêcher la langue de se déplacer librement (élévation, protrusion, mouvements latéraux), en altérant éventuellement la succion, la déglutition et la phonation ; elle survient Frein labial supérieur(maxillary labial frenulum) Il relie la lèvre supérieure à la gencive maxillaire. Frein labial inférieur(mandibular labial frenulum) Il lie la lèvre inférieure à la gencive mandibulaire. Une attache restrictive mécanique (tethering) de ce type peut nuire à l'allaitement. Frein buccal droit(right buccal frenulum) il relie la joue droite à la gencive ; qui peut rendre le brossage des dents difficile en raison d'un accès limité et de restes de nourriture se dégradant dans les joues, entraînant des douleurs ou des problèmes dentaires potentiels ; la phonation des sons nécessitant un mouvement complet des lèvres ou des joues ( sons « p », « b », « m »), peut aussi être altérée, et dans les cas sévères, parler, mâcher ou déglutir peut être inconfortable ou douloureux.. La prévalence de cette anomalie dans la population générale est mal établie, car souvent sous‑diagnostiquée. Et sa signification clinique est débattue. Une enquête internationale (2023) auprès de 466 professionnels de santé a montré que la majorité d'entre eux rencontrent ce type de frein dans leur pratique, mais leurs estimations de fréquence varient fortement selon les critères et leur expérience de praticiens.. Frein buccal gauche(left buccal frenulum) Mêmes spécificités que ci-dessus, mais du côté de la joue gauche. Frein sublingual ou génio-glosse(sublingual/genioglossus frenulum) Il est caractérisé par des attaches plus profondes reliant la langue au plancher buccal, plus ou moins restrictives selon les cas.
Les freins les plus étudiés et opérés sont le frein labial maxillaire, le frein labial mandibulaire, le frein lingual, les quatre autres sont moins connus.
Le rôle principal des freins semble être de contribuer à la stabilité des lèvres, des joues et de la langue et à certaines de leurs fonctionnalités..
On parle de frein restrictif pour décrire On parle aussi de ou d' quand ..
La première définition anatomique de l'ankyloglossie est étonnamment récente (2019) proposée par Nikki Mills et ses collègues qui la décrivent comme :
On parle de formes « submuqueuses » quand elles sont enfouies sous la muqueuse, et alors très peu visibles à l'examen clinique, mais pouvant néanmoins limiter la mobilité linguale et provoquer des difficultés fonctionnelles lors de l'allaitement et des difficultés d'alimentation/déglutition, d'élocution, de respiration et de posture plus tard dans la vie ; ces formes, moins évidentes, pourraient être un peu plus souvent problématique pour le nourrisson lors de l'allaitement et sous-estimées.ACMTS (Mars 2020) Qu'est-ce que l'ankyloglossie? | cadth.ca |url=https://www.cda-amc.ca/sites/default/files/attachments/2022-10/ankyloglossia_brochure_FR_print.pdf..
Pour l'American Academy of Pediatric Dentistry, les données épidémiologiques sur les freins oraux restrictifs, incluant les freins buccaux, restent limitées, et aucun consensus n'existe sur leur prévalence réelle..
Les formes sévères font cependant l'objet d'un intérêt croissant en pédiatrie et en odontologie, bien que leur diagnostic soit compliqué (parfois controversé) par l'absence de critères standardisés, et par la difficulté à distinguer certaines limitations anatomiques des limitations fonctionnelles. Des études récentes insistent sur les conséquences possibles des ankyloglossies sévères au-delà de la petite enfance, incluant troubles de la parole, reflux, douleurs orofaciales et désordres temporo‑mandibulaires.. Toutefois, plusieurs revues mettent en évidence le manque de consensus sur la prévalence réelle et sur l'efficacité des traitements chirurgicaux, appelant à des études longitudinales et multicentriques pour mieux définir les indications thérapeutiques.. Un rapport clinique récent (2024) de l'American Academy of Pediatrics rappelle que ces formes postérieures peuvent avoir un impact significatif sur l'allaitement et la mobilité linguale, mais que l'indication de frénectomie doit être posée avec prudence..
Intérêt clinique et scientifique pour le sujet Dans le monde, les praticiens accordent de plus en plus d'attention à ces malformations car elles sont souvent (dans un peu moins de 50 % des cas) associée à une diminution significative de la qualité de la succion lors de l'allaitement (surtout dans ses formes modérées et sévères d'ankyloglossie), ce qui dans les cas pathologiques les font classer parmi les « dysfonctionnements des compétences alimentaires » dans le champ des troubles de l'alimentation pédiatrique (TAP), avec parfois un possible lien avec l'alimentation sélective (fréquente dans l'autisme) et sa double dimension, nutritionnelle et psychosocialeHermans, D., et Grevesse, P. (2025). Le trouble alimentaire pédiatrique: Physiopathologie, évaluation et traitement. De Boeck Supérieur.. Un autre motif d'intérêt de professionnel, est qu'il a été démontré que .
Traitement Des « mesures conservatrices » peuvent inclure une thérapie myofonctionnelle orofaciale (exercices moteurs oraux et des étirements), guidés par un professionnel (orthophoniste en général), afin d'améliorer la mobilité de la langue, des joues et des muscles et fascias liés à la bouche. Selon une revue d'étude récente (2022) sur l'« efficacité de la thérapie myofonctionnelle dans l'ankyloglossie », , résultats à considérer avec prudence selon les auteurs car nécessitant encore une confirmation sur des échantillons plus vastes et étudiés avec une méthodologie améliorée..
Chez le nourrisson, ou chez l'adulte si la restriction continue à affecter significativement l'une des fonctions buccales, une frénectomie peut être recommandée (voir ci-dessous).
Traitement chirurgical
Un manuel de chirurgie daté de présente déjà des gravures sur bois montrant le frein lingual d'un nourrisson, coupé aux ciseauxCanadian Agency for Drugs for Drugs and Technologiesin Health. Frenectomy for the correction of ankylo-glossia: A review of clinical effectiveness and guidelines.CADTH Rapid Response Reports; 15 juin 2016 ., et on disait au siècle, que les sages-femmes conservaient un ongle long et aiguisé pour à la naissance de pouvoir couper le frein lingual afin de faciliter l'allaitement.
Ces dernières décennies, les recommandations thérapeutiques varient significativement selon qu'elles proviennent de dentistes, oto‑rhino‑laryngologistes, consultants en lactation, orthophonistes, pédiatres ou chirurgiens.Delli K, Livas C, Sculean A, Katsaros C, Bornstein M. Facts and myths regarding the maxillary midline frenum and its treatment: A systematic review of the literature. Quintessence Int. 2013;44(2):177‑87.Segal L, Stephenson R, Dawes M, Feldman P. Prevalence, diagnosis, and treatment of ankyloglossia. Can Fam Physician. 2007;53(6):1027‑33.LeTran V, Osterbauer B, Buen F, Yalamanchili R, Gomez G. Ankyloglossia: Last three‑years of outpatient care at a tertiary referral center. Int J Pediatr Otorhinolaryngol. 2019;126:109599.John J, Weddell JA, Shin DE, Jones JJ. Gingivitis and periodontal disease. In: JA Dean, ed. McDonald and Avery's Dentistry for the Child and Adolescent. 11th ed. St. Louis, MO: Mosby Elsevier; 2021:286‑323.Finigan V, Long T. The effectiveness of frenulotomy on infant‑feeding outcomes: A systemic literature review. Evidence Based Midwifery. 2013;11(2):40‑5.O'Callahan C, Macary S, Clemente S. The effects of office‑based frenotomy for anterior and posterior ankyloglossia on breastfeeding. Int J Pediatr Otorhinolaryngol. 2013;77(5):827‑32.Webb AN, Hao W, Hong P. The effect of tongue‑tie division on breastfeeding and speech articulation: A systematic review. Int J Pediatr Otorhinolaryngol. 2013;77(5):635‑46.Boutsi EA, Tatakis DN. Maxillary labial frenum attachment in children. Int J Paediatr Dent. 2011;21(4):284‑8., mais dans le monde, on assiste à une forte augmentation des freinectomies, parfois sans preuve de nécessité selon certains experts, relayés en France par l'Académie nationale de médecine..
Alors que, de 1997 à 2012, aux USA, les diagnostics d'ankyloglossie ont beaucoup augmenté chez les enfants (de +834 %), de même que les frénectomies (+866 %)., le nombre d'opérations a également augmenté : 33 % des enfants diagnostiqués ont été opérés en 1997, puis 35 % en 2009 et 38 % en 2012. Dans la province de Canterbury en Nouvelle-Zélande, le taux de frénotomies est passé de 7,5 % à 11,3 % des enfants en 2 ans (2013-2015)..
En 2020, un panel d'oto‑rhino‑laryngologistes pédiatriques a publié un consensus sur le diagnostic et la prise en charge de l'ankyloglossie chez les enfants de moins de 18 ans (basé sur la méthode Delphi, modifiée).. Un autre travail de consensus précise que .
Si l'ankyloglossie était sévère, une rééducation logopédique post-opératoire est recommandée, pour au moins 4 semaines, afin d'apprendre de nouveaux mouvements fascio-musculaires permettant de corriger les mouvements compensatoires établis et d'éviter la formation de cicatrices (7,8).
Diagnostic clinique Il est principalement visuel. L'anomalie est généralement détectée par le médecin accoucheur, la mère, un pédiatre, une sagefemme, une conseillère en allaitement, un dentiste, un oto-rhino-laryngologiste ou un orthophoniste.