Le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information (CLEMI), appelé aussi Centre pour l'éducation aux médias et à l'information, est un service de Réseau Canopé, opérateur public sous tutelle du ministère français de l'Éducation nationale. Installé à Paris, le CLEMI est chargé de l'éducation aux médias dans l'ensemble du système éducatif, jusqu'à la fin du secondaire.

Dirigé par Serge Barbet, ancien journaliste en presse écrite, ex-conseiller ministériel chargé de l'éducation à la citoyenneté, le CLEMI dispose d'un conseil d’orientation et de perfectionnement présidé par Nathalie Sonnachttps://www.clemi.fr/fr/evenements/toutes-les-actualites/actualite/news/detail/News/renouvellement-du-conseil-dorientation-et-de-perfectionnement-du-clemi-et-nomination-de-sa-nouvel.html. Celui-ci s'appuie sur un réseau de coordonnateurs académiques, eux-mêmes placés sous l'autorité des recteurs, sur l'ensemble du territoire national.

Le CLEMI a pour mission la formation des enseignants en éducation aux médias et à l'information, la production ou la coproduction de ressources pédagogiques et la promotion d'une pratique citoyenne des médias à l'école, au collège et au lycée. Il anime aussi des actions éducatives et pédagogiques, dont la « Semaine de la presse et des médias dans l’école » qui s'adresse chaque année (en mars) à près de 4,5 millions d’élèves, mobilisant enseignants dans scolaires (y compris dans l'ensemble des établissements français à l'étranger).

Historique En 1976, le ministre René Haby adresse à l’inspection générale une lettreLettre du ministre suivie des premières circulaires autorisant l’introduction à l'école de la presse d’information comme support pédagogique dans les programmes des différentes disciplines, dans le strict respect par les professeurs du code de déontologie de leur métier (neutralité d’opinion). L’objectif est pédagogique, la comparaison de différentes sources doit permettre l’évaluation critique et de « bien distinguer entre les faits et leur interprétation ».

En , est publié le rapport d’orientation de Jacques Gonnet et Pierre Vandevoorde au ministre Alain Savary sur « L’introduction des moyens d’information dans l’enseignement »Rapport Gonnet/Vandevoorde.

En , Alain Savary crée le Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d’Information (CLEMI) par arrêté ministériel pour « promouvoir, notamment par des actions de formation, l’utilisation pluraliste des moyens d’information dans l’enseignement afin de favoriser une meilleure compréhension par les élèves du monde qui les entoure tout en développant leur sens critique ».

Le , un décretDécret n°93-718 du 25 mars 1993 relatif au centre de liaison de l'enseignement et des moyens d'information confirme la mission confiée au CLEMI.

Le , par décretDécret n°2007-474 du 28 mars 2007 modifiant le décret n° 93-718 du 25 mars 1993 relatif au centre de liaison de l'enseignement et des moyens d'information, le CLEMI devient le Centre de Liaison de l'Enseignement et des Médias d’information ; il constitue un service du réseau Canopé (anciennement CNDP, Centre National de Documentation Pédagogique). Le CLEMI est « chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif ».

Contexte Dès le début des années 1960, . L’Association Presse Information Jeunesse (APIJ) inscrit l’introduction des moyens d’information dans l’enseignement comme l’un de ses objectifs prioritaires. Lors d’un colloque à Rennes en 1971, cette association, regroupant des journalistes de toutes tendances, propose une charte de la presse à l’école.

La relation étroite entre professionnels des médias et de l’éducation autour de la place des médias dans l’opinion, les savoirs et les représentations sociales (une question rendue plus vive encore après ) . Du côté de l’éducation nationale, dans les mêmes années, apparaît une Initiation à la culture audio-visuelle (ICAV) portée par René La Borderie, directeur du Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de Bordeaux, et par la Ligue de l’enseignement. L’ICAV deviendra l’Initiation à la communication et aux médias (ICOM) sous Alain Savary. liée au « collège unique » promeut : le sens d’un message se construit par la lecture et l’interprétation. Ces perspectives sont reprises par un autre programme expérimental associant plusieurs ministères et des chaînes de télévision : l’opération Jeune Téléspectateur ActifPour en savoir plus sur l'opération JTA (JTA, 1979-82) qui prend en compte les pratiques médiatiques des élèves en dehors de l’école et entend faire de l’élève un téléspectateur actif, un citoyen. Après JTA, l’opération « Vidéo-collège » (1985) visera la production d’images par les collégiens.

Dans le même temps, la presse lycéenne se structure. Tout d'abord, en 1978, autour de l'Agence de Presse Lycéenne. Elle se transformera en 1980, en Actions Presse lycéennes avec la double volonté de construire un journal lycéen national et celle d'aider à la création et la pérennisation de journaux lycéens locaux. Ces initiatives conduiront en 1983 au lancement d'un concours des journaux lycéens. Cette action de structuration sera poursuivie par J. Presse, puis par Jets d'Encre, association nationale pour la promotion et la défense de la presse d'initiative jeune. .

La création du CLEMI en 1983 par Jacques Gonnet, fondateur et directeur du CLEMI jusqu’en , indique la volonté que l’introduction des médias d’information, à tous les niveaux de l’école et dans toutes les disciplines, ; seul le service public a la capacité et le devoir de permettre à tous les partenaires de se situer dans cette perspective.

Deux axes principaux guideront l’action du CLEMI : la connaissance des médias et leur analyse critique ainsi que la production de médias par les élèves.

Arrière-plan international Le rapport Gonnet/Vandevoorde survient au moment (1982) où l’UNESCO publie la déclaration de Grünwald Texte de la déclaration de Grünwald à l’issue d’une réunion internationale ayant pour but « d’étudier les conséquences (…) du rôle croissant et de la généralisation des grands moyens d’information afin, d’une part, de mieux comprendre la place qu’occupent ces moyens dans la société, et l’impact de plus en plus grand qu’ils exercent dans la formation de l’opinion publique, d’autre part, d’examiner leurs répercussions sur les contenus et les méthodes d’éducation ». Cette déclaration qui a posé les jalons de l’éducation aux médias au niveau international, prend en compte l’importance des médias et l’obligation faite à l’école d’aider les citoyens à mieux comprendre ces phénomènes.

Elle met l’accent sur la part importante des médias dans la culture contemporaine, les systèmes nationaux se devant de « promouvoir chez les citoyens une compréhension critique des phénomènes de communication » et souligne que « les raisons qui militent en faveur d’une éducation aux médias (…) deviendront irrésistibles dans l’avenir proche avec les développements de la technologie (…) qui auront pour conséquence d’accroître les choix des utilisateurs de médias. »

En 1989, la Convention relative aux droits de l'enfant adoptée par l’UNESCO – droit à la liberté d’expression, à l’accès aux sources d’information et à la participation à la vie culturelle – permet de faire de l’éducation aux médias un droit fondamental de l’humanité. Depuis 1990, le CLEMI fait partie des deux collèges « Éducation » et « Communication » de la Commission française pour l’UNESCO et participe à ce titre aux groupes de travail sur l’éducation aux médias et au Sommet mondial sur la société de l'information.

En 1990, la Commission nationale française pour l’UNESCO et le Conseil de l’Europe organisent la première conférence internationale sur l’éducation aux médias à Toulouse à laquelle participent 200 éducateurs aux médias issus de 45 pays.

En , un séminaire euro-méditerranéen, organisé par la Commission nationale française pour l’UNESCO avec l’UNESCO, renforce la prise de conscience des préoccupations et des attentes du public en matière d’éducation aux médias, et notamment la formation des jeunes et des professionnels de l’information. L’UNESCO publie, en , dans le cadre du projet Mentor, un kit de formation à l’intention des enseignants, des élèves, des parents et des professionnels.

25 ans après la Déclaration de Grünwald, sa pertinence est réaffirmée lors d’une rencontre internationale en à l’initiative de la Commission nationale française pour l’UNESCO et de l’UNESCO qui dresse un bilan des avancées enregistrées et des obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des pratiques d’éducation aux médias au niveau international. Les participants sont invités à formuler à nouveau « des recommandations destinées à généraliser l’éducation aux médias et à mobiliser tous les acteurs concernés ». Ces recommandations qui composent l’Agenda de ParisAgenda de Paris ou 12 recommandations pour l'éducation aux médias concernent quatre grands thèmes : le développement de programmes intégrés à tous les niveaux de l’enseignement ; la formation des enseignants et la sensibilisation des différents acteurs de la sphère sociale ; la recherche et ses réseaux de diffusion et la coopération internationale en action.

Cadre européen Du côté de l’Union européenne, l’éducation aux médias et à l'information est d’abord envisagée sous l’angle de « la protection des mineurs et de la dignité humaine » (Livre vert de 1996, recommandation du Conseil de l’Europe 1998). En 2006, une recommandation du Parlement européen et du Conseil de l’Europe complète la recommandation de 1998, en tenant compte des développements technologiques et de l’évolution du paysage médiatiqueViolaine Hacker, « Citoyenneté culturelle et politique européenne des médias : entre compétitivité et promotion des valeurs », NATIONS, CULTURES ET ENTREPRISES EN EUROPE, sous la direction de Gilles Rouet, Collection Local et Global, L’Harmattan, Paris, pp. 163-184. Elle invite « les États membres à entreprendre des actions visant à permettre aux mineurs d’utiliser de manière responsable les services audiovisuels et d’information en ligne ». Cette responsabilisation des mineurs pouvant « passer par une meilleure sensibilisation des parents, des enseignants et des formateurs au potentiel des nouveaux services et aux moyens de les rendre plus sûrs pour les mineurs ».

Dans la perspective de la réalisation des objectifs que l’Union européenne s’est fixée à Lisbonne (2000), après avoir lancé une vaste consultation publique en mettant l’accent sur la diffusion des bonnes pratiques locales et nationales dans le domaine de l’éducation aux médias, la Commission européenne, dans une communication de intitulée " Une approche européenne de l’éducation aux médias dans l’environnement numérique " souligne « l’importance de l’éducation aux médias par rapport à la communication commerciale, aux œuvres audiovisuelles, aux contenus numériques ».

En 2008, le Parlement européen adopte une résolution « sur la compétence médiatique dans un monde numérique ». Cette résolution invite la Commission européenne (organe exécutif de l’UE) à adopter une recommandation et à « lancer un programme d’action sur la compétence médiatique dans le monde numérique ». Parmi les éléments de la compétence médiatique, figure l’éducation aux médias dans les écoles et en tant qu’élément de la formation des enseignants. Le Parlement demande que la compétence médiatique soit inscrite en tant que clé du cadre de référence européen pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (dont la est la compétence numérique qui implique l’usage sûr et critique des technologies de la société de l’information (TSI) et des Technologies de l’information et de la communication (TIC)).

En , la Commission européenne publie sa recommandation « sur l’éducation aux médias dans l’environnement numérique pour une industrie de l’audiovisuel et du contenu plus compétitive et une société de la connaissance intégratrice ».