Le beffroi de Bailleul est situé dans le département du Nord à Bailleul il mesure . Il fait également partie de la liste des admis au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco en 2005.
Le campanile abrite un carillon de pesant plus de qui sonne tous les quarts d'heures classées monuments historiques depuis 1991.
L'ensemble de l'hôtel de ville et du beffroi fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..
Historique La salle gothique (à la base du beffroi) et le Présidial des Flandre (ancienne province française), ancienne prison sont classés « monument historique » depuis 1922.
À l'origine le beffroi était une tour en bois qui servait d'abord à faire la guerre puis comme tour de guet.
Au il fut édifié en pierre dont seule la salle gothique existe encore actuellement. Il fut détruit de nombreuses fois à cause des guerres et d'incendies et fut reconstruit à chaque fois. Sa dernière reconstruction date de 1932 après la Première Guerre mondiale par Louis Marie Cordonnier qui garda la façade austère qu'elle possédait avant la guerre.
Le beffroi et l'hôtel de ville avant la guerre 14-18 Le beffroi du avec son hôtel de ville du et l'église gothique Saint-Vaast derrière formait un très bel ensemble, comme on peut encore en voir à Furnes ou à Ypres de l'autre côté de la frontière.
L'hôtel de ville fut rebâti presque entièrement au (1) et plus précisément dans la première moitié du (2) et restauré après l'incendie de 1681 (2). Il se caractérisait par ses fenêtres rectangulaires ou surbaissées à croisées de pierre des (3) au rez-de-chaussée, la répartition irrégulière des ouvertures, l'association pierre/briques rouges/grès, ses lucarnes flamandes à croupe, ses tourelles en encorbellement aux deux extrémités de la façade et sa bretèche datée de 1565 (1), placée au milieu de la moitié gauche de la façade. Il avait gardé intérieurement au rez-de-chaussée, selon Ficheroulle (4), des voûtes et des colonnes du . vignette|Le beffroi et la tour de Saint-Vaast en 1887 (Dehaisnes). vignette|Le soubassement du beffroi ().
À sa gauche lui était accolé le beffroi, entièrement en grès d'Artois. Celui-ci constituait un bâtiment jointif mais nettement distinct par la couleur, les matériaux, l'aspect plus austère et l'ancienneté.
Le beffroi, de plan carré, datait du , probablement après l'incendie de 1436, sauf le rez-de-chaussée, plus ancien, du (5). Celui-ci présentait en façade des arcs en tiers point, des corbeaux en grès représentant des têtes d'hommes et intérieurement une salle à pilier de grès soutenant quatre voûtes gothiques (5).
Des 6 fenêtres qui perçaient 2 à 2 les étages, les 2 du bas avaient perdu leurs croisées de pierre. vignette|Beffroi et hôtel de ville de Bailleul avant 1885 (Bibliothèque municipale de Lille Portefeuille 69,35 Lambert 1885). Son couronnement à arcades ogivales en pierres blanches, imité de celui de la tour gothique de Saint-Vaast (5) qui se profilait juste à sa gauche, et les 4 cordons de grès horizontaux placés irrégulièrement sur sa façade accentuaient son caractère massif et puissant. Le rétrécissement du beffroi par la gauche à partir du dernier étage et sa flèche du (5) ajoutaient à son charme et à son pittoresque.
Contre le beffroi, à gauche, à l'entrée d'une ruelle, était venue s'appuyer une petite maison qui, comme un repoussoir, participait à la mise en valeur du transept, surmonté de la tour de croisée gothique de l'église Saint-Vaast, qui, placé dans l'axe de la ruelle, fermait la perspective. Ce magnifique effet scénographique, qui n'est pas passé inaperçu des photographes (6) a de tous temps attiré les artistes.
Au , cet ensemble extrêmement pittoresque et unique en Flandre (tant française que belge) a séduit le peintre Jacob Savery le Jeune qui l'a représenté librement dans le tableau : Vie flamande un jour de fête (Musée B. Depuydt à Bailleul), qui montrerait l'état de Bailleul à la fin du ou au début du (7). Ce tableau est en fait la copie exacte du tableau de Jacob Savery l'Ancien : Kermesse villageoise (Paris De Jonckheere) dont Jan Briels (8) a révélé qu'elle est une imitation de Kermesse villageoise réalisée en 1586 par Hans Bol (Musée de Dresde) (9). On notera que le titre donné par le Musée de Dresde évoque un château (Schloss), ce à quoi peut faire penser la tour fortifiée de l'hôtel de ville de Bailleul, dans un lieu appelé « Schelle Belle », Belle étant le nom de Bailleul en néerlandais (Bailleul fut néerlandophone jusqu'au ).Sur le tableau de Hans Bol, le cadre architectural, qui a été interprété et transformé par Savery, apparaît encore beaucoup plus proche de celui de Bailleul d'avant 1914 : la topographie est la même : le « château » et l'église « sont placés parallèlement au plan de l'image » (8), on retrouve la rue qui longe l'hôtel de ville et mène au transept de Saint-Vaast. Le beffroi est frappant de similitude : on reconnaît aisément la flèche, les trois séries de fenêtres et on retrouve, transformée, la série d'arcatures répondant à celle de l'église ainsi que l'ébauche des en encorbellement.
Pour l'hôtel de ville, de couleur rouge, on retrouve le même matériau : la brique rouge, les deux tourelles en encorbellement, les entrées et fenêtres du rez-de-chaussée ; l'étage étant encore dans le même style que le rez-de-chaussée avec des fenêtres à croisées de pierre, c'est-à-dire comme il était avant d'être transformé. Si l'on en croit Ficheroulle (4), l'hôtel de ville fut victime d'incendies en 1503, 1558 et 1681. Le tableau ayant été réalisé entre 1582 et 1586, c'est l'incendie de 1681 qui a entraîné une modification du premier étage et en particulier l'agrandissement et la transformation des fenêtres. Une seule chose est différente : le quart gauche de la façade de l'hôtel de ville jusqu'à la bretèche est rendu dans le même matériau que le beffroi et avec des créneaux.
Les nombreuses copies du tableau de Hans Bol, plus ou moins fidèles, montrent le succès de cette œuvre, dû à son propre talent (Hans Bol est un paysagiste renommé du (10)) mais aussi à son choix de composer une œuvre d'imagination à partir d'un site exceptionnel qu'il a magnifié et immortalisé.
Pour satisfaire une très large clientèle, on a créé une gravure, qui dérive, avec des variations, du tableau de Savery et le reprend à l'envers : un exemplaire se trouve au Rijksmuseum d'Amsterdam (11), daté de 1648 et/ou après 1664-1699, gravé à Amsterdam avec les noms d'artistes mentionnés : Hendrick Hondius, Hans Bol, Rombouts van der Hoeye et Seger Tilemans et l'inscription : « Schelle-Belle sive(ou) Belliacum (dérivé latin de Belle : Bailleul en néerlandais) in Flandria ». Cette gravure contribua à diffuser largement l'image de la grand-place de Bailleul et en particulier de son hôtel de ville et de son beffroi dans tous les anciens Pays-Bas, c'est-à-dire les Pays-Bas actuels (NL), la Belgique, l'actuel département du Nord et la partie artésienne du Pas-de-Calais.
La notoriété de Bailleul ira en diminuant, mais des artistes peintres à succès continueront à être charmés par ce site architectural remarquable : l'un d'entre eux fut Eugène Galien-Laloue (1844-1941), qui à la fin du ou au début du représenta : Scène de marché à Bailleul (12), avec une grand-place très colorée centrée sur le beffroi, l'église Saint-Vaast se profilant à l'arrière.
Le classement du beffroi (1875) et le déclassement de 1889 Le beffroi de Bailleul (mais pas l'hôtel de ville du ) a été classé Monument Historique en 1875 (13). Un classement aussi ancien prouve qu'il s'agissait de la crème de la crème des monuments (il y avait pour tout le département du Nord). Maintenant qu'il était classé, l'avenir semblait se présenter sous les meilleurs auspices pour le beffroi de Bailleul.
Mais en 1889, en événement peu spectaculaire mais dramatique est arrivé : le beffroi a disparu de la liste des M.H. (14) : il a été radié, victime de ce qu'au on appellera « déclassement ».
La ville de Bailleul considérait que le classement M.H., entraînant des obligations (en particulier demande d'autorisation pour la moindre transformation, recours à des entreprises spécialisées donc plus chères) présentait plus d'inconvénients que d'avantages (subventions, notoriété, pérennité du monument garantie) et était une charge inutile. Elle demanda donc et obtint du Service des Monuments Historiques son déclassement. L'État ainsi se déjugeait et autorisait par avance toutes les transformations et même éventuellement la destruction par la ville et la disparition définitive de ce monument remarquable. Ce déclassement funeste, qui signifiait un abandon complet par l'État, aura des conséquences terribles.
Ce déclassement ne fut pas un acte isolé, mais il s'inscrit dans un mouvement d'ensemble. Toutes les villes du Nord - Pas-de-Calais (sauf Arras) qui ont eu leur beffroi (ou hôtel de ville) classé M.H. endommagé lors de la Première ou Seconde Guerre mondiale ont demandé son déclassement pour échapper aux obligations inhérentes à un classement M.H., en particulier l'obligation de le restaurer ou de le reconstruire dans son état d'origine d'avant-guerre, avoir l'autorisation d'achever de le détruire et pouvoir le reconstruire à leur goût et à moindre coût. L'État a accordé tous ces déclassements avec complaisance, renonçant à son devoir de conserver les M.H., ce qui a permis au Service des M.H. d'être dégagé de son obligation de participer à 50 % des dépenses de reconstruction, ce qui constituait une belle économie, mais ce qui a entraîné une perte considérable du patrimoine architectural du Nord - Pas-de-Calais : Bergues : beffroi () : classé en 1840 (15), détruit en 1944 par les Allemands, déclassé en 1954 (16) ; Comines : beffroi () : classé en 1862 (15), détruit par les Allemands en 1914-18, déclassé en 1922 (17) ; Orchies : beffroi et hôtel de ville () : classés en 1910 (15), détruits par les Allemands en 1914-18, déclassés en 1926 (18).
L'hôtel de ville de Cassel () est un cas particulier. Classé M.H. en 1862 (15), détruit en 1940-44, il ne fut pas traité comme un M.H. après-guerre et fut remplacé par un bâtiment utilitaire, conçu par la ville (19), sans avoir été déclassé.
On citera pour mémoire le cas extraordinaire du beffroi de Calais () de style Tudor, détruit en 1940-44, auquel Millin (20), dès 1790, accorde une page de description et une gravure pleine page en hors texte et dont la ville de Calais a toujours refusé le classement avant sa destruction, sachant pouvoir compter sur la complaisance du Service des M.H.
La destruction du beffroi et de l'hôtel de ville La guerre 1914-1918 provoqua la destruction de Bailleul et en particulier de ses deux principaux monuments : l'église Saint-Vaast, « superbe hallekerk » (21) gothique, non classée M.H., et l'hôtel de ville avec le beffroi, tous à l'état de ruines. Au lieu de protéger et sauvegarder les ruines qui pouvaient servir de base à une reconstruction, comme on l'a fait partout en Belgique voisine pour tous les monuments remarquables (22), les Reconstructeurs, qui avaient peu de considération pour les monuments anciens de Bailleul, se dépêchèrent d'araser totalement les murs de l'hôtel de ville du dont il restait le rez-de-chaussée (23) et de l'église gothique Saint-Vaast, y compris le portail roman (le dernier du département) à trois voussures réapparu à la suite de travaux en 1895, unique en son genre (24), qui était en instance de classement M.H. (25). Ils le firent sauter à la dynamite (26), sans même avoir pensé à le déplacer ou à l'offrir à un musée (les musées américains comme le Metropolitan Museum-The Cloisters en sont très friands) ni même à en prendre une photographie.