thumb|L’Europe, l’Afrique du Nord et l’Asie occidentale aux s : l’expansion de l’Islam en nuances vertes.|402x402px vignette|280px|La « bascule du front religieux » du au en Europe selon l’Atlas de Géographie Moderne (Franz Schrader, Vincent Prudent, Ferdinand Anthoine) 1895 : reconquête chrétienne à l'Ouest, avancée islamique à l'Est.
L’expansion de l’islam désigne la politique de conquête arabe du milieu des années 630 et l’expansion concomitante de l’islam au .
Dans les années 631, l’attaque des Arabes contre l’Empire romain d'Orient (395-1204, 1261-1453) et l’Empire sassanide (224-651) débute. Les deux grandes puissances de l’antiquité tardive sont affaiblies par une guerre de longue date l’une contre l’autre qui a dégarni toutes leurs structures de défense provinciales. Les Byzantins perdent en 636 la Palestine et la Syrie, en 640/642 l’Égypte au profit des Arabes. L’Empire perse sassanide s’effondre en 651. Autour de la Méditerranée, alors qu’en Orient les chrétiens résistent en Anatolie (Asie mineure) (jusqu’au ) et dans les Balkans (jusqu’au ), en Occident les Arabes attaquent par la mer et conquièrent le Maghreb en 698 puis le royaume wisigoth de la péninsule Ibérique au début du .
Plusieurs villes se sont souvent rendues sans combat ou après des négociations avec les conquérants. Les chrétiens, les zoroastriens et les juifs sont autorisés à conserver leur foi en tant que « gens du livre », mais doivent payer des taxes spéciales et accepter des restrictions de leurs croyances religieuses. L’islamisation des territoires conquis s’est déroulée à des vitesses différentes. Un peu plus de 300 ans après la conquête militaire, les musulmans ne constituaient pas la majorité de la population dans de nombreuses parties de l’empire.
L’avancée arabe, arrêtée par l’empire byzantin à l’ouest, se propage vers le nord dans le Caucase et au-delà, vers les empires des steppes eurasiennes et les Bulgares de la Volga, tandis qu’à l’ouest les Arabes de la péninsule ibérique ne firent que d’éphémères incursions dans l’empire des Francs. Ainsi commença au début du Moyen Âge la division persistante de l’Europe et de la Méditerranée en une partie islamique et une partie chrétienne, laquelle se divisa à son tour au en un Occident latin à suprématie germanique et un Orient grec à suprématie byzantine..
Contexte
L’islam apparaît en Arabie au début du sous l’impulsion du prophète Mahomet. À cette époque l’Arabie est sous l’influence de trois empires, les empires sassanide, byzantin et le royaume d'Aksoum situé en dehors des frontières de l’Arabie et qui luttait contre l’Empire himyarite, un empire qui était très influent au Moyen-Orient avant son invasion par les Aksoumites. L’Empire byzantin et le royaume d’Aksoum sont alliés dans une guerre contre l’Empire perse sassanide (voir Guerre perso-byzantine de 602-628). Cette guerre nuit aux axes du commerce de l’ancien monde (route de la soie, route de l'ivoire, des épices, de l'encens et des gemmes) entre Orient et Occident, ce qui profite aux caravaniers et marins de la péninsule Arabique.
Des recherches récentes lient la déstabilisation de ces empires à un refroidissement du climat mondial causé par plusieurs explosions volcaniques très importantes.. Le changement climatique de 535-536 et la peste de Justinien plongent dès 542 l’Empire byzantin dans une profonde crise.
Premiers siècles gauche|vignette|271x271px|Site archéologique de la bataille de Mu’tah, première bataille opposant les musulmans à l’Empire romain d'Orient. Ces guerres de conquête contre les anciens empires sassanide et byzantin répondent à différents objectifs : islamisation sans apport financier ou contribution financière sans conversion, Djihad pour prévenir l’Islam de l’expansion du christianisme, recherche de butins lors de razzias notamment par les nomades intégrés dans les armées musulmanes, contrôle des réseaux commerciaux par l’aristocratie marchande arabe qui est à la tête des armées
Plusieurs causes expliquent le succès des conquêtes musulmanes, la principale étant l’affaiblissement des empires perse et byzantin, qui sortent épuisés de la guerre perso-byzantine (602 à 628). Pour faciliter le maintien de l’ordre, les provinces des deux empires étaient désarmées, ce qui facilite d’autant les victoires militaires des tribus arabes. Enfin, les populations locales souffrent des conséquences des divisions religieuses (querelle des monophysites), des destructions des guerres incessantes et d’oppression fiscale. Le résultat est que tout conquérant est vu comme un libérateur apportant des réponses à ces problèmes sociaux, fiscaux et religieux, les autorités musulmanes allégeant les impôts fonciers et menant une politique initiale de « tolérance islamique » limitée toutefois aux Gens du Livre.. Cependant, les problèmes rencontrés par les empires perse et byzantin ne peuvent expliquer à eux seuls la réussite des campagnes militaires musulmanes, le califat sortant d’une guerre civile au moment des premiers conflits.
Un autre élément à prendre en compte est la mobilité des armées arabes, et notamment de la cavalerie légère, qui leur permit de tirer profit du manque de flexibilité des armées perses et byzantines, et donc de prendre le dessus sur des adversaires souvent plus lourdement armés et bien plus nombreux.
Né en Arabie, l’islam s’est étendu par la guerre à la Perse dès 636 (Bataille de Cadésie), puis vers l’Irak, l’Iran, la haute Mésopotamie ; et à l’ouest vers la Syrie, la Palestine et l’Égypte (provinces les plus riches de l’Empire byzantin, qui démarrent son enrichissement matériel).
L’islam pénètre le monde chrétien et gréco-romain peu après la mort du prophète de l’islam Mahomet. Sous les Omeyyades, l’expansion continue, les conquêtes territoriales se faisant par voie terrestre jusqu’en Afrique du Nord amazigh à la fin du et jusqu’aux côtes espagnoles au début du . En 712, certains de leurs conquis berbères menés par Tariq Ibn Zyad voulant son armée constituée à 100 % de berbères (appelés les Maures) franchissent le détroit de Gibraltar (qui doit son nom au conquérant, djebel Tariq "la montagne de Tariq" ; dès leur accostage en terre ibérique, Tariq ibn Ziyad, après avoir ordonné la destruction totale de sa flotte navale par le feu, prononça cette phrase )On remarquera la similitude avec l'expression latine « brûler ses vaisseaux » (ustulare). et conquièrent l’Espagne, d’où l’architecture du style mauresque. Ils sont arrêtés à Poitiers en 732 par les troupes du maire du palais, Charles Martel, grand-père du futur Charlemagne..
L’expansion se poursuit ensuite vers l’Asie centrale, Boukhara et Kaboul, et ils atteignent la frontière de l’Indus. Ils entrent en contact avec l’Empire byzantin, au niveau de la mer Caspienne et du Caucase au nord.
L’Empire byzantin contrôle alors la mer Méditerranée, ce qui peut entraver les conquêtes arabes. Les Arabes construisent alors une flotte et attaquent Constantinople à trois reprises, mais sans succès, car le feu grégeois donne un fort avantage tactique aux défenseurs. Ceux-ci, restant maîtres de la mer, bloquent l’expansion musulmane et cessent de commercer avec les Arabes. La mer sera quelque temps une frontière, mais redeviendra rapidement une zone d’échanges. Après une conquête rapide d’un siècle, les frontières ne bougent plus jusqu’au .
Quand les Arabes ont conquis un territoire, ils établissent des camps à part et vivent du fruit de leurs conquêtes et d’impôts (la jizya) versés par les non-musulmans, en échange d’une liberté et d’une protection restreintes. Les musulmans sont enjoints pour leur part de pratiquer la Zakât (aumône au pauvre), un des cinq piliers de l’islam, mais seront, selon les périodes, libres de la pratiquer à leur gré (sans contrôle réel) ou non.
Le est marqué par la forte résistance de l’Empire byzantin, mais aussi par une agitation à la fois politique et religieuse à l’intérieur du monde arabo-musulman. L’unification et l’arabisation des territoires conquis (par la langue, la monnaie, l’administration), ainsi que leur islamisation (écoles instituées pour répandre le Coran, juges formés au droit musulman) sont donc entrepris.
Les sécessions politico-religieuses n’en continuent pas moins : les Abbassides fondent Bagdad. Il y a alors un déplacement vers l’est du centre politique arabo-musulman, déviant les flux d’arrivées de l’Extrême-Orient, mais éloignant ainsi le Centre du pan Ouest de l’empire. La tension qui en résulte provoque de nouvelles sécessions dont émergeront trois grandes zones de califats : abbasside, fatimide et andalouse ; il en résulte aussi une émulation religieuse entre les successeurs de Mahomet.
Aux , l’Empire arabo-musulman ne s’étend plus sous les Abbassides.
Du vignette|right|280px|Ruines de la cité musulmane d’Ayla (Aqaba en Jordanie), construite en 650. Les historiens (source?) ont souligné l'importance, la violence et la rapidité de la première conquête qui en un siècle permit rapidement aux Arabes dont, selon certains historiens, ., de ravir à des empires séculaires et solidement établis un immense espace, du littoral atlantique aux déserts d’Asie centraleThierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier, Les Débuts du monde musulman, s. De Muhammad aux dynasties autonomes, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2012, .. Il faut dire que rien ne préparait les empires byzantin et perse, qui se disputaient la domination du Moyen-Orient et étaient épuisés à la suite de longues luttes, à voir arriver sur ce terrain un troisième adversaire. Héraclius venait de remporter une victoire éclatante contre la Perse de Chosroès, l’Empire romain allait enfin pouvoir se concentrer sur l’Occident et vaincre les Lombards qui menaçaient l’Italie, son avenir semblait assuré par cette victoire sur la Perse qui lui restituait la Syrie, la Palestine et l’Égypte. Héraclius reçut alors les félicitations de l’Inde et des Francs..
Les Byzantins sont pris de court par l’irruption soudaine de cet adversaire nouveau venu d’une région dont ils ne se méfiaient pas, à l’instar de leurs voisins Perses. L’Islam arrache brusquement à l’Empire la Syrie et l’Égypte qu’il croyait sécurisées. Ces conquêtes font l’objet de terribles massacres, en Égypte par exemple, qui subit quatre millions de mortsLivre "Islam et terrorisme - édition actualisée" de Mark A. Gabriel., ou lors de la prise de Jérusalem et du massacre de Mamilla, qui fit d’après différentes sources byzantines entre chrétiennes civilesUn article (référence ?)de février 2017 du journal israélien "Jérusalem Post" avance (un article de presse est-il une source historique ?). Les sources byzantines avancent que ce massacre fut perpétré "par les musulmans et leurs alliés juifs".. Après la conquête des côtes, l’Islam devient une puissance maritime, prenant Chypre, puis Rhodes, la Crête, la Sicile, repoussé à Constantinople après un blocus de cinq ans en 677.
Dès la conquête du Maghreb, et ce malgré la résistance berbère dirigée par la Kahina, puis de l’Espagne wisigothique (732) et de la Sicile (827), la Méditerranée occidentale devient un « lac musulman ».
Les raids des corsaires musulmans terrorisent les populations chrétiennes de tout le littoral, et en 846 c’est le sac de Rome, de la Basilique Saint-Pierre.
À l’Ouest, les Francs sont parvenus à les repousser sur terre, mais faute de flotte ne peuvent lutter sur mer; il n’y a guère que Byzance et son feu grégeois pour maintenir sous son contrôle les mers Égée et Adriatique.
Cette domination navale de l’Islam produit un ralentissement considérable du commerce méditerranéen, du moins pour les chrétiens. Il entraîne un isolement de l’Occident latin, que l’on peut constater dans la quasi-disparition des épices; la raréfaction de l’or, qui est remplacé par le denier d’argent sous Pépin le Bref et Charlemagne; le remplacement de l’huile par la cire pour les luminaires; celui du papyrus par le parchemin à la fin du .