L'aber de Crozon est un petit fleuve côtier qui se termine par un large estuaire (aber en breton), entre les hameaux de Trébéron, Le Veniec et Tal-ar-Groas, dans la commune française de Crozon, département du Finistère en région Bretagne.

Géographie

Cadre géologique vignette|Cadre géologique de l'aber de Crozon. vignette|Figure d’altération en boule dans des niveaux de tufs et de tuffites visibles sur l'estran entre la pointe de Raguénez et l’île de l’Aber. vignette|Coulée de de puissance, formée de pillow lavas de à superposés, cimentésCimentation par du calcaire grisâtre bioclastique et des sédiments à forte composante volcanique (tuffites, épiclastites). au sud-ouest de l’îlot de Rozan.

Situé au creux d’une ligne de faille ouverte sur l’anse de Morgat, cet aber se situe dans la presqu'île de Crozon qui correspond au prolongement occidental du synclinorium médio-armoricain. La région est constituée d'un socle de schistes briovériens (-550 Ma) sur lequel reposent des séries paléozoïques du début de l'Ordovicien (-480 Ma) à la fin du Dévonien (-360 Ma), avec notamment les grès armoricains (cette formation peut atteindre dans le Sud de la presqu'île qui a été marquée par une forte subsidence). De grands plis hercyniens affectent toute la région. L'aber de Crozon qui est au cœur d'un synclinalCarte géologique simplifiée de Crozon, correspond à un estuaire compris entre les falaises de la pointe de TrébéronFalaises constituées au nord de la série sédimentaire du groupe de Kerguillé à base de schistes noir bleuté rubanés, de lits décimétriques à métriques de quartzites noirs et de niveaux à nodules pyriteux, peu fossilifères. La côte sud-est de la pointe est constituée des schistes et quartzites de Plougastel, très résistante à l'érosion, formant un véritable rempart topographique. . à l’ouest et à l’est par la pointe de Raguénez et l’île de l’Aber. Le trait dominant de la géomorphologie de cette région est l'inversion de relief résultat de l'érosion différentielle, comme en témoignent les bancs de quartzites et de schistes avec des pendages moyens de 45°, interrompus par des diaclases et des failles. Dans ces bancs, appartenant à de grands plis, on peut observer parfois des mégarides de plages datant de l’Ordovicien et des traces de bioturbation alors que sur la plage des ripple-marks et des petits chenaux d’écoulement sont bien visibles. On peut également observer dans les Schistes de Raguenez, puissants de 60 m environ, des nodules calcareux contenant des Trilobotes (Crozonaspis dujardini, Plaesiacomia aff. rara, Onnia seunesi, Dalmanitina philippoti, Calymenella bayani), des brachiopodes (Svobodaïna armoricana), des bivalves (Deceptrix pulchra armoricana, Concavodonta ponderata, Myoplusia perdentata),des gastéropodes Bellerophontidae et des ostracodes (Hastatellina ? normandiensis et Satiellina delgadoi).. Du côté de la pointe de Tréboul (constituée de grès armoricain) et de Raguénez, affleurent la formation des tufs et calcaires de Rosan avec bryozoaires et brachiopodes. Les niveaux tuffitiques et pyroclastiques stratifiés, intercalés de cinérite et de bombes, se poursuivent en falaise, certains niveaux étant fortement dégradés. Les bombes sont érodées en pelures d’oignons. Cette période ordovicienne correspondait à une phase d’extension, d’où ce volcanisme de distension..

En remontant le ruisseau de l’Aber en direction de la route côtière, affleure un filon de quartz accompagné de jaspe et de minerai de fer carbonaté altéré en limonite. Ce filon, probablement associé à un hydrothermalisme, correspond à la silification d'une vase à radiolaire, la teinte rouge provenant ciment argileux riche en oxyde de fer..

De nombreuses failles ont pu constituer des grottes dans lesquelles on observe des dykes de kersantite. La pointe de Raguénez est constituée de la formation des grès de KermeurFormation géologique constituée d'une alternance de bancs de schistes noirs et de quartzites souvent grès psammitiques. dans laquelle on observe la même faune que les schistes de Raguenez, ainsi que des ripple-marks, des sills métriques de venues doléritiques parfois silicifiées et des brèches pyroclastiques témoignant d’un volcanisme ordovicien explosif sous-marin, mis en place sur des sédiments non indurés.

Vers le milieu de la plage du PoulAppelée aussi plage de Kerglintin. (constituée de la formation du grès de Kermeur), une faille met directement en contact avec le grès armoricain, un ensemble de schistes noirs peu fossilifères mais dans lesquels un banc à oolithes et petites balles brunes de colophanite a livré à l'extraction de nombreux Acritarches et Chitinozoaires..

Le fleuve côtier L'Aber (de Crozon) est un petit fleuve côtier de la rive sud de la presqu'île de Crozon qui se transforme dans sa partie aval en une ria désormais largement envasée et en partie transformée en palud (ou marais maritime) protégé par les dunes de la plage. C'est ce cours d'eau qui est à l'origine du mot aber devenu synonyme en breton du mot « ria »..

L’aber de Crozon, débouche sur la baie de Douarnenez, à l’extrémité de la presqu'île de Crozon et à proximité de l'île de l'Aber. Son embouchure correspond à des grès et des quartzites de la base du Groupe de Kerguillé (formation sédimentaire silurienne)..

L’estuaire est, en partie, fermé par un banc de sable qui constitue la plage de l’Aber, d’environ sur 60 à de large. À la marée montante, un goulet permet à la mer d’envahir l’aber et de remonter via un chenal et un passage aménagé dans la digue-route. À marée basse, le chenal est entretenu par les eaux fluviales du ruisseau Aber.

Le ruisseau Aber a sa source au nord du hameau de et s'écoule dans la vallée dite de l'Aber, long couloir orienté E.N.E - O.S.O et large de 600 m, s'étendant sur environ 8 km jusqu'à Argol, puis le ruisseau continue dans un étroit couloir jusqu'à l'aber de Crozon. Ce ruisseau serait l'ancien lit de l'AulneAnnales de Géographie, 1924, vol.33, (analyse du sol), ce qui expliquerait sa vallée qui semble sur dimensionnée par rapport au modeste cours d'eau qui y coule., dont la source se situe à quelques centaines de mètres de la source du ruisseau Garo qui se jette dans l'Aulne vers le hameau de Treuzeulon.

L'île de l'Aber et la plage

L'Aber est aussi le nom d'une plage (la Plage de l'Aber) située juste à l'ouest de l'estuaire du fleuve côtier précité, au sud du hameau de Tal ar GroasToponyme breton signifiant « près de la croix ». ., dans la commune de Crozon et d'une île située juste en face de cet estuaire (Île de l'Aber, ou en breton An Enez Krenn).

Histoire

Antiquité

Des cuves de salaison remontant à l'Empire romain ont été trouvées à l'entrée de l'aberAude Leroy, "Les ateliers de salaison antiques en baie de Douarnenez (Finistère)", Revue archéologique de Picardie, année 2003, volume 1, pages 65-75, consultable http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pica_0752-5656_2003_num_1_1_2357.

Château féodal Le site du château se situe à l’emplacement de l’actuel four à chaux. En ce lieu entouré d’eau à marée haute, au Moyen Âge (XIe-), un retranchement féodal s’élevait derrière un puissant rempart de terre et de bois. Cet abri servait de retranchement en cas de danger aux seigneurs et habitants locaux. Le site a souffert, au , de l’implantation d’un four à chaux.

Four à chaux Le four à chaux de Rozan est construit aux environs de 1839Par autorisation du sous-préfet de Châteaulin, le 21 septembre 1839, la société Boulet et Cie peut établir au village de Rozan un ensemble de fours à chaux. Un seul est érigé sur le site par la société « Boulet & Cie » à l’emplacement d’une motte féodale édifiée en terre et en bois, qui devait défendre le site de l’Aber. Son implantation sur ce site est en partie due à la proximité de l’océan qui facilite l’exportation des barils de chaux par voie maritime et apporte la source d'eau nécessaire au refroidissement de la chaux vive. Il était aussi alimenté en combustible par la mer. La matière première était soit du calcaire provenant de quelques carrières voisines, soit du calcaire coquillier ou du sable dunaire. Dès la fin du , le four perd sa fonction première et ne sert plus que de carrière de pierre et de bergerie. Il est désaffecté et abandonné jusqu’en 1984 où une équipe de scouts bruxellois le dégagea de la végétation.L’édifice en appareillage soigné est appuyé au flanc nord d’une butte partiellement éventrée par l’exploitation du calcaire. Il est classé monument historique en 1988 et une aire de stationnement est aménagée non loin dans le respect de l’esthétique et de l’environnement..

Le four qui évoque au premier abord un donjon moyenâgeux accosté de ses ouvrages de protection, dispose d'une ouverture médiane au sud, en plein cintre : cet ouvreau donnait accès au défournement. Les ouvertures latérales correspondent probablement à des bouches d’aération. La partie haute au-dessus du conduit, appelée le gueulard, est destinée au chargement du four en calcaire. Son ventre, de type ovoïde, est tapissé de briques réfractaires. Les parements extérieurs de l’ouvrage sont en moellons de calcaire (avec veinules de calcite) et de grès. Le four faisait partie, depuis le , d’un réseau économique de production de chaux et de briques de la baie de Douarnenez. Il est le rare témoin d'une tentative d'industrialisation en presqu'île de Crozon.. Propriété du Conservatoire du littoral depuis 1980, il est rouvert et remis en fonctionnement, symbolique, pour la Journée du patrimoine.

Route-digue Lors des grandes marées, l’eau remonte jusqu’au moulin à eau, en amont de la rivière, provoquant de fréquentes inondations. Vers 1860, est construite la digue de Rozan ( de long sur 12 à de large), reliant les deux bords de l’estuaire ; trois clapets permettent à l’eau de la rivière de s’écouler. En 1958, la construction de la digue Richet, en aval de la rivière, constitue un barrage étanche qui transforme l’aber en polder. Les coquillages meurent, les poissons désertent les frayères, certaines plantes emblématiques disparaissent et on évoque même la construction d’une marina (port). En 1981, Le Conservatoire du littoral rachète et détruit la digue Richet, puis enlève un clapet à la digue de Rozan permettant ainsi, , la remise en eau d’un estuaire. Aujourd’hui, plus d’une vingtaine d’espèces de poissons remontent l’estuaire, certaines plantes reviennent et une grande diversité d’oiseaux de mer et de marais recolonisent le site.

Fort de l'Aber

Ce fort se situe sur l'île de Aber (accessible à marée basse), fait partie des fortifications de Vauban et le corps de garde édifié en 1862 pour la défense de l'anse de Morgat et de la baie de Douarnenez contre l'invasion de la marine anglaise. Abandonné lors de la mobilisation de 1914, le fort est pratiquement en ruine.

Références

Voir aussi Articles connexes Presqu'île de Crozon Crozon Réserve naturelle régionale des sites d'intérêt géologique de la presqu'île de Crozon

Liens externes Géologie du site de l’aber de Rozan Site des Patrimoines de Bretagne

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