En algèbre commutative, le lemme d'évitement s'énonce comme suit :

On pourra supposer qu'aucun des P n'est inclus dans l'union des autres. Si tel n'était pas le cas, il suffirait de retirer les P redondants, sans que l'union des P restants soit modifiée.

On procède par récurrence sur n. C'est immédiat pour n = 2 (c'est une propriété vraie pour les sous-groupes en général, voir infra).

Supposons la propriété montrée en n – 1 (n > 2) et (en raisonnant par l'absurde) que I n'est contenu dans aucun des P. Par hypothèse de récurrence, pour tout k ≤ n, il existe x dans I et n'appartenant pas à la réunion des autres P. On a alors x ∈ P.

Considérons l'élément x = x + xx…x de I. On a x ∈ P et xx…x ∉ P (car P est premier) donc x ∉ P et, pour tout k < n, x ∉ P et xx…x ∈ P donc x ∉ P. Ainsi, x n'appartient à aucun P. Cette contradiction termine la démonstration.

Il existe une version pour les anneaux gradués :

Le lemme d'évitement est en général utilisé sous la forme de sa contraposée : si un idéal I n'est contenu dans aucun des idéaux premiers P, alors il existe un élément de I n'appartenant à aucun des P.

En géométrie algébrique, ce lemme dit que dans un schéma affine SpecA, si l'on se donne un nombre fini de points en dehors d'un fermé V(I), alors ces points restent en dehors d'un fermé principal V(f) contenant V(I). La version du lemme d'évitement pour les anneaux gradués implique que dans une variété projective, tout ensemble fini de points est contenu dans un ouvert affine.

Contre-exemple. Voici un exemple qui montre que le lemme d'évitement est faux pour les idéaux en général. Soit et considérons les idéaux

et

Alors I est contenu dans la réunion des J (cela peut se vérifier dans l'anneau quotient qui est un anneau local à 4 éléments), mais I n'est contenu dans aucun des J.

Remarque. Si A contient un corps infini ou si c'est un anneau principal alors, dans le lemme d'évitement des idéaux premiers, on peut prendre pour P des idéaux quelconques.

Résultats similaires dans d'autres structures

Dans un groupe, si un sous-groupe est contenu dans la réunion de deux sous-groupes, alors il est contenu dans l'un d'eux. En revanche, un groupe peut très bien être la réunion de trois sous-groupes propres (exemple : le groupe de Klein). Dans un espace vectoriel sur un corps infini, si un sous-espace vectoriel E est contenu dans la réunion d'un nombre fini d'autres sous-espaces vectoriels F, … , F, alors E est contenu dans l'un des F ( Union de sous-espaces vectoriels). Le même résultat vaut pour les espaces affines sur un corps infini.

Références

Catégorie:Algèbre commutative Evitement