Malaise dans la civilisation, ou Le Malaise dans la culture (titre original : Das Unbehagen in der Kultur), est un livre de Sigmund Freud écrit durant l'été 1929 et paru en 1930 à Vienne à l'Internationaler Psychoanalytischer Verlag.

Histoire du livre

Freud commence de travailler à ce livre en . Il appelle d'abord une ébauche de son essai Das Glück und die Kultur (« le bonheur et la culture »), puis Das Unglück in der Kultur (« le malheur dans la culture »), avant d'en arriver au titre définitifNotice des OCF.P, tome XVIII, Paris, PUF, 1994, ., sous lequel le livre paraîtra en 1930, Das Unbehagen in der Kultur, soit Le Malaise dans la culture (dans la traduction française des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse). thumb|left|upright=0.7|Romain Rolland, 1921.

Une réponse à Romain Rolland thumb|upright=0.7|Sigmund Freud, vers 1921. Le Malaise dans la culture représente en premier lieu une réponse à Romain Rolland qui reproche à l'auteur de L'Avenir d'une illusion, d'avoir manqué à analyser l'essence du sentiment religieux, en tant que celui-ci paraît voisin de cette plénitude dont l'homme est toujours en quête.. D'après Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Rolland entend par « sentiment religieux » une « sensation religieuse », ou ainsi qu'il en fait part à Freud dans sa lettre de remerciement pour l'envoi de son livre (L'Avenir d'une illusion, 1927) : , qu'il qualifie de ..

Freud commence par répondre qu'une telle plénitude est la répétition de celle éprouvée par le nourrisson, le réconfort religieux ne faisant que satisfaire le besoin initial de protection du petit d'homme. L'homme est sans cesse contrecarré dans sa recherche du plaisir, et son expérience du malheur s'origine, écrit Freud, dans .

Contexte Freud entreprend la rédaction de Malaise dans la civilisation au cours de ses vacances d'été à Berchtesgaden en 1929 .. Jean-Michel Quinodoz rapporte que l'ouvrage est souvent considéré . Il s'achève sur une note plutôt pessimiste, où Freud s'interroge sur le futur de l'humanité .

Le mardi , une semaine avant la remise de son manuscrit, la bourse de New-York s’effondre : c'est la Grande Dépression de 1929. Un an plus tard, en , le parti nazi conforte sa position au Reichstag, ouvrant ainsi la voie du pouvoir à Adolf Hitler. Le , Freud écrit dans une lettre à Arnold Zweig :

Les thèmes que Freud aborde dans Malaise ont déjà été esquissés dans « La morale sexuelle civilisée » (1908), puis dans « Considérations actuelles sur la guerre et la mort (1915), ils seront repris dans « Pourquoi la guerre ? » (1933).

Publication, éditions Le Malaise dans la culture, daté de 1930, paraît en et rencontre d'emblée un grand succès, note Michèle Porte, succès qui ne s'est pas démenti depuis.. Douze mille exemplaires sont vendus la première année, une première réédition allemande suit en 1931, le livre est traduit en anglais dès 1930, en espagnol (1936), français (1943), italien (1971) et portugais (1974), tandis que les commentaires suscités donnent lieu à une vaste bibliographie.

Premières éditions allemandes 1930 : publication, Das Unbehagen in der Kultur, Wien, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 136 p.. 1931 : édition, avec des ajouts. 1934 : Gesammelte Schriften, t. XII, . 1948 : Gesammelte Werke, t. XIV, . 1974 : Studienausgabe, t. IX, .

Traduction anglaise 1961: Civilization and its Discontents, Standard Edition, tome XXI, .

Traductions françaises 1943 et 1971 : Malaise dans la civilisation, traduit par Ch. et J. Odier, Revue française de psychanalyse, 7 (4), , et Paris, Denoël et Steele, 81 p. ; 1971 : Réédition, Paris, PUF, 107 p.. 1994 et 2004 : Le Malaise dans la culture, Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P), tome XVIII, traduction de P. Cotet, R. Laîné, J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, ; coll. « Quadrige », préface de Jacques André, 2004 . 2010 : Le Malaise dans la culture, présentation par Pierre Pellegrin, traduction par Dorian Astor, Paris, GF Flammarion, 2010 2010 : Malaise dans la civilisation, traduction : Aline Oudoul, préface de Laurie Laufer, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010 2010 : Le Malaise dans la civilisation, traduction : Bernard Lortholary, présentation et notes par Clotilde Leguil, Paris, Points Essais , 2010

Kultur : « civilisation » ou « culture » ? Dans Malaise dans la civilisation, Freud définit cette dernière ainsi : ..

Selon Jean-Michel Quinodoz, les termes de « culture » et de « civilisation », employés indifféremment par Freud pour cet ouvrage par nombre de ses traducteurs, ont donné lieu à de nombreux débats : leur signification est interprétée différemment selon les auteurs ou les traducteurs, et suivant les époques. Dans Malaise, le mot « Kultur » est plus souvent utilisé que le mot « Zivilisation », même si les deux termes existent en allemand. Quinodoz rappelle que Freud a déjà donné une définition élargie de ce qu’il entend par « Kultur » dans L'Avenir d'une illusion, déclarant explicitement qu’il . Dans Malaise dans la civilisation, il établit une distinction au sein de la notion même de « Kultur », qui correspond à la distinction faite en général (par exemple dans le Dictionnaire Robert) entre la culture conçue comme et la civilisation conçue comme . Quinodoz considère que l’évolution des idées en philosophie et sciences humaines a conduit progressivement à ce que l’on fasse entrer ce que l’on désignait auparavant par « culture » dans la définition même de la « civilisation », ce qui a amené, selon lui, les traducteurs des Œuvres complètes de Freud à opter pour un nouveau titre : Malaise dans la cultureAndré Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et François Robert, Traduire Freud, Paris, PUF, 1989, .. thumb|upright=0.8|Dans L'Avenir d'une illusion (1927), Freud déclare qu’il . En 2010, le traducteur Dorian Astor explique comment le terme « culture » correspond davantage au texte et aux idées de Freud, qui choisit d'utiliser ce seul terme de « Kultur », « méprisant souverainement l'opposition entre Kultur et Zivilisation sans cesse réactivée par les intellectuels allemands tout au long du et jusqu'à la fin du troisième Reich. »Dorian Astor, Note du traducteur dans : S. Freud, Le Malaise dans la culture, trad. de l'allemand par Dorian Astor, présentation de Pierre Pellegrin, Paris, GF Flammarion, 2010, (note du traducteur).. Astor rappelle alors lui aussi ce qu'écrit Freud dans L'Avenir d'une illusion (1927) : « je dédaigne de séparer culture et civilisation » . Il s'oppose ainsi à une grande partie de ses contemporains allemands dans leur combat idéologique, des auteurs comme Nietzsche, Oswald Spengler ou Thomas Mann opposant « la Zivilisation, état avancé des techniques et des formations politiques et sociales brillant d'un éclat artificiel et mensonger (comme en France), et la Kultur, développement spirituel, organique et authentique, tel que l'Allemagne devait l'incarner. » Dorian Astor poursuit en disant que le choix en français de « civilisation » se réfère à une défense du « citoyen » (civis) et de la mission « civilisatrice » de la France, au mieux universaliste, au pire colonialiste ; dès lors, « la logique se voulait simple : si c'est Kultur qui est mélioratif en allemand, c'est “civilisation” qui l'est en français. ». Ainsi, selon lui et Pierre Pellegrin, qui présente l'édition de sa nouvelle traduction, le terme « culture » semble plus juste, aussi bien dans son acception étroite (Freud étant un grand admirateur des grandes figures de la culture que sont les penseurs, les artistes, les savants), que dans son sens d'arrachement à la nature qui fait qu'un homme ne saurait se passer de culture, « parce qu'un humain hors culture n'est plus humain ».. Dorian Astor justifie ce choix en concluant ainsi sa note : « Précisément parce qu'il y a un Malaise dans la culture, le terme de civilisation s'entacherait, dans une traduction française de Freud, de ce suspect “narcissisme des petites différences” que dénonce notre auteur, et ne ferait que trahir le sentiment névrotique de notre sentiment de supériorité ».

Organisation de l'ouvrage Le premier chapitre, qui ouvre sur une , donne lieu à un commentaire sur le sentiment selon une interprétation narcissique. Freud développe ensuite sa qui contiendrait tout comme le Moi à l'origine. Mais s'il concède que le sentiment océanique peut bien exister comme trace mnésique, lui, Freud, (qu'il évoque, sans explicitation). Il entend maintenir : la culture .

Dans les chapitres qui suivent, où il convoque plusieurs écrivains européens, il décrit dans la culture avec laquelle nous entretenons des rapports ambivalents, soit l'opposition de la culture et de la sexualité. Il dresse un état des connaissances, avant d'avancer ses hypothèses selon les points de vue économique, dynamique et topique. D'après Michèle Porte, la réponse à l'inhibition quant au but des pulsions sexuelles qu'exigent les forces et dynamiques des masses (Psychologie des masses et analyse du moi) est d'abord économique : . Du point de vue dynamique, c'est-à-dire en rappelant sa doctrine de la pulsion, Freud montre comment se développe dans la culture . Du point de vue topique (seconde topique), la fin de l'ouvrage est consacrée . Michèle Porte cite Freud sur l'importance donnée au sentiment de culpabilité dans son essai :

« On ne peut se défendre de l'impression que les hommes mesurent communément selon des étalons faux, qu'ils désirent pour eux-mêmes le pouvoir, le succès et la richesse, les admirent chez les autres, mais sous-estiment les vraies valeurs de la vieS. Freud, Le Malaise dans la culture, chapitre I, Paris, GF Flammarion, 2010, p. 73.. » (première phrase du Malaise dans la civilisation). « On peut clairement retracer l'origine de la disposition religieuse jusqu'au sentiment de la dépendance enfantine. »S. Freud, Le Malaise dans la culture, chapitre I, Paris, GF Flammarion, 2010, p. 84. « Il est encore plus honteux d'apprendre qu'une bonne part de ceux qui vivent aujourd'hui, devant reconnaître que cette religion est intenable, tentent pourtant de la défendre pied à pied dans de pitoyables combats d'arrière-garde. »S. Freud, Le Malaise dans la culture, chapitre II, Paris, GF Flammarion, 2010, p. 86. « La vie des êtres humains entre eux ne devient possible qu'à partir du moment où il se trouve une majorité plus forte que tout individu et faisant bloc face à tout individu. Le pouvoir de cette communauté s'oppose dès lors en tant que "droit" au pouvoir individuel, condamné comme "violence". C'est le remplacement du pouvoir de l'individu par celui de la communauté qui constitue le pas décisif vers la civilisation. » (in chapitre III) S. Freud, Le malaise dans la culture, chapitre V, OCF.P XVIII, PUF, 1994, . « L'homme est un loup pour l'homme » est une citation de Plaute dans Asinaria (La comédie des ânes), II, 4, 88 : ..

Thèmes principaux

« Le prix de la culture » La culture, en l'occurrence la société, est elle-même, après la famille et l'État, la troisième cause du malaise — Michel Plon parle du . Les aides et protections que représentent les institutions et les développements techniques, augmentés de l'illusion qu'ils procurent de pouvoir être toujours améliorés, ne vont pas : celles-ci s'opposent à la jouissance recherchée et sont . Quant au plaidoyer de certains pour un retour à l'état de nature, Freud souligne qu'il est aussi utopique que les solutions proposées par le christianisme d'un côté et par le communisme de l'autre : l'homme ne peut échapper à la souffrance du dilemme, .

Pulsion de mort, pulsion d'agression