Guillaume-Thomas Raynal, né le à Lapanouse (Aveyron) et mort le à Chaillot, (Paris) est un historien, écrivain et penseur français.

Biographie

Précepteur

Après des études chez les jésuites à Rodez, Raynal entre lui-même dans la Compagnie de Jésus puis devient prêtre en 1733. Professeur au collège de Pézenas, à Clermont puis à Toulouse, il quitte les jésuites en 1746 pour être nommé à l’église Saint-Sulpice à Paris où, il est également précepteur dans de grandes familles ce qui lui procure des relations dans le milieu parlementaire.

Proche des protestants

Il vendit des sermons à des confrères moins inspirés que lui, et déclencha un scandale lorsqu’on découvrit qu’il avait accepté d’inhumer des protestants en les faisant passer pour catholiques. L’abbé Raynal a d’ailleurs été fort lié tout au long de sa vie aux protestants par ses attaches familiales dans le milieu du négoce.

Carrière littéraire

Il s'éloigna de Saint-Sulpice et abandonna le sacerdoce, commence à fréquenter les salons de Claudine de Tencin puis de Marie-Thérèse Geoffrin, où il se fait connaître comme apôtre de la liberté. Il se constitua une petite fortune en imprimant lui-même ses œuvres dont il assura lui-même la diffusion. Il rédigea également des ouvrages de commande pour les grands de l’époque, comme le duc de Choiseul, ce qui lui valut d’être nommé, pour services rendus, directeur du Mercure de France en 1750. La même année, il devint membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin.

Il commença à publier ses premiers textes dans les Nouvelles littéraires (1747-1755), qui servirent d’introduction à la revue Correspondance littéraire, philosophique et critiqueParue en 16 volumes en 1877. ., réalisée avec Grimm et Diderot. Suivirent des ouvrages de politique et d’histoire publiés sur commande du gouvernement comme l’Histoire du Stadhoudérat (1747) et l’Histoire du Parlement d’Angleterre (1748).

Il publia plusieurs ouvrages historiques ou philosophiques.

Adversaire du colonialisme

En 1770, fut publiée la première édition anonyme de son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, véritable encyclopédie de l’anticolonialisme au . Il s’agit d’un de ces « voyages philosophiques » à la mode à l’époque, abondamment documenté mais prétexte à réflexions sur la « loi naturelle » et dénonciations mordantes du despotisme, du cléricalisme, de l'esclavage des Noirs, ainsi que du colonialisme. L'ouvrage qui est une « machine de guerre » contre le pouvoir en place est aussi un outil de propagande en faveur de la Révolution outre-Atlantique et de la jeune république américaine. Pour la rédaction de cette encyclopédie qui décrit le monde il a recours à la collaboration d'une foule d'informateurs et autres écrivains tels que d'Holbach ou Diderot à qui on attribue une part importante des textes.

Interdite en 1772, l’Histoire des deux Indes fut à nouveau publiée par l’abbé Raynal dans une nouvelle édition en 1774, qui est immédiatement mise à l’Index par le clergé. C’est en 1780 qu’il publia sa troisième édition de l'Histoire des deux Indes, encore plus virulente que les deux précédentes et qu’il avoua implicitement comme étant de lui en y faisant graver son portrait en frontispice (cf. supra). Condamné par le Parlement de Paris, l’ouvrage fut brûlé par le bourreau en place publique, ce qui lui assura un succès considérable.

L’Histoire des deux Indes a également été l’occasion de la Lettre apologétique de l’abbé Raynal à Monsieur Grimm (1781) de Diderot. Dans cette lettre que Diderot n’a jamais envoyée, Diderot écrit :

La gravure de son portrait en tête de la troisième édition de l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux IndesAmsterdam, 4 vol., 1770. signe son ouvrage. Contraint à l'exil à la suite de la condamnation de l’ouvrage par le Parlement de Paris, en , il se réfugie en Suisse où il fait ériger un monument à la gloire de la liberté (1783–1796) en hommage à Guillaume Tell Margrit Wyder, « » dans la NZZ, 9 novembre 2002.. De là, il passe à la cour de Frédéric II de Prusse, puis à celle de Catherine II de Russie sans cesser de veiller à la réédition de son ouvrage.

Autorisé à revenir en France, en 1784, mais interdit de séjour à Paris, il s’installe à Toulon, puis à Marseille et devint fondateur de nombreux prix académiques et de bienfaisance qui prolongèrent le succès de son œuvre dans les grandes académies européennes. Il refusa de siéger aux États généraux de 1789 en invoquant son grand âge.

Seul philosophe survivant de la Révolution française, il dénonça les excès de ses disciples qui voyaient en lui un père fondateur. Dans sa Lettre à l’Assemblée nationale adressée le il écrivait : .

Même sous la Terreur, son prestige et sa popularité furent tels que les révolutionnaires ne voulurent pas lui faire subir le même sort qu'à une partie des Brissotins en ; ils préférèrent le dénigrer en l’accusant de sénilité. Pressenti pour siéger comme membre de l’Institut de France en 1795, quelques mois avant sa mort, il prétexta de son grand âge pour refuser cette promotion.

Il mourut à 82 ans dans l'indifférence générale à Chaillot au de la rue des Batailles, le .

Défenseur de la propriété Dans ses écrits, Raynal se fait ardent défenseur du droit de propriété, « droit sacré et imprescriptible », face à ceux qui entendent le réguler. « Il faut qu’un particulier puisse laisser sa terre en friche, si cela lui convient, sans que l’administration s’en mêle. » Sans doute, il existe des hommes « qui, possesseurs d’une abondance qui suffirait à deux ou trois mille familles, ne sont occupés que d’en accroître la misère. Je n’en bénirai pas moins la force publique qui garantit le plus ordinairement ma personne et mes propriétés ». Partisan des thèses des physiocrates, il est convaincu que le laissez-faire est la meilleure voie pour le développement de la société, y compris au bénéfice des moins fortunésHistoire philosophique et politique des établissemens & du commerce des européens dans les deux Indes (6 volumes, 1770 ; 1774 ; 1780 ; 1820)..

Pourtant, Raynal pouvait critiquer durement les maux causés par les inégalités, et faire l'éloge de l'esprit communautaire des Incas, des Chinois, ou encore de la mission jésuite du Paraguay. Selon A. Lichtenberger, Raynal fut, avec Diderot, « le plus bel exemple du socialisme sentimental de l’époque »..

Postérité

Il ne fut jamais député, mais bénéficia dans tout le monde révolutionnaire de son image d'anti-esclavagiste fervent, particulièrement après le décret du . Son neveu, Simon Camboulas, conventionnel régicide, contribua, le à l'ouverture des débats du lendemain sur l'abolition de l'esclavage. Toutefois, abolitionniste en 1770 et encore plus en 1780, Raynal a abjuré ses engagements antérieurs dès 1790. Un tableau d’Anne-Louis Girodet représentant Jean-Baptiste Belley, l'un des deux premiers députés de couleur de Saint-Domingue à la Convention et dans les assemblées directoriales, le montre accoudé au buste de l'abbé Raynal.

Publications vignette|Histoire philosophique, 1794. vignette|redresse|Portrait de Guillaume-Thomas Raynal orné d'une carte de Virginie.

Nouvelles douteuses (1747-1755) Histoire du Stadhoudérat (1747) Histoire du Parlement d’Angleterre (1748) Mémorial de Paris (1749) Mercure de France (1750-1754) . , . , , . Histoire du divorce de Henry VIII (1763) , , , , , . . Atlas de l’Histoire des deux Indes (1772) . Tableau de l’Europe (supplément Histoire des deux Indes) (1774) Esprit et génie de Guillaume-Thomas Raynal (1777) Suppléments à l’Histoire des deux Indes (1780) .vignette|redresse|Portrait de Guillaume-Thomas Raynal ornant la troisième édition de l’Histoire des deux Indes. Lettre à l’auteur de la Nymphe de Spa (1781) Précis de l’Histoire philosophique (1782) Réponse à la Censure de la Faculté de Théologie (1782) . Considérations sur la paix en 1783 (1783) Histoire philosophique et politique des isles françoises (1784]) Œuvres de M. l’abbé Raynal (1785) Essai sur l’administration de St Domingue (1785) Maximes des trois auteurs philosophes (1787) Tableau général du commerce de l’Europe (1787) Éloge d’Eliza Draper (attribué à Diderot, 1787) . Lettre à S. M. Louis XVI (1789) Lettre à l’Assemblée nationale, (1791) Extrait raisonné de l’Histoire des deux Indes (1791) Histoire abrégée de l’Histoire des deux Indes (1792) Abrégé de l’Histoire des deux Indes (1793) Histoire abrégée de l’Établissement des Européens (1797) Recueil de pensées (1802) Abrégé de l’Histoire des deux Indes à l’usage de la jeunesse (1810)] Le Raynal de la jeunesse (1821) Des Peuples et des gouvernements (1822) Histoire philosophique des Établissements dans l’Afrique septentrionale (1826)

Hommages vignette|Plaque de l'allée de l'Abbé-Guillaume-Thomas-Raynal ().

En 1996, la Société d'Étude Guillaume-Thomas Raynal organise les manifestations de son bicentenaire (décès), placées sous le patronage de l'UNESCO.

En 2006, la Bibliothèque nationale de France accueille le colloque international « Raynal et ses réseaux », dont les actes sont publiés aux éditions Champion en 2011.

En 2008, le musée de la Révolution française organise une exposition temporaire sur l'abbé Raynal.

En 2013, la Société d'Étude Guillaume-Thomas Raynal organise les manifestations de son tricentenaire (naissance), placées sous le patronage de l'UNESCO et de l'Institut de France..

Le , la ville de Paris inaugure sur un tronçon de l'allée centrale de l'avenue du Président-Wilson l'« allée de l'Abbé-Guillaume-Thomas-Raynal » ( arrondissement de Paris).. Elle se trouve à la hauteur de l'ancien domicile de Raynal, 1 rue des Batailles« Monument en l’honneur de l’abbé Raynal », histoire-auteuil-passy.org, consulté le 31 décembre 2018. (détruite lors du percement de l'avenue d'Iéna« RUE DES BATAILLES, aujourd'hui avenue d'Iéna, arrondissement de Paris », paris-pittoresque.com, d'après Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, paru en 1875.).

(11039) Raynal, astéroïde.

Dans la culture Dans un chapitre de son roman Ingénue (1853), Alexandre Dumas le cite dans les adhérents du Club Social (sic pour « Cercle Social »), très engagé dans le combat pour l'abolition de l'esclavage des Noirs.

Notes et références

Bibliographie Antoine Jay, Précis historique sur la vie et les ouvrages de l’abbé Raynal, Paris, 1820 Anatole Feugère, Un Précurseur de la Révolution. L’Abbé Raynal (1713-1796), Angoulême, 1922 Hans Wolpe, Raynal et sa machine de guerre ; l’Histoire des deux Indes et ses perfectionnements, Stanford, Stanford University Press, 1957

Liens Article connexe Décret d'abolition de l'esclavage du 29 août 1793

Liens externes

Site de la Société d'étude Guillaume-Thomas Raynal Une histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les Indes orientales et occidentales

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