Miroir du Tibet (tibétain Yulchog Soseu Sargyour Mélong, , en anglais Tibet Mirror) ou Miroir des nouvelles est le nom d'un journal en langue tibétaine, édité en Inde entre 1925 et 1962, et distribué au Tibet. Gyégyèn Tharchin (Gergan Tharchin) en était à la fois le journaliste, le rédacteur en chef et le directeur de publication. Dès le début l'auteur présente une ligne clairement anticommuniste . Vers la fin des années 1940, lorsque les communistes progressent, il chauffe ses lecteurs en les alertant d'une risque imminente d'invasion chinoise. Après 1950, il se positionne sur une ligne nationaliste anti-chinoise et pro-tibétaine.

Naissance (1925)

La tibétologue Françoise Robin indique que le Miroir des nouvelles a utilisé plusieurs titres en anglais ; Françoise Robin, Le monde au reflet du Tibet : le journal Le Miroir des nouvelles au Collège de France, La lettre du Collège de France, décembre 2013..

Créé en 1925 à Kalimpong dans le Bengale-Occidental, le Miroir du Tibet est, après Le Journal du Ladakh (Ladakh Kyi Akbar), le deuxième journal de langue tibétaine à avoir vu le jour. Son initiateur fut un certain Gergan Dorje Tharchin, Tibétain de confession chrétienne exerçant le ministère de pasteur à Kalimpong, ville peu éloignée de la frontière et vivant du commerce de la laine entre le Tibet et l'Inde. Né en 1890 dans le village de Poo dans l'Himachal Pradesh, il avait été l'élève des missionnaires moraves Thubten Samphel, Virtual Tibet: The Media, in Exile as challenge: the Tibetan diaspora, sous la direction de Dagmar Bernstorff, Hubertus von Welck, Orient Blackswan, 2003, 488 pages, en part. pp. 172-175, , . Lobsang Wangyal, The Tibet Mirror: The first Tibetan newspaper, now only a memory, sur le site de Lobsang Wangyal, 12 mai 2005. (il n’y eut jamais, toutefois, dans le journal, d’articles faisant du prosélytisme).

Périodicité, tirage et distribution De périodicité mensuelle, le journal parut pour la première fois en sous le titre Yulchog Sosoi Sargyur Melong (Miroir des nouvelles de toutes les parties du monde)Lobsang Wangyal, op. cit. : On trouve aussi « Yul phyogs so so'i Gsar 'gyur Me long (Le Miroir de l'information de toutes les régions) » sous la plume de Françoise Robin, dans Le vers libre au Tibet : une forme littéraire de l'intime au service d'un projet collectif, dans D'un Orient l'autre: actes des troisièmes journées de l'Orient, Bordeaux, 2-4 octobre 2002 (sous la direction de Jean-Louis Bacqué-Grammont, A. Pino, S. Khoury, Peeters Publishers, 2005, 606 p., p. 573-601, en part. p. 583, note 31.. Tiré à 50 exemplaires, il fut envoyé par Gergan Tharchin à des amis à Lhassa, ainsi qu'au dalaï-lama, lequel lui écrivit une lettre d'encouragement et devint un lecteur enthousiaste et un abonné régulier. Le dalaï-lama devait hériter de l'abonnement qui continua sans interruption jusqu'en 1959Lobsang Wangyal, op. cit. : .

Le Miroir du Tibet eut jusqu'à 150 abonnés, et était diffusé, outre à Lhassa, dans les villes de Lithang, Kantzé, Dégué, Gyantsé et ShigatséMichael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993, ..

Il permit au jeune dalaï-lama de commencer à étudier le monde extérieur. Quand il sut lire, les affaires du monde le passionnèrent, et aujourd'hui il se souvient des numéros du journal contenant de longues histoires sur le Japon, l'Éthiopie et la Grande-Bretagne, et des rapports sur la Seconde Guerre mondiale.

Gergan Tharchin Tharchin était à la fois journaliste, rédacteur en chef et directeur de la publication. Il choisissait les nouvelles dans les journaux auxquels il était abonné et les traduisait en tibétain pour le journalLobsang Wangyal, op. cit. : . Il s'était donné comme objectifs d'œuvrer à l'éveil des Tibétains au monde moderne et à l'ouverture du Tibet sur le monde extérieurLobsang Wangyal, op. cit. : . Le journal rapportait ce qui se passait dans le monde (la révolution chinoise, la Seconde Guerre mondiale, l'indépendance de l'Inde, etc.) mais aussi et surtout en Inde, au Tibet et à Kalimpong mêmeThubten Samphel, op. cit., p. 173 : . Il proclamait être un sujet du Raj britannique puis, plus tard, indien. Il était avec le Tibet, mais en tant que chrétien, contrairement à la majorité des Tibétains ou des Indiens. Dans le de 1952, l'auteur proclame, ..

Influence et positionnement pro-tibétain Malgré son minuscule tirage, il eut une énorme influence sur un petit cercle d'aristocrates tibétains, et un cercle encore plus restreint de réformistesThubten Samphel, op. cit., p. 173 : .

L'intellectuel tibétain Gendün Chöphel (1903-1951) contribue au journal avec des articles critiques.

Le journal se fit l'avocat de l'indépendance du Tibet. Ses bureaux devinrent un lieu de réunion pour les nationalistes, érudits et dissidentsAu sens d'opposants au gouvernement ultraconservateur de l'époque. tibétains soucieux de moderniser le Tibet pour contrer le défi que constituait une Chine renaissanteThubten Samphel, op. cit., pp. 173 et 175 : , . Ainsi, en 1946, Tharchin reçut la visite de Phuntsok Wangyal, le fondateur du parti communiste tibétain. Celui-ci expliqua qu'il était venu après la lecture d'un exemplaire du Miroir du Tibet et qu'il souhaitait rencontrer un représentant britannique par l'intermédiaire de Tharchin pour obtenir de l'aide en raison de l'imminence d’une invasion par les communistes chinois. Selon Barun Roy, Tharchin était en étroit contact avec le milieu du renseignement britannique à Kalimpong, ville où se nouaient des intrigues politiques entre espions britanniques, indiens et chinois, réfugiés du Tibet, de Chine, d'Inde et de Birmanie, plus un zeste d'érudits, moines et lamas bouddhistes. Il eut aussi à connaître l'agent secret japonais Hisao Kimura, qui, après avoir séjourné clandestinement en Mongolie pour le compte du gouvernement japonais, avait voyagé en secret au Tibet pour celui du renseignement britannique Barun Roy, Essay: A Japanese Agent in Tibet, sur le site The Himalayan Beacon, News, views and insights from Gorkhas World Over!, 9 septembre 2009 : Barun Roy, op. cit. : .

Dans les années 1950, les communistes chinois tentèrent de courtiser Tharchin par l’entremise d’un aristocrate tibétain qui lui demanda de ne plus publier d’articles « anti-chinois » et de se concentrer sur les « progrès » réalisés par la Chine au Tibet, contre la promesse d’une commande chinoise de 500 exemplaires du journal, et l’assurance de ne pas faire faillite. Tharchin refusa.

Après 1950 le journal se positionne sur une ligne clairement nationaliste. Ainsi un article en date du indique : . Françoise Pommaret indique qu'en 1959, un appel à la résistance tibétaine paru dans Miroir du Tibet « s'adressait non pas aux Tibétains mais à tous les mangeurs de tsampa, tant la farine d'orge grillé est symbolique de l'identité tibétaine »Françoise Pommaret : Le Tibet, une civilisation blessée, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), Paris, 2002, Page 13Carole McGranahan, Arrested Histories: Tibet, the CIA, and Memories of a Forgotten War, p 70.

Disparition (1962) Le Miroir du Tibet cessa d'être publié en 1962 lorsque les réfugiés tibétains firent paraître leur propre journal – Tibetan Freedom (« Liberté tibétaine ») – à DarjeelingThubten Samphel, op. cit., p. 175 : . Tharchin, trop âgé pour continuer à s'en occuper, devait décéder en 1976Lobsang Wangyal, op. cit. : .

En 2005, la maisonnette ayant servi de siège social au journal était toujours debout sur la route de Giri, arborant un panneau portant l'inscription THE TIBET MIRROR PRESS, KALIMPONG, Estd. 1925 (c'est-à-dire « Presse du Miroir du Tibet, Kalimpong, fondée en 1925 ») et l'équivalent en tibétain et en hindiLobsang Wangyal, op. cit. : .

L'université Columbia aux États-Unis a rassemblé une collection presque complète du Miroir du TibetPaul G. Hackett, Kalimpong, Dorje Tharchin, and “The Tibet Mirror”, Columbia University, octobre 2008.. En France, l'Institut d'études tibétaines (IET) est détenteur de la plus grande collection du journal en Europe, dont une partie a été numérisée dans le cadre d'un accord avec l'université ColumbiaPrésentation de l'Institut d'études tibétaines sur le site du Collège de France..

Notes et références

Bibliographie Tashi Tsering, The Life of Rev. G. Tharchin: Missionary and Pioneer, Institut Amnye Machen, Dharamsala, 1998 Herbert Louis Fader, Called from Obscurity: The Life and Times of a True Son of Tibet - Gergan Dorje Tharchin, Tibet Mirror Press, Kalimpong, 2002

Liens internes Journal vernaculaire du Tibet Heinrich August Jäschke Liste des associations des Tibétains en exil

Liens externes Consultation de 97 livraisons numérisées du Tibet Mirror, parues de 1933 à 1961 et conservées dans les bibliothèques de l'université Columbia Consultation de 71 livraisons numérisées du Tibet Mirror, parues de 1927 à 1963 et conservées à la bibliothèque Beinecke de l'université Yale

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