thumb|Vue de l'Ouest du cirque Maxime. thumb|Vue d'ensemble du cirque Maxime depuis l'Aventin.
Le Circus Maximus (littéralement « le plus grand cirque » ou « le très grand cirque »), en français « Cirque Maxime » (et en italien « Circo Massimo »), est le plus vaste et le plus ancien hippodrome de Rome. Considérant l'importance de ses dimensions et la richesse de son histoire par rapport à la douzaine de cirques de Rome, il est souvent appelé simplement « Circus » par les auteurs antiques. Plus grand édifice public de la Rome antique, il est principalement dédié aux courses de chars mais il peut également être utilisé pour d'autres types de spectacles ou lors des processions triomphales, surtout à partir du règne de Trajan.
De nos jours, il se trouve dans le rione de Ripa et reste le théâtre de grands rassemblements lors de festivals, de concerts, ou d'autres grands événements.
Localisation Le cirque Maxime occupe quasiment tout l'espace de la vallée Murcia, dépression située entre le Palatin et l'Aventin. Il s'étend du forum Boarium au nord-ouest à la porte Capène au sud-est.
Histoire thumb|Médaillon d'époque néronienne où figurent la spina du cirque Maxime avec, en dessous, des quadriges, et au-dessus, un lièvre pourchassé par un chien. thumb|Représentation d'une course de chars dans un cirque, intaille du . thumb|Bas-relief représentant une course de quadriges dans le cirque Maxime, . thumb|Proposition de restitution de l'intérieur du cirque après la reconstruction de Trajan, tirée de lIllustrerad verldshistoria, 1877.
Antiquité : premiers aménagements de la Murcia La tradition romaine attribue la fondation du cirque à Tarquin l'Ancien, en 599 , avec les premiers travaux d'aménagement, 8, 1. Son emplacement correspond au site où, à l'époque de Romulus, se seraient déroulés, en l'honneur du dieu Consus, les rites et les premiers jeux sacrés, appelés ConsualiaOvide, Fastes, II, 391-392, comprenant des courses équestres. C'est au cours de l'un d'eux que serait survenu l'enlèvement des Sabines, qui devait, selon la légende, permettre aux Romains d'accroître leur populationVarron, Lingua Latina, VI, 20. À l'époque des rois étrusques de Rome, cet espace était consacré à la célébration des premiers jeux romains (Ludi Romani) et aux divertissements publics, tels que les courses attelées ou montées. La forme de la vallée, longue de et large de , s'y prête bien. Ce n'est encore qu'une vaste esplanade libre de constructions, à laquelle le roi Tarquin le Superbe ajoute des gradins en bois et disposés de façon discontinue.
À la fin du apparaissent les premières structures permanentes ; il faut attendre à la fin du , les travaux de Jules César, puis Auguste, pour que l'édifice adopte sa forme définitive de cirque romain.
: premières structures permanentes En 329 , sous la République romaine, le cirque est équipé de structures permanentes en bois, comprenant les carceres, douze stalles de départ peintes de couleurs vivesCicéron, De Divinatione, I, 108 et des tribunes, 1. La spina a probablement été construite de manière permanente peu de temps après, encadrée de deux metae, « bornes », à ses extrémités, et ornée de statues, dont une de la déesse Pollentia : sa présence est attestée en 186 , 8
La construction de la spina a nécessité la canalisation et la couverture d'un cours d'eau provenant d'un marécage plus tard occupé par le Colisée et qui suivait la vallée entre Cælius et Palatin, puis la vallée de la Murcia (entre Palatin et Aventin), avant de se jeter dans le Tibre une centaine de mètres en aval de la Cloaca Maxima. Son cours dans un fossé (euripus) est aménagé en égout (cloaca).
Au , le cirque est utilisé pour des jeux publics et des festivals influencés par les Grecs. En 196 , le consul Lucius Stertinius fait ériger un fornix, ancêtre de l'arc de triomphe. En 191 , un temple dédié à Iuventas est construit à côté de la piste de course, 5. En 174 , les censeurs Aulus Postumius Albinus et Quintus Fulvius Flaccus réaménagent le site. Ils ajoutent de nombreux équipements, font reconstruire les stalles de départ et placent à proximité les ova, sept grandes sculptures de bois en forme d'œufs qui servent de compte-tours pour les concurrents et les spectateurs, et deviennent permanentesVarron, De Re Rustica, I, 2, 11Cassiodore, Variae, III, 51, 10.
Cette volonté d'agrandir le cirque, après la deuxième guerre punique, est probablement liée à la multiplication des processions triomphales durant cette période.
: réaménagement de Jules César En 55 , c'est peut-être à l'occasion de la dédicace du temple de Vénus Victrix que Pompée fait combattre dans le cirque , qui bousculent, malgré les précautions prises, la palissade censée protéger les premiers rangs de spectateursPline l'Ancien, Histoire naturelle, VIII, 20, 21.
En 46 , Jules César, pour satisfaire la demande populaire, ordonne un réaménagement important du cirque. Il dote la cavea, les trois rangées de gradins, de fauteuils pour tous. Il fait agrandir le cirque, dont les dimensions atteignent finalement de long sur de large pour une capacité maximale estimée par les auteurs antiques à (une modélisation 3D des années 2000 donne une capacité maximum de à .). Il fait reconstruire, à la suite de l'incident survenu sous Pompée, une palissade plus efficace pour la protection des spectateurs, et creuser un deuxième euripus (fossé) entre arène et gradins.
En 33 , le consul Marcus Vipsanius Agrippa met en place sur la spina sept dauphins de bronze et un deuxième groupe dova (compte-tours)Dion Cassius, Histoire romaine, XLIX, 43, 2, mais visible par l'ensemble des spectateurs, car placé au centre de la spina, contrairement au premier groupe dova, davantage destiné aux auriges.
Deux ans plus tard, en 31 , une grande partie du cirque est endommagée par un incendieDion Cassius, Histoire romaine, L, 10, 3.
: travaux des Julio-claudiens Tout au long du , le cirque Maxime est en travaux pour modernisation, mais aussi pour réparation des dégâts occasionnés par plusieurs incendies. Auguste achève peut-être les travaux initiés par Jules César, et fait aussi construire ou restaurer le Pulvinar ad Circum Maximum, tribune du côté du Palatin permettant à la famille impériale d'assister aux spectacles depuis un point de vue privilégiéAuguste, Res gestae, IV, 4. Plus tard, deux loges spéciales sont aménagées : une pour l'empereur, une pour le mécène finançant les jeux.
Vers 10 , l'empereur Auguste fait ériger le premier obélisque de l'hippodrome, disposé sur la spina et dédié au dieu Sol. Cet obélisque datant du règne de provient d'Héliopolis en Égypte et est aujourd'hui érigé sur la Piazza del Popolo.
En 36 , la partie du cirque du côté de l'Aventin est détruite dans un nouvel incendie. Les dégâts sont rapidement réparés, et l'aspect du sable de la piste amélioré avec du minium et des pigments verts ou des brisures de mica, pour une célébration par l'empereur Caligula de ludi circenses en grande pompe.
Au milieu du , l'empereur Claude est le premier à bâtir partiellement les tribunes en pierre. Néron fait condamner leuripus de César et construire de nouvelles rangées de places. Il protège les spectateurs des bêtes sauvages par une barre ronde continue en bois couvert d'ivoire, ne laissant pas de prise aux animaux.
En 64, le grand incendie de Rome se déclenche dans les boutiques du Palatin attenantes au cirque, selon Tacite. Il détruit une bonne partie du cirque, surtout les rangées supérieures des gradins, encore constituées de bois. Le cirque est rapidement restauré, permettant à Néron de l'utiliser lors d'une procession triomphale, quand il revient de Grèce en 68. Gradins et tribunes sont reconstruits entièrement en pierre et marbre.
En 81, le Sénat fait construire un grand arc de triomphe à trois voûtes honorant l'empereur Titus.
À la fin du , l'empereur Domitien fait aménager sa Domus Augustana sur le Mont Palatin, permettant à la famille impériale de regarder les courses depuis le palais. Durant son règne, les deux longs côtés du cirque sont de nouveau endommagés par un incendie.
: reconstruction de Trajan Au début du , après l'incendie à la fin du règne de Domitien, l'empereur Trajan fait reconstruire et agrandir l'édifice. Cinq mille sièges supplémentaires sont ajoutés en réemployant des pierres de la naumachie de Domitien. La cavea est élargie de deux "stades"Dion Cassius, Histoire romaine, LXVIII, 7, 2 en recouvrant la rue qui circule entre le cirque et les pentes du Palatin. Les fondations de cette structure ont été mises au jour à la fin du . La loge impériale devient plus spacieuse par la suppression d'un cubiculum utilisé par Domitien comme loge privée, qui lui permettait d'assister aux jeux sans être vu du peuple, mais en profitant de sa ferveur. Trajan transforme aussi l'apparence de toute la façade méridionale du palais impérial donnant sur le cirque, par des travaux beaucoup plus importants que ceux de Domitien. L'ancienne façade rectiligne tournée à l'origine vers le Palatin est entièrement repensée, et prend la forme d'une vaste exèdre à portiques à deux étages tournée vers le cirque. Cette façade est conçue pour que l'empereur puisse observer les courses directement depuis un point de vue privilégié, mais aussi pour qu'il puisse être vu du peuple. Trajan aurait même projeté de relier les deux monuments par un pont, qui aurait permis d'accéder directement au pulvinar depuis le palais.
Après ces travaux, le cirque semble atteindre sa taille maximale. S'il a acquis sa forme définitive après les travaux de César, Trajan l'a entièrement reconstruit en pierre et transformé en un véritable monument marquant durablement le paysage urbain et la vie sociale romaine. L'empereur a utilisé des matériaux de première qualité, avec une profusion de bronzes dorés et de marbres colorés, symboles de son pouvoir et de l'étendue de son empire.
Au milieu du et au tournant du , le cirque semble avoir été touché par deux importants effondrements sous les règnes d'Antonin le Pieux et de Dioclétien, provoquant de nombreuses victimes parmi les spectateurs.
Antiquité tardive Au début du , l'empereur Constantin fait restaurer le cirque avec magnificence, et prépare un emplacement sur la spina pour un nouvel obélisque prélevé à Karnak en Égypte et arrivé à Rome en 323. En 354, après la multiplication des ludi, sont désormais consacrés chaque année aux compétitions sportives à Rome, dont 62 pour les seules courses de chars avec chaque jour. En mai 357, l'empereur reprend le projet de Constantin d'élever un deuxième obélisque sur la spina. Ce second obélisque est un monolithe de , le plus grand de Rome, haut comme un immeuble de 10 étages. Il a été taillé dans du granite rose de Syène (Assouan) sous le règne de entre 1401 et 1390 Il est aujourd'hui connu sous le nom d'obélisque du Latran, car il fut réérigé sur la Place Saint-Jean-de-Latran au (voir ci-dessous).
thumb|center|upright 3.0|Vue du cirque Maxime depuis la Domus Augustana sur le Mont Palatin.
Moyen Âge En 549 a lieu la dernière course, sous le règne du roi ostrogoth Totila, après laquelle le cirque Maxime est laissé à l'abandon et tombe en ruines. Au Moyen Âge, les pierres et les marbres des gradins et tribunes sont réemployés dans la construction de divers palais et églises.
Renaissance En 1587, sous le pontificat de Sixte-Quint, pape bâtisseur, l'obélisque de Constance II est déplacé en ses trois sections pour être transporté et réassemblé en 1588 sur la place Saint-Jean-de-Latran où il se trouve toujours. En 1589, l'obélisque d'Auguste est à son tour transporté vers la Piazza del Popolo, dont il occupe le centre. Après la Renaissance, il ne subsiste presque plus rien des structures de l'ancienne construction, mais néanmoins l'espace gazonné, avec l'emplacement de la spina en son milieu, reste parfaitement délimité, constituant l'une des principales promenades en plein air de Rome, entre le mont Palatin et le mont Aventin.
Vestiges archéologiques