Le château ruiné de Rochebaron coiffe le sommet d’un éperon rocheux situé dans la commune de Bas-en-Basset, à environ au nord-ouest de cette localité, dans l’extrême nord-est du département français de la Haute-Loire, aux confins du Velay et de l’ancien comté de Forez.
Les ruines actuelles sont les vestiges d’un vaste ensemble érigé au début du sur les fondations d’un château plus ancien, et comprennent en particulier la façade méridionale d’une chapelle, la porterie à tourelles que la jouxte, et deux hautes tours, connues sous le nom de tour circulaire et triangulaire. La forteresse, relevant du comté de Forez, au moins à partir du , et inféodée tour à tour à différentes familles nobles, fut l’un des enjeux de la rivalité entre les évêques du Puy et les comtes de Forez.
Progressivement abandonné à partir du , n’ayant même plus de propriétaire depuis le début du , le château ne put que se délabrer rapidement. Une association de bénévoles s’attache depuis 1972 à le sauvegarder et à le mettre en valeur, et à organiser des visites. Le château de Rochebaron fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis ..
Histoire Origines et inféodation vignette|gauche|Vue de la forteresse depuis le sommet de la grande tour ronde, montrant le complexe porterie/chapelle au centre.
Le château de Rochebaron, qui est mentionné pour la première fois en 1173, dans le cartulaire du prieuré de ChamalièresCartulaire du prieuré de Chamalières, page 62, charte 123, était à l’époque féodale le siège d’un mandement (première mention dans la même charte) occupant une position stratégique « sur les limites du Velay et du Forez ». Son territoire comprenait la majeure partie de l'ancienne paroisse de Bas et empiétait sur d'autres paroisses telles que celles de Monistrol ou encore MerlePour les limites de l'ancienne paroisse de Bas (qui englobait alors celle de Malvalette et de Valprivas), voir par exemple une liève des redevances liées aux prêtres de Bas de 1610 conservée aux Archives Départementales de la Loire, Fond Chaleyer, CH MS 747 ; quant à celles des autres paroisses, voir par exemple dans le terrier de 1486 pour le prieur de la Tourette la reconnaissance de Pierre et Jacques Mey d'« Esclunes bassiae parrochiae de merle mandamenti ruppisbaronis ».. Il est possible que le château ait été construit à l’emplacement d’un ancien oppidum gallo-romainSelon l'inventaire des Monuments historiques. des VellavesBas appartenait à la cité antique des Vellaves, tout comme Rochebaron, ainsi que de nombreuses localités aujourd'hui ligériennes : Merle, Montarcher, Estivareilles, ... mais le Mont Malorum (aussi sur le ban communal de Bas-en-Basset) semble un candidat plus sérieux à la localisation de ce dernier Voir la mise au point de Romain Lauranson sur le site du GRAV : http://archeograv.fr/le-mont-mallorum/.. Bas et son environnement appartenait au comté carolingien du Velay et le village servait de chef-lieu de viguerieLa vicaria Bassensis; voir Delcambre (E.), Géographie historique du Velay: du « pagus » au comté et au bailliage, Nogent-le-Retrou, 1937; ; ou encore, avec précaution Albert Boudon-Lashermes, Histoire du Velay : les vigueries carolingiennes vellaves, Yssingeaux, 1935..
Le château de Rochebaron appartint tour à tour à différentes familles nobles, la première en date étant celle des Rochebaron, laquelle cependant n'apparaît dans les textes, à coup sûr, à travers la figure de Pons de Rochebaron, qu’à partir de 1163Augustin Chassaing, Cartulaire de Chamalières sur Loire en Velay, prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Saint Chaffre, Paris, 1895, pp. 37-39, charte 77. « Eodem anno » [la même année que la charte 75: « Anno ab incarnacione Domini M.C.LXIII, Lodovico rege regnante, domino Petro de Sollemniaco Podiensium existente episcopo, Beraldo monasterii Sancti Theotfredi abbate, Petro Camalariarum priore (...) »; Pons est témoin « aposui fidejussores et assertores (...) Poncium Deroccabarone (...) » [on notera la consonance occitane]..
Un des intérêts de Rochebaron réside dans la lutte concernant sa mouvance féodale. Celle-ci était en effet partagée, à partir du , entre le comte du Forez et le comte-évêque du Puy, dont relevait la paroisse de Bas. La situation de Bas, excentrée par rapport aux centres de pouvoir du Moyen Age central, va créer une situation d'incertitude quant à son obédience féodale, surtout après la disparition du 1er comté féodal de Velay - qui avait pris la suite du comté carolingien - vers 1163 (intervention royale de Louis VII contre les comtes d'Auvergne et de Velay, le vicomte de Polignac, et d'autres encore, révoltés contre lui).
Les seigneurs de Rochebaron rendirent hommage pour une partie du mandement (Bas et Basset pour faire simple) pour la 1ère fois en 1248 (Pons). Auparavant, Philippe Auguste avait donné à l'évêque du Puy (1213-1219), Robert de Mehun, la possession du château en 1214 « à charge pour lui de lesD'autres châteaux étaient également donnés comme Chapteuil ou Chalencon ; voir archives de la Haute-Loire, G24, mars 1214. acquérir », cette donation faisant sans doute à la suite d'une révolte des seigneurs après qu'un membre de la famille, Brocard de Rochebaron, ait été destitué de la charge d'évêque à laquelle il avait été élu en 1213Augustin Chassaing, Cartulaire de Chamalières sur Loire, prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Saint Chaffre, Paris, 1895, pp. 83-85, charte 159 : « domino Brocardo Rochabaronis sancte Aniciensis ecclesie electo ».. Cette donation a aussi été vue par certains comme le signe de la montée en puissance royale en Velay (à replacer dans le cadre plus général de la (re)conquête capétienne du sud du royaume, qui jusque là échappait à l'autorité des rois dans les faits) ou encore comme une lutte contre la progression de la mouvance forézienne (mais aucune source ne vient étayer cette dernière proposition). Le pape Clément IV appuyait à son tour cette donation par une bulle en 1264Medicis (E. de), Chronique, publiée par Augustin Chassaing, t. 1, Roanne, 1975, p. 80.. L'hommage de 1248 est relativement précoce au vu des hommages des mandements voisins à l'évêque du Puy : Beauzac était hommagé en 1274, Chalencon (à Saint-André) en 1296, Monistrol (acheté) en 1270, etc. mais il n'englobait pas tout le mandement. Le reste de ce dernier était en effet hommagé aux comtes du Forez à partir de 1325 (hommage d'Héracle AD de la Loire, B 2001 (f°7), 31 janvier 1325).
Mais l'origine des relations féodo-vassaliques entre les seigneurs de Rochebaron et les comtes du Forez, tout comme celles avec le Velay, nous échappent en grande partie. Rochebaron ne semble pas appartenir au domaine du comte de Forez en 1097 (au contraire d'Aurec), tout comme il n'est pas cité dans l'accord de 1173 démembrant le grand comté de Lyon entre comté de Forez et comté de Lyon (alors que Leignec et Merle relevaient du comte depuis 1135). Toutefois, si Rochebaron n'apparaît pas dans le ban comtal de Guy IV en 1215 (le service militaire faisait pourtant partie des devoirs d'un vassal), les relations vassaliques entre Rochebaron et le Forez semblent se dessiner à partir du dernier tiers du . Le sire de Rochebaron est en effet cité comme caution de la charte de franchise octroyée à Saint-Galmier par le comte du Forez Renaud (deuxième fils de Guigues IV) en 1266 ; il est également caution pour le départ à la (VIIIe) Croisade du même comte en 1270, encore pour le mariage en 1290 de la sœur (Ysabelle) du comte Jean (petit-fils de Renaud) avec Béraud X de MercœurCharte de Saint Galmier : Chartes du Forez antérieures au , publiées sous la direction de Georges Guichard, Édouard Perroy, Jean-Etienne Dufour, Marguerite Gonon, t. XXIII, Mâcon, 1978, charte 1625 ; départ à la Croisade : Chartes du Forez antérieures au , publiées sous la direction de Georges Guichard, comte de Neufbourg, Edouard Perroy, Jean-Etienne Dufour, Marguerite Gonon, t. V, Mâcôn, 1936, charte 651 ; le mariage : Chartes du Forez antérieures au , publiées sous la direction de Georges Guichard, comte de Neufbourg, Édouard Perroy, Jean-Etienne Dufour, Marguerite Gonon, t. I, Mâcon, 1933, charte 293.. Bref, on voit ici le seigneur de Rochebaron remplir une partie des devoirs du vassal ; il convient toutefois de remarquer que seule l'aide concernant le départ à la Croisade entre dans les devoirs traditionnels du vassal (aide aux quatre cas)Le contrat vassalique "forézien", côté vassal, imposait au seigneur de Rochebaron "de servir" le comte de Forez et de "ne pas lui nuire", de "ne pas donner à quelqu'un d'autre son fief tenu" (comme dans l'hommage de 1325), et peut-être l'aide financière pour entrée en chevalerie (hommage de 1410? à vérifier). Les relations féodo-vassaliques finissaient ainsi de se mettre en place en 1325 avec l'apparition de l'élément réel, le fief, qui comprenait le château et une bonne partir du mandement (Ranchevoux, Chanteloube) (hommage du château de Rochebaron par Érail/Héracle/Éracle au comte Jean de Forez en 1325, comme on l'a vu plus haut). Toutefois, outre ces deux fiefs, les seigneurs devaient posséder des alleux car certains territoires ne sont jamais nommés dans les hommages, comme Naves ou encore Crémerolles. Enfin, les années 1320-1330 ont été marquées par des conflits entre les seigneurs, le comte-évêque du Puy et le comte du Forez : actes de félonie envers le comte-évêqueArchives départementales de la Haute-Loire, G45, 24 mai 1329, G738 (f°2), 27 avril 1336, G749 (f°1), 4 avril 1331; Barban (A.), "Recueil d'hommages, aveux et dénombrements de fiefs relevant du Comté de Forez du ", Recueil de mémoires et de documents sur le Forez, t. 8, Montbrison, 1885, pp. 410-411, conflits de compétence entre le Velay et le ForezAD de la Haute-Loire, G749 (f°2), 1333., rappel d'hommage envers le prélat anicienLascombe (A.), Répertoire général des hommages de l'évêché du Puy (1154-1741), Le Puy en Velay, 1882, pp. 36-40., procès d'HéracleActes du Parlement de Paris, 2ème série-Jugés (1328-1350), publiés par la direction des archives nationales, Paris, 1975, pièces 612, 2756 ; Actes du Parlement de Paris, parlement criminel, règne de Philippe VI de Valois, publiés par la direction des Archives nationales, Paris, 1987, pièce 3114.; mais il semblerait que ces événements soient la suite d'autres, survenus au début des années 1320 et qui nous échappent complètement.
Enfin, le mandement quittait progressivement, et de manière également assez tourmentée, le Velay fiscal et judiciaire au profit du Forez, la chose étant entendue au , quand bien même une zone intermédiaire était créée: les Ressorts du Forez ou du Velay (selon le lieu du point de vue)Voir pour exemple vellave un extrait d'un accord de 1482 entre les hommes de Bas, de Saint Julien, du Crépon et de Ranchevoux à propos du pacage d'un communal vers Os passé « in curia ordinaria ruppisbaronis et ex jude per appellationem in curia ressortorum forensis » en la présence du bailli royal de Velay « Anthonius de Tellis (...) dominus despinassa et vallis privata ausilliarum domini nostri regis (...) vallavie bailluus » (AD de la Loire, CH MS 651)..
Reconstruction gothique (début ) vignette|gauche|Tour circulaire (au fond à gauche) et complexe porterie/chapelle à droite.