Un signe linguistique est la plus petite unité d'expression du langage. Il est l'objet d'étude de différentes branches de la linguistique : la sémiotique ou sémiologie qui étudie les signes en général, qu'ils soient verbaux ou non verbaux« On peut donc concevoir une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale ; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale ; nous la nommerons sémiologie (du grec semeîon, "signe"). Elle nous apprendrait en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent. » () ; la sémantique qui étudie les concepts d'un point de vue linguistique, les signifiés et signifiants ; la phonétique et la phonologie qui étudient les sons et leurs fonctions dans les langues naturelles et en caractérisent les phonèmes« La physiologie des sons (all. Laut- ou Sprachphysiologie) est souvent appelée "phonétique" (all. Phonetik, angl. phonetics). Ce terme nous semble impropre ; nous le remplaçons par celui de phonologie. Car phonétique a d'abord désigné et doit continuer à désigner l'étude des évolutions des sons ; l'on ne saurait confondre sous un même nom deux études absolument distinctes. La phonétique est une science historique ; elle analyse des événements, des transformations et se meut dans le temps. La phonologie est en dehors du temps, puisque le mécanisme de l'articulation reste toujours semblable à lui-même. » ().

C'est Ferdinand de Saussure, professeur de linguistique à Genève et spécialiste du sanscrit, qui parle le premier de « signe linguistique » et qui introduit la distinction entre signifiant et signifié dans son Cours de linguistique générale (1906-1910), rédigé et édité par ses élèves en 1916.

C'est justement en sanscrit que sont écrites les plus anciennes études connues sur le sujet avec par exemple le traité grammatical de Paṇini datant du . Cette distinction du signe en lui-même est probablement mise en évidence par la confrontation du langage parlé en perpétuelle évolution à des écrits anciens, autorisant l'étude de ce signe distinctement de ce qu'il désigne.

Il en découle des questionnements dépassant le cadre des civilisations sur les qualités de ce signe, notamment sur sa nature arbitraire ou naturelle dont Platon par exemple nous rapporte un débat dans le Cratyle.

Deux conceptions Définition de Ferdinand de Saussure thumb|Les deux faces du signe linguistique selon Saussure. Selon Saussure, le signe linguistique unit, « non pas un nom et une chose, mais un concept et une image acoustique ». L'image acoustique (ou sensible) est appelée signifiant : ce n'est pas le son matériel, mais l'empreinte psychique de ce son ; le concept, appelé signifié, contient les traits distinctifs qui caractérisent ce signe par rapport aux traits d'autres signes de la langue. Le signe linguistique se définit donc comme une entité psychique à deux faces : signifiant/ signifiéDictionnaire de linguistique Larousse, 1973, p. 439.. Par exemple, le mot français arbre est un signe linguistique associant la forme sonore /aʁbʁ/ au concept d'arbre, en tant qu'arbre s'oppose, négativement, à l'intérieur de la langue, aux autres signes.

Frege, Ogden et Richards et le triangle sémiotique Le triangle sémiotique d'Ogden & Richards Si l'on considère un mot, mot écrit ou imprimé avec les lettres d'un alphabet ou un idéogramme, ou dit, prononcé avec des sons que l'on peut transcrire en alphabet phonétique, il faut distinguer, en reprenant l'analyse d'Ogden et Richards et leur triangle sémiotique : le mot (Symbol) lui-même, le signifiant de Saussure que nous mettrons en italique pour respecter ses conventions ; la chose (Referent ; Bedeutung, Ding), objet ou action, à laquelle il renvoie, le dénoté ; le concept (Thought, Reference ; Sinn, Begriff), ce à quoi il fait penser, le mot lu ou entendu, la connotation, le signifié de Saussure que nous mettrons entre guillemets pour les mêmes raisons et qui dépend de l'interlocuteur. Le mot chien qui renvoie à l'animal chien fait penser, pour l'un, à l'ami domestique, pour l'autre à une bonne recette ; l'emploi de ce mot par ceux qui parlent cette langue, l'écrivent ou l'impriment.

Évolution historique du concept La linguistique hindoue Comme plus tard les Grecs confrontés à l'évolution de la langue depuis les textes classiques d'Homère, les Hindous développèrent une linguistique au . Celle-ci était devenue nécessaire car le sanskrit avait fortement évolué depuis l'époque de l'écriture des principaux textes religieux, comme le Rig-Veda. Ainsi, le traité grammatical de Pāṇini, probablement écrit à la fin du , est très moderne et les notions de morphème, phonème y sont bien distinguées, confirmant l'ancienneté de la tradition linguistique. On retrouve chez les Hindous les mêmes débats que chez les Grecs sur les relations entre mots et réalité. Les deux points de vue sont représentés : les partisans de la motivation des mots et les partisans de la convention et de l'arbitraire« Le rapport entre les mots et les choses avait pris presque la même place dans ces débats que chez les Grecs et chez nous : l'onomatopée et la motivation d'un côté, l'arbitraire et le conventionnel de l'autre. » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, ).. Ainsi pour Patañjali au , le signe n'est défini que par ce qui l'oppose aux autres signes« Patañjali se demande ce que c'est que le mot dans gauḥ "bœuf". Il répond, après avoir rejeté des définitions de substance, d'activité et de qualité, que le mot est ce qui fait naître, quand on le prononce, la notion de ce qui est muni d'une queue, de cornes, de pieds fourchus, etc., en d'autres mots un concept défini par une série de traits l'opposant à d'autres. »(Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, )..

Les philosophes grecs L'adaptation du système d'écriture phénicien à la transcription de leur langue non sémitique« La création de l'alphabet grec sur la base du système phénicien est un autre facteur qui a dû favoriser le développement de réflexions sur le langage et les langues » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 51), la naissance de la rhétorique et son développement au « Une autre source plus fructueuse d'une spéculation linguistique a sons doute été la naissance de la rhétorique. On connaît de sources indirectes l'importance des rhétoriciens, surtout depuis le , et nous savons que l'art de bien parler était devenu tôt un moyen d'accès politique et social. » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 50) ou tout simplement l'observation de l'existence de dialectes« Il serait donc plus raisonnable de voir le point de départ, à l'époque classique, d'une étude de la langue dans la diversification dialectale à l'intérieur de la langue grecque même. » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 50) peut être à l'origine de l'intérêt des philosophes grecs pour le langage.

Le premier, Héraclite d'Éphèse distingue la pensée (), l'énoncé () et la réalité ()« Trois niveaux y sont distingués : 1/ ou la réalité comme telle ; 2/ ou l'événement linguistique (énoncé), et 3/ qui est la synthèse des deux dans la mesure où un tel événement peut être perçu ou énoncé. » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 55), la liaison entre ces trois éléments étant réalisée par le logos, principe divin, unique« Selon Héraclite, on pense ce qui est et l'on dit ce qu'on pense. L'énoncé retourne aux réalités auxquelles il se réfère. Ceci se réalise grâce au logos, lequel réunit les trois selon le schéma : (…) » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 55). Démocrite, au s'oppose à l'origine divine du langage. Pour lui, le langage est purement conventionnel« Si le langage est pour Héraclite d'origine divine, son antagonise de peu postérieur Démocrite (…) prend une position opposée. Le langage est d'origine purement conventionnelle. » (Bertil Malmberg, Histoire de la linguistique, Presses universitaires de France, 1991, p. 55).

Au , dans le Cratyle, Platon expose les deux thèses opposées sur la nature des mots : pour Hermogène, partisan de l’arbitraire du signe, il n'y a entre ce qui sera plus tard nommé signifiant et signifié qu'un lien abstrait et extrinsèque, établi par convention, tandis que pour Cratyle, partisan de la motivation, les mots sont une peinture des choses, ils ressemblent à ce qu'ils signifient, ce sont des symboles.

Le triomphe du symbole vignette|Représentation d'Augustin d'Hippone dit « Saint Augustin ». Augustin d'Hippone est un des pionniers dans l'expression d'une motivation inconsciente du signe verbal qu'il expose au dans sa théorie du signe. Il affirme que « c'est par les signes que l'on apprend les choses »Augustin d'Hippone, La Doctrine chrétienne. Il évoque également le retard du langage sur la pensée et l'explique ainsi : La raison en est surtout que cette conception intuitive inonde mon âme à la façon d'un éclair rapide, tandis que mon discours est lent, long et fort différent d'elle. De plus, pendant qu'il se déroule, cette conception s'est cachée dans sa retraite. Elle laisse pourtant dans la mémoire, d'une manière merveilleuse, un certain nombre d'empreintes, qui subsistent au cours de la brève expression des syllabes et qui nous servent à façonner les signes phonétiques appelés langage. Ce langage est latin, grec ou hébraïque… Que les signes soient pensés par l'esprit ou qu'ils soient exprimés par la voix, les empreintes ne sont ni latines, ni grecques, ni hébraïques, ni n'appartiennent en propre à aucune nationAugustin d'Hippone, La Catéchèse des débutants. Augustin envisage un état du sens fait d'empreintes qui « n'appartiennent à aucune langue », ne sont pas conscientes et semblent universelles.

Le renouveau du signe indépendant Dès le , le mouvement scolastique, né de la redécouverte des textes naturalistes d'Aristote en Occident, s'intéresse à nouveau à la question. Au , en réaction à la philosophie thomiste, le courant de pensée des modistes culminant avec Thomas d'Erfurt distingue plusieurs modes aux mots : les modi essendi représentant ce que sont réellement les choses, sujet de la métaphysique et de la physique ; les modi intellegendi représentant les choses telles que représentés dans l'intellect ; les modi significandi représentant les choses de manière signifiée, mode qui est le sujet de la grammaireIrène Rosier-Catach, La Grammaire spéculative des modistes, 1983, pages 45-48.. Les grammairiens commencent à distinguer ces modi significandi comme sujet d'étude à part entière, séparé de ce qu'il représente et de la manière dont il est pensé.