Richard Wallace, baronnet, né à Londres le et mort à Neuilly-sur-Seine le , est un collectionneur, philanthrope et membre du parlement britannique.

Son nom reste attaché à l'une des plus prestigieuses collections d'art, la Wallace Collection, et aux fontaines urbaines présentes, notamment, à Paris.

Biographie Origines Selon les sources officiellesWallace Collection On Line, « Sir Richard Wallace », en ligne., Richard Wallace est le fils naturel d'Agnes Jackson, dont le nom de baptême est Eliza Agnes Wallace (1789-1864), fille de Sir Thomas Wallace of Craigie, d'une famille noble mais ruinée originaire du South Ayrshire en Écosse. En 1818, Agnes met au monde un enfant dont le père biologique serait Richard Seymour-Conway, de Hertford, alors âgé de 18 ans, qui, s'il ne reconnut jamais officiellement cette paternité, vécut avec lui tout au long de sa vie.

En effet, le petit Richard Jackson est d'abord élevé par Maria Seymour-Conway (1771 - Paris, 1856), la mère de Richard Seymour-Conway, qui l'emmène à Paris, rue Taitbout, en 1826, où la famille possède de nombreux biens depuis 1802.

Un collectionneur vignette| Le château de Bagatelle par Charles Marville (avant 1870). Richard Jackson-Wallace fréquente un temps un groupe de bohèmes dont quelques-uns devinrent de grands écrivains et artistes : Flaubert, Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Roger de Beauvoir, Fernand Boissard ou encore Baudelaire, qui se réunissaient sur l'île Saint-Louis, à l'ex-hôtel Pimodan, au dernier étage loué par le grand collectionneur bibliophile Jérôme Pichon, réunions qui étaient placées sous l'égide de la célèbre Aglaé Savatier, dite Apollonie Sabatier.

En 1840, Richard rencontre Julie Amélie Charlotte Castelnau, fille d'un ancien officier de l'armée française, qui met au monde, en août, un garçon, Edmond-Richard né Castelnau (1840-1887), lequel ne fut reconnu par son père que le : ce jour-là, il épousa en effet Charlotte, puisque le marquis (mort le ) s'était jusqu'alors opposé à cette union, et Edmond prit le nom de son père. Richard Wallace aurait connu Charlotte, fille de Sophie Knoth, lingère, et de Bernard Castelnau, devenu homme de confiance vivant pauvrement rue des Mathurins, alors qu'elle était vendeuse dans une boutique de parfums passage du Saumon ; une photographie prise avant 1870 la montre sur la terrasse du château de BagatellePierre Cabanne, Les Grands Collectionneurs, Paris, Les Éditions de l'Art, 2003, ..

En 1842, Richard prend le nom de naissance de sa mère et devient officiellement « Richard Wallace » ; il commence à se faire connaître parmi les collectionneurs d'art parisiens. Lord Hertford en fait peu à peu son secrétaire et son « bras droit » pour ses affaires en France ; ainsi, en 1852, il achète trois tableaux de Boucher et des meubles provenant de Fontainebleau (« several pieces of furniture wich had once been in the royal palace, now in the Wallace Collection ») lors de la dernière vente après décès de l'Anglo-Irlandais Richard Fitzgeorge (1787-1848), duc (de) Stacpoole, héritier en 1824 du château de Montigny-LencoupHubert de Stacpoole, An account of the de Stacpoole family, 1968 - en ligne..

Fin , il revend une partie de sa propre collection« Catalogue d'une précieuse collection d'objets d'art et haute curiosité » Mannheim/Drouot, 26 au 28 février 1857 (lire sur Gallica).« Catalogue d'un précieux cabinet de tableaux modernes », Ferdinand Laneuville/Drouot, 2 au 3 mars 1857 (lire sur Gallica). et se consacre entièrement à la gestion des biens du marquis, venu s'installer définitivement dans la capitale française au 2 rue Laffitte ; le marquis possède également le château de Bagatelle.

La collection du marquis se compose de nombreuses peintures du , d'armures, de meubles et d'objets divers (monnaies, timbres, petites boîtes, vases, etc.). Dans le journal Le Cabinet de l'amateur du , Wallace est mentionné, aux côtés du critique d'art Louis Viardot, comme acquéreur de lots de tableaux lors de la vente Van der Schrieck à Louvain, notamment un paysage signé Jacob van Ruisdael pour la somme de francsLe Cabinet de l'amateur, 5 juillet 1861, (lire sur Gallica)..

Une fortune immense Le , lord Hertford meurt d'un cancer à Bagatelle. Célibataire, il laisse un testament dans lequel il désigne Richard Wallace comme l'héritier de toute sa fortune en dehors de la partie constituant l'entail, c'est-à-dire le patrimoine familial devant revenir de droit à son cousin, héritier du titre et de la pairie, Francis Seymour.

La fortune des Hertford est alors immense, « une des plus colossales des fortunes anglaises »Dictionnaire universel des contemporains, p. 888, la presse britannique parle de plusieurs millions de livres, la presse française mentionne que les revenus annuels seuls se montent à deux millions de francs"Le portefeuille seul du marquis défunt contenait 52 millions de valeurs", Le Grillon, 26 juillet 1990, environ 100 000 livres. Elle est composée de la part provenant des Seymour-Conway - Hertford House, à Londres, et les fiefs de Ragley Hall, de Sudbourne Hall, et surtout de Lisburn, dans les comtés d'Antrim et de Down, en Irlande du Nord, un domaine de 25 500 hectares, constitué par sir Fulke Conway (1565-1624) au XVII siècleLisburn's castle and cathedral, par J.F. Burns, puis agrandi par les Seymour au 18e siècle, qui en ont fait un plus rentables des îles britanniques, loué à des milliers de fermiers, et rapportant 75 000 livres par anThe Great Landowners of Great Britain and Ireland, 1876-1883, p. 219 et p. 462., soit des revenus supérieurs à ceux que tirent de leurs domaines les ducs de LeinsterThe Great Landowners of Great Britain and Ireland, 1876-1883, p. 265. et d'AbercornThe Great Landowners of Great Britain and Ireland, 1876-1883, p. 13. - et de la part provenant de la mère du marquis d'Hertford, Mie-Mie Fagnani, héritière du député et du duc de Queensberry. À quoi s'ajoutent, à Paris, l'immeuble du 2 rue Laffitte et le domaine de Bagatelle, et toutes les collections d'art.

Après trois procès intentés par les Seymour, qui enragent de ne récupérer que l'entail - Ragley Hall et Sudbourne Hall - un compromis est négocié : Richard Wallace sera bien l'héritier de l'essentiel de la fortune Hertford mais leur rachètera Sudbourne Hall pour plus de 200 000 livres.

Un philanthrope au milieu de la tourmente (1870-1871) Wallace est à Paris lors de la guerre franco-prussienne : avant que la capitale soit encerclée, il offre francs pour organiser l'ambulance militaire qui suit le corps d'armée et qui comprend le de cuirassiers où son propre fils est lieutenant, aide-de-camp du général VinoyArchives nationales de France, base Léonore, ibid.. Il participe, sous forme de dons, à la Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de merJournal officiel de la République française, 25 novembre 1870, ., puis verse francs, via le Trésor public, en faveur des plus démunisJournal officiel de la République française, 15 janvier 1871, ..

En 1871, il finance la construction de l'Hertford British Hospital sur le territoire de l'actuelle commune de Levallois-Perret, qui est inauguré le . Après la destruction du temple protestant de Neuilly-sur-Seine, il en finance également la reconstruction en 1872.

Après la conclusion de l'armistice, c'est à Richard Wallace que la commission du lord-maire de Londres adressa les envois de ravitaillement pour Paris.

Lors des élections pour l'Assemblée nationale, des comités proposèrent de porter son nom sur la liste des candidats, mais il fit savoir qu'en sa qualité d’Anglais il ne pouvait accepter aucune fonction élective en France. Adolphe Thiers le fait nommer commandeur de la Légion d'honneurHistoire illustrée de la guerre de 1870-71 et de la guerre civile à Paris par G. Martiny de Riez, Laon, Deneuville, 1871, (lire sur Gallica).« Décret du 24 juin 1871 », dans Journal officiel de la République française, 25 juin 1871, ..

Face à l'establishment britannique thumb|right|Deux modèles de fontaines Wallace à Paris aujourd'hui. thumb|Le mausolée Hertford-Wallace au Père-Lachaise. Le , Richard Wallace est fait baronnet par la reine Victoria en reconnaissance de ses actions caritatives lors du siège de Paris, notamment envers les nombreux citoyens britanniques qui vivaient dans la capitale française. Son titre officiel est désormais « Sir Richard Wallace, baronnet ». Richard Wallace épouse Charlotte Castelnau et décide de s'établir à Hertford House.

En avril-, afin d'accroître sa notoriété auprès des notables britanniques et d'être introduit dans la gentry, il fait transporter des œuvres de Paris à Londres pour les prêter à l'exposition d'une annexe du musée de South Kensington, à côté des tableaux royaux et de ceux des grandes familles, où il fait aménager pour le prince et la princesse de Galles un salon de repos aux murs ornés de toiles de Fragonard. Pendant la durée de l'exposition du nouveau musée de Bethnal-GreenCommuniqué du Daily Telegraph sur la « Visite du prince de Galles et du cesarevith le 24 juillet 1873 », dans Journal officiel de la république française, 25 juillet 1873, ., il entreprend de transformer sa résidence londonienne afin d'y accueillir une partie de ses collections parisiennes, travaux qui dureront jusqu'en 1875Roland Montebianco (2007), Sir Richard Wallace, cet illustre inconnu, 67..

Dans la foulée, il se présente aux élections parlementaires de la Chambre des communes pour le comté d'Antrim (Irlande) et y est élu trois fois (1873-1874, 1874-1880, 1880-1885).

En , sont installées à Paris les premières « fontaines Wallace » : le philanthrope participe largement au financement de celles-ci, en partenariat avec la Ville de Paris. Lisburn est également équipé d'un système de fontaine similaire.

Poursuivant l'achat d’œuvres, il contribue à développer la collection Hertford : contrairement à ce dernier, il se concentre sur des objets datant du Moyen Âge (armures) et de la Renaissance (peintures et manuscrits). Ainsi, il se porte acquéreur d'une partie des collections du comte Émilien de Nieuwerkerke, l'ancien directeur des Beaux-arts de Napoléon III, de la collection d'armes de Sir Samuel Rush Meyrick (1783-1848) et, en 1872 de celle de son ami Pierre-Paul Both, vicomte de Tauzia (1823-1888) Wallace Collection On Line, page de présentation de Sir Richard Wallace, en ligne..

Pour l'exposition universelle de 1878, il est chargé au nom de l'Angleterre, d'être commissionnaire préposé aux beaux-arts. En récompense, il est nommé chevalier de l'ordre du Bain The U. K. National Archive, site officiel en ligne. « Wallace, sir Richard » par Walter Armstrong, dans Dictionary of National Biography, 1885-1900, Volume 59, en ligne..

Par la suite il entra en conflit avec son fils Edmond en s'opposant à son mariage avec une certaine Amélie Gall, qu'il finit pourtant par épouser et qui lui donnera quatre enfants ; Wallace décide alors de réduire la pension versée à son fils, qui mourra le d'une crise cardiaque. Son père reviendra vivre seul au château de Bagatelle, où il mourra trois ans plus tard « dans le lit de son père »<ref>Stourtonop. cit., 259.</ref> ; il sera inhumé en présence de Hugh de Grey, de Hertford, au cimetière du Père-Lachaise (division 28) dans une chapelle funéraire au linteau est gravé en français des mots « Sépulture de famille » et des noms Hertford-Wallace ; sa porte d'entrée est murée.

Succession et fondation de la Wallace Collection

Sa veuve et unique héritière Charlotte WallacePortrait photographique de « Lady Wallace », National Portrait Gallery, Londres, en ligne. résidera ensuite entre Paris et Londres (elle ne parle pas anglais), où la haute société, sans l'accepter complètement comme lady du fait de ses modestes origines françaises, se presse auprès d'elle du fait de sa richesse. Les termes de la succession sont très complexes.