Louis Bonaparte, né le à Ajaccio (Corse) et mort le à Livourne (Toscane), est un prince français qui fut roi de Hollande de 1806 à 1810 sous le nom de Louis Napoléon (Lodewijk Napoleon I en néerlandais). Fils de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino, il est membre de la maison Bonaparte et un des quatre frères de l'empereur ainsi que le père de .
Après une carrière militaire dans l'entourage de son frère, il devient roi de Hollande, en 1806, après la création du royaume de Hollande par Napoléon. Partagé entre son devoir de roi hollandais et ses obligations de prince français, ses relations avec Napoléon se tendent au point d'être contraint à l'abdication en 1810, entraînant l'annexion du royaume à l'Empire français. Il vit ensuite sous le nom de comte de Saint-Leu en exil, devient le nouveau chef de la famille impériale après le décès de son frère Joseph en 1844 et le demeure jusqu'à sa mort en 1846. Six ans plus tard, son fils Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française depuis 1848, instaure le Second Empire sous le nom de Napoléon III, en 1852, à la faveur du coup d'État du 2 décembre 1851.
Louis Bonaparte est inhumé à Saint-Leu-la-Forêt, son nom est gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile ().
Carrière militaire
Jeunesse et formation thumb|left|Charles Jalabert, Louis en uniforme du de dragons (1852). Château de Malmaison, Rueil-Malmaison.|211x211px Napoléon l’avait destiné et préparé à la vie militaire ; après une formation à l’école d’artillerie de Châlons-sur-Marne, il put acquérir une expérience militaire sur différents théâtres de guerre. À l’âge de 18 ans, il devient aide de camp attaché à l’état-major du général en chef Bonaparte dans la campagne d’Italie, nommé capitaine au de hussards ; il suit son frère en Égypte qu'il quitte le pour remettre au Directoire des dépêches de Bonapate. Après Brumaire il est envoyé en Russie comme ambassadeur et y reste un an ; l'assassinat de Paul Ier compromet sa mission. Il devient colonel de dragons et, en , général de brigade.
À la satisfaction de Napoléon, Louis se bat avec une énergie et un courage remarquables dans les premiers rangs de plusieurs batailles. Cependant, il se bat par devoir, manque d'enthousiasme et éprouve un profond dégoût devant la violence des champs de bataille, le pillage et les dévastations.
Avènement de l'Empire Il reçoit, à la création de l'Empire, le titre de grand connétable de France et, pour un moment, devient gouverneur général du Piémont. Il est promu grand aigle de la Légion d'honneur le .
Il occupe en 1805, à la tête de l'armée du Nord, le territoire de la République batave, et quittera loyalement le pays aux premières nouvelles de la paix, ce qui lui concilie l'estime des Bataves.
Roi de Hollande (mai 1806- juillet 1810) Création du royaume de Hollande
Ayant transformé la République française en monarchie héréditaire, Napoléon Ier souhaita faire de même avec les républiques sœurs alliées de la France. Placer des membres de la famille impériale sur ces nouveaux royaumes permettrait en outre de renforcer, dans un premier temps au moins, la tutelle de la France. Aussi, comme il l'avait fait pour la République italienne, Napoléon souhaita la transformation de la République batave en royaume de Hollande dont il annonça le qu'il souhaitait le confier à Louis.. Louis émit cependant des réserves contre les plans de son frère. Depuis des années, sa mauvaise santé — il avait des rhumatismes — l’obligeait à fréquenter régulièrement des lieux de cure et il se voyait mal s’installant dans un pays froid. Il ne lui plaisait pas non plus d’être obligé d’obéir sans discuter aux ordres de l’Empereur. Mais, devant l’obstination de Napoléon, Louis, qui adopta la devise « Fais ce que dois, advienne que pourra. » s’inclina. thumb|Monogramme du roi Louis.|215x215px Sur l'ordre de l'Empereur, une délégation du gouvernement batave partit pour Paris afin de discuter le changement de pouvoir. Napoléon refusa toutefois de la recevoir lui-même et, à leur grande humiliation, les membres de la délégation durent demander à Louis, au nom du peuple batave, d’être leur souverain. Une façade de légalité ne pouvait dissimuler le fait qu’on imposait un roi aux Bataves. L’idée était de renforcer le pays afin de faire front contre l’ennemi commun : le Royaume-Uni. Napoléon promit un régime favorable à la prospérité de la nation, avec un souverain qui stimulerait la réconciliation nationale et raffermirait l’union d'un pays affaibli par ses divisions entre unitaristes, fédéralistes et orangistes. Le traité, signé le , stipule que Louis maintiendra les lois constitutionnelles et les libertés de 1805. Le traité reconnaît ainsi les principes fondamentaux de la révolution batave et maintenait la langue, la monnaie et la religion du pays.. La nouveauté est le fait que la Hollande de tradition républicaine et fédérale allait devenir une monarchie héréditaire centralisée avec un roi étranger, de nationalité française et de religion catholique.
Absence d'opposition à la nouvelle royauté gauche|vignette|Portrait de Louis Napoléon, roi de Hollande, par Charles Howard Hodges. Lors de son arrivée en Hollande, Louis aurait donc pu rencontrer un problème d'autorité et une réelle opposition, les Hollandais se trouvant devant un roi qui leur avait été imposé. Une république séculaire avait été, pour la première fois de son histoire et avec brutalité, transformée en monarchie, alors que les patriotes s’étaient précisément opposés avec énergie aux ambitions du stadhouder Guillaume V, réelles ou supposées, de devenir roi. Il n'y eut en réalité que peu de résistance ; l’entrée de Louis à La Haye laissa voir dans le public plus de curiosité que d’enthousiasme, sans hostilité. Seuls quelques tracts incitaient à la protestation et à la révolte. Des chansonnettes joyeuses, créées et distribuées à l’occasion de l’entrée royale à Amsterdam se répandirent rapidement.. Plusieurs raisons peuvent expliquer l'absence d'opposition à la nouvelle monarchie et au nouveau souverain : jusqu'à la Révolution batave, les Provinces-Unies avaient été une république quasi-héréditaire puisque les stadhouders qui avaient tenu le pouvoir entre leurs mains, avaient, avec l'approbation des États généraux, pu nommer leur fils comme successeur. Le stadhouder gouvernait en fait comme un monarque ; les Hollandais attendaient ce qu’allait apporter le nouveau souverain et l’arrivée de Louis créa de fait un double espoir : la fin des guerres et donc le retour de la prospérité d'une part, la fin des dissensions internes et donc la concorde intérieure d'autre part ; même si, par l’intermédiaire de son frère, Napoléon tirait les ficelles, le pays restait nominalement indépendant et conservait ses lois propres et sa religion ; en particulier, il était dispensé de conscription. Somme toute, l'assujettissement à la France n’était pas total. Les élites du pays pouvaient comprendre qu'en cas d'échec de Louis, Napoléon annexerait le pays ; il faudrait alors supporter la conscription et contribuer à remplir des caisses de l’État, désespérément vides. Mieux valait un roi que l'annexion ; vignette|Arrivée du roi à Amsterdam. l'attitude même du roi a pu désamorcer les critiques voire les révoltes que les conditions de son arrivée au pouvoir auraient pu susciter : il témoigna immédiatement d'un fort intérêt pour son royaume : il voulut tout savoir sur sa nouvelle patrie et commanda maints rapports sur les sciences, les arts, l’agriculture, la religion, le commerce, les finances, les familles importantes, « le mérite et la moralité des personnes qu’il trouverait en arrivant. » ; Louis Bonaparte tenta dès le début de son règne de convaincre ses sujets qu’il désirait être une « majesté nationale », terme employé par le roi lui-même. Louis ne se contenta pas que le pays se résignât à sa présence, il tâcha de gagner son affection et de justifier son autorité. Dès son discours de réception, il se hâta de rassurer les Hollandais : même s’il était né en France, il jura de veiller aux intérêts de ses sujets ; la haute idée que Louis se faisait du métier de roi a pu contribuer à rassurer les Hollandais : Louis partageait avec son frère l’idée qu’il devait une grande part de sa légitimité à son labeur en faveur du peuple ; cette nouvelle idée de la souveraineté royale revue à l’aune de la Révolution française se manifesta dès son arrivée par la mise en place rapide de divers chantiers politiques, administratifs, culturels, sanitaires, économiques, artistiques. Se levant à cinq heures, donnant des audiences de sept à neuf, présidant le Conseil d’État de dix à douze, travaillant l’après-midi avec les ministres., le roi, même s'il dut adopter à partir de 1807 un rythme plus souple et adapté à sa santé, sut convaincre une nation sérieuse et travailleuse qu'il avait les qualités propres à la gouverner et désarmer des préventions ; Louis prit sa tâche au sérieux, suivit des cours de langue auprès de Willem Bilderdijk, écrivain et poète de cour, dans l’idée de maîtriser le néerlandais. De plus, Louis promit de maintenir le néerlandais comme langue officielle de l'administration, et bien que cette décision fût surtout destinée à gêner dans leur tâche les espions français, elle lui valut la sympathie du peuple.
Politique royale et ambition nationale vignette|Louis Napoléon, connétable de l'Empire, peint par François Gérard en 1806. Le roi Louis désira travailler au bonheur et à la prospérité de ses peuples ; pour cela, il voulut connaître son royaume, non seulement par des rapports mais par des inspections, et lancer de nombreuses réformes dans les domaines administratifs, législatifs, culturels et sanitaires.
Pacification religieuse et unification nationale Les minorités religieuses obtinrent davantage de droits. Certes, la Révolution batave avait accordé l’égalité civile aux Juifs et aux catholiques, . C’est pourquoi en 1808, il proclama officiellement l’égalité religieuse, fit entrer en toute connaissance de cause des Juifs dans l’administration et s’irrita du manque d'intérêt des catholiques qui continuaient à se tenir à l’écart. Sur ordre du roi, les protestants rendirent même quelques lieux de culte aux catholiques, comme la cathédrale Saint-Jean à Bois-le-Duc.
L'ambition du roi était d'exalter l’histoire du royaume de Hollande en y associant sa politique d'unité nationale : il s'agissait d'en finir avec les dissensions politiques, l’esprit fédéraliste, les luttes entre aristocrates et démocrates, afin que tous travaillent à la régénération de la patrie. L’idée de Louis de nationaliser l’ancienne fédération néerlandaise n’était pas neuve ; les révolutionnaires bataves avaient aussi souhaité établir un corps de nation mais Louis pensait qu'une monarchie à la fois centralisée et constitutionnelle était mieux à même d'atteindre cet objectif. Louis déclarera dans ses mémoires : « Le chef suprême de l’administration doit imprimer à toutes ses branches son esprit, sa volonté : c’est l’unité de mouvement qui est le principal avantage de la monarchie.. »
Unification et humanisation du droit Au moyen de la codification du droit, Louis travailla à la fois à son unification et à son humanisation.