Les Jeunes Filles est un roman cyclique de l'écrivain français Henry de Montherlant, paru entre 1936 et 1939.
Il se compose de quatre volumes : Les Jeunes Filles (1936) Pitié pour les femmes (1936) Le Démon du bien (1937) Les Lépreuses (1939).
Résumé Le cycle des Jeunes Filles ne possède pas à proprement parler d'intrigue. Le roman met en scène Pierre Costals, écrivain à succès, et raconte ses relations, amoureuses ou non, avec différentes admiratrices célibataires proches de la trentaine (donc plutôt vieilles filles, comme on disait à l'époque, que jeunes filles) qui se confient à lui par une abondante correspondance à laquelle il ne répond pas toujours. Montherlant brosse ainsi plusieurs portraits féminins acérés, tout en étant sans complaisance avec son héros.
Deux personnages féminins émergent particulièrement. Andrée Hacquebaut tout d'abord, une vieille fille de province, admiratrice des romans de Costals. Indépendante et intellectuelle, elle entretient d'abord une correspondance avec l'écrivain avant de le rencontrer réellement par la suite. Solange Dandillot est la seconde femme à laquelle se lie Costals. Il s'agit d'une jeune femme moderne, plus simple et moins profonde qu'Andrée. Elle est à la fois charmante et terne aux yeux de son amant. Alors qu'il n'est pas amoureux d'elle, Costals est poursuivi par ce qu'il appelle le "démon du bien" et songe un moment à l'épouser.
Thème Analyse franche, sans concessions des relations homme-femme qui ne laisse aucun doute : un homme qui se veut libre ne peut envisager une relation stable avec une femme si ce n'est au prix de sa liberté et son bonheur. Qu'il le veuille ou non, consentant ou pas, il va se convertir en un être soumis.
Montherlant expose toute une philosophie de la vie (telle qu'il la conçoit et l'a mise en pratique) qui peut être interprétée comme l'égoïsme et la misogynie poussés à l'extrême, mais, selon l'écrivain, c'est le seul moyen d'atteindre le bonheur que nous cherchons tous. La société moderne va repousser ce modèle d'existence, basé sur le plaisir sans tabous et le mépris des sentiments d'autrui, mais c'est le seul moyen de « vivre pleinement ». Veut-on mettre en pratique cette philosophie ? Est-ce que nous sommes prêts à payer le prix qui va en résulter ? L'incompréhension générale et la solitude nous attendent. C'est à nous de choisir, librement. (Le Démon du Bien).
Jugements sur l’œuvre (Lettre de Roger Martin du Gard à sa fille, )
(Stefan Zweig », Basler Nachtrichten, )
(Elizabeth Bowen, New Stateman an Nation, Londres, )
(Western Mail, Londres, )
« Montherlant s’inscrit dans la longue tradition des mâles qui ont repris à leur compte le manichéisme orgueilleux de Pythagore. Il estime, après Nietzsche, que seules les époques de faiblesse ont exalté l’Eternel Féminin et que le héros doit s’insurger contre la Magna Mater » (...) « Inférieure, pitoyable, ce n’est pas assez. Montherlant veut la femme méprisable. » (Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949)
« Je lus pour la première fois le roman que j'allais le plus relire - plus de cent fois -, la série Les Jeunes filles de Montherlant. Cette lecture jubilatoire me confirma dans l'idée qu'il fallait tout devenir sauf une femme. [...] Le terrible, dans les portraits de femmes de Montherlant, c’est qu’elles existent. On a beaucoup dit que Montherlant était un auteur anti-féministe. Il y a quelque chose de très salubre dans cette misogynie. Toute femme devrait avoir lu ces livres justement pour se dire : “Attention, tu pourrais te changer en cet être geignard.” » (Amélie Nothomb, Le Monde, )
« Dans son réquisitoire intégré au Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir cherche à démontrer la misogynie de Montherlant. Selon elle, ce dernier refuse l’épreuve du réel par lâcheté et ainsi "se rêve une subjectivité souverainement repliée sur soi-même" (Beauvoir 2008a : 251). Sa haine des femmes s’expliquerait par une impossible ouverture à l’autre. Aussi les considère-t-il comme faibles et passives pour mieux éprouver sa supériorité : "il ne s’agit pas d’établir avec la femme aucun rapport intersubjectif : elle ne doit être au royaume de l’homme qu’un simple objet animé ; jamais on ne l’envisagera comme sujet" (Beauvoir 2008a : 256). » (Pierre Damamme, Itinéraires, , doi.org/10.4000/itineraires.6656)
Adaptation
Le roman a fait l'objet d'une adaptation en 1978 par TF1 : Les Jeunes Filles.
Sources Le Nouveau Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, vol. III, Robert Laffont - Bompiani, 1995, p. 3759. Jean-François Domenget dir., Henry de Montherlant, Les Jeunes Filles, Roman 20-50 (Université de Lille III), n° 21, . Le bestiaire des Jeunes filles : https://www.montherlant.be/article-056-duroisin.html La Guéguerre autour des Jeunes filles : https://www.montherlant.be/article-136-duroisin.html
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