Le système électoral australien s'est développé en Australie pendant près de 150 ans de gouvernement continûment démocratique. Il possède un certain nombre de caractéristiques distinctives pour élire respectivement les chambres du parlement fédéral toutes deux caractérisées par le vote obligatoire et préférentiel : le vote majoritaire uninominal à second tour instantané pour la chambre basse, la Chambre des représentants ; et l'usage du scrutin proportionnel plurinominal à vote unique transférable pour élire la chambre haute, le SénatScott Bennett and Rob Lundie, 'Australian Electoral Systems', Research Paper no. 5 2007-08, Department of the Parliamentary Library, Canberra..

Le vote obligatoire

L'Australie pratique le vote obligatoire, incluant aussi l'inscription obligatoire sur les listes électoralesScott Bennett, Compulsory voting in Australian national elections, Research Brief No. 6 2005-06, Department of the Parliamentary Library, Canberra.. L'obligation de voter aux référendums fut examinée lors du référendum proposé en 1915. Mais, comme aucun référendum n'avait encore été organisé jusque-là, cette question fut laissée en suspenshttps://www.aec.gov.au/pdf/voting/compulsory_voting.pdf. L'idée fut reprise à cause du faible taux de participation (59,38 %) aux élections fédérales de 1922. Ce n'était pas dans les intentions de Stanley Bruce, menant une coalition gouvernementale nationaliste, ni de Matthew Charlton, menant l'opposition travailliste, de présenter cette mesure à la tribune. Ils préférèrent laisser l'initiative à Herbert Payne, un sénateur nationaliste tasmanien du backbench, qui présenta un projet de loi de simple député concernant le vote obligatoire. Le projet de loi du sénateur Payne fut adopté sans grands débats, la Chambre des représentants l'ayant accepté en moins d'une heure, et comme dans aucune des deux Chambres un vote fut demandé, il n'y eut pas de voix s'y opposant.. Les élections fédérales de 1925 furent les premières à se dérouler avec le vote obligatoire. Le taux de participation monta à 91,4 %, une augmentation de 32 % par rapport à l'élection précédente.

Le vote est obligatoire, tant pour les élections fédérales que pour les législatives et les territoriales, pour tous les Australiens âgés de 18 ans et plus. Il existe des exceptions, comme pour certains prisonniers ou pour les handicapés mentaux. Dans certains États, le vote aux élections municipales n'est pas obligatoire. Environ 5 % des inscrits ne votent pas à la plupart des élections. On demande à ces personnes la raison de leur défection. Si aucune raison valable n'est fournie, par exemple une maladie ou une interdiction religieuse, une amende relativement faible de 20 A$ est infligée. Le refus de payer l'amende peut conduire à une audition au tribunal, où l'amende passe à 50 A$, plus les frais de justice. Une persistance du refus peut entraîner une condamnation à des travaux d'intérêt général, la saisie de biens, ou encore à un ou deux jours de prison. En Nouvelle-Galles du Sud, le non recouvrement de cette amende peut conduire à l'annulation ou la suspension du permis de conduire, et/ou l'annulation de l'enregistrement minéralogique du véhicule.

Aux élections de 2004, personnes payèrent l'amende de 20 A$, à comparer aux qui la payèrent en 2001..

On prétend souvent, mais à tort, qu'il est seulement obligatoire de se rendre dans un bureau de vote et de faire vérifier que son nom figure bien sur la liste électorale. En réalité, l'article 245 de la loi électorale. stipule clairement que : « Il sera du devoir de chaque électeur de voter à chaque élection. [...] L'administrateur des élections doit, après le jour du vote, dresser, pour chaque scrutin, la liste des noms et adresses des électeurs qui paraissent ne pas avoir participé à l'électionIt shall be the duty of every elector to vote at each election. [...] The Electoral Commissioner must, after polling day at each election, prepare for each Division a list of the names and addresses of the electors who appear to have failed to vote at the election.. ».

Bulletins nuls Ceux qui ne désirent voter pour aucun des candidats présentés peuvent recourir aux bulletins blancs ou nuls, c'est-à-dire placer dans l'urne une feuille blanche ou un bulletin incomplètement rempli, procédure permise par l'article 268 de la loi électoraleInformal ballot papers : « Un bulletin est réputé nul, [...] s'il n'indique pas la première préférence du votant et l'ordre de ses préférences pour tous les autres candidats[A ballot is informal if] it does not indicate the voter's first preference for one candidate and an order of preference for all the remaining candidates Informal ballot papers Commonwealth Electoral Act 1918, Section 268. En principe, les bulletins nuls sont exclus du comptage des voix. Depuis les débats sur la validité du « vote de Langer », c'est devenu maintenant un délit de faire voter nul les électeurs « à leur insu ». Ces derniers termes sont importants, car pour la Commission électorale australienne en , « ce n'est pas un délit de voter nul dans une élection fédérale, pas plus que d'encourager les autres votants à faire de mêmeIt is not an offence to vote informally in a federal election, nor is it an offence to encourage other voters to vote informally ». En revanche, c'est un délit de « tromper délibérément un électeur dans son vote« to mislead an elector in relation to the casting of his vote ». Le nombre de bulletins nuls est comptabilisé, mais il n'entre pas dans le calcul du nombre total des voix. Environ 95 % des électeurs inscrits prennent part au vote, et aux élections législatives, 5 % environ des bulletins sont blancs ou nulsAustralian Electoral Commission, Electoral Pocketbook, Australian Electoral Commission, Canberra, June 2006, , retrieved September 2007..

Arguments pour et contre le vote obligatoire

Quelques politologues estiment que le vote obligatoire favorise le Parti travailliste, tandis que d'autres le contestent. Les premiers soutiennent que la plupart des groupes sociaux qui auraient tendance à ne pas voter si le vote était facultatif seraient plus enclins à voter travailliste, comme les communautés aborigènes, les immigrants, et les personnes peu instruites. Des conservateurs, ainsi que des libertariens, plaident parfois en faveur de l'abolition du vote obligatoire, mais pour l'instant aucun gouvernement n'a tenté de le supprimer.

À la suite de l'élection fédérale de 2004, au cours de laquelle la coalition gouvernementale Liberal-National eut la majorité dans les deux Chambres, le sénateur Nick Minchin, Senior Minister, déclara qu'il était favorable à l'abolition du vote obligatoire. Le nouveau gouvernement ne fit aucun commentaire à ce sujet, et jusqu'à sa défaite en 2007, il ne fit rien dans ce sens. Quelques libéraux de premier plan, comme Petro Georgiou, ancien président du comité paritaire parlementaire pour les affaires électorales, se sont exprimés en faveur du vote obligatoire.

Comme il accroît le taux de participation, le vote obligatoire augmente la part de remboursement des frais de campagne, qui est de l'argent public distribué aux candidats et aux partis ayant atteint un minimum de 4 % à l'élection.

Peter Singer dans Democracy and Disobedience affirme que le vote obligatoire en Australie annule toute obligation de l'électeur d'assumer le résultat d'une élection. En 1996, Albert Langer fut emprisonné pour avoir encouragé aux électeurs un moyen douteux pour marquer leur bulletin de vote.

Vote préférentiel

L'Australie utilise différentes formes de vote préférentiel pour pratiquement toutes ses élections. Selon cette méthode, les électeurs numérotent les candidats sur le bulletin de vote dans l'ordre de leur préférence. Ce système fut introduit en 1918, en réponse à la montée du Parti national, appelé à l'époque le « Country Party », qui représentait les petits agriculteurs. Ce parti s'empara d'une partie des votes anti-travaillistes dans les régions rurales conservatrices, permettant à des candidats travaillistes d'être élus avec les voix d'une minorité. Le gouvernement conservateur de Billy Hughes introduisit le vote préférentiel pour permettre la compétition entre les deux partis conservateurs sans risquer de mettre des sièges en péril. Ce système fut utilisé la première fois à l'élection partielle de Corangamite le http://psephos.adam-carr.net/countries/a/australia/1917/1918-corangamite-by.txt.. Il avait été introduit auparavant au Parlement de Tasmanie à la suite des travaux de Thomas Hare et d'Andrew Inglis Clark.

Le vote préférentiel s'est étendu progressivement aux deux Chambres, pour les élections fédérales, régionales et territoriales. Il est aussi utilisé pour les élections municipales, ainsi que pour toute sorte d'élection, comme les élections internes aux partis, aux syndicats, aux églises, aux conseils d'administration, aux organismes bénévoles, aux clubs de football, etc. Les négociations, pour définir les recommandations de préférence données aux électeurs, sont prises très au sérieux par les candidats, car les préférences transférées ont la même valeur que les votes primaires. Le système électoral fédéral du Sénat, ainsi que celui de quelques autres corps législatifs, prévoit maintenant l'enregistrement simultané des candidats appartenant à des partis et l'ordre des préférences de vote déterminé par ces partis, appelé « group voting tickets ».

Grâce à ce système de « group voting tickets », les électeurs peuvent, soit « voter au-dessus de la ligne », en plaçant simplement le chiffre 1 dans une seule case, soit « voter en dessous de la ligne » en numérotant les cases individuelles de tous les candidats dans l'ordre de leur choix. Dans ce dernier cas, il y a le risque de voir le bulletin compté comme nul, si un nombre de la séquence a été dupliqué ou omis par inadvertance, comme des séquences « 1, 2, 3, 3, 4, ... » ou « 1, 2, 3, 5, 6, ... ». Mais on estime que 95 % des votes se font « au-dessus de la ligne », ce qui veut dire que la valeur précise de ces bulletins remplis au-dessus de la ligne est déterminée par le parti recevant le vote primaire (le premier choix). L'autorité électorale attribue automatiquement les préférences, ou les votes, dans l'ordre prédéterminé établi dans le « group voting ticket ». Chaque parti ou groupe peut déposer jusqu'à trois « group voting tickets ». Ce système extrêmement complexe est capable de produire des résultats inattendus, comme l'élection d'un candidat, qui n'aurait reçu initialement qu'un nombre insignifiant de votes primaires.

En dehors d'une expérience faite avec des machines à voter dans le Territoire de la capitale australienne., toutes les élections australiennes sont effectuées avec des bulletins papier.

Découpages électoraux mauvais ou abusifs

L'histoire australienne a vu peu de « charcutages électoraux » proprement dits, car les circonscriptions électorales ont presque toujours été définies par des fonctionnaires ou des commissaires indépendants. Par contre, l'Australie a vu des découpages électoraux systématiquement mauvais, attribuant trop ou trop peu de circonscriptions électorales à une région ou à un État en fonction de sa population. D'ailleurs assez récemment encore dans certains États, cela était considéré comme une pratique parfaitement naturelle et défendable.