Les guerres entre Rome et Véies sont une série de conflits entre Rome et la cité étrusque de Véies qui s'étalent du jusqu'à la chute de cette dernière en 396
Une première guerre difficile, marquée par le désastre du Crémère vers 477 , se conclut par un statu quo et une trêve de quarante ans. Un deuxième conflit, aux alentours des années 430 et 420, se termine par la prise par Rome de Fidènes, jusque-là aux mains des Véiens. Enfin, après quelques opérations préliminaires et un siège que la tradition fait durer dix années, la cité étrusque de Véies tombe aux mains du dictateur Camille en l'an 396
Sources
Les épisodes des guerres romano-étrusques du contre Véies jusqu'à la prise de Volsinies en 264 sont des évènements historiques principalement connus par l'historiographie romaine, en particulier Tite-Live, et la recherche archéologique vient parfois confirmer certains évènements. L'historien romain a tendance à minimiser les revers subis par les Romains alors qu'il détaille davantage les victoires.
Contexte
Si l'on suit la tradition et 33.Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre III, 41., la rivalité entre les deux villes remonte aux temps de Romulus et Ancus Marcius. Le débat est ouvert chez les historiens modernes. En effet, si certains voient dans la tradition une rivalité historique entre les deux cités existant dès les plus hautes époques, comme Mathieu Engerbeaud, d'autres, comme Jacques Heurgon, pensent que les relations entre les deux villes sont globalement bonnes à l'époque de la monarchie romaine et que la réelle rivalité entre Véies et Rome n'apparaît qu'au début de la République romaine, ce qui ne veut pas dire que les deux cités ne se sont jamais fait la guerre au temps de la royauté. En effet, un ou plusieurs conflits entre Rome et Véies ont probablement eut lieu au , les deux cités se disputant peut-être le contrôle des salines.
Au début du , Rome est dans une situation difficile avec la chute des Tarquins et la transition de la monarchie à la République romaine. La cité perd de sa puissance dans le Latium, ne dominant plus la ligue latine comme durant la période monarchique tardive et étrusque au Cependant, dès 499 ou 496 , les Romains remportent une victoire sur les Latins au lac Régille, suivie par la ratification d'un traité d'alliance, le fœdus Cassianum de 493 . Cette bataille ne se termine sans doute pas par une victoire décisive de Rome. Le traité établit la paix perpétuelle entre les confédérés ainsi qu'une assistance réciproque dans la guerre. Il est possible qu'à la suite de la chute des Tarquins, qui se sont alors alliés aux cités latines, ce traité permette la réintégration de Rome au sein de la ligue, mais non plus en tant que simple cité subordonnée parmi d'autres, mais en tant que Cité-État pouvant traiter d'égale à égale avec l'ensemble des autres cités. De plus, les Volsques et les Aurunces, ou encore les Èques et les Sabins, font peser une menace sur la frontière méridionale et orientale de la ligue latine, et Rome s'aménage ainsi un anneau protecteur autour d'elle.
Tout au long du , Rome et Véies alternent les guerres et les trêves. Véies est la cité la plus au sud de la confédération étrusque, à seulement dix-sept kilomètres au nord de Rome sur la rive droite du Tibre. Elle contrôle notamment Fidènes en amont du Tibre par rapport à Rome et l'exploitation des salines. À Fidènes, un bac permet de contrôler le trafic du sel entre l'Étrurie méridionale et la Campanie, via Véies et Préneste, sans dépendre de Rome.
Première guerre (485 - 474)
Les dates de début de cette première guerre varient entre 485 et 482 selon les auteurs modernes, Tite-Live évoquant la déclaration de guerre avant 482. mais ne donnant des détails qu'à partir de cette année-là.. L'an 485 est la première des sept années consécutives où l'un des membres de la gens des Fabii occupe l'un des deux postes de consul.
Diodore de Sicile évoque brièvement la bataille du Crémère qu'il date lui de 472Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XI, 53., contre 477 pour Tite-Live. ou Denys d'HalicarnasseDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 5., sur lesquels se fondent les auteurs modernes.
L'évènement marquant de cette guerre est le désastre du Crémère.
Le récit des auteurs antiques
Le début du conflit
La République romaine et Véies sont en guerre depuis plusieurs années sans qu'une seule paix ne soit signée. Les Romains doivent aussi faire face à des incursions régulières des Volsques et des Èques..
En 480 , un des trois consulaires de la gens des Fabii, Quintus Fabius Vibulanus, meurt au combat contre Véies.. La bataille est finalement remportée par les Romains, menés par les deux frères de Quintus Fabius Vibulanus : Kaeso Fabius Vibulanus et Marcus Fabius Vibulanus. Ce dernier, consul cette année-là, refuse le triomphe qui lui est décerné car son frère et son collègue Cnaeus Manlius Cincinnatus y ont trouvé la mort. Ce geste, ainsi que les éloges funèbres que Marcus Fabius prononce et les mesures prises pour s'occuper des soldats blessés permettent aux Fabii de gagner le soutien du peuple..
Alors que la guerre contre Véies s'éternise, les incursions des Èques et des Volsques se font de plus en plus pressantes. Les Véiens, apprenant que des troupes romaines avaient été congédiées, lancent des raids sur les terres de la RépubliqueDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 3, 6.. Le Sénat décide de lever des troupes pour surveiller les frontières mais l'argent vient à manquer et la levée est retardée, laissant des terres vulnérables aux pilleurs ennemisDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 3, 7..
Le serment des Fabii et le désastre du Crémère
En 479 , les Fabii, menés par Marcus Fabius Vibulanus, consul de l'année précédente, et par Kaeso Fabius Vibulanus qui a été élu consul pour l'année, proposent de combattre seuls et à leur frais contre les Véiens afin de soulager la République de ce front et prononcent un serment devant le Sénat.Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 3, 8.. Cette décision finit d'accroître la popularité dont jouit la gens Fabia auprès du peuple romain..
Ayant rassemblé leurs hommes, dont 306 patriciens de la même famille, ils quittent Rome cette même année en passant sous l'arcade droite de la porte Carmentale, plaçant ainsi selon Tite-Live l'expédition sous un signe funeste. Arrivés dans la vallée de la rivière Crémère, à une dizaine de kilomètres en amont de Rome, ils fortifient rapidement leur position en construisant un fort qui pourra leur servir de refuge en cas de retraiteDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 3, 9.. Dans un premier temps, les Fabii défendent facilement leur fort et se permettent de porter la guerre sur les terres ennemies sans rencontrer trop de résistance, rapportant un important butin.
Les Fabiens, sûrs d'eux après leurs multiples succès, s'engagent une nouvelle fois en territoire ennemi dans l'espoir de prendre du bétail et sont attaqués hors de leur camp de tous côtés par l'ennemi qui, profitant de leur excès de confiance, leur a tendu une embuscade. D'abord submergés et encerclés, les Fabiens se rassemblent et portent leur force sur un seul point des lignes ennemies. Ils réussissent à ouvrir un passage dans les rangs ennemis et se replient au sommet d'une petite colline. Ils parviennent à tenir l'ennemi en respect jusqu'à ce qu'une troupe de Véiens atteigne le sommet en les prenant à revers. Les Fabiens sont alors tous tués. Les Étrusques portent ensuite leurs forces contre le fort du Crémère qui est pris.
Une grande partie de la gens Fabia est massacrée ce jour-là, seuls les membres demeurés à Rome comme le jeune Quintus Fabius Vibulanus ont survécu et Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IX, 5, 10..
Suite et fin du conflit
Ce désastre se déroule au début du mandat des consuls Caius Horatius Pulvillus et Titus Menenius Agrippae Lanatus, en 477 Ce dernier est envoyé sur-le-champ contre les Véiens mais est aussi vaincu et les armées étrusques viennent assiéger Rome. Le consul Caius Horatius Pulvillus est rappelé d'une campagne contre les Volsques et après deux batailles aux portes de Rome, repoussent l'ennemi qui se fortifie en haut du Janicule et ravage le territoire romain..
L'année suivante, sous le consulat de Aulus Verginius Tricostus Rutilus et Spurius Servilius Priscus Structus, les Véiens sont pris à leur tour dans une embuscade, à l'instar des Fabiens, et essuient de lourdes pertes. Après une tentative désastreuse d'assaut de nuit du camp du consul Servilius, ils se replient de nouveau sur le Janicule. Le consul Servilius tente de les poursuivre mais échoue et son collègue Verginius vient à son secours. Les armées de Véies sont écrasées, ce qui met fin à cette longue guerre.
L'interprétation des historiens modernes
Deux hypothèses principales ont été avancées pour expliquer la motivation des Fabii. La première inscrit l'entreprise dans une stratégie romaine plus globale. L'objectif aurait été de prendre le contrôle de la navigation du Tibre en prenant position à sa confluence avec le Crémère et couper les voies de communication entre Véies et Fidènes. Selon la deuxième hypothèse, l'action des Fabii ne répond pas à une stratégie aussi large. Ces derniers possédant des terres tournées vers Véies et inquiets de voir Rome se tourner vers les Volsques et les Èques, ils auraient lancé une guerre familiale et privée (bellum familiare) afin de conquérir les territoires jouxtant le leur et ainsi sécuriser leurs possessions.
Certains historiens ont remis en doute l'authenticité des faits tels que rapportés par les auteurs antiques. La plupart des historiens, plutôt que de remettre en cause l'ensemble du récit, semblent s'accorder sur le fait que les Fabiens ont bien joué une part active dans la guerre contre Véies et subi de lourdes pertes.
Les conséquences : trêve de quarante ans
Cette première guerre est difficile pour Rome, voyant les armées de Véies venir jusqu'aux portes de la ville ainsi qu'occuper brièvement le Janicule de l'autre côté du Tibre. Cependant, la guerre se termine par un statu quo : aucune perte territoriale de part et d'autre et une trêve de quarante ans est conclue.
Deuxième guerre (438 - 425)
Ce deuxième conflit est parfois appelé « guerre de Fidènes », du nom d'une cité latine sous domination de Véies en amont du Tibre par rapport à Rome.
Tite-Live rapporte deux sièges séparés par neuf ans, un en 435 et un en 426 Les événements ayant précédé les deux sièges étant identiques, il est admis que le second siège est une répétition du premier et le récit suivant condense les deux histoires.
Le récit des auteurs antiques
Fidènes, qui est alors selon Tite-Live une colonie romaine, abandonne la République au profit de Véies. Lars Tolumnius, roi de cette dernière, demande aux Fidénates la mise à mort des députés romains venus en tant qu'ambassadeurs à Fidènes afin de demander les motifs du mécontentement. Les Véiens et les Fidénates traversent la rivière Anio, et pénètrent en territoire romain. Le consul romain Lucius Sergius les affronte et les oblige à se retirer. Le dictateur Mamercus Aemilius Mamercinus repousse alors les ennemis de Rome au-delà de l'Anio, qui s'installent près de Fidènes, où ils sont rejoints par une armée falisque..
S'ensuit la bataille de l'Anio qui voit Aulus Cornelius Cossus tuer le roi Tolumnius en combat singulier, puis le dépouiller et plante sa tête sur une pique, remportant le spolia opima, l'armure du roi vaincu. Ces dépouilles ont été ensuite offertes à Jupiter Feretrius : les « dépouilles opimes ». Le roi Tolumnius mort, les armées étrusques se replient, poursuivies par la cavalerie romaine de Cornelius Cossius. Cette victoire met fin à toute menace directe sur Rome, mais une épidémie empêche Rome de finaliser cette victoire..