La deuxième guerre de Véies ou guerre de Fidènes est un conflit qui oppose la République romaine à la cité étrusque de Véies au début du et qui se concentre autour de la position stratégique qu'occupe la ville de Fidènes, près de la confluence du Tibre, de l'Anio et de la Crémère.
Le récit antique Première guerre Trahison de Fidènes En 438 , année pour laquelle Lucius Quinctius Cincinnatus, Mamercus Aemilius Mamercinus et Lucius Iulius Iullus sont nommés tribuns militaires à pouvoir consulaire, Fidènes, colonie romaine depuis son annexion par Romulus, menace d'abandonner la République romaine au profit de la cité étrusque de Véies, gouvernée par le roi Lars Tolumnius. Rome envoie alors quatre ambassadeurs afin de s'enquérir des raisons du mécontentement des Fidènates. Ces derniers sont tués, provoquant une grave crise diplomatiqueTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 17, 1-5..
L'année suivante, en 437 , les Romains se préparent à la guerre et nomment deux consuls, Marcus Geganius Macerinus et Lucius Sergius. Ce dernier prend le commandement d'une armée pour marcher contre l'armée étrusque qui s'approche de Rome et a déjà franchi l'Anio. La bataille est sanglante et les pertes sont lourdes des deux côtés. Finalement, les Romains sont victorieux et le consul Lucius Sergius obtient le surnom de FidenasTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 17, 6-8..
À Rome, on nomme un dictateur, Mamercus Aemilius Mamercinus, pour prendre en main les opérations militaires. Il choisit Lucius Quinctius Cincinnatus pour maître de cavalerie, Titus Quinctius Capitolinus et Marcus Fabius Vibulanus comme lieutenants. Le dictateur procède à une levée afin de reconstituer les rangs de l'armée décimés par la bataille précédente. Les Étrusques sont repoussés au-delà de l'Anio et établissent leur camp sur les hauteurs entre la rivière et Fidènes. Rejoints par des renforts envoyés par les Falisques, les Étrusques se déplacent et établissent leur camp sous les murs de la ville. Quant à eux, les Romains installent leur campement à la confluence entre l'Anio et le Tibre et protègent leur position par un retranchementTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 17, 9-12..
Bataille de l'Anio Du côté étrusque, on hésite à affronter les Romains. Les Falisques sont favorables au combat afin que la guerre ne s'éternise pas. Au contraire, le Véiens et les Fidènates préfèrent temporiser et profiter de leur position avantageuse. Tolumnius, roi de Véies, décide finalement d'engager la bataille afin de ne pas perdre le soutien des FalisquesTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 18, 1-2..
Les deux armées s'affrontent dans la plaine au sud de Fidènes. Tolumnius, profitant de la supériorité numérique de ses troupes, envoie un contingent contourner l'armée romaine afin d'attaquer le campement romain au milieu de la bataille. Les troupes de Véies se rangent sur l'aile droite, les Fidénates se trouvent au centre et les éléments Falisques forment l'aile gauche. En face, le dictateur Mamercinus commande l'aile opposée aux Falisques, Quinctius Capitolinus fait face aux Véiens et Cincinnatus, à la tête de la cavalerie, marche au centreTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 18, 3-5..
La bataille débute par une charge de la cavalerie romaine, suivie de près par l'infanterie. Les lignes étrusques ne peuvent soutenir le choc et commencent à céder mais la cavalerie du roi Tolumnius offre une résistance inattendue et permet à ses troupes de reformer les rangsTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 18, 6-8.. Aulus Cornelius Cossus, tribun militaire dans la cavalerie romaine, reconnaît dans la mêlée le roi Tolumnius et parvient à le tuer. Après l'avoir dépouillé de ses armes et armures, Cossus tranche la tête du roi et la place au bout d'une pique afin d'effrayer les ennemis. Ces derniers finissent par céder et prennent la fuite. La plupart sont massacrés avant d'avoir pu atteindre leur camp mais une partie des Fidénates parvient à s'échapper dans les montagnesTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 19, 1-5..
Pendant la bataille, le contingent envoyé par Tolumnius attaque le camp romain qui est défendu par Fabius Vibulanus. Ce dernier tente une sortie et met le détachement ennemi en fuite. Les Romains poussent leur avantage et traversent le Tibre pour ravager la campagne autour de Véies, amassant un important butinTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 19, 6-8..
Triomphe de Mamercinus Le Sénat accorde au dictateur Mamercinus les honneurs d'un triomphe. Pour célébrer la victoire, le dictateur fait fabriquer une couronne en or d'un poids d'une livre, qu'il dépose dans le temple de Jupiter Capitolin. Mais lors de la cérémonie, le prestige de Mamercinus est éclipsé par la présence d'Aulus Cornelius Cossus, pourtant simple tribun militaire, qui porte les dépouilles du roi Tolumnius qu'il a tué et qui les dépose dans le temple de Jupiter Férétrien, auprès des dépouilles opimes consacrées par Romulus, le seul avant lui à avoir reçu cet honneurTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 20, 1-4..
Épidémie de peste L'année suivante, en 436 , durant le consulat de Marcus Cornelius Maluginensis et de Lucius Papirius Crassus, les Romains pénètrent sur les territoires de Véies et de Faléries sans rencontrer de résistance. Mais une épidémie de peste qui s'est déclarée à Rome les empêche de profiter de la situation pour s'emparer des cités. En 435, lors du consulat de Caius Iulius Iullus et Lucius Verginius Tricostus, l'épidémie continue de se propager, prenant des proportions inquiétantes. Les Fidénates en profitent pour reprendre les hostilités. Ils sont rejoints par les Véiens et leurs armées traversent l'Anio pour venir établir leur camp à peu de distance de la porte CollineTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 21, 1-8..
Bataille de Nomentum La situation devenant critique, après décision du Sénat, les consuls nomment Quinctus Servilius Priscus ou Structus dictateur. Ce dernier choisit Postumus Aebutius Helva pour maître de cavalerieTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 21, 9-10.. Alors que le dictateur rassemble une armée devant la porte Colline, les Fidénates et les Véiens se retirent sur les hauteurs avoisinantes, jusqu'à Nomentum où ils sont rejoints par l'armée romaine qui engage la bataille. Les Romains remportent la victoire et les étrusques sont repoussés à l'intérieur de Fidènes qui est assiégée. Les Romains ne peuvent néanmoins pas prendre la ville d'assaut. Le dictateur fait alors creuser un tunnel jusque sous les murs de la ville et s'empare de FidènesTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 22, 1-6..
La prise de Fidènes effraie les peuples voisins, dont les Véiens et les Falisques qui craignent que les Romains n'en viennent à leur reprocher le soutien qu'ils ont apporté à Tolumnius en 438. Ils envoient des députés aux autres cités étrusques de la Dodécapole et obtiennent l'organisation d'une assemblée. De leur côté, les Romains, apprenant les mouvements qui s'opèrent dans le camp ennemi, se préparent à une reprise des hostilités et nomment Mamercus Aemilius Mamercinus comme dictateur pour la deuxième fois. Il prend pour maître de cavalerie Aulus Postumius TubertusTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 23, 4-6.. Finalement, les autres cités étrusques refusent de porter secours aux Véiens et aux Falisques et aucune nouvelle guerre n'est engagéeTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 24, 1-2..
Entre-deux-guerres Les hostilités entre Rome et les Étrusques cessent entre 434 et 427 Durant cette période, Rome connaît une période d'instabilité politique et militaire marquée par les luttes internes entre la plèbe et le patriciat, une guerre contre les Èques et les Volsques, une épidémie de peste qui entraine d'importantes pertes en hommes et en bétail et des mauvaises récoltes. Les Romains doivent faire face à des difficultés d'approvisionnement en bléTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 24-30..
Deuxième guerre Reprise des hostilités En 428, année du consulat de Lucius Papirius Mugillanus et de Caius Servilius Structus Ahala, la situation à Rome s'est un peu améliorée et les regards se tournent de nouveau vers Véies qui se prépare à reprendre les hostilités sans respecter les termes de l'armistice conclu en 435. Néanmoins, les Romains ne déclarent pas immédiatement une nouvelle guerre et préfèrent temporiser en envoyant d'abord les Fétiaux demander réparation. Ces derniers n'obtiennent pas satisfaction et les Romains commencent à réunir une arméeTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 30, 12-16..
Pour l'année 426, les Romains n'élisent pas de consuls mais nomment quatre tribuns militaires à pouvoir consulaire : Titus Quinctius Poenus, Caius Furius, Marcus Postumius et Aulus Cornelius Cossus, ce dernier étant spécifiquement chargé du gouvernement de Rome. Les trois autres prennent la tête de l'armée et marchent sur Véies mais les Étrusques profitent de l'incompréhension et de la mésentente entre les trois tribuns pour repousser l'expédition. À Rome, l'échec des tribuns pousse Aulus Cornelius Cossus à nommer Mamercus Aemilius Mamercinus comme dictateur, ce dernier le prenant comme maître de cavalerie en retourTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 31, 1-5..
Pendant ce temps, les Véiens, encouragés par leur victoire sur les tribuns envoient des députés à toutes les cités d'Étrurie pour requérir leur soutien. Aucune ne prend la décision de s'engager dans le conflit mais des volontaires se rassemblent à Véies et viennent grossir les rangs de son armée. Les Fidénates se soulèvent également et massacrent les colons romains installés dans la ville. L'armée de Véies rejoint celle de Fidènes et les étrusques établissent leur camp près de la villeTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 31, 6-9..
Bataille de Fidènes Le dictateur Mamercinus prend la tête de l'armée, établit son campement à quelques distances seulement de la ville de Fidènes, entre les montagnes à l'est et le cours du Tibre à l'ouest, et envoie Titus Quinctius Poenus occuper discrètement les hauteurs derrière la ville. Les Étrusques, enhardis par leur récente victoire contre les trois tribuns, engagent la bataille sans attendreTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 32, 8-10.. Les rangs étrusques semblent d'abord faiblir sous la poussée de l'infanterie romaine mais ils sont bientôt renforcés par de nombreux hommes qui sont restés jusque-là à l'abri des murs de Fidènes. Pour rétablir l'équilibre de la bataille, le dictateur Mamercinus donne l'ordre à Cossus de charger avec la cavalerie et à Titus Quinctius Poenus de rejoindre la mêlée par l'arrière. Pris en étau entre les deux armées romaines, les Étrusques commencent à faiblir puis à fuir, les Véiens vers le Tibre et les Fidènates vers les murs de leur ville. Les Romains massacrent les fuyards et les survivants parvenant à prendre la fuite sont peu nombreux. Les troupes romaines investissent la ville qui est livrée au pillage. Les fuyards qui sont parvenus jusqu'à la citadelle sont massacrés. Chaque soldat romain, quel que soit son grade, reçoit une part de butin et un ou deux prisonniers. Le reste de la population est vendue comme esclaves. Le dictateur Mamercinus obtient l'honneur de célébrer un nouveau triompheTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 33, 1-12.Tite-Live, Histoire romaine, livre IV, 34, 1-5..
Analyse moderne Selon Tite-Live, le conflit qui oppose Rome à Véies par l'intermédiaire de Fidènes consiste en deux guerres distinctes. La première débute en 437 et dure deux ans et la deuxième débute en 426 et se termine la même année. Ces deux guerres s'achèvent chacune par la prise de Fidènes, avec huit ans d'écartGary Forsythe, A Critical History of Early Rome: From Prehistory to the First Punic War, University of California Press, 2006, ..