Martin Luther Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API (en allemand : Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API ), né le à Eisleben (Saxe) et mort le dans la même ville, est un prêtre augustin, théologien et professeur d'université allemand. Initiateur du protestantisme et réformateur de l'Église, ses idées exercèrent une grande influence sur la Réforme protestante, qui changea le cours de la civilisation occidentale.
Préoccupé par les questions de la mort et du salut qui caractérisent le christianisme du Moyen Âge tardif, il puise des réponses dans la Bible, particulièrement dans l'épître de Paul aux Romains. Selon Luther, le salut de l'âme est un libre don de la grâce de Dieu, reçu par la repentance sincère et la foi authentique en Jésus-Christ comme le Messie, sans intercession possible de l'Église. Il défie l'autorité papale en tenant la Bible pour seule source légitime d'autorité chrétienne.
Scandalisé par le commerce des indulgences instauré par les papes Jules II et Léon X pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, il publie le ses 95 thèses. Sommé de se rétracter par Léon X le , il est excommunié par la bulle pontificale le . Cette même année, l'empereur du Saint-Empire romain germanique et roi des Espagnes, Charles Quint, convoque Martin Luther devant la Diète de Worms. Il refuse de se rétracter, se déclarant convaincu par le témoignage de l'Écriture et s'estimant soumis à l'autorité de la Bible et de sa conscience plutôt qu'à celle de la hiérarchie ecclésiastique. La Diète de Worms, sous la pression de Charles Quint, décide alors de mettre Martin Luther et ses disciples au ban de l'Empire.
Il est accueilli par son ami le prince-électeur de Saxe Frédéric III le Sage au château de la Wartbourg, où il compose ses textes les plus connus et les plus diffusés. C'est là qu'il se lance dans une traduction de la Bible en allemand à partir des textes originaux, traduction dont l'influence culturelle sera primordiale, tant pour la fixation de la langue allemande que pour l'établissement des principes de l'art de la traduction.
Luther adopte vers la fin de son existence une attitude de plus en plus antisémite. En 1543, trois ans avant sa mort, il publie Des Juifs et de leurs mensonges, pamphlet d'une extrême violence où il prône des solutions telles que brûler les synagogues, abattre les maisons des Juifs, détruire leurs écrits, confisquer leur argent et tuer les rabbins qui enseigneraient le judaïsme. Le philosophe allemand Karl Jaspers définit ce pamphlet comme . Ces écrits et l'influence de Luther sur l'antisémitisme ont alimenté la controverse autour de son image.
Biographie Jeunesse vignette|upright|La jeunesse du moine Martin Luther (1483-1546) à Eisleben, dans le comté de Mansfeld (Allemagne), c. 1850. Martin Luther est né à Eisleben (dans le comté de Mansfeld, aujourd'hui en Saxe-Anhalt) le .. Il est le fils aîné de Hans Luder. et de Marguerite Lindemann (1459-1531). Son père, paysan d'origine, devient mineur dans une mine de cuivre de la région de Mansfeld, puis exploitant d'une mine de cuivre et d'une fonderie, ce qui lui permet d'acquérir le statut de bourgeois puis de magistrat. Martin Luther a plusieurs frères et sœurs, et se sent particulièrement proche de son frère Jacob.. L'enfance de Martin est décrite comme « difficile », ses parents se montrant très durs dans l'éducation de leurs enfants..
Hans Luder, ambitieux pour lui-même et pour sa famille, est déterminé à voir son fils aîné devenir juriste. Il envoie Martin suivre ses études primaires et secondaires dans les écoles latines de Mansfeld, puis à Magdebourg et à Eisenach. Ces trois écoles se focalisent sur le trivium : la grammaire, la rhétorique et la logique. Luther comparera plus tard sa scolarisation au purgatoire, puis à l'enfer.
En 1501, à l'âge de dix-huit ans, il entre à l'université d'Erfurt, où il obtient un diplôme de bachelier en 1502 et une maîtrise en 1505. Il a alors l'intention d'étudier le droit, comme le souhaite son père, dans la même université, mais il abandonne presque aussitôt, avec l'idée que le droit relève de l'incertitude..
Luther se sent attiré par la théologie et la philosophie, et exprime un intérêt particulier envers Aristote, Guillaume d'Ockham et Gabriel Biel. Il est influencé par deux tuteurs, Bartholomæus Arnoldi von Usingen et Jodocus Trutfetter, qui lui apprennent à remettre en question les plus grands penseurs et à tout analyser par l'expérimentation.. Cependant, la philosophie lui semble insatisfaisante, prometteuse quant à la raison, mais sans rapport avec l'amour de Dieu. Pour lui, la raison ne saurait attirer les hommes vers Dieu, ce qui l'amène à une vision ambivalente d'Aristote en raison de l'importance que ce dernier accorde à la raison. Selon Luther, la raison peut être utilisée afin de remettre en question les hommes et les institutions, mais non pas Dieu lui-même : l'homme ne peut étudier Dieu qu'à travers la révélation divine et, par conséquent, les textes saints sont essentiels.
Il quitte l'université et entre dans une confrérie augustinienne à Erfurt le .. Plus tard, il attribuera cette évolution à un événement : le , il retournait à cheval à Erfurt après un congé dans sa famille. Pendant un orage, la foudre frappa près de lui. Par la suite, il avouera à son père sa peur de la mort et du jugement divin en s'écriant : . (ou ). Il en vient à considérer son appel à l'aide comme une promesse qu'il ne pourra briser.
Cette préoccupation de la mort et du salut sont caractéristiques du christianisme de la fin du Moyen Âge. : cette angoisse collectiveVoir notamment les travaux de Jean Delumeau et Jacques Le Goff qui écrit : ; cf. . — qui devient de plus en plus individuelle — porte, au-delà de la mort elle-même, sur le jugement de Dieu dans l'au-delà et la manière de s'y préparer..
Un ami impute cette décision à la douleur de Luther lors de la perte de deux de ses amis. Luther lui-même semble attristé. Il dit, le soir de son dîner de départ : .
Son père est furieux de ce qu'il considère comme du gâchis. , dit-il..
Vie conventuelle vignette|Maison de Luther à Wittemberg.Membre de l'ordre mendiant des AugustinsIl est souvent qualifié à tort de « moine » ou de « moine augustin » ; cf. ., Martin essaie au couvent des Augustins d'Erfurt de rechercher dans l'ascèse (mortifications, jeûnes, veilles) la promesse de son salut tout en restant persuadé qu'il n'y parviendra jamais. En même temps, il continue à étudier la théologie et bientôt commence à l'enseigner : ordonné prêtre en 1507, il est désigné pour enseigner la philosophie au couvent d'Erfurt. Docteur en théologie en 1512, il occupe par la suite la chaire d'enseignement biblique à l'université de Wittemberg, ville où il est, à partir de 1514, prédicateur de l'Église. Enseignement, prédication et recherche personnelle sont désormais ses trois activités principales.
Vers la Réforme vignette|Église de la Toussaint à Wittemberg.
Certains font remonter les idées réformatrices de Luther à un séjour qu'il a fait à Rome en 1510-1511 pour les affaires de son ordre. Ce n'est apparemment pas le cas, et les abus ecclésiastiques de l'époque ne semblent pas l'émouvoir outre mesure. Plus importants sont son obsession du Salut et ses travaux sur les épîtres de Paul. Il ressent en lui de multiples tendances vers le mal, et toutes les pratiques que lui offre l'Église, messes, confessions, jeûnes, etc. ne lui permettent pas de se libérer de ce sentiment de culpabilité. C'est sa compréhension nouvelle de l'épître de Paul aux Romains qui lui procure le soulagement. Il écrira : Martin Luther, Œuvres.. Il se persuade de la vertu salvifique de la foi et que seule la confiance placée en Jésus qui aime l'humanité malgré le péché originel qui l'entache libère vraiment.. Luther en arrive à se dire que l'homme doit accepter son état de pécheur et qu'il est fatalement imparfait devant Dieu, ce qui n'empêche pas la pénitence. En revanche, vouloir résoudre le problème du péché par des indulgences susceptibles de se substituer en tout ou en partie à cette pénitence, le plus souvent monnayées, est pour lui une pratique incompatible avec la piété ainsi qu'un danger d'éluder les vrais problèmes.
vignette|gauche|upright|Portes en bronze (actuelles) des 95 thèses de Luther.
Le conflit avec la papauté éclate en 1517, à propos de l'indulgence décrétée par le pape Jules II et continuée sous le pape Léon X pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre, indulgence soutenue dans le Saint-Empire par l'archevêque-électeur de Mayence Albert de Brandebourg. Le , Luther écrit à l'archevêque pour lui demander de ne pas cautionner cette indulgence et joint à sa lettre les 95 thèses qui auraient principalement été inspirées par les abus du dominicain Johann Tetzel. Comme l'affirme son contemporain Philippe Mélanchthon, le il aurait placardé sur les portes de l'église de la Toussaint de Wittemberg ses condamnant violemment le commerce des indulgences pratiqué par l’Église catholique, et plus durement encore les pratiques du haut clergé . Ces , également appelées Thèses de Wittemberg, sont imprimées à la fin de l'année. Il s'insurge contre l'instauration de dogmes tels que celui du Purgatoire. Dès lors, cette controverse entre théologiens (donc universitaires) devient une affaire publique et politique. Luther est dénoncé à Rome par l'archevêque Albrecht. Le pape Léon X lui ordonne de se rétracter par la bulle pontificale , mais Luther la brûle en public et rompt avec l'Église catholique, en 1521. Un an plus tard commence contre lui un long procès qui aboutira à son excommunication.
Mise en œuvre de la Réforme Face à Martin Luther, Rome choisit l'affrontement, méconnaissant l'adversaire et sa pugnacité, et sans doute aussi la situation politique allemande. Le procès menant à son excommunication, loin d'affirmer le catholicisme, ne fait qu'accélérer le processus de la Réforme.
L'excommunication et la mise au ban du Saint-Empire vignette|upright|gauche|L'empereur Charles Quint vers 1522.
En , Martin Luther est convoqué à Augsbourg, où le cardinal Cajetan, nonce apostolique, est chargé d'obtenir sa rétractation. Peine perdue. Après cet échec, Léon X décide d'adopter une attitude plus conciliante : il nomme Karl von Miltitz nonce apostolique et le charge de remettre à Frédéric le Sage, dont Luther est le sujet, la Rose d'or qu'il convoite depuis trois ans, espérant ainsi le convaincre de faire cesser les attaques de Luther contre la pratique des indulgences. Les et , Miltitz rencontre Luther à Altenbourg. Il obtient de sa part l'engagement de ne plus s'exprimer sur la question des indulgences et promet de son côté d'imposer le silence à ses adversaires Johann Tetzel et Albert de Brandebourg. À la suite de cette entrevue, Luther écrit au pape une lettre qu'il remet à Miltitz. De nouvelles rencontres ont lieu entre les deux hommes, le à Liebenwerda puis en à Lichtenburg, près de Wittenberg, mais la rupture avec Rome est déjà consommée. C'est qu'entretemps Luther a aggravé son cas : en , lors de sa controverse avec Johann Eck (Disputatio de Leipzig), qui sera l'organisateur de la Contre-Réforme dans l'Empire, il met en cause l'infaillibilité des conciles. En , Rome publie la bulle le menaçant d'excommunication, tandis que ses livres sont brûlés. Luther réagit en brûlant, le , à la fois la bulle pontificale et le droit canonique. L'excommunication, désormais inévitable, est prononcée le (bulle ).