UGC, initialement Union Générale Cinématographique, est un groupe audiovisuel français spécialisé dans l'exploitation cinématographique en France et en Belgique. Créée en 1946, l'entreprise est également présente dans la production et la distribution cinématographique et audiovisuelle.
Possédant le réseau de salles en France après Pathé et CGR, UGC est l'une des principales entreprises de l'industrie cinématographique française. Le groupe s'est démarqué par la création de la première carte d'abonnement cinématographique « illimitée » en France en 2000, puis en Belgique en 2002..
En , Canal+ annonce entrer au capital du groupe à la hauteur de 34 %. Le groupe dirigé par Vincent Bolloré vise une prise de contrôle totale d'UGC en 2028.
Historique
Origine du groupe
Contexte politique
Depuis , la France est en guerre contre l'Allemagne. À la suite de la débâcle militaire de 1940, Paris est déclarée ville ouverte. Elle est occupée par les troupes allemandes de la Wehrmacht à partir du . Dans ce contexte, Alfred Greven, ancien directeur de production de la UFA, est envoyé à Paris pour réorganiser le cinéma français..
Greven souhaite créer une société verticalement intégrée qui maîtriserait la production et la distribution de films, tout en détenant des plateaux de tournage, des laboratoires de tirage de films et des salles de cinéma.. Pour ce faire, Greven s'appuie sur les ordonnances antisémites interdisant aux juifs d'exercer certaines professions, dont toutes celles du cinéma.. Il rachète ainsi, par l'intermédiaire d'un ancien employé de la Tobis, le circuit de salles Siritzky (bien implanté à Paris avec le Max Linder, l'Olympia ou le Moulin Rouge Cinéma) puis plus tard le circuit Bel, composé de douze salles dans le Midi de la France.
Création de Continental Films
Créée par Greven le , Continental Films était la société de production française sous contrôle allemand durant l'Occupation. Le ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, avait en effet exprimé le souhait de ne produire que des « films de divertissement, légers, superficiels, voire kitsch » à destination du public français..
Trente films et dix-huit documentaires sont tournés entre 1941 et 1944, dont Le Corbeau et L'Assassin habite au 21 d'Henri-Georges Clouzot ou encore La Main du diable de Maurice Tourneur. Pour leur diffusion, la Continental Films s'appuie sur l'Alliance Cinématographique Européenne (ACE), filiale française de la UFA chargée de la distribution, et sur le circuit de salles de la Société de gestion et d'exploitation de cinémas (SOGEC), également créée par Alfred Greven à l'automne 1940.
Après avoir tenté de déplacer le quartier général de la Continental et de la SOGEC à Nancy, Alfred Greven s'enfuit à la Libération de Paris en ..
Séquestres des biens allemands
À partir d', le Gouvernement provisoire de la République française ordonne la mise sous séquestre des biens ennemis, dont les entreprises du cinéma jusqu'ici sous contrôle allemand. Nationalisées, ces entreprises sont rassemblées au sein de l'ancienne société Continental Films, renommée Union générale cinématographique (UGC) le ...
L'administration des Domaines, gestionnaire des biens séquestrés, remet à l'UGC les biens et valeurs lui appartenant le ..
L'ère publique (1946–1971) En 1946, la gestion de l'UGC, désormais entreprise publique, est confiée au producteur André Halley des Fontaines qui en devient président-directeur général. En plus de l'ancienne Continental, l'UGC se voit rattacher les filiales de distribution ACE et Tobis Film, le circuit de salles de la SOGEC (le Normandie, le Caméo, le Biarritz…), les Actualités françaises ainsi qu'une série de sociétés plus ou moins inactives (location de matériel cinématographique, participation dans les Studios de la Victorine, etc.)..
thumb|left|Allemagne année zéro, première coproduction internationale de l'UGC.
Sous l'impulsion d'André Halley des Fontaines, l'UGC se lance en 1947 dans un ambitieux programme de production avec notamment Monsieur Vincent de Maurice Cloche, La Vie en rose de Jean Faurez, Rendez-vous de juillet de Jacques Becker ou Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson. Elle devient aussi actionnaire majoritaire de Film-Union AG, une société de production franco-allemande créée à Baden-Baden. L'UGC coproduit également cette année-là Allemagne année zéro de Roberto Rossellini.. À ces fins, l'UGC est réorganisée : Tobis Film devient l'Union générale de production cinématographique (UGPC), l'ACE devient l'Alliance générale de distribution cinématographique (AGDC) et est créée l'Union générale d'exportation et de participation (UGEP).
En 1951, l'UGC suspend ses activités de production en raison de ses difficultés économiques et du désintérêt de l'État. Elle poursuit en absorbant les filiales qu'elle détient intégralement en 1955 puis en créant la Compagnie française de distribution cinématographique (CFDC) avec les Films Sirius en 1958. Tandis qu'un premier projet de privatisation est envisagé à la fin des années 1950, la société est à nouveau réorganisée en 1961 pour se concentrer sur la distribution de films et l'exploitation de salles.. Une partie de son catalogue (issu notamment de la Continental Films) est vendu à Télédis en 1966.
En , l'UGC s'associe avec d'autres exploitants (Philippe Hellmann du Rex, Raymond Gautreau du groupe Océanic) pour former un groupement d'intérêt économique de programmation rassemblant 75 écrans..
Depuis la privatisation
L'ère Jean-Charles Edeline (1971–1974)
Après plusieurs années de déficits financiers répétés, le ministre de l'Économie et des Finances Valéry Giscard d'Estaing demande personnellement en à Jean-Charles Edeline, président de la Fédération nationale des cinémas français, et à Paul Cadéac de lui présenter un montage juridique et financier permettant une privatisation rapide et pérenne de l'UGC, auquel pourrait être associé des exploitants indépendants.. Une proposition lui est remise dès la fin ..
Le , l'État cède officiellement l'Union générale cinématographique à un rassemblement d'exploitants mené par Jean-Charles Edeline et regroupé en deux GIE, l'Ucidex et l'Ufidex, rachetant respectivement 51 % et 49 % des parts pour un total de 59,2 millions de francs.. Les conditions de vente extrêmement favorables feront l'objet de vives polémiques, l'État ayant finalement gracieusement cédé près de la moitié des actifs de l'UGC et ce au profit exclusif d'une poignée de personnes.. Jean-Charles Edeline devient président-directeur général de l'UGC, qui s'installe l'année suivante dans l'hôtel particulier du 5, avenue Vélasquez (abritant jusqu'ici Warner Bros. France).
thumb|L'UGC Odéon à Paris, ouvert en 1973, ici en 2018.
En partant des 22 salles acquises de l'UGC publique et de son GIE de programmation, le groupe entame une politique d'élargissement de son circuit par rachats ou créations de complexes multisalles. Dès , le groupe annonce l'ouverture d'une salle toutes les 42 heures.. On dénombre ainsi 518 salles affiliées à l'UGC seulement un an plus tard, le plaçant comme premier groupe d'exploitation en France pour quatre décennies (jusqu'à la création d'EuroPalaces).. Le circuit crée également sa propre régie publicitaire en 1973, Circuit A.
En 1973, toujours sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing, l'UGC prend le contrôle des circuits Comacico et Secma, et crée la Société de participations cinématographiques africaines (Sopacia, renommé Union africaine de cinéma en 1979).. La filiale opère 110 salles à travers 12 pays d'Afrique subsaharienne francophone. Elle permet à l'UGC de garder la main sur le marché de la distribution, tout en vendant une partie des salles aux entrepreneurs locaux. L'objectif est de d'assurer une africanisation progressive du réseau, qui s'achève après avoir cédé tous les actifs fin 1981..
Reprise en main et diversification
En 1974, le président de l'UGC Jean-Charles Edeline est appelé à diriger la SFP à la suite de l'éclatement de l'ORTF. Il est remplacé par Guy Verrecchia accompagné d'un nouveau secrétaire général, Alain Sussfeld. Le tandem poursuit l'expansion du circuit, en s'implatantant notamment en Belgique en 1978, puis en menant une stratégie de diversification..
Après avoir repris la CFDC, UGC s'associe avec Europe 1 pour coproduire et codistribuer de nouveaux films à partir de 1980. UGC rachète également cette année-là le catalogue de Lira Films au producteur Raymond Danon, qui cherche à éponger ses dettes.. En 1982, le groupe crée sa filiale UGC Vidéo pour l'édition de films en vidéocassettes puis fonde l'année suivante Alliance Vidéo, une structure de distribution commune avec CBS et la 20th Century Fox, qui distribue également les films AMLF et La Guéville..
Après un putsch raté de Jean-Charles Edeline pour reprendre le contrôle d'UGC, une scission du groupe a lieu en 1983 lorsqu'un ensemble d'exploitants part avec la famille Edeline fonder un nouveau groupement d'intérêt économique de programmation autour de Pathé Cinéma.. UGC fonde alors un nouveau GIE, UGC Diffusion. En 1984, UGC signe un accord de distribution avec le studio indépendant en vogue Cannon Group lui permettant de proposer ses nouveaux films dans les salles françaises et en vidéo.. L'année suivante, UGC apporte son catalogue de près de 150 films à une nouvelle filiale de négoce pour la télévision, UGC Droits Audiovisuels.
L'ouverture à la concurrence dans l'audiovisuel incite UGC à s'y engager. En 1984, le groupe lance la radio Hit FM et candidate au projet de sixième chaîne avec Hit TV, soutenu par l'agence RSCG, CBS et Virgin, mais finalement attribué à TV6.. UGC réessaye en 1987 avec le projet TFM aux côtés de CBS, PolyGram et Virgin ; cette fois-ci attribué à M6.. La radio Europe 2 finit par racheter la fréquence de Hit FM un an plus tard. UGC s'associe également avec Canal+ dans la presse écrite en 1987 pour lancer Studio Magazine.
En 1988, la Générale des Eaux entre au capital d'UGC et la société, jusqu'ici dénommée Union générale cinématographique, devient officiellement UGC. Le groupe s'associe cette année-là avec l'un de ses membres historiques, Philippe Hellmann, pour créer UGC Ph, une filiale spécialisée dans le cinéma d'auteur qui participera au financement des premiers films de Christopher Nolan et Ang Lee.. La filiale de production UGC Images est créée en 1989.
Expansion du circuit
thumb|left|L'UGC Ciné Cité Les Halles en 2010.
À partir de 1992, UGC renforce la modernisation de son circuit et son implantation internationale. À Bruxelles, le groupe ouvre cette année-là son premier multiplexe avec l'UGC De Brouckère.. Il est suivi par l'UGC de Lille en 1994, puis par l'UGC Ciné Cité Les Halles en 1995, qui devient le premier cinéma de France, inaugurant son label pour les multiplexes.. Du côté de la distribution, UGC fonde un groupement d'intérêt économique en 1995 entre sa filiale UGC Ph, Castle Rock et Turner puis s'allie avec la 20th Century Fox pour fonder UGC Fox Distribution..
Après de multiples rachats de catalogues (Financière Robur, United Communication, Lumière), UGC cède sa filiale UGC Droits Audiovisuels à Canal+ en 1996.. La vente du catalogue de 5000 films, encouragée par leur actionnaire commun (la Générale des Eaux), constituera la base de la société Studiocanal. Cette manne financière permet à UGC de réinvestir dans la production en s'alliant avec le producteur Christian Fechner puis en créant une nouvelle filiale avec Yves Marmion (UGC YM)..
UGC Ciné Cité s'implante en Espagne en 1997 (avec le Cine Cité Méndez Álvaro à Madrid), au Royaume-Uni et en Irlande en 1999 (avec le rachat des 34 cinémas du réseau Virgin) puis en Italie en 2002 (avec l'UGC Cinema Romagna à Savignano sul Rubicone)...