Sumer est une région antique, située à l'extrême sud de la Mésopotamie antique (actuel Irak), couvrant une vaste plaine parcourue par le Tigre et l'Euphrate, bordée, au sud-est, par le golfe Persique. Il s'y est développé une importante civilisation de l'Antiquité, à compter de la fin du et durant le

La langue dominante y était le sumérien, langue d'origine indéterminée qui n'a aucune parenté connue. Les locuteurs de cette langue, majoritairement localisés dans le pays de Sumer, ont été appelés « Sumériens » par les chercheurs qui l'ont découverte, mais il ne semble pas qu'une dénomination équivalente ait existé dans l'Antiquité. Le sumérien coexistait avec d'autres langues, en premier lieu l'akkadien, langue sémitique parlée dans la partie septentrionale de la Basse Mésopotamie (le pays d'« Akkad »). Les synthèses récentes sur Sumer tendent, pour ces périodes, à couvrir toute l'histoire et la civilisation de la Basse Mésopotamie (Sumer et Akkad, ou une civilisation « suméro-akkadienne »), sans s'arrêter au pays sumérien .

On distingue plusieurs phases majeures dans cette période qui marque les commencements de la civilisation mésopotamienne. La période d'Uruk finale (3400 - ), qui voit l'apparition de l'écriture, est une phase de développement des institutions étatiques et urbaines, et d'un important rayonnement culturel du Sud mésopotamien sur les régions voisines. La période des dynasties archaïques (3000/2900 - ) est marquée par la coexistence et souvent la confrontation de plusieurs petits royaumes, nommés couramment « cités-États » (Uruk, Ur, Lagash, Umma-Gisha, Kish, etc.). Elles sont finalement unifiées dans l'empire d'Akkad (2300 - ), dominé par les populations sémitiques du Nord, qui s'étend sur toute la Mésopotamie et plusieurs régions voisines, puis s'effondre rapidement. Quelques décennies plus tard émerge la troisième dynastie d'Ur (2112 - ) qui domine à son tour une majeure partie de la Mésopotamie, mais est quant à elle dirigée par une élite venant du pays sumérien. C'est vers cette époque ou peu après que la langue sumérienne cesse d'être parlée, même si les cités de Sumer préservent leur vitalité au début du , durant lequel le sumérien reste connu par l'élite cultivée.

Complètement oubliée après les débuts de notre ère, la civilisation de Sumer (et d'Akkad) est redécouverte durant la seconde moitié du grâce aux fouilles de sites archéologiques du Sud mésopotamien. Celles-ci se sont poursuivies avant d'être arrêtées en raison des guerres qui affectent l'Irak à partir des années 1990, les chantiers étant lentement rouverts dans les années 2010. Outre des œuvres architecturales et artistiques souvent remarquables, elles ont mis au jour des dizaines de milliers de tablettes inscrites en écriture cunéiforme, qui constituent la plus ancienne documentation écrite connue avec celle de l’Égypte antique et font de Sumer l'une des plus anciennes civilisations historiques connues.

thumb|Statuette d'un bouquetin se nourrissant des feuilles d'un arbuste, retrouvée dans les tombes royales d'Ur, , British Museum.|alt=Figurine noire et or d'un bouquetin dressé sur ses pattes arrières pour accéder à un arbre.

L'analyse de cette documentation a montré que les Sumériens ont exercé une grande influence sur les civilisations antiques qui suivirent la leur, en particulier celles de la Mésopotamie. Même s'ils n'en ont pas été les seuls protagonistes, les Sumériens ont joué un rôle déterminant dans la mise en place de la civilisation mésopotamienne. Ils ont en particulier contribué à l'apparition des premiers États avec leurs institutions et administrations complexes, au développement des premières sociétés urbaines ainsi qu'à la mise au point de différentes techniques dans les domaines de l'agriculture, de la construction, de la métallurgie et des échanges commerciaux. Enfin, ils ont participé à la mise en place de systèmes de numération qui ont influencé ceux des cultures postérieures.

Conditions d'étude La découverte du sumérien

thumb|Jules Oppert (-), un des déchiffreurs du cunéiforme et un des principaux artisans de la redécouverte du sumérien.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme blanc âgé et moustachu, partiellement chauve.

Si le souvenir des Assyriens et des Babyloniens avait été préservé grâce aux textes bibliques et grecs antiques, les Sumériens avaient été depuis longtemps effacés de l'histoire quand les premières fouilles de sites de la Mésopotamie antique débutèrent durant la première moitié du . Celles-ci portaient sur des sites archéologiques présentant avant tout des niveaux du , et de surcroît situés en Assyrie, donc en dehors de l'ancien pays de Sumer. Ce n'est que quelques décennies plus tard que les archéologues tournèrent leur effort vers les sites du Sud, pour y rechercher les débuts de la civilisation mésopotamienne.

La volonté de découvrir les lieux originaires de cette civilisation habitait nombre de chercheurs à cette période, et le déchiffrement des tablettes assyriennes avait déjà incité certains à émettre des hypothèses sur l'existence d'un peuple plus ancien que ceux connus alors. Les textes cunéiformes comportaient en effet, aux côtés des signes phonétiques akkadiens, langue appartenant au groupe sémitique donc assez aisée à comprendre pour ces érudits, des signes dits « idéographiques », dont la transcription phonétique révélait une langue qui n'avait rien de connu. Les premiers déchiffreurs cherchèrent sans succès à la rattacher à une langue précise, et tâtonnèrent avant de lui trouver un nom : Henry Rawlinson et Edward Hincks penchèrent d'abord pour « akkadien », Akkad n'étant pas encore identifié comme un pays sémitique, avant que Jules Oppert ne mette en évidence le fait qu'il fallait plutôt la rattacher au terme akkadien . Il désigna donc cette langue comme étant du « sumérien », et les recherches suivantes lui donnèrent raison. Encore fallut-il admettre qu'il s'agissait bien d'une langue qui avait été parlée : certains, comme Joseph Halévy, proposèrent au contraire que c'était une langue construite n'ayant jamais été employée ailleurs que dans le monde fermé des prêtres assyriens. Il s'agissait pourtant bien d'une langue qui avait eu de nombreux locuteurs, ces idéogrammes étant des termes sumériens conservés dans les textes en akkadien pour en faciliter l'écriture, vestiges des plus anciens temps de l'écriture, quand le sumérien était dominantJ. S. Cooper dans , col. 82-84...Dominique Charpin, « La découverte du sumérien et de la civilisation sumérienne », En quête de Ninive, Les Belles Lettres, 2022, https://doi.org/10.4000/books.lesbelleslettres.28872..

Les partisans de la théorie selon laquelle il s'agissait bien d'une langue parlée eurent finalement gain de cause vers 1900. Avec la mise au jour du site de Tello, l'antique cité sumérienne de Girsu, un grand nombre de textes écrits uniquement en sumérien devint accessible aux chercheurs. Il incomba à François Thureau-Dangin d'en publier les premières traductions (notamment dans ses Inscriptions de Sumer et d’Akkad, ), marquant ainsi une étape décisive dans la compréhension du sumérien. Celle-ci progressa ensuite grâce à la rédaction des premières grammaires visant à décrire cette langue, par Friedrich Delitzsch en 1914 puis Arno Poebel en .

Les fouilles archéologiques thumb|upright=1.2|Photographie aérienne du quartier sacré d'Ur durant des fouilles britanniques, en 1927.|alt=Photographie en noir et blanc de ruines disposées selon un plan orthogonal. thumb|left|Ruines du site de Tell Jokha, l'antique Umma, où ont eu lieu de nombreuses fouilles clandestines visibles par les fosses qu'elles ont laissées.|alt=Photographie aérienne en couleurs de ruines dans le désert.

L'exploration des sites de l'époque sumérienne commença avec les premiers coups de pioche portés sur les tells de Tello (l’antique Girsu) en par l'équipe réunie par Ernest de Sarzec, alors consul français de Bassorah. Les nombreuses tablettes administratives et les textes commémoratifs qu'il mit au jour dans des conditions de travail très difficiles fournirent une abondante documentation aux pionniers du déchiffrement du sumérien. Les fouilles américaines de l'ancienne cité de Nippur, entamées en , apportèrent de la documentation supplémentaire en sumérien, notamment de nombreuses tablettes scolaires permettant d'approcher la culture du milieu lettré sumérien. Par la suite des chantiers s'ouvrirent sur d'autres sites sumériens : Bismaya (l'antique Adab), Fara (Shuruppak), puis des chantiers plus importants, tels Warka (Uruk), où des équipes allemandes commencèrent à fouiller à partir de , puis de façon plus régulière après , et Ur où les équipes anglaises de Leonard Woolley furent actives à partir de 1922, tout en fouillant brièvement le site voisin d'el-Obeid ; les travaux de de Sarzec à Tello furent poursuivis, avec de nombreuses interruptions, par d'autres fouilleurs jusqu'en . Cette même période est marquée par la récurrence des fouilles clandestines et du trafic d'antiquités, qui accompagnent les fouilles régulières, et peuvent concerner les mêmes sites, comme Tello, ou des sites ne faisant pas l'objet de fouilles officielles, comme Drehem (Puzrish-Dagan) et Tell Jokha (Umma). Elle conduisent à la mise au jour des dizaines de milliers de tablettes des époques sumériennes (avant tout celle d'Ur III), qui sont dispersées lors de leurs acquisitions par des collections publiques (musées et universités) et privées occidentales, ce qui a complexifié leur analyse. Les sites concernés subissent de plus des dégradations importantes, préjudiciables pour la conservation des données matérielles et leur analyse future. Quoi qu'il en soit la connaissance de Sumer progressa rapidement. Les chantiers d'Uruk permirent de remonter aux origines des États du Sud mésopotamien et de l'écriture, ceux d'Ur furent marqués par la plus spectaculaire des découvertes archéologiques accomplies sur un site sumérien, celle des tombes royales, les tablettes des fouilles clandestines révélèrent l'impressionnant appareil administratif de l'époque d'Ur III. Dans les années 1930, les équipes de l'Institut oriental de Chicago procédèrent à la fouille de sites situés dans la région du cours de la Diyala où ils identifièrent des sites apparentés à la civilisation sumérienne, bien que situés hors du pays de Sumer, Khafadje et Tell Asmar.

Après , de nouveaux sites furent explorés : Abu Shahrein (Eridu) où fut exhumé le plus ancien monument connu du sud mésopotamien, Tell Uqair, Abu Salabikh, ou encore Tell el-Oueili où une équipe française conduite par Jean-Louis Huot découvrit le plus ancien village sumérien connu. Les prospections au sol menées par Robert McCormick Adams appuyé par d'autres chercheurs ont permis de mieux connaître l'histoire du peuplement du sud mésopotamienJ.-L. Huot dans , col. 93-95.. Les tourments politiques qu'a connus l'Irak depuis le début des années 1990 ont interrompu l'exploration suivie des sites sumériens, et les fouilles clandestines qui ont pu s'y dérouler ont dégradé nombre de sites et de monuments. Comme elles ont cessé au moment où les études archéologiques commençaient à s'étoffer du point de vue technique et méthodologique avec l'arrivée de nouveaux champs d'étude (archéozoologie, palynologie, etc.), ces fouilles n'ont que rarement porté sur la vie quotidienne des gens du peuple. Elles documentent donc en grande partie la vie des quartiers monumentaux, quelques zones résidentielles et quasiment aucun site rural. Le seul champ de la recherche archéologique qui a pu être ouvert pendants ces années est celui s'appuyant sur l'imagerie satellite.. Les fouilles ont repris dans les années 2010, par exemple dans la région d'Ur, avec Abu Tbeirah.

L'étude des sources épigraphiques thumb|left|Une tablette juridique : contrat de vente d'un champ et d'une maison, Shuruppak, Musée du Louvre.|alt=Tablette grossièrement carrée marquée de signes cunéiformes.