L’Histoire de l'Île-du-Prince-Édouard peut être divisée en quatre périodes : les premiers temps, l'Acadie, la colonie britannique et la confédération canadienne qu'elle a rejoint le .
Premiers temps
L'Île-du-Prince-Édouard est d’abord habitée par le peuple micmac, qui vit dans la région depuis des millénaires. Ils donnent à l'île le nom de Epekwitk, dont la prononciation est transformée par les Européens en Abegweit, c'est-à-dire « bercée sur les vagues ». Quelques centaines de Micmacs habitaient l'île, principalement durant l'été, puis traversaient le détroit et quittaient probablement l'île pour l'hiver afin de chasser.
Tentatives échouées de colonisation de l'île (1534-1719) Durant l'été 1534, l'explorateur français Jacques Cartier devient le premier Européen à découvrir cet île, qu'il décrit comme . Bien qu’aucune population ne s’installe de façon permanente, des pêcheurs français et basques fréquentent l'île pendant près de 200 ans. En 1604, l'Acadie est fondée par Pierre Dugua de Mons et devient l'une des cinq colonies de la Nouvelle-France. Elle comprend notamment l'île Saint-Jean, aujourd'hui appelée Île-du-Prince-Édouard. Elle est située dans les provinces de l'Atlantique. Dans les années 1650, Nicolas Denys obtient la concession de l'île Saint-Jean, mais aucun établissement permanent de population ne se fait sur l'île En 1663, une grande partie du domaine de Denys est concédée à François Doublet et comprend l'île Saint-Jean. Doublet s’engage à fonder une colonie, à défricher et à cultiver la terre, et à payer une rente annuelle à la Compagnie de la Nouvelle-France. Cependant, ce dernier meurt et ses deux associés abandonnent le projet de colonisation. En 1668, l’île Saint-Jean est encore comprise dans une concession faite à Gabriel Gautier afin d’y établir une pêcherie. Quelques petits établissements de pêches sont donc mis en place, sans grand succès. Ainsi, durant le , les tentatives de colonisation de l'île ne sont pas concluantes et cette île reste presque presque aussi inconnue qu’elle l’était avant la visite de Jacques Cartier. Après la chute de Port-Royal en 1710, un certain nombre d'Acadiens ne voulant pas vivre sous domination anglaise se rendent à l'île Saint-Jean. Cependant, ne pouvant pas obtenir de titres pour leurs terres, ils quittent finalement l'île les uns après les autres.
Enfin, après le traité d'Utrecht de 1713, la Nouvelle-France voit son territoire considérablement réduit. Cependant, elle conserve tout de même certains territoires en Acadie, dont l'île Saint-Jean. C'est alors qu'elle décide de concentrer ses efforts sur ce territoire et d'entamer sa colonisation.
L'île Saint-Jean : la période acadienne (1720-1758)
vignette|Île-du-Prince-Édouard (alors appelée Île Saint-Jean) en 1744.
Arrivée et colonisation des Acadiens (1720-1745) En 1719, une concession de l'île Saint-Jean est accordée au comte de Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d’Orléans, dans le but d’y créer une colonie stable. Au mois de janvier 1720, le comte de Saint-Pierre obtient de nouvelles patentes de concessions pour les îles de la Madeleine, îles et îlots adjacents, . L'une des principales motivations du gouvernement français pour le développement de cette colonie était de rappatrier les Acadiens vivant en Nouvelle-Écosse qui désiraient vivre en territoire français. De plus, les terres de l'île Saint-Jean étaient plus avantageuse pour l'agriculture que celles du Cap-Breton, ce qui incitait les Acadiens à venir s'y installer. Aussi, le , dans le havre de Rochefort, trois navires chargés de 300 passagers et de tout ce qui est nécessaire à l’établissement d’une nouvelle colonie embarquent en direction de l'île Saint-Jean. Quatre mois plus tard, le , ces mêmes navires mouillent dans la rade de Port-la-Joye (aujourd'hui Charlottetown). Les pêcheurs se rendent sur la côte nord, à Havre Saint-Pierre, qui deviendra le principal centre de pêche et l'établissement le plus peuplé de la colonie. Ainsi, les premiers Acadiens se sont établis à l'Île-du-Prince-Édouard en 1720 et la colonisation de l'île commence. Inquiète de la sécurité de ce territoire face aux ambitions territoriales des Anglais, la France envoie une trentaine de fusilliers marins chargés d'y assurer la souveraineté française.
Dans un rapport adressé au ministre de la marine datant du , une description de l'avancement de l'établissement français sur l'île Saint-Jean est détaillé. Plusieurs hâvres sont mentionnés : Tranchemontagne (South Lake), Saint-Pierre (St. Peter’s), Hâvre aux Sauvages (Savage Harbour), Tracadie, Quiquibougat (Rustico), Malpeque et Cascampèque (Cascumpec). On comptait alors seize familles de France et quatre familles d'Acadie à Port-la-Joye et une dizaine réparties à Tranchemontagne, Saint-Pierre et Tracadie. Il y avait donc deux courants d'immigration, l’un venant de France, et l’autre, beaucoup plus considérable, de l’Acadie.
Au mois d'octobre 1725, la compagnie créée par le comte de Saint-Pierre est dissoute et ses possessions dont l'île Saint-Jean retombent dans le domaine direct de la Couronne. L’année suivante, M. de Pensens est nommé gouverneur et commandant des troupes de l’île Saint-Jean. La faillite de cette compagnie n'entraîne pas la ruine de la colonie, ni le départ des colons, mais toute immigration de France et d’Acadie cesse complètement pendant trois ans, avant de reprendre normalement les années suivantes. Un autre facteur d'ordre géographique décourage l'émigration acadienne vers l'île. En effet, contrairement au reste de l'Acadie, l'île Saint-Jean est recouverte de forêts et dispose de peu de prairies naturelles. Les Acadiens n'ont pas l'habitude de cet environnement et manquent d'expérience pour l'exploiter, ce qui peut parfois les décourager de s'y installer. Malgré ces obstacles plusieurs familles acadiennes déménagent tout de même sur l'île chaque année.
Afflux massif d'Acadiens fuyant les persécutions des Anglais (1745-1758) Durant l'année 1745, à la même période que le siège de Louisbourg, les Anglais et des troupes de Nouvelle-Angleterre tentent de s'emparer de l'île Saint-Jean avec ayant l'ordre de tout détruire et d’enlever la population. Un premier débarquement a lieu à Trois-Rivières où toutes les constructions sont incendiées, puis l'expédition se poursuit à Port-la-Joye, où seuls quinze soldats sous le commandement de Dupont Duvivier et quelques alliés Micmacs tentent de défendre leur territoire, en vain. À la suite de cette invasion, les habitants se réfugient dans les bois où ils restent jusqu’à ce que la misère les fasse sortir. Ils entrent ensuite en pourparlers avec les Anglais et concluent une espèce d’accord, en vertu duquel il leur était permis de revenir sur leurs terres à la condition de garder la neutralité et de vendre leurs produits aux Anglais. Ils vivent ainsi jusqu’au traité d’Aix-le-Chapelle de 1748 qui entraîne la restitution du Cap-Breton et de l’île Saint-Jean à la France en échange des comptoirs indiens de Madras. À la suite des nombreuses rivalités territoriales entre les Acadiens et les Britanniques, tels que le siège de Louisbourg en 1745 ou encore la fondation de la ville d'Halifax en 1749, les Acadiens de Nouvelle-Écosse subissent de nombreuses persécutions, injustice et son déportés massivement. Ainsi, un mouvement d'immigration acadienne vers l'île Saint-Jean se crée, ce qui entraîne la formation de plusieurs nouveaux établissement de population sur l'île tels que Pointe-Prime, Anse-à-Pinette, Grande-Anse (Orwell), Bédèque, Rivière-des-Blonds (Tyron) et Rivière-à-la-Fortune. Aussi, pour accueillir cette nouvelle population, la France s'empresse de reconstruire Port-la-Joye, détruite pendant le siège anglais.
Lors du recensement de 1752, la population de l'île est de . Environ seraient arrivés après la fondation d'Halifax. Ceci provoque plusieurs problèmes : il est difficile de loger et nourrir tous les nouveaux arrivants et ces derniers éprouvent un sentiment d'insécurité pour leurs terres et à l'égard de la protection militaire de l'île. La garnison casernée à Port Lajoie est en effet trop éloignée de certains établissements de population. Dans ce contexte, les habitants sont très pauvres et vivent principalement de l'agriculture et dans une moindre mesure de la pêche. Seuls les habitants de Havre-Saint-Pierre et Tracadie ont le droit de pêcher. Le but de cette politique est de faire de l'île Saint-Jean le grenier de Louisbourg. Les invasions de rats et de sauterelles détruisent aussi régulièrement les récoltes, ce qui rend la vie sur l'île encore plus compliquée.
En 1755, un nouvel afflux d'immigrants acadiens arrive sur l'île. C'est en effet à ce moment que le gouverneur de Nouvelle-Écosse Charles Lawrence décide de déporter les Acadiens de son territoire, qui selon lui représentaient une véritable menace. À cette période, on compte environ en Nouvelle-Écosse, dont à peu près sont déportés vers les colonies de la Nouvelle-Angleterre. De nombreux Acadiens réussissent à s'échapper et environ se réfugient sur l'île Saint-Jean. Ainsi, en 1756 la population de l'île dépasse les . La situation des habitants de l'île devient alors encore plus compliquée, à tel point que le lieutenant-gouverneur Vaudreil, de Québec, décide de venir au secours de certains de ces réfugiés. Certaines familles sont même relogées à Québec.
Déportation des Acadiens (1758) droite|vignette|L'île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) en 1758.
En 1758, la forteresse de Louisbourg est de nouveau assiégée par les troupes britanniques et les Français capitulent. Cet événement entraîne la perte de l'île Saint-Jean. En effet, un des articles de la capitulation impliquait la reddition de l'île aux Britanniques. Ensuite, le général Amherst envoie Lord Rollo et sur l'île afin de déporter les habitants et brûler leurs habitations. Lorsque les habitants apprennent ce projet, l'évacuation de l'île est évoquée mais le port de Miramichi, alors le plus proche, était sans vire pour les accueillir. Dans un dernier espoir, les habitants de l'île demandent à Lord Rollo et aux Britanniques d'accepter leur soumission et de leur permettre de rester sur leurs terres. Cependant, cette demande est rejetée et les militaires anglais commencent la déportation des Acadiens de l'île vers la France métropolitaine. Il est estimé que plus de Acadiens auraient été déportés. Sur ces milliers de déportés, au moins 700 meurent en mer à bord du Duke William et du Violet, lors d'une tempête durant la traversée de l'océan Atlantique. De nombreux décès surviennent aussi à bord des autres navires. Pour commémorer cet évènement, le Jour du souvenir acadien a été créé.
Parmi les Acadiens qui n'ont pas été déportés, certains se sont enfuis, par leurs propres moyens ou sur des navires français venus à leurs secours, à la baie des Chaleurs et au Québec. Quelques familles parviennent aussi à se cacher sur l'île et à échapper à la déportation.
puis Île-du-Prince-Édouard : une colonie britannique (1758-1873)
L'expulsion des Acadiens marque la fin du régime français à l'île Saint-Jean et le début de la domination anglaise. Le nom de l'île est alors anglicisé en . L'île devint au un lieu de retraite paisible pour la noblesse britannique.
En 1799, la colonie est rebaptisée Île-du-Prince-Édouard par l’assemblée pour honorer un des fils du roi George III, le prince Édouard-Auguste de Kent, en poste avec l’armée à Halifax à cette époque. Il était le père de la reine Victoria.
La confédération canadienne (depuis 1873)