Dans le domaine de la sylviculture, on distingue (et commercialise) les bois selon leurs essences, mais aussi selon leurs classes de diamètres. De là les notions de petit-bois (PB), moyen-bois (BM); gros-bois (GB) et très gros bois (TGB) désignent les arbres dont les diamètres sont les plus gros.
Le diamètre d'un arbre dépend, toutes choses égales par ailleurs, de : l'espèce (essence) ; l'âge de l'arbre (bien que le diamètre d'un arbre ne soit pas exclusivement lié à son âge) ; la qualité de sa mycorhization ; la teneur de l'air en CO ; l'exposition (ensoleillement) ; la santé de l'arbre et sa vulnérabilité ou son exposition aux attaques de parasites ou d'insectes défoliateurs etc.
Notion relative relative à l'essence (certaines essences telle que le bouleau ou le sureau ne produisent jamais de bois de très large section, d'autres comme le chêne, à longue durée de vie peuvent produire des troncs très larges). relative à d'autres paramètres : au climat (les espèces poussant plus lentement en région subpolaire (taïga) et subdésertique. On considère dans ces régions comme gros bois des bois qui seraient classés normaux en zone tempérée). Quelque espèces (baobab par exemple) peuvent néanmoins produire des gros bois en région sèche. la richesse du sol en nutriments, son pH et sa teneur en eau,
Enjeux et intérêts des gros et très gros bois Ces bois présentent plusieurs intérêts économique, car ils assurent souvent le meilleur revenu du propriétaire forestier (plus-value croissante avec le diamètre de l'arbre jusqu'au stade du début de la sénescence. Ces bois sont recherchés par l'industrie, la construction et l'ébénisterie, malgré l'invention et diffusion du lamellé-collé et des bois reconstitués. paysager (rôle social et aménitaire, en contribuant à l'intérêt éco-paysager et paysager de la forêt). Puits de carbone production d'oxygène potentiel d'évapotranspiration, potentiel de production de fruits et graines (glands et faines pour les sangliers par exemple) Biomasse : ces arbres sont généralement utilisés comme bois d'œuvre et non pour produire du bois de feu ou du papier qui libèreraient rapidement le carbone qu'ils ont stocké. Face aux dérèglements climatiques, ils assurent donc un stockage de carbone à plus long terme dans les sols, dans le bois sur pied et dans les produits transformés ; éléments essentiels de la biodiversité forestière et du cycle de la sylvigenèse ; les gros arbres composent des écosystèmes âgés offrant des conditions nécessaires à une grande diversité biologique ; Leur nécromasse (outre leurs feuilles racines, leurs branches et leurs troncs produisent un bois-mort d'une qualité particulière, en particulier pour les bois durs ou moyennement durs restant longtemps debout sans geler à cœur). Par exemple en France, le gros-bois mort de chêne (sous forme de chandelle ou de bois mort au sol) abrite généralement beaucoup plus d'espèces d'invertébrés saproxylophage que s'il s'agissait de n'importe quelle autre essenceC Bouget, A Brin, PA Moreau (2012), Bois mort et diversité saproxylique à différentes échelles, 24 avril 2012, 8 pages. Ces bois morts sont nécessaires à la survie de nombreuses espèces d'invertébrés menacés, et contribuent ensuite à la production d'humus forestier. habitat : ces arbres sont le support d'une grande quantité d'autres espèces (dont certaines épiphytes et lianes notamment) ne s'épanouissent que sur des arbres très gros et très vieux ;
Éléments de définition De manière générale on parle de gros bois pour des arbres dont le diamètre mesuré à au-dessus du sol dépasse un certain seuil (pouvant varier selon l'essence et le pays)
En Europe En 2008, l'AAE parle de gros bois pour les arbres dont le diamètre dépasse dans le sud de l'Europe et au-dessus de dans le nord de l'Europe (où les arbres poussent moins vite). L'AEE considère que le maintien de vieux arbres et le gros bois comme important pour la biodiversité et la gestion durable et que <ref>du rapport déjà cité ; European forests — ecosystem conditions and sustainable use, voir page 33/110 de la version PDF</ref>. Pour les quelques pays ayant communiqué des statistiques sur ce point au « European National Forest Inventory Network », l'agence constate en 2008 qu'il existe une grande différence entre pays, et entre feuillus et résineux concernant le nombre de gros bois par hectareDans le rapport déjà cité ; European forests — ecosystem conditions and sustainable use, Voir Figure 3.2 Trend data showing the number of large trees (> 70 cm in southern and central Europe and > 50 cm in northern Europe) per 100 ha forest area for six European countries</ref>.
En France L'inventaire forestier national (IFN), pour la France métropolitaine, classe en « gros bois » (GB) les arbres dont le diamètre à 1,30m de hauteur dépasse 47,5 cm. (mais pour FNE (France Nature Environnement), il s'agit d'arbre de diamètre (mesuré à 1,30 m) compris entre 42,5 ou 47,5 cm (selon l’essence et la région) et 62,5 ou 67,5 cm). Les « très gros bois » (TGB) sont ceux dont le diamètre dépasse 62,5 ou 67,5 cm (toujours selon l'essence et la région) Selon l'IFN toujours, les gros bois représentaient 23 % du volume sur pied en 2005, principalement concentrés dans le nord de la France (Régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie), et surtout en forêt privée IFN, IFN ; Gros bois ; Rappel : pour l'IFN le bois est "gros" à partir de "47,5 cm de diamètre" et "très gros" dès 67,5 cm. Avec la promotion d'une sylviculture dynamique, ces gros bois pourraient avoir régressé entre 2005 et 2012. Pour les résineux FNE considère qu'on parle de gros-bois pour un diamètre compris entre 50 cm et 70 cm, et dépassant 70 cm pour les TGBSource : FNE () ; Mais certains CRPF classent les arbres de 40 à 60 cm comme « gros bois », et au-delà comme « très gros bois ».
Des catégories plus fines sont possibles, comme celles de Pro Silva France<ref>Pro Silva France (2012), Importance et rôles des gros bois et très gros bois en France] (Rapport d’étude réalisé avec le soutien financier du Ministère de l'Écologie, version 27), 142 pages, juillet 2012 Petits Bois (PB) : ; Bois Moyens (BM) : ; Gros Bois (GB) : ; Très Gros Bois (TGB) : . Le sigle GTGB désignant par convention à la somme des deux dernières catégories (gros + très gros bois). Remarque : l'industriel du sciage préfère parfois parler en diamètre médian qu'en diamètre de surface terrière (mesuré à hauteur de poitrine).
Au regard des définitions de l'IFN ; Les forêts de France métropolitaine, dont domaniales, abritent plus de gros-bois que celles d'Europe du Nord (L'Inventaire Forestier National estime à 22 % du stock sur pied le gros-bois et très gros bois (les arbres poussent moins et moins vite près du cercle polaire). Le très gros bois constituerait 5 % des forêts en moyenne, avec de fortes disparités et des artéfacts tels que le gros bois de douglas (espèce introduite, sans intérêt écologique) alors que les gros bois de sapins et autres résineux autochtones sont en diminution.
En 2012, selon une carte établie à partir des statistiques de l'Observatoire national de la biodiversité, le taux de gros bois et de bois-mort varie très fortement en France selon les sylvo-écorégions. De manière générale, plus les forêts sont exploitées, moins il est présent Volume de très gros bois vivant et morts dans les sylvo-écorégions pour 2009-2010, d'après sources IGN & IFN 2012, en dépit des consignes ou recommandations délivrés depuis plusieurs années (Directives ONF, recommandations PEFC).
En Suisse Un peuplement est classé en gros-bois (GB) dès que le diamètre des arbres « dominants » dépasse 50 cmFibois Alsace, Pro Silva, cités par FNE.
Ressources et exploitation En France, l'IFN note que les arbres de ces diamètres (qui seraient considérés comme très moyens dans une forêt primaire tempérée normale) sont plus nombreux à être « capitalisés » dans les forêts publiques, en Corse (50 % des boisements) et dans les régions où les fonctions « aménitaires » de la forêt sont importantes (Bretagne, Aquitaine, Champagne-Ardenne, Picardie). Environ un tiers des 130 millions de m³ (recensés sur ) est constitué de GB et à moyen terme le volume de GB récolté dans cette région atteindra 40 % de l’ensemble des coupes (Pro Silva). Les gros bois de résineux (sapin, épicéa essentiellement) se trouvent surtout dans le Jura et les Vosges. Il est à noter que certains parcs urbains, alignements et parcs de châteaux sont riches en gros-bois, alors qu'en forêt, la tendance à convertir en futaies régulières le taillis sous-futaie qui prévalait jusqu'au et qui est à l’origine de sacrifices d’exploitabilité, car interdisant à beaucoup d'arbres d'atteindre le stade de la maturité (et de rentabilité maximale).
Ces arbres ont une valeur rapportée à leur poids qui est généralement plus élevée que lorsqu'ils sont de diamètre inférieur.
Ils sont cependant très souvent coupés avant d'atteindre le stade « très gros bois » ou bois mort, ce qui limite leur intérêt pour les organismes saproxyliques et en particulier pour certains insectes saproxylophages dont la larve doit pouvoir vivre plusieurs années dans de gros troncs en décomposition (qui ne gèlent pas « à cœur »).
Le gros-bois est plus ou moins présent selon les contextes bioclimatiques, mais aussi selon les stratégies forestières nationales. Par exemple, dans un contexte géopédologique assez proche, la ressource disponible en 2003-2013, les Vosges françaises affichent environ 15 millions de m³ (60 % et 40 % dans Jura), alors qu'en Allemagne ce sont 40 millions de m³ (70 % d’épicéa 30 % de sapin) Source : Fibois Alsace et colloque Gros-Bois de Prosilva, cités par FNE
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Arbre Sylviculture Bûcheron Surface terrière Bois mort Saproxylophage Petit-bois
Bibliographie Pro Silva France (2012), Importance et rôles des gros bois et très gros bois en France ; Rapport d’étude réalisé avec le soutien financier du Ministère de l'Écologie (version 27), 142 pages, Assises de la forêt/Groupe 3 (2008), Produire plus de gros et très gros bois pour une politique plusieurs fois gagnante & Comptabilité carbone « forêt » en faveur des très gros et vieux bois. – 2008 – 1 p. Barbie J.M. (2007), L’IFN compte les gros et très gros bois. Forêts de France n°501, pp. 6–7. Bastsien Y. (2011), Les Gros Bois résineux sont-ils une fatalité ? ; Revue Forestière Française LXIII– 1-2011, pp. 81–88 Bastsien Y., Wilheim G.J. (2000), Une sylviculture d'arbres pour produire des gros bois de qualité ; École nationale du génie rural, des eaux et des forêts, Nancy, France, 2000 CRPF Limousin (2009), Petits bois ou gros bois : que choisir pour les résineux ? ; CRPF Limousin, V.1.3, 2009 Cullier B. (2003), Ressources et perspectives des disponibilités en gros bois de sapin et épicéa dans l’est de la France. Delahaye L., GRAUX G. (2003), La production de gros bois de résineux : une opportunité économique et écologique ? ; « Nouvelles de Pro Silva Wallonie N°8, , pp. 3-5 Fibois Alsace (2002), Ressources et perspectives de transformation des gros bois résineux disponibles actuellement et à court terme dans l’espace rhénan. 68p FNE / RF (2008), Place des gros et très gros bois dans les forêts françaises et européennes : synthèse bibliographique – , 15 p. FNE (2009), Compte-rendu du séminaire du - Gros et très gros bois en forêt : Échanges et débats autour de la filière pour une valorisation multifonctionnelle des produits – , 13 p. FNE (2009), Produire des gros bois pour assurer la multifonctionnalité des forêts & Valorisation locale des gros bois : la preuve en images dans le massif du Vercors', deux articles du site Internet FNE www.fne.asso.fr, FNE (2010), Gros et très gros bois en forêt : réflexion sur l’adaptation de la filière sylvicole – 4 p.