Giuseppe Penone est un artiste italien né le à Garessio, province de Coni (Cuneo) dans le Piémont. Il a été associé à l'arte povera dès 1969 par le critique d'art Germano Celant. Biographie vignette|upright|left|Elevazione [Élévation], 2001, bronze, 4 aulnes et 1 hêtre. . RotterdamSculpture International Rotterdam. Giuseppe Penone est fils et petit-fils d'agriculteurs. Son travail s'origine dans son village natal, dans ce petit village au milieu des forêts dans la vallée du Tanaro, où il avait développé une sensibilité particulière aux effets réciproques entre homme et nature.
Après avoir terminé l'école secondaire avec un diplôme en comptabilité, il entre à l'Accademia Albertina di Belle Arti de Turin. Cette Académie des Beaux-Arts, proche de la galerie Sperone, lui permet de découvrir la scène artistique américaine, notamment le Minimalisme, avec des œuvres de Donald Judd et de Robert Morris, par exemple.
Dans la seconde moitié des années 1960, il commence son travail d'artiste :
Sa première exposition personnelle a lieu à Turin en 1969, du 11 au , dans la galerie de Gian Enzo SperoneLe galeriste turinois a refondé sa galerie actuelle à New York en 1975 : . Il est alors le dernier arrivé au sein de l’arte poveraIl est ainsi publié dans le livre Arte Povera de Germano Celant en 1969..
L'arte Povera est une « sensibilité partagée », une « attitude »Guy Tosatto in Beaux Quartiers - Hors série 2014 Giuseppe Penone / Les 20 ans du Musée (de Grenoble), . Site de Beaux Quartiers (plutôt qu'un « mouvement », terme que les artistes de l’arte povera rejettent).
La même année, Giuseppe Penone a également participé à des expositions collectives à Düsseldorf (septembre-octobre) aux côtés de Boetti, Kounellis, Calzolari, et Prini, et à Leverkusen(octobre-novembre)Voire aussi à Modène avec certains d'entre eux et Anselmo, Zorio et Merz (?)..
Mais Giuseppe Penone se situe lui-même en marge de cette mouvance. En effet, il se trace un chemin plus personnel. À l'origine de son travail, il y a également la volonté de se forger une identité, d'être rattaché à une appartenance culturelle. Durant les années 70, les américains dominent la scène artistique internationale. Pour Giuseppe Penone, il y a donc une véritable nécessité de trouver une alternative :
Ainsi, l'artiste va beaucoup s'inspirer de la Renaissance italienne (et notamment au peintre Giotto), mais également de l'environnement dans lequel il a grandi. Il trouve donc son inspiration dans la culture ligure (population préromaine de la région alpine occidentale), que l'on peut rapprocher de la culture celtique.
Si Giuseppe Penone est plutôt singulier au sein de l'Arte Povera pour les raisons évoquées précédemment, il est au plus près du « théâtre pauvre ». Inventé par Jerzy Grotowski, le théâtre pauvre sert de référence à Germano Celant. La méthode de Grotowski, dans un dépouillement absolu du travail théâtral, valorise essentiellement l'acteur, la résistance physique de l'acteur, et plutôt son corps que son expression.
Le travail de Giuseppe Penone s'appuie ainsi sur le corps de l'artiste, le contact de son propre corps, les empreintes de son corps, ses mensurations, son action dans sa relation à la nature.
En 1970 il participe à l'exposition collective Information, sous le commissariat de Kynaston L. McShine, au Museum of Modern Art à New York.
En , son Arbre des voyelles est installé dans le parc de sculptures du jardin des Tuileries.
Une rétrospective lui est consacrée au centre Georges Pompidou en 2004.
En 2007, il représente l’Italie, dans le pavillon italien à la Biennale de Venise (exposition d'art contemporain d'envergure).
En 2009, il installe lors de la restauration de la cour vitrée du Palais des Études de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, une œuvre monumentale, un sapin de de hauteur tranché dans la longueur.. Il intitule son œuvre Matrice de Sève.
En 2015, Giuseppe Penone vit et travaille à Turin et Paris.
En , il fait son entrée au sein de l'Académie des Beaux-Arts.
En 2022-2023 une exposition rétrospective a lieu avec les œuvres qu’il a données au Centre Pompidou.
En 2023, il expose également à la galerie Gagosian, à Paris. Cette exposition intitulée Impronte di luce / Empreintes de lumière, présente des œuvres qui résultent de l'expérience de l'artiste du couvent Sainte Marie de la Tourette, construit par l'architecte Le Corbusier près de Lyon. Elle présente notamment des œuvres réalisées avec de la peinture, qui n'est pas le medium le plus commun dans l'œuvre de Giuseppe Penone.
Œuvre vignette|upright|Giuseppe Penone. Détail de Cedro di Versailles [Cèdre de Versailles], bois, 2000-2003.
Le corps et sa relation avec la nature dans l’œuvre de Giuseppe Penone Âgé de vingt-et-un ans, en 1968, il commence son parcours artistique alors que la société et l'art sont en pleins changements.Il souhaite alors rester indépendant de la mass culture américaine, qui était dominante.
Comme d'autres artistes de l'arte povera, Giuseppe Penone fait preuve d'une sensibilité peu commune en ce qui concerne le corps, et plus particulièrement le corps en relation avec la natureGuy Tosatto in : et Catherine Grenier in : .
Son œuvre se caractérise par une interrogation à propos la sculpture. Elle comporte également des interrogations sur le temps, l'être, le devenir, l'infini, ou encore le mouvement.
En utilisant son corps dans ses premières œuvres, l'artiste met l'accent sur les gestes à l'origine de ses sculpturesGuy Tosatto in : .
En outre, Giuseppe Penone utilise de manière récurrente certains matériaux tels que le bronze, le bois, ou encore l’argile.
Ainsi le choix du bronze est en cohérence avec la technique de la coulée dont l'artiste précise qu'elle Dans ses sculptures en taille directe ou dans ses moulages il met en valeur les caractères spécifiques des matériaux et produit des formes inédites.
D’emblée, Giuseppe Penone s'intéresse aux arbres et va tenter d’influencer leur développement. En 1968, avec L’arbre se souviendra du contact [Alpi Marittime. Continuerà a crescere tranne che in quel punto], l’artiste influence le développement d’un végétal. Cette contrainte, exercée sur l’arbre, reflète l’élaboration de ses questionnements quant au corps, dans sa relation aux matériaux. De plus, l’artiste tisse un lien entre l’humain et le végétal.
Son œuvre met également en évidence la métamorphose que le temps produit sur la matière et qui outrepasse le temps humain.
Giuseppe Penone renforce davantage le parallèle fait entre la nature et l'Homme en l'imitant dans son processus de sculpture et en se comparant directement à elle, notamment dans son premier Arbre de 1969 où il fait retrouver à un tronc l'aspect qu'il avait à l'âge de vingt-deux ans, âge de l'artiste au même moment.
Ceci est également visible en 1977, lorsque l’artiste réalise ses Pommes de Terres. En utilisant la technique du moulage, il guide des pommes de terre dans leur évolution afin qu’elles deviennent anthropomorphes. En créant des créatures hybrides, l’artiste interroge le rapport analogique entre l’humain et le végétal, il explore le croisement entre ces deux règnes.
Dans le premier de ses nombreux écrits, Penone se demandait si, emblématiquement, la terre pourrait assimiler et exprimer l'être humain. Depuis, l'artiste a continué à s'interroger sur la terre, considérée comme une substance universelle.
Par exemple, en 1978, Il utilise ce matériau dans Souffle [Soffio]. Avec cette œuvre, l’artiste va engager son corps dans la matière. L’empreinte de son corps donne forme à l’argile. Par ce geste, Giuseppe Penone fait référence au mythe biblique de la création. En effet, dans celui-ci, le souffle de Yavhé est donneur de vie. Cela peut également évoquer le mythe de Prométhée et d’Athéna : la divinité donne la vie par son souffle.
Dès 1970, l’artiste va également travailler sur l’empreinte. "L’empreinte, c’est une chose que tout le monde dépose autour de soi, et que l’on passe une partie de sa vie à tenter d’effacer […]. C’est une image animale, une image de la matière, mais c’est aussi une image complètement culturelle.” déclare-t-il dans un entretien.
En 1978 et dans cette perspective, il réalise Paupière (gauche) [Palpebra (sinistra)] : il reproduit l’empreinte de sa paupière, en l’agrandissant. Il convient de noter que les « empreintes » que l’artiste réalise évoquent l’écorce d’un arbre. Ceci peut troubler le spectateur.
Giuseppe Penone va poursuivre sa réflexion sur les différents règnes et le statut électif de l’être humain. C'est un aspect central de son œuvre.
En 1981, avec Être fleuve 1 [Essere fiume 1], il assimile le geste du sculpteur à celui du fleuve. Il imite l’érosion que fait subir le fleuve à la pierre. D'ailleurs, l'artiste s'identifie souvent dans ses écrits au fleuve, au souffle, à ce qui est par essence mouvement et vie.
Convaincu que le paysage est chargé de signes inscrits dans la mémoire des matières végétales, organiques et minérales, il tend dans ses œuvres à révéler une présence humaine autant dans ses sculptures que dans ses dessins. Il veut y intégrer cette sensibilité, cette culture humaine comme s'il ne faisait que la découvrir, la révéler, et il tente de la provoquer, de l'extraire, en créant en particulier des empreintes, mais aussi dans toute son œuvre où tout cet univers dont nous sommes issus apparait comme en nous. Il lie ainsi, indissolublement, humanité et natureGuy Tosatto in : .
Son œuvre est ainsi traversée par l’idée de transposer l’être humain dans un « être autre » Il veut intégrer dans le paysage cette sensibilité, cette culture humaine comme s'il ne faisait que la découvrir, la révéler, et il tente de la provoquer, de l'extraire. Il lie ainsi, indissolublement, humanité et nature.Comme nous l’avons vu, ce lien passe notamment par l’engagement du corps dans la matière.
Univers de l’artiste : une œuvre marquée par le merveilleux et qui utilise un « langage très ancien » Si le corps dans son lien avec la nature est un élément central dans l’œuvre de Giuseppe Penone, l’artiste, développe également un univers complexe, marqué par les contes et légendes. Celui-ci peut utiliser un « langage très ancien ».
L’artiste est convaincu que le paysage est chargé de signes inscrits dans la mémoire des matières végétales, organiques et minérales, il tend dans ses œuvres à révéler une présence. Cette question de la mémoire des matières végétales s’exprime d’ailleurs dans la dimension totémique, voire funèbre, que prennent les scarifications effectuées par l’artiste dans l’écorce des arbres.
Ses sculptures sont parfois l'expression d'un paysage intérieur. Celui-ci reflète la campagne où Giuseppe Penone a vécu dans sa jeunesse et dans laquelle sa sensibilité artistique s'est largement développée. Ainsi, il explique que « la forêt était [son] terrain de jeu » et qu’ « elle est devenue [son] laboratoire et [son] atelier.»Selon Catherine Grenier, son œuvre est teintée de l’imaginaire animiste de l’enfance. Aussi, et selon la même auteure, l’usage que l’artiste fait du bronze peut être interprété comme une manière de se situer dans la continuité des civilisations primitive et animiste, qui pensaient la nature en termes de fluidité et de continuité.
Ses Gestes végétaux [Gesti vegetali] - sculptures anthropomorphes faites de bronze et réalisées entre 1982 et 1986 - convoquent cette image d’une forêt animée. L’utilisation du bronze permet de rapprocher l’apparence des sculptures de celui d’un tronc d’arbre.