La Bentley Arnage est une voiture de luxe du constructeur automobile britannique Bentley produite à Crewe de 1998 à 2009. Elle est développée conjointement à sa sœur jumelle, la Silver Seraph de Rolls-Royce. Cette berline prend le nom d’Arnage, une ville de la Sarthe, situé au sud du Mans, connue pour son célèbre virage du circuit des 24 heures du Mans (le plus lent du circuit).

La genèse de la Bentley Arnage Avec une durée de vie assez longue des modèles, plus de , les constructeurs Rolls-Royce et Bentley avaient besoin de nouveaux modèles pour la décennie 2000. Rolls-Royce produisait la Silver Spirit et Bentley sa presque copie, la Brooklands depuis le milieu des années 1980.

La maison mère de l'époque, l'avionneur Vickers, avait décidé de faire table rase du passé, notamment au niveau de la motorisation, pour proposer des véhicules plus équilibrés et moins consommateurs en carburants. Ce qui peut être après coup considéré comme dommageable pour l'image de marque de ces maisons, historiquement des motoristes.

C'est ainsi qu'au début des années 1990, les ingénieurs de Crewe passent en revue de nombreuses solutions achetées auprès de constructeurs tiers, et concurrents. Les blocs haut de gamme de General Motors, Mercedes et BMW sont ainsi testés. Deux moteurs de chez BMW sont sélectionnés. Rolls-Royce choisit un V12 atmosphérique partagé avec la Série 7 et une boite automatique ZF à 5 rapports pour sa Silver Seraph. Bentley opte pour un V8 avec même boite automatique pour l'Arnage. Seulement, la différence de puissance par rapport au vénérable bloc faisait tache. Le bloc V8 de de BMW est donc modifié par les ingénieurs de Cosworth Engineering (une autre entité de Vickers) et un bi-turbo lui est ajouté pour atteindre les 349ch et rendre l’Arnage plus sportive.

Ainsi sont annoncées puis lancées la Bentley Arnage et sa jumelle, la Silver Seraph chez Rolls-Royce en 1997 et 1998. Seuls quelques éléments extérieurs permettent de les différencier : calandre, jante et fond de phares avant (blanc chez RR, noir chez Bentley). Le sélecteur de la boite de vitesses est par ailleurs sur la colonne de direction chez Rolls-Royce, au lieu d'être sur la console centrale.

La Bentley Arnage ne révolutionne pas le style automobile mais fait entrer le constructeur dans l'ère moderne, avec plus de rondeur. Il est à noter la position du train avant très en avant et la poupe plongeante, dessin évoquant à la fois la puissance et la tranquillité, à la différence des voitures contemporaines, souvent taillées en forme de coin, plus hautes à l'arrière qu'à l'avant. L'intérieur n’est pas en reste. Comme d'habitude, Rolls-Royce et Bentley, maisons conservatrices, améliorent discrètement l'ancienne planche de bord (pour la rendre principalement moins massive) mais la disposition intérieure reste très similaire aux modèles précédents.

À sa présentation au printemps 1998, l’Arnage était moins bien équipée de série que sa grande sœur Silver Seraph. De série, les équipements comprenaient l’air climatisé quadri-zones, les sièges avant massant, les sièges avant et arrière chauffants et ventilés, les sièges électriques avec ajustement lombaire, le volant multifonction à finition cuir et bois et un système audio sophistiqué. En option, à la place de l’autoradio traditionnel est installé un système de navigation GPS avec chargeur de données (sous forme DVD) placé dans le coffre arrière. D’autres options sont disponibles comme des stores électriques, un système de chargeur 8-CD, des sièges arrière électriques et massant, un porte-boissons réfrigérant

Le rachat de Bentley thumb|Bentley Arnage R après son « facelift ».|280x280px thumb|Arrière plongeant de la Bentley Arnage.|280x280px

À la sortie des deux véhicules, Vickers rend public son projet de vendre Rolls-Royce et Bentley. Une bataille acharnée eut lieu entre les grands constructeurs européens et mondiaux pour reprendre ces fleurons. Dans cette bataille, BMW avait beaucoup à perdre et il menace le futur repreneur d'arrêter la livraison des deux blocs moteurs.

Cet imbroglio est réglé lorsque BMW acquiert les droits séparés sur Rolls-Royce, dont le nom pour l'automobile est accordé sous licence par le motoriste d'avion Rolls-Royce PLC, complètement indépendant de cette aventure. Bentley est de son côté acheté par un autre allemand, Volkswagen.

Volkswagen, nouvelle maison mère de Bentley a vite compris qu'il n'est plus possible de proposer une motorisation concurrente pour la plus distinctive de ses marques. Par ailleurs, les ventes de la Bentley Arnage se sont vite essoufflées devant la crainte de ne pas trouver de pièces détachées. Comme aucun moteur satisfaisant n'était disponible (le W12 de la Volkswagen Phaeton arrive bien plus tard), les ingénieurs de Bentley ressortent le vieux moteur . Seulement ce bloc avait été introduit en 1959 avec les Rolls-Royce Silver Cloud et Bentley S2 et malgré une cascade de mises à jour, il était très polluant et consommateur en carburant.

Pour répondre aux critères environnementaux, le bloc moteur est repensé à grands frais. Par ailleurs, il pèse de plus que le bloc moteur BMW. Cela impose de revoir complètement le châssis, les suspensions et le système de freinage. Les pneumatiques ont aussi dû être élargis pour mieux absorber la route, de .

C'est ainsi qu'en sont lancées deux 'nouvelles' Arnage : la Green Label équipée du moteur BMW et la Red Label équipée du modèle original de Bentley, le fameux 'six trois-quarts', signé par le mécanicien! Le service de communication de Bentley vante aux clients l’impressionnant et inépuisable couple que procure le retour au vieux V8 équipant la Red Label.

Green Label contre Red Label thumb|Intérieur avant de la Bentley Arnage, place au bois, à la flanelle et au cuir.|380x380px thumb|Signe le plus visible du « Facelift », les deux phares avant.|280x280px

Ces Bentley Arnage se sont vu adjoindre au lancement des deux versions un nombre de petites améliorations dans l'air du temps : le GPS Alpine rétractable logé dans la casquette du tableau de bord (dommage pour les puristes qui regrettent alors la beauté de cette grande langue de cuir), les rétroviseurs rabattables électriquement, le contrôle de distance de stationnement avant et arrière, l'amélioration de la direction assistée et des phares avant en plastiques et non plus en verre. Les places arrière sont également remodelées pour faire face aux critiques sur l'étroitesse de celles-ci.

Mais la guerre entre amateurs est déclarée, entre ceux pour ou contre la motorisation BMW.

Le fait est que le modèle Green Label équipé d'un V8 BMW (353ch) est plus moderne. Sa consommation de carburant est réduite, grâce à une cylindrée plus faible, grâce à ses 32 soupapes et à une distribution à double arbre à cames en tête, grâce à une boite de vitesses moderne à 5 rapports automatiques, grâce à une régulation électronique Bosch, grâce à un poids total plus léger. Et le coût d'entretien est plus raisonnable du fait de pièces détachées plus disponibles (et communes souvent avec les BMW 750).

Le gros moteur de la Red Label n’améliore l’accélération de 0 à que de moins d’une seconde, alors que le moteur BMW demeure plus apte à monter en régime, plus élastique, et offre l’avantage d’offrir à la voiture une répartition de poids idéale 50/50 entre l’avant et l’arrière. Cela dit, il ne faut pas oublier que l'Arnage Green Label mesure de long et pèse . Dès lors, certains clients et journalistes ont décrié le manque de punch et de reprise de cette version. Pour un utilisateur classique, l'agrément de conduite est pourtant supérieur, le véhicule se montrant agile (avec une vitesse de pointe de tout de même), grâce à une motorisation objectivement plus moderne. La consommation de carburant évolue entre .

La Green Label cesse toutefois d’être produite en 2000, ce qui en fait un modèle rare.

Le modèle Red Label équipé du fameux V8 'six trois-quarts' (406ch) a pour lui un couple énorme de 830 newtons-mètres et un bruit caractéristique. Il est aidé par un turbocompresseur unique du type T4. Un journal parle « d'un remorqueur noble » tant la puissance disponible est opulente. Pour tenir face à toute cette puissance, l'ancienne boîte de vitesses General Motors 4L80-E à 4 rapports fait son retour. C'est en partie à regret, car elle tire trop long dans certaines situations, limitant les effets de reprise. En outre, le peu de rapports disponibles commence à paraître anachronique alors que les boîtes à 5, 6 et 7 rapports fleurissent pour juguler la consommation. Néanmoins, ce monstre mécanique permet à la Bentley Arnage de se classer parmi les grandes berlines les plus puissantes au monde. Il faut aussi penser à la consommation de carburant, évoluant entre .

Un certain nombre de Bentley Red Label ont été équipées d’un réservoir de GPL dans les années 2000, ce qui était dans l’air du temps. Si la double carburation est intéressante et économique, elle contraint le propriétaire à un contrôle technique GPL plus régulier et interdit l’accès à certains parkings souterrains.

Version allongée et Série II Une version à empattement long de la Red Label est lancée au Salon international de l'automobile d'Amérique du Nord en 2001. L’Arnage RL est plus longue de et disponible avec une infinité de détails dus au carrossier/sellier Mulliner. La caisse elle-même subit des modifications substantielles de hauteur et largeur, indicibles à l'œil nue, qui servent à augmenter le volume intérieur. Disponible sur commande spéciale, chaque RL est personnalisée selon les désirs de l’acquéreur. De nombreuses RL sont équipées d'un blindage. L’équipement offrant une protection contre les fusils d'assaut et les grenades est disponible à un tarif compris entre .

À l’occasion du lancement de ce modèle, le vénérable V8 s’offre une version entièrement retravaillée. Plus de la moitié des pièces constituant le moteur est entièrement nouvelle, incluant un système de gestion du moteur Bosch Motronic ME7.1.1 et deux petits turbocompresseurs T3 au lieu du gros T4. Le nouveau moteur développe 298 kilowatts (405 ch) et 835 newtons-mètres. Une nette réduction des émissions polluantes est constatée.

Ces réflexions amènent à la refonte de la gamme Arnage. Bentley met à jour la version Red Label, l'appelant simplement Arnage R. Cette version II plus équilibrée est d'après les amateurs plus agréable à conduire, grâce à un châssis plus rigide, la réaction routière étant meilleure.

Et Bentley présente l’Arnage T, pour Turbo. Le châssis rigidifié et les trains roulants modifiés permettent de supporter la puissance encore augmentée du moteur grâce à deux turbos. Ce modèle très sportif avec un moteur repensé enthousiasme la communauté automobile. Jeremy Clarkson de Top Gear eut à ce titre le bon mot : « pour faire , ce n'est pas mauvais pour une sportive, mais c'est excellent pour une cathédrale ! » L’Arnage T devient la plus puissante des Bentley jamais produites, avec le V8 poussé à () et un couple de . L’Arnage T passe de en . Une vitesse maximum de est annoncée.

Les Arnage R et T partagent le même châssis de de long.

« Restylage » En 2004, pour correspondre au lancement du nouveau coupé Bentley conçu sur une base totalement nouvelle, la très sportive Continental GT, les équipes redessinent l'avant de l'Arnage, un « restylage ». Exit donc les deux clignotants verticaux à l'avant, signature plus que british! Deux feux séparés remplacent l'ancien bi-phare hérité du design de la Rolls-Royce Silver Cloud III.

Les versions R et T sont conservées.

En 2005 est présenté le coupé décapotable dérivé de l'Arnage, la Bentley Azure.

La Limousine de la Cour d’Angleterre thumb|Sur base d'Arnage, la Bentley State Limousine n'a finalement que peu de rapport avec le modèle de série.|280x280px