Hydrangea macrophylla, appelé Hortensia (féminin de l'adjectif latin , « de jardin ») dans la langue vernaculaire, est une espèce d'arbustes, de la famille des Hydrangeaceae, originaire du Japon.

Nomenclature et étymologie vignette|redresse=0.8|Hydrangea hortensis Première illustration botanique de H. macrophylla par un botaniste britannique James Edward Smith (1759-1828), publiée en 1790-93. L'hortensia est originaire d'Asie orientale où il est cultivé et peint depuis des siècles.

Les premières descriptions d'hortensias en langues occidentales sont le fait de deux médecins naturalistes, d'abord Kaempfer (1712) puis Thunberg (1784), qui purent se rendre quelque temps à Nagasaki, le seul port du Japon ouvert aux étrangers. Thunberg, un élève de Linné, classa les hydrangéas dans les viornes ou Viburnum (sous le nom de Viburnum macrophyllum).

À la même époque Philibert Commerson après avoir accompagné comme naturaliste Bougainville dans son voyage autour du monde, se fixe aux Mascareignes où il découvre ce qu'on appellera plus tard l' Hydrangea macrophylla, probablement apporté par les navigateurs Hollandais. Il lui attribue d'abord le nom de Peautia coelestina en hommage à Mme Lepaute, une amie astronome (Peautia renvoie à Lepaute et coelestina à l'astronomie). Il se ravise ensuite quand il s'aperçoit qu'il a déjà utilisé le nom de Peautia et choisit le terme de Hortensia, probablement parce que Lepaute se faisait appeler Hortense dans l'intimité. En 1789, il envoie un spécimen sec à Paris où Lamarck le décrit sous le nom de Hortensia opuloides (Lamarck, 1789).

À la même époque (1789 ou 1790) Sir Joseph Banks et Slater introduisent des hortensias vivants de Chine dans les jardins de Kew en Angleterre. Le rapprochement avec les Hydrangea de Linné est faitpar Willdenow selon M. Smith et James Smith, de la Linnean Society, les dénomme Hydrangea hortensis (voir l'illustration ci-contre).

Au Japon, les travaux pionniers sur la flore nippone de Kaempfer et Thunberg sont poursuivis par un autre médecin naturaliste, Siebold. Lors de son séjour à Nagasaki, de 1823 à 1829, il rassemble une grande collection de plantes. En 1829, il publie la description d'une plante cultivée localement qu'il nomme aussi Hydrangea hortensia Siebold(Nova Acta: Academia (caesarea) Leo-poldino-Carolina, 14(2) : 688, 1829). Siebold fit un second séjour au Japon en 1859-1862 et envoya en Europe nombre de plantes. Celles-ci furent multipliées dans sa pépinière près de Leyde et distribuées dans beaucoup de jardins botaniques d'Europe. On trouve parmi elles, un Hydrangea macrophylla surnommé otaksa d'après le nom de sa femme Japonaise Sonogi Kusumoti, aussi appelée Otaki. La plante envoyée du Japon par Siebold étant plus petite que celle rapportée de Chine par Banks, il fallut un certain temps avant que les botanistes soient convaincus d'avoir affaire à la même plante. Actuellement, la forme japonaise est appelée Hydrangea macrophylla 'Otaksa' et la forme chinoise H. macrophylla 'Joseph Banks'.

Enfin, Seringe fusionne les genres Hydrangea L. et Hortensia Juss. (Podromus De Candolle, 1830) et crée le nom toujours en usage d' Hydrangea macrophylla (Thunb.) Ser. Ainsi le terme hortensia disparaît à la fois des noms de genres et d'espèces.

Le terme d' Hortensia introduit initialement dans la nomenclature scientifique n'a survécu finalement que dans la langue communeen français et dans plusieurs langues européennes (GRIN): anglais, allemand (hortensie), portugais (hortênsia) et suédois. Il eut pourtant à affronter de nombreux rivaux : Lamarck (1789) parlait d'« hortense du Japon », Jussieu (1821) de « rose du Japon » et Mouillefert (1892) d'« hydrangelle des jardins », tous noms maintenant disparus de la langue commune.

Au début du , le genre Hygrangea L. était rattaché à la famille des Saxifragacées, dans la sous-famille des Hydrangéoïdées (Engler 1928). Mais cette famille des Saxifragacées au sens large étant très hétérogène, il fut convenu de monter la sous-famille des Hydrangéoïdées en famille des Hydrangéacées (Hutchinson, 1980).

Synonymes De cette longue histoire de la nomenclature, il reste les synonymes suivants dans l'ordre de leur apparition historique : (≡) Viburnum macrophyllum Thunberg, 1784 (basionyme) (=) Hortensia opuloides Lamarck, 1789 (=) Hydrangea hortensia Siebold, 1829 (=) Hydrangea opuloides (Lam.) K. Koch, 1869 Tous synonymes de l'actuelle dénomination Hydrangea macrophylla (Thunberg) Seringe.

Les quatre sous-espèces d'Elizabeth McClintock sont supprimées (GRIN) : - (≡) H. macrophylla subsp. macrophylla McClint. → Hydrangea macrophylla - H. macrophylla (Thunberg) Seringe subsp. chungii (Rehder) E. M. McClintock → Hydrangea chungii Rehder. - H. macrophylla (Thunberg) Seringe subsp. stylosa (J. D. Hooker & Thomson) E. M. McClintock → Hydrangea stylosa J. D. Hooker & Thomson - H. macrophylla subsp. serrata (Thunb.) Makino→ Hydrangea serrata (Thunb.) Ser.

Origine

L'hortensia cultivé est dérivé de ce qu'Elizabeth McClintock classait dans la sous-espèce H. macrophylla subsp. macrophylla E.M.McClint.. Cette plante se trouve à l'état spontané dans l'est de Honshu au Japon, à basse altitude. Elle est cultivée et sélectionnée depuis très longtemps au Japon, en Corée et en Chine et a été introduite en Europe en 1789-90.

Description vignette|Hydrangea macrophylla Deux types de fleurs :- fleur décorative à quatre larges sépales colorés ;- fleur non décorative (en dessous) cinq petits sépales verdâtres (), cinq pétales (4-) bleus, dix étamines, trois styles.

H. macrophylla est un arbuste, caduc, aux rameaux rapprochés et au feuillage dense formant une grosse boule de 1 à de haut, voire plus.

Les feuilles opposées peuvent atteindre une quinzaine de centimètres de longueur, d'où le terme macrophylla, du grec , « grand » et , « feuille ». Elles sont simples, membraneuses, orbiculaires à elliptiques et à l'apex acuminé. Elles sont généralement dentées en scie (serretées).

Les inflorescences sont des cymes de cymes corymbeuses, positionnant toutes les fleurs dans un plan ou sur un hémisphère ou même une sphère entière dans les formes cultivées. On parle d'inflorescence « à tête plate »ou "bonnets de dentelle", "bonnet de grand-mère", ou 'Lacecap' en anglais ou encore 'Teller' en allemand. ou d'inflorescences globuleusesou en boule, ou "mophead". Deux types bien distincts de fleurs se reconnaissent : au centre des fleurs non ornementales, fertiles et à la périphérie des fleurs ornementales, qualifiée habituellement de « stériles ». Dans une étude de plusieurs cultivars, Uemachi et al., ont montré que toutes les fleurs sont fertiles et qu'elles diffèrent par leur polymérie, les fleurs non-ornementales étant pentamères, les décoratives tétramères. Les quatre sépales des fleurs décoratives ont des coloris allant du rose pâle, rouge fuchsia au bleu pourpre, suivant le pH du sol et la présence d'ion d'aluminium. Les fleurs non décoratives possèdent cinq petits sépales verdâtres, cinq petits pétales colorés coiffant dans le bouton dix étamines courbées, disposées en deux verticilles. Le gynécée comporte deux ou trois carpelles soudés. La floraison dure du début de l'été au début de l'hiver.

Le fruit est une capsule subglobuleuse. vignette|Hydrangea macrophylla, Japon.vignette|redresse=1.20|H. macrophylla (Japon), toutes les fleurs décoratives et non décoratives sont épanouies.

Distribution À l'état spontané, H. macrophylla pousse dans l'île de Honshu au Japon. Son domaine est très restreint : les péninsules d'Izu à au sud de Tokyo, Miura et Bōsō, les îles de l'archipel Izu.

Après avoir été importé, il s'est naturalisé en Chine, en Nouvelle-Zélande, au Guatemala, Nicaragua et Pérou.

Couleur des fleurs

Le même pied d'hortensia peut fleurir rouge ou bleu suivant l'acidité du sol et la présence d'ions Al. Dans un sol basique, les sépales sont rouge fuchsia, mais s'il est acide, ils sont bleu pourpre.

Hydrangea macrophylla220px220pxSol basiqueSol acide avec des ions Al185px195px1 Cation flavylium de Delphinidine-3-glucoside2 Complexe de la base quinonique de Del-3-gl avec Al

Il est surprenant d'apprendre que toute cette palette de couleurs vient d'un seul anthocyanoside, le 3-glucoside de delphinidine (1), car en général, les fleurs rouges et bleues ont des chromophores anthocyanidoliques différents.

Yoshida et al. ont pu mesurer le pH des vacuoles des cellules colorées qui se trouvent dans la seconde couche des sépales. Lorsque les sépales sont rouges le pH est faible (pH=3.3) donc relativement acide mais il l'est un peu moins quand ils sont bleus (pH=4.1). L'acidité des vacuoles évolue inversement à celle du sol de culture. C'est cette acidité vacuolaire qui explique le passage sous forme de cation flavylium rougepour plus d'explications voir Anthocyane de la delphinidine. Mais pour bien comprendre le bleuissement de l'hortensia deux autres facteurs interviennent : des cations métalliques d'aluminium Al et des co-pigments : 3 l'acide 3-caféylquinique (3-Caf), 4 l'acide 3-p-coumarylquinique (3-pC) et 5 l'acide 5-caféylquinique (5-Caf) (ou acide chlorogénique). Dans les vacuoles des cellules bleues, la concentration relative d'ions Al et des co-pigments d'acides 3-acylquiniques 3 et 4 (3-Caf et 3-pC) est beaucoup plus élevée que dans les cellules rouges (où 5-Caf est en grande quantité plutôt que 3-Caf et 3-pC). La présence de ces co-pigments est essentielle pour la stabilité de la couleur bleue. Kondo et als ont proposé un schéma de formation d'un complexe dans lequel, au centre, l'ion Al coordonne le pigment 1 de delphinidine-3-glucoside et coordonne simultanément les atomes d'oxygène des co-pigments.

150px150pxCo-pigments :3 R=OH acide 3-caféylquinique 4 R=H acide 3-p-coumarylquiniquePigment bleu d'hydrangea(modèle de Kondo et al.)

Dans les sols acides, les racines de l'hortensia sécrètent de l'acide citrique qui forme un complexe avec Al du sol pouvant être ensuite absorbé par les racines. Cet aluminium est subséquemment transporté dans la plante et s'accumule dans les vacuoles. Par contre dans les sols basiques, les ions Al ne sont pas absorbables par les plantes. L'aluminium joue donc le rôle central dans le bleuissement du pigment normalement rouge du flavylium (en sol basique mais milieu acide de la vacuole). C'est la chélation (par des liaisons de coordination) entre ce cation métallique et le ligand anthocyanidolique qui provoque le déplacement de l'absorbance vers des longueurs d'onde plus grandes.

Variétés cultivées vignette|gauche|Hortensia 'Bouquet Rose'. vignette|gauche|Hydrangea macrophylla mauve. Hydrangea macrophylla, plante originaire du Japon, fut exportée en Chine très tôt. Comme au Japon, il y fut cultivé comme plante ornementale.

Des plants vivants provenant de Chine furent importés en Angleterre au jardin de Kew par Joseph Banks en 1789. C'était une variété à grosses inflorescences globuleuses rose pâle.

Un ou deux ans plus tard, le pépiniériste de Montrouge, Jacques Cels, en recevait un pied d'Angleterre qu'il mit en culture et propagea par bouture. Ce pied était stérile et tous ses descendants qui existent encore actuellement ont été obtenus par multiplication végétative. En 1794, un fleuriste nommé Audibert, lui achetait un pied qu'il propagea avec succès.

Les pépinières Veitch d'Angleterre envoyèrent Charles Maries en prospection botanique et horticole au Japon et en Chine durant les années 1877-1879. Celui-ci put envoyer d'Extrême-Orient environ 500 plantes vivantes en Angleterre dont des variétés d'hortensia à têtes plates, nommées actuellement 'Mariesii' et 'Veitchii'. Les fleurs de 'Mariesii' sont d'un bleu pâle très délicat, celles de 'Veitchii' sont blanches. Le même botaniste explorateur, introduisit 'Rosea', une variété à inflorescences globuleuses de couleur très pâle et avec un feuillage à la texture fine.