Paléologue, né vers 1396 et mort le , fut despote de Morée de 1407 à 1443. Il était le fils de et d'Hélène Dragas.
Il n’avait qu’un peu plus de dix ans lorsqu’il fut choisi par son père pour succéder au despote , ce dernier ayant remplacé la famille des Cantacuzène par celle des Paléologue. Dès le début de son règne, il se consacra d’une part à défendre son territoire face aux Turcs, dont une partie de l’armée envahira le Péloponnèse après le siège de Constantinople en 1422, et d’autre part à agrandir ce territoire aux dépens des États latins voisins, avec l'aide de ses frères, avec qui il divisera le despotat à partir de 1427.
Marié à la fille du comte de Rimini, Cleope Malatesta, Théodore, lui-même de tempérament intellectuel, donna à sa capitale Mistra un prestige qui fit y converger les plus grands noms de l’époque et grâce auxquels elle acquit un prestige comparable à celui de Constantinople au siècle précédent.
Toutefois son caractère névrotique devait reprendre le dessus à la mort, jeune encore, de son épouse. Déçu de voir l’empereur lui préférer son frère Constantin comme successeur alors que ce dernier était son cadet, il finit par proposer à l’empereur d’échanger son territoire de Morée avec celui, pourtant moins important, de son frère Constantin. C’est ainsi qu’il mourut à Selymbria (aujourd’hui Silivri à d’Istanbul) quelques mois seulement avant le frère auquel il espérait toujours succéder.
Contexte historique
Un des traits distinctifs de la dynastie des Paléologue après la reconquête de Constantinople est une forme de « souveraineté collective de la maison impériale »Selon l’expression de Georges Ostrogorsky (Ostrogorsky (1983) ). D’une part le coempereur ou empereur associé n’est plus qu’un simple assistant de l’empereur principal. Il est aussi l’héritier présomptif et le seul qui peut porter le titre d’ « autocrator ». D’autre part, on voit également les différentes parties de l’empire être dirigées par un représentant personnel de l’empereur ou « despote » qui acquiert progressivement une forme d’autonomie alors que se relâchent les liens entre Constantinople et les provincesOstrogorsky (1983) . Ce fut le régime des apanages par lequel un membre de la famille impériale, souvent un frère cadet de l’empereur, se voyait octroyer un territoire qu’il devait gérer et défendre tout en en percevant les revenus sous l’autorité nominale de l’empereurLaiou et Morrisson (2011) . C’est ainsi que (r. 1347 – 1354) attribua la MoréeÀ distinguer de la principauté de Morée (ou « Principauté d'Achaïe »), État latin fondé par les Croisés au , le despotat de Morée, dont la capitale était Mistra, fut créé au dans le Péloponnèse. Son territoire fluctua considérablement mais en vint à comprendre presque l’entière péninsule. à son fils Manuel Cantacuzène en 1349 avec le titre de « despote ». Le nom même de « despotat » ne désigne que le territoire gouverné par le despote. Seul le titre de « despote » est officiel. Il n’est pas héréditaire et l’empereur continuera à intervenir dans les affaires du territoire comme le feront aussi bien que Laiou et Morrisson (2011) .
À la mort du troisième despote de Morée appartenant à la famille Cantacuzène, , nomma son plus jeune fils, Paléologue (r. 1383-1407). Celui-ci arriva en Morée en 1383 et commença immédiatement à agrandir son territoire. Ses campagnes militaires seront marquées par de nombreux succès face aux Vénitiens ou aux OttomansNorwich (1995) . Comme il ne laissait pas d'héritier pouvant lui succéder, l’empereur décida de placer son deuxième fils Théodore, alors âgé d’environ dix ans, à la tête du despotat, après avoir installé son troisième fils, Andronic, âgé de huit ans à ThessaloniqueNicol (2005) Le fait que l’on ignore la date exacte de la naissance de Théodore conduit à des divergences entre les auteurs quant à l’âge à laquelle il est devenu despote : Nicol (2005) parle de huit ans; Kazhdan (1991) de douze.. Les provinces les plus importantes de l’empire étaient ainsi pratiquement réunies sous la gouverne effective du chef de famille qui voulait faire de la Thessalie et de la Morée des centres avancés de protection pour la capitale, et éventuellement de refuge pour la reconquête de l’empire si Constantinople venait à tomberNorwich (1995) . C’est pourquoi, en 1415, après un séjour à Thessalonique, il se dirigea vers le Péloponnèse pour réaliser un projet qu’il caressait depuis 1408 : la construction d’un mur le long de l’isthme de Corinthe (suivant approximativement le tracé de l’actuel canal de Corinthe) appelé Hexamilion (litt : « six miles). De la sorte, la Thessalie servait de protection navale contre les Turcs et la Morée de protection terrestreNorwich (1995) Kazhdan (1991) « Palaiologos », , Nicol (2005) .
Les premières années
thumb|left|Le palais des despotes de Morée, aujourd’hui en voie de reconstruction.
Si, grâce à Théodore Ier la Morée était devenue un État prospère, ce n’était guère un territoire facile à gérer. Dépourvue de ville importante sauf sa capitale, Mistra, sa prospérité reposait sur des domaines agricoles répartis autour du kastron ou construction fortifiée des seigneurs locaux; la géographie du pays faite de vallées isolées entre des montagnes favorisait l’esprit d’indépendance et les rivalités entre eux. Seule les réunissait leur méfiance à l’endroit du pouvoir central représenté par les despotes et leur administration, lesquels faisaient figure d’étrangers dans le paysNicol (2005) Norwich (1995) .
Comme ses prédécesseurs, l’empereur Manuel voyait dans la papauté un appui contre les Turcs. Pour sa part, le pape (1417-1431) était favorablement disposé envers les Grecs. Il accorda une indulgence spéciale aux Latins qui avaient contribué à construire ou à entretenir l’Hexamilion et il fit droit à une demande personnelle de l’empereur à l’effet que chacun de ses six fils puisse épouser une catholique pourvu qu’elle ne soit pas obligée de se convertirNicol (2005) . Dans la perspective de l’empereur, de telles alliances avec de grandes familles italiennes visaient à faciliter l’obtention de troupes dans la lutte contre les Turcs. Pour son fils Jean il choisit Sophie de Montferrat dont la famille était alliée aux Sforza de Pavie; pour Théodore il semble qu’il ait laissé le choix au pape. Celui-ci sélectionna Cleope (ou Cleopha) Malatesta, fille du comte de Rimini, choix qui avait deux avantages : son père était en excellents termes avec Venise et elle-même était reliée au pape Martin qui appartenait à la famille des ColonnaRunciman (2009) . Au début, le mariage n’en fut un que de raison. Théodore était un jeune homme névrotique davantage porté vers l’étude que la politique et désirait se retirer dans un monastère. On disait qu’il était le meilleur mathématicien de son temps. Heureusement, Cleope était aussi de caractère intellectuel et après un peu plus de deux ans d’ignorance mutuelle les époux apprirent à s’apprécierRunciman (2009) Norwich (1995) .
Aussitôt le début de son despotat, s'attela d’une part à défendre son territoire face aux Turcs, et d’autre part, comme l’avait fait son prédécesseur , à étendre celui-ci aux dépens des seigneurs latins voisins. Déjà en 1417, l’empereur , après son voyage à Thessalonique et la construction de l’Hexamilion, avait envoyé son fils ainé, Jean, assister le jeune Théodore dans l’administration du pays. Jean en profita pour envahir la principauté d’Achaïe voisine. Après avoir pris Messène et Elis, il assiégea le prince Centurione II Zaccharie à Glarentza (ou Clarenza selon les sources; aujourd’hui Kyllini). Seule l’intervention des Vénitiens lui permirent de conclure une trêve Nicol (1992) Zakythinos (1932) , .
Après avoir fait en vain le siège de Constantinople en 1422, une partie des forces turques sous la conduite de Turakhan Bey partirent d’Albanie et descendirent à travers le Péloponnèse, détruisant au passage l’Hexamilion, jusqu’à ce qu’elles arrivent sous les murs de Mistra. Les Turcs étaient accompagnés d’Antonio Acciajuoli, duc d’Athènes, leur vassal. Toutefois, il s’agissait d’un raid plus que d’une campagne de conquête et l’armée turque se retira après quelques jours, détruisant tout sur son passageRunciman (2009) Ostrogorsky (1983) .
Par un jeu d’alliances, la famille Tocco, qui régnait sur l’ile de Céphalonie, avait pris possession de Corinthe en 1395 et conquis l'Élide à l’ouest de la péninsule après 1402. En 1427, Jean, devenu (1425-1448) à la mort de son père, accompagné de son frère Constantin, mena une campagne contre , détruisant sa flotte à l’embouchure du golfe de Patras. Le seigneur de Céphalonie et d’Épire dut, aux termes du traité qui s’ensuivit, donner sa fille Magdalena en mariage à Constantin, ainsi que l’Élide avec le port de GlarentzaFine (1994) . Deux ans plus tard, Constantin devait s’emparer de Patras, alors sous le contrôle d’un évêque latin, obtenant même du sultan Murad la reconnaissance de l’annexion de Patras au despotat de Morée. En 1430, la presque totalité de la Morée était de nouveau entre les mains des Byzantins, à l’exception des ports de Corone, Modone et Nauplie, aux mains des Vénitiens Norwich (1996) Ostrogorsky (1983) .
Le despotat partagé entre les trois frères
thumb|right| Paléologue qui eut fort à faire pour garder la paix entre ses frères (Médaille par Pisanello, réalisée à Florence en 1438).
Au cours du règne de , quatre des cinq fils de (Théodore, Thomas, Constantin, Andronic) se retrouveront à un moment ou à un autre en Morée, gouvernant conjointement ou se divisant le territoire, alors que le cinquième, Jean, devenu empereur à la mort de son père, y fit de fréquents voyages, confirmant ainsi l’importance de ce territoire pour la survie de l’Empire.
En 1418, ce fut d’abord le plus jeune fils de , Thomas, qui vint rejoindre son frère en Morée alors qu’il n’était âgé que de dix ans, manifestement pour s’initier au gouvernement d’un territoire. C’est là qu’il devait grandir alors en bons termes avec son frère Nicol (2009) .
En 1423, ils furent rejoints par leur frère Andronic, alors despote de Thessalonique. Après avoir tenté sans succès de s’emparer de Constantinople en 1422, s’était tourné contre Thessalonique. Si la ville pouvait tenir le siège grâce à ses murailles, Andronic n’avait pas les ressources pour assurer la survie de la population. En accord avec l’empereur, Andronic décida de céder la ville aux Vénitiens à condition qu’ils s'engagent à assurer le bien-être de la population et à défendre la cité. En septembre, la bannière de Saint-Marc flottait sur les murailles. Après quoi Andronic et sa famille partirent pour la Morée. Toutefois, Andronic ne devait pas participer au gouvernement du despotat, ayant décidé de se faire moine. Il devait décéder quatre ans plus tardNorwich (1995) .
Également en 1423, le futur s’arrêta à Mistra en route vers Venise afin de demander de l’aide contre les Turcs. , toujours amèrement déçu de son mariage avec Cleope, fit part à son frère de son intention de se retirer dans un monastère. Aussi, lorsque Jean retourna à Constantinople en 1425 et fut devenu empereur à la mort de , il décida de modifier les cartes et de donner la Morée à son autre frère, Constantin, qui gouvernait alors Messembria et Achilaios sur la mer Noire, ces territoires devant être donnés en apanage au dernier des frères, Démétrios. Ce n’est toutefois qu’en 1427 que Constantin, accompagné par , devait se rendre dans le Péloponnèse pour y trouver Théodore réconcilié avec son épouse et ne voulant plus quitter le pouvoir. Les deux frères décidèrent alors de se partager le territoire. Constantin, venant tout juste de mener campagne contre Carlo Tocco et ayant épousé sa fille, hérita des territoires au nord-ouest du Péloponnèse, auxquels l’empereur ajouta Messène et Mani. Constantin conquit l’année suivante Patras, jusque-là sous contrôle du beau-frère de Théodore, Pandolfo Malatesta, parti inutilement à Rome chercher du secours.