Le traité de la Grande Paix de Montréal est un traité de paix signé à Montréal le par le Sieur de Callière, gouverneur de la Nouvelle-France, et par amérindiennes issues principalement de l'Iroquoisie et de la région des Grands Lacs.
Négocié durant quatre ans, ce traité met fin aux guerres intermittentes du et marque un tournant dans les relations franco-amérindiennes.
Contexte
Le fut une période mouvementée dans l'histoire de la Nouvelle-France. La première alliance entre les Français et une nation amérindienne remonte à l'été 1603. À Tadoussac, Samuel de Champlain conclut alors une entente avec les Montagnais pour le contrôle du commerce des fourrures, intégrant de ce fait les Français au vaste réseau d'alliances des Hurons et des Outaouais.. Depuis la fondation de Québec en 1608, le contrôle de ces réseaux devient un enjeu de rivalité majeur. Les guerres franco-iroquoises opposent bientôt les alliés des Français aux nations iroquoises de la puissante Ligue des Cinq-Nations soutenues par les Hollandais puis les colons anglais. Parallèlement, les Français sont aussi alliés de la confédération Abenaquie, des Algonquins, des Montagnais et d'autochtones « domiciliés » dans la colonie (notamment à Kahnawake) Gilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 34..
Outre le danger iroquois, les Français craignent également que leurs alliés autochtones des Pays-d'en-Haut se mettent à commercer avec les colons de la Nouvelle-Angleterre, à Albany. Dans la mesure où les échanges commerciaux et la paix sont intimement liés dans les cultures autochtones, une telle éventualité pouvait mettre en péril l'alliance entre les Français et leurs alliés des Grands Lacs. Celle-ci est cruciale à la survie du projet colonial français en Amérique puisque la fourrure fournie par les autochtones est au cœur de l'économie de la Nouvelle-FranceGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 32.. Les nations des Grands Lacs profitent également de ces liens commerciaux puisque les forts français de l'Ouest leur donnent accès à d'importants produits et services européens : armes à feu et munitions, vêtements, outils (haches, couteaux, etc.) ou encore forgerons.
À la fin des années 1660, l'arrivée du Régiment de Carignan-Sallières et la signature de traités avec les Iroquois permet de rétablir la paix dans la colonie mais celle-ci ne dure pas et force les autorités françaises à envisager de nouvelles solutions. Vers la fin du siècle, le contexte y devient favorable puisqu'à compter de 1697, les Iroquois se départent progressivement de leur attitude intransigeante : leur déclin démographique s’est accentué au fil des conflits et des épidémies, mettant en péril jusqu’à leur existence même (ils passent de 2550 guerriers en 1689 à 1230 en 1698Gilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 62.). Afin d'affaiblir les Cinq-Nations, les conflits avec les nations des Grands Lacs furent d'ailleurs encouragés par la FranceGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 40.. Parallèlement, le commerce en Iroquoisie est quasi-ruiné à la fin du et seuls les marchands de Nouvelle-Angleterre échangent avec les Cinq-Nations. gauche|vignette|250x250px|Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France. Il est l'un des instigateurs du processus ayant mené à la Grande Paix. Il meurt trois ans avant la signature de l'accord. vignette|348x348px|L'Iroquoisie est représentée sur cette carte de Nouvelle-Néerlande de 1655. Le verrou iroquois enfin levé, rien ne s’oppose désormais à l’élaboration d’une paix globale profitable à l’ensemble des parties. Jusqu’alors et tout au long du siècle, plusieurs paix séparées avaient été conclues tant entre les Français et les Autochtones qu’entre nations amérindiennes. Toutes se révélèrent sans lendemain. À la lumière des tentatives précédentes, cette négociation décisive va faire l’objet de plusieurs étapes préliminaires, notamment sous l'impulsion de Louis de Buade de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France de 1672 à 1682, puis de 1689 à sa mort.
Négociations, signature et ratification du traité
Les négociations préliminaires La première phase de négociation entre les Français et les Iroquois s'amorce le . Des Onneiouts arrivent alors à Montréal (comme promis au gouverneur Louis de Buade de Frontenac un an plus tôt) pour s'installer dans la régionGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 70.. Louis-Hector de Callière, alors gouverneur de Montréal (il succédera à Frontenac à la tête de la colonie en 1698), les reçoit favorablement et les informe du fait qu'il est disposé à discuter avec les autres nations iroquoises. Le , deux Mohawks arrivent à Montréal et sont emmenés à Québec pour rencontrer Frontenac. Les négociations virent toutefois au vinaigre quand ils arrivent avec deux prisonnières françaises et demandent la reprise des échanges commerciaux avec la Nouvelle-Angleterre. Les pourparlers échouent et Frontenac les garde même prisonniers pour le reste de l'hiver.
Les Français ont alors trois objectifs en ce qui a trait à la paix avec les Iroquois : signer une entente avec toutes les nations des Cinq-Nations, mettre en place une entente qui inclurait les nations des Grands Lacs (afin d'éviter des ententes autochtones séparées) et procéder à l'échange des prisonniers de guerreGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 71.. Affaiblies mais d'abord hésitantes, les autres nations iroquoises finissent par se rallier aux Onneiouts et acceptent de négocier avec les FrançaisGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 72.. Le contexte diplomatique international ne leur est guère favorable : la signature du traité de Ryswick par la France et l'Angleterre en leur enlève la garantie d'une protection de la Nouvelle-Angleterre en cas d'attaque françaiseGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 73.. vignette|328x328px|Un Outaouais (avec une pipe et un sac à tabac) vers 1700. Au printemps 1698, La Chaudière Noire (Black Kettle en anglais), un chef de guerre onondaga, se rend à Fort Frontenac (Ontario) et indique aux Français que la Ligue des Cinq-Nations serait prête à se rendre à Montréal en juin afin de négocier une entente de paixGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 74.. Ils refusent toutefois de faire la paix avec les Outaouais, ce qui compromet la possibilité de trouver un accord avec leurs alliés français. Peu de temps après, La Chaudière Noire est tué dans une embuscade algonquine, ce qui porte un dur coup à l'effort de paixGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 75.. Dès lors, les Iroquois sont encore plus réticents à l'idée de faire la paix avec les nations des Grands Lacs, ce qui place les Français dans une situation diplomatique délicate vis-à-vis de leurs alliés. À l'été 1698, Frontenac réitère toutefois à ses alliés autochtones qu'ils seraient inclus dans un potentiel accord de paix avec les Iroquois.
Il faudra attendre 1699 pour que les pourparlers reprennent substantiellementGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 76.. En janvier, les chefs Ohonsiowanne et Otacheté, respectivement onondaga et onneiout, se rendent à Montréal pour négocier. Ils y rencontrent Paul Le Moyne de Maricourt, un officier français influent auprès des Iroquois depuis qu'il a été adopté par les Onondagas quelques années plus tôt. Ce dernier les informe du fait que les Français ne libéreraient aucun prisonnier tant que les Cinq-Nations n'enverraient pas de délégués pour signer un accord de paix indépendant des Anglais. C'est ainsi qu'en , les chefs iroquois Ohnonsiowannem, Tsonhuastsuan et Otacheté arrivent à Montréal et informent le gouverneur Callière, au nom des Cinq-Nations, que les Iroquois sont prêts à faire la paix, moyennant l'arrêt des raids des nations des Grands Lacs et un échange de prisonniers à AlbanyGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 77.. Ce dernier point ne plaît pas à Callière, qui informe les ambassadeurs iroquois du fait que la paix ne pourrait être négociée qu'à Montréal, en présence des alliés autochtones des Français.
En mars 1700, les Iroquois, affaiblis par les attaques dans l'Ouest, sont de plus en plus convaincus qu'ils devront s'éloigner de l'influence anglaise pour signer un accord de paix séparé avec la Nouvelle-FranceGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 91.. Alors que les manœuvres diplomatiques des Français et des Hurons-Petuns mettent fin aux hostilités dans l'Ouest, les conditions d'une entente de paix prennent forme : les Iroquois organisent alors une première conférence en territoire iroquois, à Onondaga (dans l'actuel État de New-York)Gilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 22. . Cette « Conférence d'Onondaga » est décisive dans le processus ayant mené à la Grande paix de Montréal. C'est là que les nations iroquoises, en présence d'ambassadeurs français et sous l'impulsion du grand chef onondaga Teganissorens, trouvent un consensus quant à la signature d'un accord de paixGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 95.. L'envoi d'un émissaire anglais pour mettre fin aux pourparlers n'y changera rien: les Cinq-Nations sont désormais décidées à se rendre à Montréal pour y conclure une ententeGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 96.. Cette conférence préliminaire marquera la fin de la souveraineté et de la domination économique anglaise en IroquoisieGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 99..
Du 3 au de la même année, une paix préparatoire est donc signée à Montréal avec les Cinq Nations iroquoises. Dix-neuf sachems iroquois et quelques représentants des nations des Grands Lacs (dont Kondiaronk, dit « Le Rat », un important chef huron) participent alors à cette conférence préliminaireGilles Havard, The Great Peace of Montreal of 1701. French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, p. 97.. À la suite de cette première entente signée par treize représentants autochtones, il est convenu qu'une invitation sera portée à toutes les nations des Grands Lacs pour qu'elles se rendent à Montréal à l'été 1701 afin d’y ratifier l’entente générale. Des émissaires français, religieux (jésuites notamment) et soldats particulièrement bien introduits parmi les Amérindiens, sont chargés de cette approche diplomatique. Parmi eux figurent notamment Le Gardeur de Courtemanche, soldat et diplomate, le père jésuite Jean Enjalran, et Nicolas Perrot, le « Français le plus connu à l'Est du Mississippi », qui avait auparavant visité nombre de nations amérindiennes au cours de ses voyages et fut pionnier du WisconsinL'histoire de Nicolas Perrot.